CONCLUSIONS
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et dont les linalitës écliappent à notre analyse. L’elTort, par luimi'ine, n’est (pie la manifestation d’une force motrice que le juj^ement doit diriger. I.’elfort peut (Hre utile ou inutile selon qu’il estajqdiqué à un acte dont les tins médiates ou immédiates sont connues d’avance ou bien ignorées et nullement recherchées. I.’elTort utile est donc le principe de toute vie humaine intelligente, puisque l’intelligence est constituée par l’adaptation de l’individu au milieu dans lequel il évolue et auquel il emprunte une partie même de sa force d’action.
Tout effort qui ne donne pas de résultat pratique doit être considéré comme effort inutile; il y a donc intérêt à créer dès l’enfance des tendances à l’effort utile.
Ces tendances ne peuvent être créées que par des maîtres entraînés eux-mêmes à cet effort.
Les grands problèmes sociaux de solidarité et de mutualité sont basés sur l’effort utile. Toute société humaine ayant pour base la solidarité et la mutualité entre tous ses membres a donc un intérêt supérieur à provoquer dès l’école des tendances à l’effort utile. Elle doit, comme corollaire, supprimer toutes les causes qui réagissent contre ces tendances.
Le pouvoir d’efîort utile ne peut exister que chez les êtres forts physiquement, intellectuellement et moralement.
Un homme qui possède ces trois forces combinées est vraiment puissant. Le principe de l’effort est donc basé sur l’état de santé de chaque individualité. Plus développé dans une nation est cet état de santé, plus grande est la valeur du capital humain que représente cette nation.
Les découvertes et les expériences faites dans ces derniers temps tendent à prouver que le tempérament et le caractère ne sont que la manifestation extérieure d’une nutrition cellulaire profonde, normale, ralentie, précipitée ou déviée.
La fonction organique de la cellule nerveuse précède sa fonction psychique : celle-ci dépend de celle-là.
L’expérience prouve encore que par la volonté on peut modifier son tempérament, et par le tempérament le caractère, en agissant sur les échanges nutritifs, solides, liquides et gazeux de la cellule. Au nombre des principaux agents qui atteignent profondément la vie cellulaire, il convient de citer les exercices physiques, qui sont, en même temps que des excitants du mouvement, une excellente école pour le développement de l’effort utile.
La volonté est le passage du jugement à l’acte ; nul jugement ne peut s’établir sans l’apport de témoignages opposés, ceux-ci ont pour point de départ des représentations somatiques ou psychiques, c’est-à-dire des impressions ou mieux des mémoires. Les mémoires sont donc à la base de tout acte, car le jugement est déplacé en faveur des mémoires représentatives les plus puissantes. L’éducation doit s’appliquer à créer le plus de mémoires réprésentatives du bien en faveur de l’individu, vis-à-vis de lui-même et vis-à-vis de la société, dans laquelle il évolue. C’est pourquoi l’enseignement de la vie, que cette éducation implique, ne peut se donner que par la vie elle-même et non par les livres, parce que les livres ne sont qu'un récit de la vie, mais non la vie agissante qui, pour l'individu, doit être une perpétuelle leçon de choses vécues dans le plaisir et dans la douleur en vue de l’effort utile à produire. Une bonne éducation doit provoquer le sens de la vie utile et heureuse par l’effort constant vers le mieux.
Dans une société bien régie, chaque individualité doit produire une somme d’effort personnel utile, indispensable à la vie collective.
Toute individualité qui ne produit pas d’effort ou qui fait effort inutile est, par ce fait même, frappée de déchéance.
C’est une non-valeur qui jette le discrédit sur le marché social constitué par le capilal humain.
Pour que ce capital ait une réelle valeur, il faut que chaque unité numéraire ait cours et soit de franc aloi, sans faux alliage.
La solidarité et la mutualité deviendraient une duperie par la présence de ces non-valeurs. C’est pourquoi l’établissement de la solidarité et de la mutualité dans une société dépend de la valeur de la somme de l’effort utile produit par chacun de ses membres. Cette valeur varie selon la puissance de réparation de chaque unité vis-à-vis de la fatigue. On peut donc admettre que la valeur de l’effort utile est en raison directe de la puissance de réparation à la fatigue.
La fatigue est tributaire de l’hygiène; c’est donc au médecin qu’il appartient de régler l’effort et au sociologue de le diriger.
