‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 38 sur 55 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE SOUS L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE SOUS L'ANCIEN RÉGIME

Le système d'instruction publique tel qu'il est organisé ne remplit pas son office envers la société.

J'envisage l'immensilé de nos établissements littéraires, le nombre prodigieux de collèges, de bibliothèques publiques, de pensions, d'académies, enfin tout ce que le gouvernement a fait pour les études, et il m*est avis que jamais aucun peuple ne les a si magnifiquement accueillies ou si richement dotées; mais quand je fais attention ensuite an peu de soin qu'on a pris de les rendre vraiment utiles et de tourner leurs travaux au profit de la société, j'avoue que j'ai peine à revenir sur mon étonnement. Je me représente un parc vaste et superbe, mais situé sur un coteau sec et aride. Les propriétaires de ce parc n'ont rien épargné pour y conduire un bras de rivière, ils ont percé des montagnes, ils ont creusé de longs canaux ; mais, au lieu de distribuer ensuite cette eau dans leur parc pour y porter la fécondité et la vie, ils se sont amusés à former, daus le lointain, une agréable perspective, des cascades et des bassins, et l'ont vue, sans regret, se perdre ensuite dans les marais et sur les sables... {L'Éducation civile, par l'abbé Garnier, 1 vol. in-12. Paris, Vente, 1765.)

Les Français sont obligés de chercher à l'étranger un complément d'instruction.

Déjà même en France les parents qui s'occupent sérieusement de l'éducation de leurs enfants prennent le parti de les envoyer passer quelque temps dans les académies d'Al-

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lemagne, ou bien attirent à grands frais les instituteurs de cette nation, malgré le désagrément d'une prononciation barbare. Et ne serait-ce pas une honte pour nous d'en être réduits à mendier les secours étrangers; un État n'est vraiment grand qu'autant qu'il se suffit à lui-même... (Garnier, V Éducation civile.)

Nécessité urgente de réformer les petites écoles.

Ne serait-il pas également important et facile de faire une réforme dans l'éducation chrétienne des enfants qui habitent nos campagnes?

Grâce au zèle des premiers pasteurs de l'Église de France, les pauvres habitants de nos campagnes, digne objet de leur sollicitude, ne manquent point de ministres fidèles qui leur dispensent l'instruction ; mais pour que les instructions ^ des curés et des vicaires puissent être utiles à une jeunesse grossière et ignorante, il faut qu'elles aient été précédées des instructions des maîtres et des maîtresses d'école, et rien n*est plus rare que de trouver dans les campagnes des sujets capables d^instruire les autres. Lors même qu'ils auraient la suffisance du talent pour le faire, ils manquent de méthode pour le faire avec fruit.

Or il me semble que l'on remédierait, au moins en partie, à cet inconvénient, en établissant que les maîtres et maîtresses d'école ne seraient admis à exercer leur emploi qu'après qu'ils en auraient fait l'apprentissage dans une espèce de noviciat de trois mois au moins qu'ils passeraient les uns dans une maison des frères des écoles chrétiennes, les autres dans telle communauté religieuse qui leur serait assignée...

Je voudrais aussi qu'il y eût dans chaque ville épiscopale un supérieur général de ces petites écoles que son zèle engagerait à en faire de temps en temps la visite. Il entretiendrait une correspondance avec les curés sur cet objet important... 11 résulterait de là que les habitants de nos

campa|;;nes, mieux instruits de la religion, ne se livreraient pas sans remords aux désordres qu'elle condamne le plus; plusieurs d^ entre eux sauraient écrire, presque tous sauraient lire et lorsqu'ils se rencontreraient dans les églises aux jours de fêtes, ce ne serait plus pour y causer, s'y ennuyer ou dormir, mais pour y chanter les offices divins ou s'oc* cuper de prières ou de lectures propres à nourrir leur piété... (Extrait de V Éducation publique, par l'abbé PaorART, 1 vol. in-8. Paris, V. Hérissant, 1785.)

