‹ L'éducation nouvelle: études de pédagogie comparéeChapitre 8 sur 55 · OBJET ET CARACTERE DU COURS · texte numérisé non relu

OBJET ET CARACTERE DU COURS

État de l'instruction publique en 1789. — L enseignement sous la Révolution. — L'Université impériale et le monopole. — La loi Guizot. — Discussions parlementaires sous le gouvernement de Juillet. — Loi de 1850. — La législation scolaire sous la troisième République.

Organisation générale actuelle. — Les trois degrés d'enseignement ; leur rôle au point de vue politique et social.

Enseignement primaire, — Programmes; obligation; gratuité; laïcité; Tesprit de renseignement; comparaison avec l'étranger (France, Allemagne, Suisse, Amérique).

Enseignement secondaire, — Discipline et internat (France et Angleterre). — Programmes : enseignement classique et enseignement moderne. — Les écoles commerciales et industrielles. — L'enseignement secondaire des jeunes filles.

Enseignement supérieur, — Facultés françaises et Universités étrangères. — Les grandes écoles et le système universitaire. — Recmtement du personnel. — Libertés et privilèges académiques-

De la sécularisation et de la liberté de l'enseignement (historique et état actuel). — Enseignement libre, son esprit, ses ressources, son utilité. — Libertés municipales (Paris et Berlin). — Statistiques et budget des écoles publiques et privées. — Les examens d'État : baccalauréat, certificats exigés à l'entrée des diverses carrières.

Conclusions. — L'État et l'enseignement. — Progrès accomplis

Assurément le sujet est immense et magnifique; et même, à ne considérer que les derniers siècles de notre ère, il est besoin de faire un grand effort d*imagination pour fixer en traits nets et précis Tondoyante image qui se développe sans fin devant nos yeux. L'histoire des faits, c'est-à-dire des écoles et des études, Thistoire des doctrines, des programmes, des méthodes, dans tous les pays et en toutes les langues*; enfin Forganisation contemporaine, placée dans le milieu politique et social, et considérée tour à tour dans ses rapports avec l'individu, la famille, la commune, FÉtat et le monde civilisé ; tant de sources imprimées ou manuscrites à consulter : ces fines miniatures et ces grossières estampes, témoins naïfs mais peu prolixes des anciens temps, ces chartes et ces parchemins réunis et conservés dans nos archives ; et, depuis la découverte de l'imprimerie, cette multitude d'écrits relatifs à l'éducation, histoires générales, monographies, traités théoriques, manuels, comptes

et lacunes à combler. — Réformes proposées. — Esquisse d'uu plan général d'éducation.

1 . Cette histoire dispose à l'indulgence et invite à la circonspect tion; elle nous apprend que le présent raut souvent mieux que le passé, mais aussi que bien des réformes, dont on attend de grands résultats, ont déjà été tentées et n'ont rien produit. A la vérité, il y a un moment pour tout, qu'il faut saisir mais qu'on ne peudevancer.

rendus des Chambres, recueils de lois et de règlementS; rapports administratifs, statistiques, sans parler des harangues académiques, des discours ministériels, et d'une énorme quantité de brochures et de pamphlets relatifs aux questions les plus diverses, n'est-ce pas, pour qui essaye d'évoquer ce monde de faits, de documents et d'idées, une conception à terrifier la pensée?

Rassurez-vous, Messieurs; notre ambition est plus modeste. Nous ne nous occuperons ni de l'histoire des doctrines, ni de celle des méthodes. Nous laisserons, — non sans regret, — à d'autres le côté moral et psycho-physiologique de l'éducation, l'étude de l'enfant, de ses aptitudes diverses et du développement de ses facultés. Certes, il serait d'un haut intérêt de répéter l'expérience faite par un professeur d'Iéna — plus savant que père — au berceau de son fils ; d'épier, le crayon à la main, les premiers bégaiements de la pensée humaine, les premiers regards, les premiers gestes de ce petit être, si près de la nature, pur et frais comme une fleur sous la rosée du matin. Mais le temps nous est limité et nous devons nous borner.

Avec les programmes, où se révèle l'esprit de l'enseignement, nous entrons dans la politique, dans la sphère de l'État qu'il convient ici de définir.

i6 L'ENSEIGNEMENT

L'État est, pour nous, Tensemble des institutions qui fonctionnent dans l'intérêt commun de tous les citoyens. C'est la force mise au service de Tordre et de la justice. A aucun moment de l'histoire, l'État ne s'est complètement désintéressé de l'instruction des membres qui le composent. Nous examinerons quel a été son rôle dans le passé, quelle est sa mission dans le présent.