L’entrainement à l’effort utile doit être poursuivi par les conducteurs de peujrles. Au point de vue social, la production de l’effort utile crée une aristocratie jrhysique, intellectuelle et morale. I.a différence dans le pouvoir de l’elfort utile établit les classifications sociales. Le sens de l’effort doit être surtout cultivé dans les démocraties. Une démocratie dont chaque unité posséderait un tel sens serait tellement puissante qu’elle dominerait le monde. Elle aurait en réserve un capital humain dont la force supérieure serait faite de forces incalculables, stratifiées de génération en génération par l’hérédité, ainsi qu’une pyramide granitique aux bases colossales.
C’est pourquoi sous une république l’éducation du sens de l’effort utile du peuple doit être le souci de tous. Un homme qui sait faire effort estime et respecte son semblable, fût-il son ennemi, pourvu que celui-ci sache faire effort.
Les démocraties sont jalouses et ingrates, parce qu’on ne leur a jamais appris à faire effort utile.
La lutte pour la vie est la loi des peuples comme celle des individus, parce que c’est une loi de nature.
S’appliquer à développer le sens de l’effort utile dans une démocratie, c’est contribuer à la rendre meilleure, plus juste, plus forte et invincible. L’atténuation du sens de l’effort se traduit par l’impuissance, la jalousie, l’égoïsme, la haine, le besoin de vivre vite et bien; elle fait accepter comme possible toutes les compromissions avec la conscience. L’abolition de ce sens conduit au pessimisme et au suicide physi(jue ou moral. Tout ce qui force l’homme à l’action le grandit en lui donnant le sentiment de son indépendance; tout ce qui l’invite à l’inaction l'avilit en lui donnant le sentiment de sa servitude aux hommes ou aux passions.
La pratique de la vie est la meilleure école de l’effort par l’action qu’elle provoque; la pratique des livres n’affine pas le sens de l’effort, parce que le mot n’a de valeur que par l’acte. L’idée peut exister sans l'acte, mais l’acte renferme toujours l’idée; l’acte est donc supérieur à l’idée, le fait est supérieur au mot.
C’est pourquoi le moindre exercice physique a plus de valeur marchande, au point de vue de la force du développement du capital humain que, par exemple, la connaissance de toutes les chinoiseries de l’orthographe française.
Notre pédagogie a beaucoup trop le culte du mot, et pas assez celui du fait.
Inscrire en lettres d’or l’adage latin Mens sana in corpore sano sur les murs d’un lycée où l’on considère les exercices physiques comme chose méprisable, c’est pousser l’ironie un peu loin. Ce n’est pas avec des formules toutes faites qu’on fait des hommes, mais par des actes et en provoquant surtout le sens de l’effort physique. Primo vivere deinde philosophari.
Le dogme atténue le sens de l’effort; le libre examen l’excite. Le dogme tient le « moi ;> en tutelle, la volonté sommeille, le sentiment de la responsabilité s’émousse; le libre examen crée des tendances à l’indépendance par l'école de la volonté et de la liberté dans la responsabilité individuelle.
Le dogme, c’est le repos dans la foi du charbonnier; le libre examen, c’est la lutte dans le doute scientifique. L’erreur est nécessaire à l’évolution de l’esprit humain. I. 'École qui vit du dogme et qui en sert la becquée à ses disciples est une couveuse de petits Thomas Diafoirus, dindonnants, impuissants à l’effort personnel, inutiles à la société quand ils ne sont pas dangereux. La centralisation à outrance atténue le sens de l’effort dans l’administration. D’un plébiscite organisé, il y a quelque temps, dans une des plus grandes administrations de l’État, pour connaître les préférences des fonctionnaires au sujet de leur avancement par rang d’ancienneté ou au choix, il résulte que les deux tiers ont opté pour l’ancienneté et l’autre tiers pour le choix. Faut-il conclure de cela qu’en France un fonctionnaire sur trois possède seul le sens de l’effort’? Je suis presque tenté de l’admettre par mon expérience personnelle, si j’en juge d’après l’application du manuel ministériel des exercices physiques, publié en 1891, et qui n’était pas même connu en 1900, bien qu’il eût été officiellement envoyé, depuis neuf ans, à tous les fonctionnaires intéressés. Tout fonctionnaire chez lequel le sens de l’elfort est aboli est une non-valeur sociale. La responsabilité de ce fonctionnaire s’accroît en raison de ses devoirs; celle du pédagogue est très grande, parce que le pédagogue doit être un grand semeur et non le mercenaire dont le symbole est un rond-de-cuir et le mot d’ordre : « Pas d’affaire. »
La centralisation à outrance que nous subissons depuis un
CONCLdSrONS
sii'cle n H<i uno des causes de cet (^lat d’esprit. En l'rance, (III cri'e II' [dus suuveiit la toiictioii pour le foiiclioiiiiaire, la fdiictioii et le milieu [lortcnl riiidividu; si le milieu vient à disparaître, l’individu sécroule. Il faut |■(iaf,’ir et (•.r(''er des orf'anes (jiii juiissent assurer la l’onction; et l’organe, c’est la c(dlule liumaine sociale dans son unilé individuelle d’iiomme aciil jiossi^dant le sens de relTort utile. .Noire centralisation a cr(';é une (|uantiti'' (le milien.x divers, dans les([uels ('évoluent des volont('s trop souvent lassi'cs, par le sentiment de leur iminiissance, de ne pouvoir r('■agir contre un ('tau administratif (|ui les ('icrase; la di'ceniralisation , en forçant cln'Kiue individu ou groupe d’individus à [dus d’initial ive, (li''velo[)pe le sens de l’effort utile. Avec notre sysl(''me cenlralisaleur, les milieux se touchent, sans se pi’in'trer ; une fronlière les s('pare d(‘S r(!Cüle môme; Iden peu ('■[irouvent hesoin de prendre mutuellement contact: !’('■goïsme tue les sentiments de solidaritf' et de inutualiti'! qui devraieni grouper tous les hommes ayant le sens de l’effort.