Ce qui n empêche pas M. AUain de nous dire :

« L'instruction populaire était en progrès constant depuis la fin du xvii* siècle. Les écoles étaient de plus en plus nombreuses, leurs dotations s'accroissaient de jour en jour, leur programme était très élémentaire, mais l'opinion le tenait pour suffisant; les maîtres jouissaient, pour la plupart, de l'estime publique. » Il est bon de remarquer que le Mémoire de l'abbé Proyart est adressé à l'assemblée générale du clergé ; les critiques qui y sont formulées avec une louable franchise, n'en ont que plus de valeur et de gravité.

ConDnent un principal de collège sous Vancien régime appréciai la tentative dHntroduird les sciences dans les programmes d'enseignement.

A l'époque où les Jésuites quittèrent leurs collèges on s'écria de toutes parts que le moment était venu où l'éducation publique, dirigée par ces lumières de la philosophie, allait prendre l'essor et s'élever au plus haut degré de per-

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fection ; cette idée fermenta dans certaines têtes et fit des enthousiastes. Bientôt nous vimes éclore les projets d'éducation les plus propres à satisfaire les goûts les plus bizarres et il n'est pas jusqu'à ces parents qui veulent que l'ignorance soit héréditaire dans leur famille, qui n'aient trouvé pour leurs enfants un plan d'éducation qui remplit leur vœu en excluant toute étude du latin.

Généralement parlant, nos nouveaux spéculateurs sur l'éducation paraissent faire très peu de cas de la langue des Romains, ces hommes sages et profonds avec lesquels nous apprenons si bien à réfléchir et à penser; ils ne demandent de leurs élèves qu'une étude très légère de celte langue et par là même inutile; ils ne savent pas sans doute qu'on apprend à parler en français en lisant les Latins; mais peuvent-ils ignorer que la connaissance de leur langue n'est pas seulement nécessaire dans l'Église et dans la magistrature, qu'elle est nécessaire encore pour les professeurs et les emplois qui sont de quelque importance dans la société, qu'elle est nécessaire môme, ou si utile du moins au militaire, que le roi veut qu'elle fasse une partie essentielle des connaissances de la jeune noblesse qu'il fait élever pour ses armées. Ce n'est pas que nos plans d'édu-cation ne soient très chargés, ils doivent même, dans l'intention de leurs auteurs, former, et en très peu de temps, des sujets admirables, des prodiges de science, de petits encyclopédistes.

Il résulte des promesses consignées dans nos nouveaux traités d'éducation que des enfants, bien suivis pour l'enseignement, pourraient, à l'âge de quinze ans, passer bons agriculteurs, des naturalistes instruits, de prudents économes des commerçants entendus, des politiques éclairés, de profonds métaphysiciens, des géomètres prodigieux; et tout cela sans préjudice de l'étude des arts et métiers, de la chimie et de ses précieux résultats ; sans préjudice de l'écriture et du dessin, de la géographie universelle et de l'histoire tant

ancienne que moderne, sans préjudice de la langue française, quelquefois même des langues anglaise et allemande, et d'un peu de latin; sans préjudice encore de la musique et du blason, de la danse et de l'escrime, du manège et surtout de la natation ^ (VÉducation publique y par l'abbé Proyart.)

Rapprochons de cet extrait les lignes suivantes empruntées au livre de M. Allain :

« Une seule idée a survécu à cette cruelle expérience (des écoles de la Révolution), parce que cette idée était juste et féconde; j'entends Télargissement des programmes et Tintroduction effective des études scientifiques dansTenseignement secondaire. Mais cette idée était dans Tair et on travaillait activement à sa réalisation bien avant l'arrivée aux affaires des pédagogues de la Convention. » Est-ce à des principaux comme Tabbé Proyart que M. Allain prête des tendances si libérales? Notez que cet écrivain est présenté comme un novateur par les partisans des anciennes institutions.

