‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 44 sur 55 · NOMBRE DES COMMISSIONS · texte numérisé non relu

NOMBRE DES COMMISSIONS

QUI SE SONT RÉUNIES PENDANT LES ONZE MOIS DE CLASSE DE l'aNN^E 1886.

il fois sur 11 14 15

ET LES COMMISSIONS SCOLAIRES. 3ol

La loi du 30 octobre i886, ajoute l'inspecteur, a légèrement modifié le fonctionnement des commissions scolaires. Ces modifications sont-elles de nature à remédier à l'état de choses actuel qui motive nos plaintes en facilitant l'application de la loi? Nous le souhaitons sans oser Tespérer,

Dira-t-on que la fréquentation des écoles est au moins à peu près suffisante dans la plupart des départements? Tous les renseignements administratifs prouvent le contraire. Assez bonne dans les départements de TEst, passable dans ceux du Nord, médiocre ou mauvaise dans ceux du Midi et de rOuest, elle n'est entièrement satisfaisante nulle part. L'obligation serait partout non pas une vexation inutile, comme certains le prétendent, mais une mesure sociale de la plus haute et évidente nécessité. Citons à ce sujet quelques rapports (on pourrait les citer tous) qui indiquent d'une part quelles sont les causes variées qui s'opposent à la fréquentation, et qui mettent en garde, d'autre part, contre les conclusions peu exactes qu'on pourrait tirer à la légère des statistiques générales; grâce aux mesures administratives, le plus grand nombre des enfants d'âge scolaire sont inscrits à une école publique ou privée ; mais partout ou presque partout Vassiduité laisse énormément à désirer. Très rarement les enfants reçoivent le mini-

mum d'instruction prévu par l'article !•' de la loi du 28 mars 1.883.

Qu'on lise plutôt les extraits des rapports :

Gironde. — Il ne faut pas confondre les inscriptions avec les présences effeclives. Presque tous les noms des enfants d'âge scolaire sont inscrits sur les registres matricules des écoles. Mais trop de familles se croient quittes envers leurs enfants et envers la loi quand elles ont rempli cette formalité. L'enfant est inscrit à l'école; mais au moindre prétexte on le retient à la maison, et il est reconnu qu'une classe manquée fait perdre le fruit de plusieurs jours de fréquentalion. C'est ici que l'intervention des commissions scolaires serait efficace. Nous comprenons leur mission non point comme l'accomplissement d'un mandat sévère, mais comme l'exercice bienveillant d'une magistrature familière et paternelle ne rendant pas d'arrêt, mais donnant des conseils affectueux. C'est avec un regret réel que nous constatons l'inaction trop générale de ces commissions. Aussi qu'arrivet-il? Quoique le chiffre de la population scolaire augmente , la fréquentation et redevenue à peu près aussi irrégulière qu'autrefois. A ce point de vue, la loi du 28 mars 1882 est restée lettre morte dans la généralité des communes rurales.

Haute-Marne. — En dépit de la loi du 28 mars 1882, le chiffre effrayant des absences grossit toujours. De 1 461 027 en 1886, il a été en 1887 de 1 478 367. La moyenne des présences effeclives par classe et par demi-jour s'est abaissée à 24,80. Dans la plupart des écoles, l'effectif se réduit à la moitié ou au tiers dès la fin d'avril. Il m'est arrivé de trouver 6 élèves présents dans une école qui en compte 50 régulièrement inscrits... Le seul remède au mal serait dans l'application rigoureuse de la loi ; mais la loi reste lettre morte et les commissions scolaires qui ont pour mission de l'appli-

quer se dérobent à ce devoir. De crainte de mécontenter un parent, un électeur, un ami, on aime mieux fermer les yeux, sauf à se plaindre un jour du peu de résultats qu'obtient l'instituteur dans une école, où on ne l'aide pas à faire venir et à retenir les enfants.

Aude. — Les écoles sont si bien mises à la portée des enfants d'âge scolaire, et elles sont généralement si appropriées à leur destination qu*,on peut affirmer que la loi sur l'obligation est applicable dans notre département. Et pourtant elle est loin d'être respectée. C'est douloureux à constater. Le nombre des enfants qui s'exonèrent complètement de l'obligation n'est pas élevé, mais la fréquentation est loin d'être régulière. Elle est de 20 p. 100 dans la circonscription de Narbonne, de 50 et même de 60 p. 100 dans telle autre commune des autres circonscriptions. A qui s'en prendre? Une grosse part de responsabilité incombe aux commissions scolaires. Dans la plupart des communes, elles ne font rien, absolument rien pour assurer même un semblant d'exécution de la loi; dans plusieurs, elles ne sont même pas constituées.

Jura. — Si l'on enlevait du total général des présences celle des enfants de quatre à six ans et celle des élèves des écoles urbaines de manière à ne considérer que les enfants d'âge scolaire des écoles rurales, on arriverait à des résultats absolument mauvais. Dans certaines parties de l'arrondissement de Dôle et sur le premier plateau, dans une parlie de l'arrondissement de Saint-Claude, sur iOO enfante des campagnes âgés de six à treize ans, il n'en est peut-iHre pas 15 qui fréquentent les écoles en été.

Sans doute, il est nécessaire que ces enfanis prennent part aux travaux de leurs parents afindje soulager ceux-ci et de s'habituer, de bonne heure au labeur des champs ; aussi l'administration n'hésite-t-elle pas à déplacer les heures de

ÉDUCATION NOUVELLE. — 11 r. -'^

classe en vue de la garde dubétai], à accorder des dispenses à l'époque de la fenaison et de la moisson, mais en tout autre temps la fréquentation pourrait être meilleure, sans que les travaux des champs fussent entravés.