L'Église, — on le sait, — réclame, elle aussi, la direction des âmes, et dans le cours des temps, ces deux puissances, la temporelle et la spirituelle, se sont trouvées plus d'une fois en conflit. Cet antagonisme subsiste de nos jours; car, ni l'homme ni la société ne peuvent avoir deux maîtres. Là où la lutte s'engage pour la domination, l^accord est impossible.

Il n'est pas si facile de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Au moyen âge, l'Église, représentée par la papauté, a paru un moment l'emporter. — Sous la terreur de Texcommunicalion, elle courbait les tètes les plus hautes, — les rois et les empereurs. — Aujourd'hui le pouvoir civil a reconquis, peu à peu, son indépendance. La fierté est venue aux peuples avec l'exercice de la liberté et le sentiment national. Presque nulle part aujourd'hui le chef de l'État

ne peut dire : « L'Etat, c'est moi. » L'État, c'est tout le monde, et on n*excommunie pas tout le monde.

Cette grande loi, quelques-uns disent cette dure loi, de la sécularisation, domine toute l'histoire de l'enseignement dans le monde civilisé. C'est une force implacable, sans cesse grandissante et dont l'essor, à cette heure, est irrésistible.

En dehors des questions religieuses, les événements de la politique intérieure et extérieure des Etats, guerres, révolutions ou même simples changements de ministères, ont eu une action passagère ou durable, quelquefois même décisive, sur l'organisation et la direction de l'enseignement dans l'Europe contemporaine*. Cela vaut la peine d'être remarqué et examiné de près, car il ne s'agit pas seulement de ces grands courants, comme la Réforme ou la Démocratie, dont l'impulsion est fatale et dont les effets inévitables se feront sentir, tôt ou tard, dans tous les pays; mais d'événe-

1. Il a été dit et répété cent fois que Téducation a une influence considérable sur la politique et sur la stabilité des gouTcrnements; les théories de Platon et d'Aristote, de Hobbes et de Rousseau sont bien connues et j'aurai à les rappeler lorsque j'examinerai l'organisation de l'enseignement public à ses divers degrés et que je rechercherai une conciliation équitable entre les principes extrêmes du monopole d'État et de la liberté absolue.

ments accidentels qui pouvaient ne pas arriver ou prendre une direction différente et qui ont modifié arbitrairement l'orientation de Pinstruction publique, comme Tart capricieux de Thomme peut détourner le cours naturel des ruisseaux ou des fleuves.

Les exemples s'offrent à nous de toutes parts; nous en citerons quelques-uns.

L'établissement du suffrage universel aux États- Unis, en Suisse et en France, a eu pour conséquence, pour des raisons faciles à comprendre, d'imprimer une énorme impulsion à l'instruction populaire dans ces divers pays. Mais les éblouissantes victoires de Napoléon, au commencement de ce siècle, et la destruction momentanée de la puissance prussienne, ont produit dans cette nation, par suite de circonstances toutes fortuites, les mêmes résultats. Il s'est trouvé à cette époque, à la tête de ce peuple, une dynastie éclairée, qui, avec le concours de quelques bons citoyens, a conçu et exécuté la grande pensée de réparer les pertes matérielles de la nation en ravivant ses forces intellectuelles et morales*.

1. C'est par un acte de cabinet du 10 août 1809 que fut créée l'Université de Berlin. C'est pendant l'hiver de 1807 à 1808 que Fichte prononça, dans la capitale prussienne, ses Discours à la nation allemande. C'est encore à la même époque que le ministre

L'histoire enregistre, dans ses fastes sanglaatd; nombre de victoires et de défaite», mais bien peu de ces résolutions viriles et patriotiques. L'effet s'en fait sentir encore aujourd'hui, et cependant figurez* vous sur le trône, à cette date, quelque autre de ces princes que la Prusse a connus, les événements auraient-ils pris le même tour, et ne faut-il pas reconnaître là un de ces jeux si fréquents de la for* tune et du hasard? • «