1. « Nous lisons, dans un ouvrage qui vient de paraître sur l'éducation publique, que le moment est venu d'ouvrir à la chimie la porte de nos collèges, de dresser des fourneaux dans nos classes, d'y agiter les soufflets, d'initier nos écoliers à la doctrine des gaz, etc., etc. »

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A la faveur du discrédit où sont tombés les collèges, des maisons libres d'éducation se créent de toutes parts.

Au milieu du mécontentement général et à la faveur du discrédit où sont tombés la plupart des collèges, des particuliers ont fait des spéculations de fortune sur l'éducation de la jeunesse, et qui n'a pas d*état aujourd'hui s'en fait un de celui d'instituteur. De là ces annonces pompeuses que nous voyons circuler dans le public, ces plans d'études abrégées, ces méthodes sûres et faciles pour former la jeunesse ; de là ces enseignes scolastiques qui nous frappent surtout à l'entrée de nos grandes villes. Ici c'est un cours de mathématiques, là une pension militaire ou bien une écok académique. Ce n'est pas tout encore; certaines époques de l'année les plus favorables, vous verriez les maîtres de ces gymnase s , en équipage étoffé, parcourir les villes et les bourgades de leurs arrondissements, faire offre aux pères de famille de leurs soins désintéressés, leur présenter d'une main le prospectus de leur savoir-faire et de l'autre une liste enflée des noms de tous les élèves de distinction qu'on leur a promis. C'est ainsi que dans les épidémies, et lorsque les médecins de profession n'opposent plus au mal que des remèdes inefficaces, nous voyons les charlatans croître en nombre et redoubler d'audace. Mais le charlatanisme n'en impose que pour un temps et le public trompé revient de son erreur. Se fiant à des promesses magnifiques et d'autant plus volontiers qu'elles étaient opposées aux reproches mérités par nos collèges, des pères de famille se sont déterminés d'abord à confier leurs enfants à ces instituteurs nouveaux. Ils ont examiné ensuite, ils ont comparé et le résultat de leur observation n'a pu les conduire qu'à douter si le moins estimé de nos collèges n'était pas préférable à la pension la plus vantée. Les choses en sont aujourd'hui au point que le désespoir d'un homme de bien qui connaît le prix de l'éducation, c'est de se voir père de quelques enfants en âge de la

recevoir. De quelque côté qu'il porte ses regards, il n'aperçoit que des abus, il ne découvre que des dangers ; et s'il est encore une maison entre mille qu'il juge digne de sa confiance, elle est située peut-êlre à cent lieues du pays qu'il habite. {V Éducation publique, par l'abbé Proyabt.)

Rigoley de Juvigny s'associe, mais avec plus de vivacité encore et sur un ton déclamatoire, aux doléances de Proyart.

Les nouveaux philosophes n'ont pas toujours été aussi hardis qu'ils le sont aujourd'hui. 11 fut un temps où ils disaient entre eux : « Ne nous exposons point trop ; allons sourdement à notre but, sans courir au martyre. » L'époque de leur règne est aisée à fixer. Protégés, favorisés par les circonstances, ils ont enfin, sans crainte, déployé leur étendard. Au bruit de leur clameur une multitude de maisons d'éducation se sont élevées et les collèges sont devenus déserts. Le croirat-ori?La noblesse, la bourgeoisie, la stupide opulence ont été séduites par le charlatanisme de ces nouvelles institutions où tout est enseigné, hors ce qu'il faut savoir, où tous les succès sont affichés, étalés sur la porte, mais où l'ignorance professe dans Tintérieur. Nous en avons été témoin nousmême plus d'une fois. Ce n'est pas que le prix des pensions des élèves ne fût excessif*, ce qui prouve, il est vrai, l'opulence et non le discernement des parents. Cette fameuse éducation se réduit cependant à donner aux enfants une espèce d'uniforme militaire, à les mettre sous les armes, à faire faire à tous ces mirmidons indistinctement l'exercice, comme si les enfants d'un bourgeois ou d'un homme qui n'a d'autre litre que ses richesses, étaient destinés à commander les armées. C'est pourtant ce qu'on y enseigne avec le plus

