‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 6 sur 55 · M. Goblct · texte numérisé non relu

M. Goblct

ordre qui le distinguent nettement de ses devanciers, il en est et restera le digne successeur ; ces réformes, dis-je, étaient encore à l'état de germe, inaperçues, et n'avaient produit ni leurs fleurs ni leurs fruits. En Allemagne, je trouvai renseignement supérieur en pleine maturité, et je ne puis mieux exprimer l'impression que produisit sur moi cette intensité de travail intellectuel et scientifique, qu'en la comparant à l'animation fiévreuse d'une ruche ou d'une fourmilière, ou, pour parler des espèces supérieures, à l'activité industrielle d'une forge ou d'une filature.

Je me suis souvent demandé, depuis, pourquoi nos Universités, avec les privilèges parfois excessifs dont elles ont joui pendant des siècles, étaient tombées comme en langueur dans notre ancienne France ; tandis que les Universités étrangères, particulièrement celles d'Allemagne et des Pays-Bas, avaient su s'organiser si puissamment et se maintenir si longtemps et jusqu'à nos jours, malgré les guerres civiles, les invasions, les révolutions, les calamités et les bouleversements de toutes sortes. En rapprochant, de notre histoire, relativement si simple et si brillante, l'histoire si confuse, si troublée de ces peuples, j'arrivai à cette conclusion que la décadence de nos écoles, si célèbres à un moment

du moyen âge, fréquentées alors et comme envahies par une multitude de clercs et d'écoliers, accourus de toutes les contrées du monde ; que cette décadence était due, en partie peut-être, au génie inquiet de notre race, capable sans doute — et même à un degré remarquable — d'initiatives ingénieuses et utiles, mais peu propre, par sa mobilité même, à persévérer longtemps dans les mêmes entreprises; en partie aussi, il faut bien le reconnaître, à rindifférence presque constante de nos rois, dont la politique, en ces hautes et graves ques* tions (comme l'observait un de nos grands maîtres en Sorbonne, à l'occasion d'une thèse récente) *, a toujours été indécise, vacillante, et sans principes arrêtés; qui ont trop souvent abandonné les Universités à elles-mêmes, leur opposant la concurrence si redoutable des Jésuites, qu'ils expulsaient sans motifs, après les avoir protégés sans mesure; exploitant dans leur intérêt les forces sociales, qu'ils eussent dû faire servir au bien-être général; et, finalementy écrasés eux-mêmes sous les débris des libres institutions que leur égôïsme et leur imprévoyance avaient laissées tomber en ruines; exemple mémorable, et qui devrait prouver aux esprits les plus prévenus que le despotisme est un mal pour

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