Depuis le jour où j'ai vu, m'écrit M. l'inspecteur de Dôle, 15 enfants gardant 20 tètes de bétail sur un même terrain communal, je suis convaincu de la mauvaise volonté ou d'une négligence très coupable des familles çn ce qui concerne rinstruction de leurs enfants.

Que font les commissions scolaires pour combattre cette indifférence formelle? Â part quelques très honorables exceptions, elles continuent, comme par le passé, à ne pas agir lorsqu'elles ne sont pas hostiles.

La loi du 30 octobre 1886 a légèrement modifié, il est vrai, celle du 28 mars 1882, en ce qui concerne le mode de fonctionnement de ces commissions. Mais la procédure à suivre est longue et compliquée et resterîa inefficace là où la commission scolaire manque de fermeté et de bon vouloir.

Hautes-Pyrénées. — Presque tous les enfants de six à treize ans inscrits sur le registre matricule ont paru dans les écoles. C'est sans doute un résultat satisfaisant, mais la fréquentation est des plus irrégulières et des plus intermittentes. Telle école qui est pleine durant les mois d'hiver, est presque vide l'été. Si aucun enfant ne reste complètement illettré, la plupart ne reçoivent qu'une faible part de l'enseignement prévu par la loi et par les programmes. L'instruction se trouve ainsi réduite à un minimum insuffisan et demeure au-dessous du niveau réglementaire. J'ai déjà signalé les causes principales de cette situation, nécessité où se trouvent beaucoup de parents d'employer leurs enfants à la garde des troupeaux ou aux travaux des champs ; indifférence des familles, abstention des commissions scolaires.

L'inspecteur de la Lozère, tout en constatant une très légère amélioration sur les années précédentes (1889), explique ainsi les causes de la fréquentation irrégulière :

On sait comment les classes sont remplies pendant l'hiver, comment il n'y a alors d'autres absences que celles imposées par la difficulté des communications pendant les mauvais temps ; on sait aussi comment, l'été venu, les désertions commencent et comment les parents sacrifient à un profit immédiat, mais fort mince, les avantages que leurs enfants trouveraient dans les études suivies et les retirent de l'école pour les envoyer garder les bestiaux. C'est là un mal difQcile à combattre.

Il faut avouer que la loi sur l'obligation reste à peu près ici comme non avenue: la faute en est aux commissions scolaires qui montrent une coupable apathie et dont la plupart ne se réunissent jamais. Souvent même, MM. les inspecteurs primaires n'obtiennent qu'à grand'peine de certaines municipalités les listes d'inscription qui doivent être fournies au commencement de l'année.

Voici, pour conclure sur une impression moins fâcheuse, un des rapports les plus favorables (et ceux de ce genre sont très rares). Il concerne le département de risère :

La proportion des , absences, qui s'élève à 14,86 p. 100 pendant le mois de décembre, descend à 9,10 p. 100 pendant le mois de juin suivant. En somme, la fréquentation scolaire ne laisse pas beaucoup à désirer dans le département de l'Isère; il y a lieu de croire que la situation, sous ce rapport, serait encore meilleure si les commissions sco-

laires fonctionnaient régulièrement ou si, quand elles fonctionnent, elles se montraient moins indulgentes.

Remarquons enfin que ce n'est guère que dans les écoles publiques qu'on peut recueillir des données exactes ou approximatives; et les écoles libres sont très nombreuses. C'est là précisément que se cachent les défaillances qu'il faudrait atteindre et réprimer.

Il nous semble que la question est tranchée.

L'obligation est indispensable pour assurer l'assiduité, et les commissions scolaires sont impuissantes à faire respecter l'obligation.

Nous parlons surtout des campagnes. Dans les villes, la situation doit être meilleure, sans être excellente.

Après avoir reconnu que l'obligation n'était pas appliquée dans l'ensemble du département, l'inspecteur d'académie du Rhône poursuit en ces termes :

La loi du 28 mars 1882 est appliquée dans les six arrondissements de la ville de Lyon. Les membres des six commissions scolaires ne se contentent pas d'assister très assidûment aux réunions mensuelles, mais ils font des enquêtes à domicile pour contrôler l'exactitude des motifs allégués pour les dispenses et en môme temps pour venir en aide aux enfants indigents.

A notre regret, nous ne pouvons faire des citations analogues pour les autres grandes villes de France. Quelques rapports mentionnent des cas isolés du même genre, mais très sommairement et en termes assez vagues.

Pour Paris nous trouvons un certain nombre de renseignements d'un grand intérêt, dans le rapport présenté au Conseil municipal, le 14 décembre 1888, par M. A. Lavy au nom de la quatrième Commission sur le fonctionnement des commissions scolaires. Faute de données suffisantes, nous nous abstenons de formuler un avis sur les critiques très acerbes du rapporteur et sur les conclusions du rapport. Nous nous bornons à publier ici quelques extraits à titre de renseignement.

Dans sa séance du 28 décembre 1886, le conseil avait invité l'Administration à demander à chacune des commissions scolaires des vingt arrondissements de Paris un rapport détaillé : 1** sur son fonctionnement depuis son élection; 2** sur les mesures prises ou sur celles qu'elle proposait pour assurer rassiduité scolaire, et l'exécution de la loi sur l'obligation.

Voici les données que le rapporteur a pu extraire de ces documents :

Page 1