I.a jirovocalion du sens de l’effort utile doit [lasser du domaine delà lln'nrie dans C(dui de la [uatique, afin que la solidarit(‘ et la tnutualit(' ne soient pas un vain mot. Laissant à d’autres le soin de fonder des associations scolaires où la solidariti; ('t la muliialité ont jiour fonction l’argent, nous avons pensé (ju’en prenani pour fonction de celte solidarili' le sens de l’effort physi(|ue et moral nous pourrions également faire œuvre utile et prati<|U('. L’argent n’est ([u’un équivalent de la force agissante ([ui le [iroduit : il ne constitue pas celle force même. Il est souvent [dus facile de vers(‘r une cotisation plus ou moins élevée à une œuvre collective afin de lui assurer un capital en numéraire (|ue de constituer le ca[dtal humain lui-même en faisant verser à cha(|ue individualité une somme d’elfort personnel physi(jue, intellectuel et moral.
C’est pourquoi, afin de créer des tendances à une plus grande solidaril('' régionale par l’effort utile agissant, nous avons fondé, il y a treize ans, dans l’Académie de Bordeaux, une Ligue d’éducation jdiysique.
.Nous avons fondé des associations de jeux se régissant ellesmêmes. 'fous les ans, aux vacances de la Bentecfite, un grand concours général des exercices physiques réunit dans une des villes du Sud-Ouest les délégués de cha(|ue établissement en un lendit. Une solidarité régionale a été ainsi créée, des amitiés se sont soudées entre jeunes gens qui sans les lendits ne se seraient jamais rencontrés, et ces amitiés sont fortes parce qu’elles sont nées sur le terrain des jeux, dans la lutte courtoise, où chacun faisait effort utile et où vainqueurs et vaincus se respectaient mutuellement et s'estimaient en raison de la valeur de l’effort produit.
Ainsi, par les jeux de plein air, nous avons mis en contact dans une action solidaire les enfants du peuple et les fils de la bourgeoisie. Ils se sont connus, ils se sont estimés, parce que chacun d’eux faisait effort utile et que chacun appréciait cet effort en raison de ses connaissances personnelles dans l’effort produit.
Chaque équipier est responsable, il est solidaire de la bonne tenue de son équipe, et l’équipe est solidaire de chacun de ses membres, l.es équipes d’un même établissement sont solidaires les unes des autres d’année en année.
En faisant appel au libre examen de l’enfant, nous l’invitons à la lutte, nous le plaçons en face de la parole donnée volontairement et, s’il y manque, en face de la faute commise et de sa conscience. l.es sceptiques souriront peut-être. N’ont-ils pas souri à la fondation des associations de jeux en plein air? Qu’importe la défection de quelques volontés trop faibles pour tenir une parole librement engagée, si l’expérience tentée révèle une seule volonté forte ! Cette volonté sera un ferment, et cela suffira pour ensemencer la masse gélatineuse d’une médiocre humanité, masse qui peut, selon les bons ou les mauvais ferments, se transformer en bon ou en mauvais milieu social.
'felle est une des conclusions (jue je désire tirer de cette étude encyclopédique sur la nécessité qu’il y a pour notre pays à provoquer le sens de l’effort utile dans la jeunesse contemporaine par le développement des idées de responsabilité, de solidarité et de mutualité. Les exercices physiques y aideront.
L’homme ne vaut que par l’homme.