Autre exemple. L'Université impériale, création de génie pour les uns, œuvre de despotisme pour les autres, dont nous étudierons ensemble les origines si curieuses et si mal connues dans le détail, --^ l'Université impériale, avec sa hiérarchie, sa forme corporative, son monopole formidable, et les programmes d'études si arriérés de ses lycées, est une institution extraordinaire et bien faite pour surprendre dans un siècle d'économistes, de philoso*

d'État d'Altenstein écrivait à Pestalozzi : « Sa Majesté le roi von»lant qu'on travaille activement au projet de l'éducation populaire, l'objet de votre constante sollicitude, m'a chargé, comme ministre, de la direction des affaires scolaires dans les provinces prussiennes de ses États. Pleinement convaincu de la grande valeur de la méthode que vous avez inventée et si heureusement mise en pratique, j'ai l'intention, en introduisant cette méthode dans nos écoles élémentaires, de provoquer une réforme complète de l'instruction publique dans nos provinces royales et j'en attends une influence salutaire sur le développement du peuple... »

phes et de savants, — et après cette grande Révolution. Pour établir -ce monstrueux privilège sur des bases si misérables, il ne fallait pas seulement une volonté sans mesure et sans freins, il fallait aussi, et surtout, une autorité sans limites et sans bornes. On comprendra toute l'importance de cet acte de gouvernement en réfléchissant aux difficultés insurmontables qu'a rencontrées le puissant chancelier allemand, quand il a voulu, pour équilibrer le budget de r empire, introduire certains monopoles, — d'ordre matériel il est vrai. L'Université impériale a été l'œuvre d'une volonté unique, qui a réagi à la fois contre les tendances du temps et contre les traditions séculaires. Elle est le produit d'un simple accident ; et cependant elle a été grosse de conséquences, en partie fécondes et durables.

Comment ne pas rappeler ici l'influence de la douloureuse guerre de 1870 et des événements qui l'ont suivie, sur le développement de notre éducation nationale? A l'exemple de la Prusse, instruits comme elle à l'école du malheur, nous avons senti le besoin de nous recueillir et de nous ressaisir, de retremper nos forces morales, de reconstituer notre outillage intellectuel. Mais ce n'est que plus tard que ce travail de rénovation s'est accompli. Il fallait bien auparavant payer la rançon énorme qu'un

vainqueur implacable exigeait de nous, refaire nos finances, réorganiser notre armée, repeupler nos arsenaux, relever nos forteresses, et, avant tout, établir un gouvernement et l'entourer d'institutions libérales et appropriées aux circonstances et aux vœux de la nation. Mais aussitôt que la France, sortie des angoisses de Toccupation, des guerres civiles et des luttes de partis, — et affranchie de sa dette, — a pu librement respirer, les réformes ont succédé aux réformes, et les progrès aux progrès. Vous les connaissez : la liberté de renseignement supérieur reconnue ; — un enseignement secondaire public pour les jeunes filles créé de toutes pièces * ; — de nouvelles lois réorganisant et réglementant l'enseignement primaire, ses programmes, ses méthodes ; — des milliers d'écoles reconstruites ; — la situation morale et matérielle des instituteurs améliorée, leur recrutement mieux assuré, leur capacité et leur activité mieux contrôlées ' ; une refonte de renseignement classique, incom-

1. Grâce à l'initiative de M. Camille Sée, alors député, aujourd'hui conseiller d*Etat.

2. C'est à M. Buisson, véritable apôtre de Finstruction populaire en France, que l'on doit en grande partie ces résultats considérables. Cependant, en ce qui concerne l'application de la loi sur l'obligation, nous avons le regret de constater un échec administratif qui aurait pu, au moins dans une certaine mesure, être conjuré par une intervention persévérante dos autorités scolaires.

plèteil est vrai et insuffisante, mais, avec ses lacunes même et ses imperfections, susceptible de devenir, avec le temps, un instrument de progrès; — un crédit, qui aurait paru fabuleux aux hommes mêmes de la Révolution, inscrit annuellement au budget national ; — enfin, et c'est là-dessus surtout que je veux insister, renseignement supérieur a reçu dans les écoles de TÉtat et aussi, dans une certaine mesure, — nous avons plaisir à le constater, — dans les établissements privés, un rapide et prodigieux essor, dont les résultats seront aussi importants que durables. Ce n'est pas sans^ un vif sentiment de joie et de fierté, qu'en ma qualité de Français, je considère la nouvelle Sorbonne qui s^élève sous nos yeux* ; car Tancienne Sorbonne, — je mets à part certains noms justement respectés et je laisse au jugement de l'impartiale histoire les époques les plus rapprochées de nous, — la Sorbonne des premiers siècles, cette méchante commère, qui a persécuté Jeanne d'Arc, qui a si souvent abusé de sa puissance et qui n'a jamais été fière que dans la prospérité, je ne l'aime pas ; mais je m'aflFectionne d'autant plus à la Sorbonne d'aujourd'hui qui réunit, dans sa maison rajeunie, une

1. Admirablement reconstruite sur les plans de l'éminent architecte, M. Nenot.

élite si nombreuse d'étudiants appliqués au travail et animés d'un généreux esprit ; qui peut montrer, entre ses maîtres, d'illustres savants et de grands professeurs ; et qui possède à sa tète ce nouveau RoUin, égal à son devancier par l'autorité et l'aménité du caractère, et supérieur à lui assurément par l'étendue, la sagacité et la finesse si entrante et toute socratique de l'esprit et du talent.