4. II y a plusieurs de ces maisons où Ton paie mille ëcus de pension, par an, pour chaque élève.

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de soin et d'exactitude. Du reste, à quels maîtres ces pauvres enfants sont-ils abandonnés? Quelle culture leur cœur et leur esprit y reçoivent-ils? A peine y connalt-on et leur apprend-on les éléments des langues savantes? A cet égard la sottise est portée si loin que les parents disent tout naturellement ; A quoi servent le latin et le grec? Nous ne vouions point faire des savants de nos enfants. Mais au moins faulril qu'ils soient instruits! La musique, la danse, le dessin, les exercices sont des accessoires en eux-mêmes, et si vou? préférez les talents de pur agrément aux talents solides et nécessaires, que vous êtes aveugles et que vos enfants sont à plaindre!...

On se plaint de l'éducation publique! Et quelle éducation plus absurde et plus funeste que celle de ces écoles particulières où l'on néglige Tétude des lettres, où l'on n'occupe la jeunesse qu'à des niaiseries, où la perte de temps est la moindre qu'on ait à regretter! Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'on regarde comme perdues les années que Ton passe au collège et que Ton ne s'aperçoit pas que c'est absolument le même nombre d'années que l'on consacre aux maisons d'éducation! (De /a décadence des lettres et des mœurs, par RiGOLEY DE JuviGNY, Conseiller au parlement de Metz, de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, un vol. in-8. Paris, Merigot le jeune, 1787.)

Rigoley de Juvigny n'est pas partisan des nouveautés. Voici comme il parle, dans le même livre, des aérostats :

« A quoi cette découverte peut-elle être bonne? De quelle utilité sera-t-elle? Si elle vaut la peine d'être suivie par les physiciens, ce ne sera jamais que par curiosité, comme bien d'autres expériences qui n'ont pas d'autre but. Mérite-t-elle cet enthou-

siasme qu'elle a excité? N'est-ce pas une extravagance de plus à laquelle ce siècle philosophe s'est livré? »

En fait d'innovation, notre auteur préférerait le rappel des Jésuites. Après avoir dit (page 289) : « Pélisson a droit au moins à la gloire de Pascal, » il devait ajouter (page 473) : « Aurait-on aussi de grands reproches à faire à cette savante compagnie, éteinte depuis peu, dont les écoles étaient remplies de la jeunesse la plus brillante et la plus précieuse de la nation? Son zèle pour renseignement des belles-lettres et de la religion s'est-il jamais démenti? N'a-t-elle pas fourni à TÉtat un très grand nombre d'hommes du premier mérite, dans TÉglise, dans le militaire, dans la robe, et dans les sciences et les lettres? Si les écoles publiques sont tombées, si elles sont déchues de la splendeur dont elles brillaient autrefois; si les sages modérateurs de ces études ne jouissent plus de la considération que leurs nobles fonctions exigent, à qui s'en prendre, si ce n'est à l'esprit de ce siècle, destructeur impitoyable de tout bien ; à ces hardis novateurs, intéressés à empoisonner le cœur et l'esprit de la jeunesse de leurs fausses et dangereuses maximes? »

Les Jésuites alors n'étaient plus à craindre et un plaidoyer en faveur de l'enseignement public ne

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pouvait déplaire à l'Université ; aussi le recteur de Paris, à qui l'auteur avait communiqué son travail, lui répondit le 19 janvier 1787, en ces termes empreints d'une certaine mélancolie :

« Votre livre est la meilleure réponse que TUniversité puisse faire aux détracteurs de ses études. Il nous venge des clameurs de l'ignorance et du charlatanisme ; et il est fait pour ramener au goût du vrai, et de la saine raison, tous ceux qu'auraient pu égarer les fausses lueurs d'une vaine philosophie. Puissiez-vous, Monsieur, être vous-même le témoin de cette heureuse révolution ! »

Encore un passage à signaler à M. AUain! L'Université ne savait que gémir, elle était incapable de se réformer. Il est naturellement question dans le nouveau livre de M. Allain des droits du père de famille. Nous ne résistons pas au plaisir d'emprunter à ce sujet quelques lignes édifiantes à un livre du R. P. Alard, de la Compagnie de Jésus. Le premier de ces morceaux est une apologie de la verge, qui, paraît-il, nous vient directement de Dieu, comme toutes les bonnes choses de ce monde.

