‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 5 sur 55 · AU POINT DE VUE POLITIQUE ET SOCIAL · texte numérisé non relu

AU POINT DE VUE POLITIQUE ET SOCIAL

LBÇON INAUaURALB A l'BCOLB LIBBB DBS 8CIBNCBS POLITIQUES (15 JANVIBR 1889)

Messieurs,

C'est un honneur et une joie pour moi d'êlre appelé, par la bienveillance et l'amitié de notre éminent directeur, à inaugurer un enseignement nouveau, devant un public choisi, dans cette grande École libre des Sciences politiques dont je suis un des plus anciens élèves, je puis même dire un élève de la première heure. Oui, c'est avec une douce satisfaction et un sincère sentiment d'admiration pour l'esprit génial qui a su grouper ici, par les seules

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ressources de Tinitiative privée, tant de forces morales au service de la patrie et de la science, que je me rappelle les modestes débuts de cet Institut dans les rues Taranne et de l'Abbaye, ces salles si tristes et si sombres, cette cour si maussade et si humide, qui suffisait cepepdant aux promenades de péripatéticiens où, mes camarades et moi, nous démontions une à une, pour les reconstruire sur une base idéale, toutes les parties de l'édifice social. C'était le beau temps de la jeunesse et de Tespérance. Nous pensions à la patrie, éprouvée par de cruels revers; nous rêvions pour elle un avenir digne de son passé glorieux, et notre juvénile enthousiasme s'enûammait à Tidée de travailler, dans la mesure de nos forces, et par la vertu de notre foi ardente et désintéressée, à son relèvement et à sa grandeur.

C'est à ces mêmes sentiments, qui ne sont pas éteints dans vos âmes, que je m'adresse aujourd'hui, dans cet auditoire où j'aperçois des maîtres respectés, d'anciens et chers camarades, et où j'aimerais à me faire de nouveaux amis.

Et puisque je me tourne un moment vers les jours écoulés, permettez-moi d'entrer en matière en rappelant ici un autre souvenir de jeunesse qui n'est pas étranger à ce cours, puisqu'il en a fait naître en moi le désir et l'idée.

J'avais suivi renseignement de FÉcole des sciences politiques pendant près de deux ans, lorsque je sentis Timpérieux besoin de compléter mon éducation par une série de voyages à l'étranger. J'allai d'abord en Allemagne avec Tintenlion d'apprendre la langue allemande, dont je ne connaissais alors, bien que Strasbourgeois, que les premiers éléments. Ce voyage, entrepris dans des circonstances assez difficiles, avec les souvenirs récents et si pénibles que vous savez, fut cependant pour moi une époque de renaissance morale et intellectuelle, féconde en enseignements de toutes sortes. Je parcourus l'Allemagne dans tous les sens, et chaque jour avec un intérêt plus vif. Je me sentais transporté dans un monde nouveau , à Sparte au sortir d'Athènes, et mon esprit, sollicité par tant d'objets divers, instituait de perpétuelles comparaisons entre ce peuple que j'apprenais à estimer, un peu malgré moi, et mon pays que l'éloignemeut me rendait plus désirable et plus cher. Après une longue station à Hanovre, où je rencontrai des sympathies inspirées par des douleurs communes, je séjournai successivement à Leipzig, à léna, à Berlin^ et pour ne parler que dé ces villes académiques (car je visitai plus tard toutes les autres, grandes et petites), je ne pus m'empêcher, en fréquentant avec

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assiduité ces célèbres et florissantes Universités, de les désirer et même (pardonnez-moi Texpression) de les envier pour mon pays. Etudiant à Paris, j'avais entrevu, en faisant mes études de droit, les cours les plus renommés du Collège de France, de rÉcole des beaux-arts, des Facultés des lettres et des sciences, même ceux de théologie et de médecine, et je demeurai frappé de la supériorité des grands centres universitaires allemands, sur nos enseignements parisiens, si variés cependant, animés par Fesprit et Téloquence des maîtres les plus distingués, mais si mal coordonnés, si dispersés, si peu fréquentés et utilisés par la majeure partie de notre jeunesse studieuse. Notre Sorbonne, en particulier, n'était pas alors ce qu'elle est aujourd'hui. Son enseignement, assez superficiel, attirait plus d'auditeurs de passage que de vrais étudiants; et les réformes, entreprises avec tant d'à-propos et de tact par un directeur éminent de l'instruction publique, M. Du Mesnil, poursuivies depuis par le regretté Dumont, cet esprit si perspicace, si fin et si souple, avec une persévérance et un dévouement admirables, et menées à terme grâce à l'énergie d'un ministre clairvoyant* et d'un directeur dont je dirai seulement, qu'avec des qualités d'un autre

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