Messieurs, en me servant du mot de Sorbonne, j'entendais désigner l'ensemble du haut enseignement littéraire et scientifique de la capitale, — j'aurais dû dire l'Université de Paris; et, pour être complet et juste, citer après elle et, pour certains enseignements, à côté d'elle, plusieurs Universités provinciales.

Je suis toujours heureux de mentionner les louables entreprises de l'initiative privée et je me fais un devoir de rappeler ici que les réformes accomplies dans notre enseignement supérieur, sur l'initiative de ministres patriotes, secondés par des conseillers hors pair, et avec le concours du Parlement et des conseils municipaux des grandes villes de France, ont été provoquées, pour une part, par une association libre, la Société pour r Étude des questions d^ enseignement supérieur. Cette société, composée de professeurs, de philanthropes, d'amis

de rinstniction, qui a eu successivement pour présidents des hommes tels que Laboulaye, Pasteur, Beaussire, Bufnoir, Boutmy, Berthelot, et qui a pour secrétaire général M. Lavisse, — un nom connuet aimé de tous, — dans des réunions tenues ici même, a élaboré une série de projets dont plusieurs, adoptés par le ministère de l'instruction publique, n'ont heureusement pas dormi dans les cartons. Messieurs, cette renaissance intellectuelle, à laquelle je viens de faire allusion, n'est pas une végétation spontanée. Elle correspond à un ensemble de causes politiques et sociales qu'il était nécessaire de bien mettre en relief.

J'en ai dit assez aujourd'hui pour vous montrer l'action constante et quelquefois profonde, de la politique sur l'éducation. Quand je vous parlerai des programmes, vous verrez qu'il se produit, en cette sphère, des échanges continuels de peuple à peuple et des répercussions de gouvernement à gouvernement. — Que la lutte des partis dans un pays de régime parlementaire puisse amener, avec le triomphe de certaines idées, des modifications plus ou moins sérieuses de la législation et de l'administration scolaires, cela est d'évidence et n'a pas besoin d'être signalé. Les oscillations produites

ainsi sur la marche et la direction des études, bien que souvent éphémères, méritent cependant d'être notées. Aucun pays, quel que soit son gouvernement, ne peut s'y soustraire entièrement, et il ne sera pas sans intérêt de rechercher s'il n'est pas quelque moyen d'atténuer les conséquences toujours fâcheuses qu'entraînent ces variations, en quelque sorte périodiques, dans un ordre de choses où la stabilité et l'esprit de suite sont des éléments nécessaires de prospérité et de progrès.

Parmi les questions que nous aurons à résoudre ensemble, la plus importante, après cette grande loi de la sécularisation que j'ai rappelée plus haut, est assurément celle des pouvoirs et des devoirs de la République, en matière d'éducation et d'enseignement : comment il faut comprendre, en cette grave et délicate matière, les droits de l'individu et ceux du père de famille, — droits très différents (car l'un est d'ordre naturel et l'autre, en partie, d'institution civile); et quelle action il faut réserver à la libre initiative privée, que je considère, pour ma part, comme le contrepoids naturel et nécessaire de l'État enseignant.

Nous aurons également à rechercher dans quelle mesure la décentralisation peut être utile à cet égard, et la place respective à faire au pou-

voir central et aux pouvoirs locaux. Une leçon spéciale sera consacrée à la statistique et au budget des écoles publiques et privées ; une autre à renseignement libre, à ses ressources ^ à son esprit. L'organisation de renseignement public à tous les degrés, et particulièrement de renseignement supérieur, son outillage scientifique , son recrutement, les programmes de renseignement secondaire et les examens qui lui servent de sanction, les diplômes qui ouvrent Taccès des Facultés, des grandes écoles et des principales fonctions publiques, voilà autant de questions qui sont d'une extrême importance pour une nation soucieuse de sauvegarder ses intérêts et ses droits et d'étendre au dehors l'influence de sa langue, de son génie, de sa civilisation.

