IV. -- Développement de l’esprit pratique
L’Expansion coloniale.
Lue conséquence de notre éducation française, plutôt intellectuelle que générale, plutôt théorique que technique, c'est que l’esprit pratique nous fait défaut. L’Anglais est entreprenant et prudent à la fois, commerçant et colonisateur : cette supériorité sur le Français ne lui vient pas sans doute uniquement de l’éducation physique qu’il a reçue, mais cette éducation y a singulièrement contribué.
Pour épi'ouver le désir d’agir, il faut avoir conliance eu soi, et pour cela disposer non seulement d’une énergie musculaire suffisante, mais encore de beaucoup d’habileté, de souplesse, de savoir-faire. Plus on est maître de soi, plus la volonté se sent en possession des diverses énergies somatiques, et plus on est entreprenant, malgré la prudence qu’entraîne une claire conscience des limites de son pouvoir.
L’innovation, «pii dans les jeux est de tous les instants, est la j)remière manifestation de resi>rit inventif dans les questions sérieuses. L’imitation et le respect de la règle traditionnelle, également nécessaires dans les jeux et les exercices jihysitiues, sont les premières manifestations de l’esprit de disciitline. IJonc par l’éducation j)hysi(jue on prépaie l’homme inventif et discipliné, on pré[)are « l’union du progrès et de l’ordre », selon la vieille formule sociologique, (’.omme le disait IVL Espinas (1), la jeunesse se livrant aux exercices coi'jiorels, « c’est le monde en petit, c’est la vie sociale en raccourci, mais c’est un monde et c’est une vie où déjà tout est pris au sérieux etqui nesontd’ailleurs ])as si dilï'érents du vrai monde et de la vie rétdle, puisque très souvent les mêmes relations, les mêmes situations respectives se retrouvent aussi bien dans la génération adulle que dans le groupe d’écoliers ou de collégiens.
« Quelle est la faculté qui se développe surtout dans cet apprentissage en commun de la vie réelle? Ce n’est pas l’intelligence; d’ailleurs de très bonne heure l’intelligence revêt, dans l’éducation moderne, le caractère d’une activité sérieuse ; disci- [)linée par la méthode scienliliijue, elle n’est j)lus un jeu, c’est un travail ; et c’est un fait instructif ijue, dès qu’il peut vivre de la vie que je décrivais tout à l’heure, le jeune garçon dédaigne les jeux de combinaisons alistraites : dames, Iric-trac, cartes, qui lui paraissent maintenant étrangement monotones. Ce n’est pas l’intelligence dont le développement a tout à gagner dujeu : c’est l’énergie, c’est la volonté. »
« Le jeu est l’école du caractère »; et nous avons besoin de caractères. Nous en avons besoin dans la vie politique, car une démocratie exige plus d’effort, plus de vertu, comme le disait Montesquieu (et, sans caractère, pas de vertu politique) que toute autre forme d’existence sociale. Nous en avons besoin pour assurer la prospérité économique d’un grand peuple qui doit se créer des ressources nouvelles, s’assurer de nouveaux débouchés et ne pas se laisser distancer par les autres nations européennes dans la voie de l’expansion industrielle, commerciale et coloniale. Le développement de notre empire colonial dans ces dernières années nous fait un devoir de former les jeunes générations aux entreprises hardies, où le risque d’affronter des périls constitue comme un charme pour les âmes courageuses, où les rigueurs du climat sont sans graves inconvénients pour des corps fortifiés par l’exercice.
Il est vrai que la « dépopulation » semble rendre inutile toute préparation à la vie coloniale puisqu’elle supprime toute possibilité d’émigration sérieuse. Mais l’éducation physique n’est-elle pas l’antagoniste des prétendues distractions qu’offrent les tavernes et autres lieux où l’alcoolisme et la débauche exercentleurs ravages, non seulement sur l’individu, mais encore sur la race? N’est-elle pas aussi en antagonisme avec le régime débilitant que suivent encore la plupart de nos « intellectuels » ? Enfin, en donnant à chacun plus d’énergie musculaire, ne permettra-t-elle pas un nouvel essor de l’agriculture et de l’industrie, dont le marasme est une des causes de la diminution si souventsignalée dans le nombre des naissances? En restreignant le nombre des névrosés, des débiles, des maladroits et des timides, on remédierait sans doute à bien des maux sociaux.