On attribue à Dieu la verge comme à un bon père et à un bon maître, je le dis après Isaïe : Egredietur virga de radice Jesse. Il sortira (dit ce prophète) une verge de la racine de Jessé, et il ajoute un peu après :Ei percutiet terram virga oris

sui, 11 frappera la terre de la verge de sa bouche. Saint Clément Alexandrin semble en donner la raison quand il dit : « C'est afin que ceux qui ne veulent pas guarir par les admonitions, ils s'amendent au moins par les menaces, mais si cecy ne profite pas, la verge les rendra meilleurs : autrement le feu dévorant sera pour le dernier remède. »

Je dirai hardiment que la verge do père de famille est plus miraculeuse que la verge de Moyse, car si celle-ci a ouvert le chemin parmi la mer Rouge aux enfans d'Israël, pour les conduire par icelle sains et saufs, celle-là fait que les enfans ne sont abimés dans la mer Rouge des flammes d'enfer.

(Le père de famille et ses obligations, par le R. P. Alard Lb Roy de la Compagnie de Jésus, 1 vol. in-8, à Liège chez Bauduin Bronchart, imp. proche des PP. Jésuites, 1642, page 238.)

Je dois dire que le Révérend Jésuite conseille au père de famille de ne manier Tinstrument sacré qu'avec modération, mais c'est là sans doute un agréable euphémisme. De même M. AUain voit, dans l'élection aux Conseils du Directoire de royalistes intransigeants, l'avènement des modérés.

Voici un autre passage dans lequel l'autorité paternelle est présentée sous un jour tout particulier :

Vous permettez, voire, vous poussez, je n'ose dire que vous contraignez vos enfans malotrus de se rendre au plustost dans quelque religion. Mais avez-vous un enfant bien fait qui se veut faire religieux, c'est aussitost à Tassaillir à l'entrée de son bien-faire, à s'efforcer de bouleverser le bon dessein qu'il va prendre, c'est de luy dissuader de s'en fer-

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mer entre quatre murailles. Si c'est un garsou, vous lui dites qu'il peut estre un habil advocat, ou exercer quelque magistrature; si c'est une fille, qu'elle peut trouver un mariage honorable, veu que tant d'hommes de marque, Yoire des cavaliers, la courtisent et la demandent à mains jointes pour femme.

Ah ! fils, ah I filles, bouchez au plusto&t vos oreilles à ces voix charmantes, à ces siffiemens de serpent, qui vous feraient peut estre mourir d'une mort éternelle; si Dieu vous appelle, et vous inspire de prendre l'habit religieux, obéis-& sez plustost à Dieu qu'aux hommes : Licet sparso crine et scissis vestibuSy ubera quitus te nuirierat mater ostcndat ; licet in limine pater jaceat ; percalcatum perge patrem, siccis ocuHs, ad vexillum cruds evola, Solum pietatis genus est in hac re esse audelem. Encore bien, dit Saint Hierosme {Epist. ad Heliodorum) que vostre mère, ayant les cheveux épars et les habits deschirés vous monstre les mamelles que vous avez sucées; encore que vostre père se met à travers la porte, pour vous retirer du service de Dieu, marchez-lui sur le ventre et sans pleurer courez vistement vers l'estendart de la croix; c'est une piété d'estre cruel en un tel fait. (Le père de famille, par le R. P. Alard, p. t89.)

Singulier homme que ce Père Alard ! Ses écrits justifient tout le bien et tout le mal qu'on peut dire des Jésuites. A côté de cette page, d'un fanatisme exalté, on en rencontre d'autres remplies de conseils excellents.

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