A la veille du centenaire de la Révolution, il me paraît opportun d'insister particulièrement sur les systèmes et sur les solutions qui ont été proposés ou qui ont prévalu à cette époque, d'autant plus qu'à mon avis l'histoire politique et administrative de l'instruction publique, pour toute la période finale du xviii'^ siècle, a été jusqu'à présent imparfaitement étudiée et n'est bien connue que d'un très petit nombre de personnes. Je me servirai pour toute une branche — et non la moindre —

de cette étude, de l'ouvrage si remarquable de M. Liard * — dont le premier volume a paru récemment — et de diverses brochures ou monogra* phies, conçues dans un esprit tout opposé ; quelques-unes sont fort intéressantes. Le registre du Comité d'instruction publique sous la Convention va être publié par M. Guillaume, un érudit qui, en ces matières, fait autorité. D'autres documents relatifs à la Révolution seront mis au jour prochainement, et j'espère qu'à l'occasion de l'Exposition universelle, nous pourrons recueillir, aussi bien pour l'étranger que pour la France, nombre de renseignements utiles et inédits'.

Je ne sais si tous les professeurs de nos écoles connaissent bien l'histoire et Torganisation de l'enseignement en France, s'ils sont en état d'établir d'utiles comparaisons entre nos institutions et celles des pays étrangers, et si un cours tel que celui-ci serait de quelque utilité dans nos Facultés ou du moins dans nos grands centres universitaires. En tous cas, l'enseignement de la méthode

1. L'Enseignement supérieur en France (A. Colin, édit., 1888).

2. Je me permets aussi de mentionner une série d'articles sur l'instruction publique sous la Révolution que j'ai fait paraître dans la Revue internationale de l'Enseignement (années 1881-1882) et que je viens de réunir dans le tome II de VÉducation nouvelle (Masson, édit. Paris, 1888).

est donné en Sorbonne avec un talent exquis, par un maître qui n'est pas seulement un moraliste aimable et attique, mais aussi le plus parfait modèle de rhonnête homme et du citoyen ^ Dans quelques Facultés de province, le même enseignement est professé avec un haut mérite et une incontestaBle compétence. Mais laissant de côté l'enseignement public et ses besoins plus ou moins urgents, je crois fermement que le genre d'études dont j'ai essayé de vous tracer une esquisse , malheureusement bien imparfaite, serait appelé à rendre de réels services à ceux qui, comme vous, se destinent aux carrières publiques et qui font leur apprentissage d'administrateurs et d'hommes d'État.

Quant à moi, qui me tiens également éloigné des opinions extrêmes, et qui m'efforce d'étudier, avec une pleine liberté d'esprit, ces questions qui touchent à la fois à la conscience, au patriotisme, à l'humanité, c'est-à-dire aux fibres les plus intimes, les plus sensibles de notre être et au cœur même de nos convictions, j'aimerais à trouver parmi vous un petit auditoire attentif et fidèle, à lui communiquer le résultat de recherches et de mé-

1 . Nous venons de perdre ce maître si éminent ; mais par bonheur, la Sorbonne lui a donné un successeur digne de lui.

dilations où j'ai engagé ma vie tout entière, et que je résumerais volontiers, en appliquant au noble problème de l'éducation la belle devise antique, écrite au bas d'un miroir, et où la Vérité se reconnaîtrait elle-même : Omnibus et nulli. — Pour tous, mais à personnel

Lorsqu'il m'échut ce suprême honneur de représenter une portion de la popa* lation parisienne à la Chambre des députés, je me suis fait un serment : Entre toutes les questions, entre toutes les nécessités du temps présent, entre tous les problèmes, j'en choisirai un, auquel je consacrerai tout ce que j'ai d'intelligence, tout ce que j'ai d'âme, de cœur, de puissance physique et morale : c'est le problème de l'éducation du peuple.

Jules Fbrrt.

(Conférence à la salle Molière — 18 0.)

M. Jules Ferry a été, à trois reprises, et dans quatre cabinets différents, ministre de Tlnstruction publique : du 4 février 1879 au 14 novembre 1881; du 30 janvier au 7 août 1882; du 21 février au 20 novembre 1883. A ces diverses périodes de son administration on peut rapporter la plupart des lois qui régissent encore aujourd'hui nos écoles publiques ou privées :

Loi du 9 août 1879, sur l'établissement des Écoles normales primaires;

Loi du 27 février 1880, sur le Conseil supérieur

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