‹ L'éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique & esthétiqueChapitre 28 sur 130 · III. — L’Éducation physique et le service militaire · texte numérisé non relu

III. — L’Éducation physique et le service militaire

Le vœu de tous les hommes éclairés est la diminution des charges militaires qui en temps et en argent pèsent si lourdement sur les nations européennes.

Dans l’état actuel de la civilisation, une nation semble ne pouvoir pas subsister longtemps si elle n’est pourvue d’une armée permanente, forte, disciplinée et même enthousiaste. Le patriotisme seul peut donner aux soldats l’enthousiasme; la discipline ne peut être acceptée par eux que si elle s’impose à tous ; la force vient de la discipline, de l’enthousiasme au moins autant que du nombre.

C’est pourquoi le service militaire est justement exigé de tous. Mais on ne peut guère méconnaître les déplorables conséquences de cette nécessité : le jeune homme enlevé à sa famille au mo-

(1) Cf. lievue pédagogique, 1894, ot Bulletin départemental de l'instruction primaire {Gironde), où ces idées ont été exprimées par nous sans signature.

i: EDiK ÀT ION riiysio(Ji<: au iohnt />/-; vue sociolooioue

iiii'iit où il lui ruiidriiil les [ilu^ ^'laiids services; les eiilreprises de loules sortes, les études, |iar exeiii|de, pour loiif’teiiips iiitcrroiiipues; la dé|)ravatioii luoiale consécutive à la vie dans les f’iandes villes, à la conlaKion du vice, à une sorte d’oisiveté de la volonté et de rintellip^enre, ... sans pai ler des questions liud- ^élaii’esque soulève sans cesse la |irésence sous les drapeaux de tant de milliers d’Iioinmes. Il serait donc désirable (pie la ilurée du service niililaire lût aussi abrégée que jiossible.

Naguère elle élait di'i sejitans, |iuis de cini|, maintenant de trois, demain [leut-ètie de deux années, lit il semble (pie deux années, ce soit encore bien tro|i de tem|)S pour’ apjirendreà des Jeunes gens à manier' le fusil et à com[)rendre un petit nombre de rommandernents. Si l’on siï pose la rpieslion : (Combien de jours exigir l’acquisition des connirissances nécessair es à un bon soldat? on peul r-i'pondr e peut-être deux mois au plus, avec de lions sous-olTiciers et une bonne organisation.

Mais la rpirNlion ainsi jiosée est une (juestion mal posée.

(Jui de nous n’a souri (ui entendant de vieux sous-ofliciers rléclar-er ipi’il n'y a rien de plus diflicile que « l’aiiprentissage du rniHier militaire »? En un sens cependant, ils avaient raison. La grosse difliculté est en (dlet de iilier des jeunes gens à un automatisme ipri rend les mouvements plus précis en diminuant la fatigue, à cet automatisme que développent les manœuvres réitérées, les mai'cbes nqiétt'es, les exer cices sans cesse renouvelés.

Le jeune bonirne arrive au légirnent presipie totalement dépour vu d’aiitiludes à l’éducation ntililair'r' : il faut le dégrossir' au point de vue pbysirpie, et cette tâche absorbe plusieurs années. Voilà la raison d’étre de la durée excessive en apparence du service militaire.

l’our [louvoir l’abréger, il faudrait que ces aptitudes dont nous venons de parler fussent assez développées pemlant la jeunesse |iour qu’un enseignenrent théorique très rapide les mît immédiatement à prolit. L’éducation physique des jeunes gens de douze à vingt ans leur donnerait cette souidesse, cette vigueur, cette endur ance que les instructeurs militaires cherchent, parfois vainement d’ailleurs, à obtenir des soldats de vingt et un ans.

Quel avantage ce serait jiour les linances et pour la sécurité du pays de trouver dans les recrues de charjue année une force toute pr'ète à l’action, susceptible en queh]ues jours de seconder eflicacernent les troupes déjà aguerries!

Que l’on considère en outre que le « métier militair e » ne comporte pas seulement l’aiqirenlissage de la souplesse et de rendurance physiques, mais encore le développement des vertus pal r'ioti(|ues. Nous avoirs vu plus haut combien [iropres à faire naître des sentiments de solidar ité sociale sont les jeux de plein air et les exercices corporels; et il est inutile de rappeler l’anti- ([ue coiiliance dans la valeur de troupes dont les éléments étaient unis ]iar l'amitié ou éprouvaient les mêmes passions. Si donc on ne doit rien négliger pour donner le plus d’extension possible à une réelle fraternité d’armes, on doit avoir largement recours à l’éducation physique qui prépare cette fi'aternité. Le dévouement à la jiatrie s’appr end par le dévouement à la collectivité plus restreinte, au corps de trou|ies dont on fait partie. Le régiment sera vraiment une école d’abnégation et d’héroïsme généreux ciuand les jeunes gens y arriveront préparés au jKilriotisrne le plus pur par un altruisme de vieille date, l.es vertus militaires tre peuvent être Ltruvre ni de quelques jours tri même d’urre année : elles doivent être le couronnenrent d’une éducalion reçue dès le premier âge.

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