BARON CHARLES DE P E LLE P O RT - B U RÈ T E
Avocat à la cour d’appel de Bordeaux,
Vice-Président de la commission technique de la Ligue Girondine de l’Lducation physique.
D’importantes Sociétés de paume existent à Bordeaux; ce sont ; ta Société du Jeu de Paume, dont le président est M. Dnroy de Suduirant. iM.M. de Vial, de Luze en sont les premiers joueurs; et pour le tennis, le Cercle de Primerose, dont le président est M. Édouard Lawton.
( 1) F. I.agrange. üe l’exercice chez les adultes, p. 285. (2) F. Lagrange. Loc, cit., p. 286.
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1'}' ifiraiiiiim ilrs /'fVr.v i/iln-mifiixialrs de Sabil-Jcan thi-Luz (I8U2). liri'ur dfs .lrii.r .sadairt's, Isa:,.
Foot-hall, Barctte
et Ballon au pied.
P Alt Ml les S|)orts allilt'litjuos les pi us en lionneiir aujoiinriiui riiez la Jcmiesse fraiiraise, il faut citer le fonl-hdlL <iui était iiicdiinii en l''raiice il y a seuleiiient dix ans et tjui, après avuir subi une évolution incoin[iaralile de rapidité, est près d’avoir pris clicz nous ses faraudes lettres de naturalisation.
Ce sport nous est venu d’Angleterre, ou jilutot, comme on va le voir, il nous en est revenu, après s’y être perfectionné. Foot-ball signifie littéralement « ballon-pied », ce qui éveille tout de suite l’idée d’un ballon mis en mouvement avec le pied : on a soutenu, avec raison d’ailleurs, cjiie ce jeu, d’abord attribué à nos voisins d’outre-iManrhe, était simplement un dérivé de ce jeu fameux et bien français, la ou ?«rWe, auquel se livraient furieusement au bon vieux temps du moyen âge les paysans de notre Bretagne et (]ue jouent encore, respectueux des vieilles traditions, les babitauls de (luelques villages du Morbihan. La soûle était un énorme ballon de cuir dont deux villages, représentés par des contingents égaux, se disputaient la possession ; chacune des troupes de lutteurs s’elTorcait de transporter la soûle sur son propre territoire, pour être déclarée vainqueur du tournoi : la bataille, car c’en était vraiment une, était toujours ardente, terrible, sauvage même, et souvent quelques-uns des combattants mordaient la poussière pour ne plus se relever. Guillaume le (’.onquérant, dans sa conquête de l’Angleterre, y apporta la soûle ; mais les Anglo-Saxons, de mœurs moins guerrières et de tempérament plus froid, lirent subir au jeu des Bretons des transformations progressives qui ont abouti au foot-ball contemporain, devenu le véritable jeu national. Dès rorigine, le foot-ball semble n’avoir été joué qu’avec le pied, avec interdiction formelle de s’emparer du ballon pour courir avec et surtout de jeter à terre l’adversaire : ce sont encore là les principales règles du Foot-ball Associalion. Ce n’est ^uère que vers le milieu de ce siècle que les élèves du grand collège anglais de Rugby eurent l’idée d’apporter des modifications au vieux jeu et de lui donner un nouvel essor; au lieu de s’en tenir à actionner le ballon avec le
l’oursuite de la barette.
rqii'un-s .scolaire;,. IXi' I.-iidit airoii.liri .le I!nr,leaux-'l aleiice, 18'J8
pied, ils posèrent comme piincijies nouveaux le droit de se saisir du ballon et de le porter, et [lour l’adversaire, le droit d'arrêter le porteur du ballon. Lanouvelle réglementation obtint un succès considi-rable, et dès ce jour une scission se produisit entre les foot-ballers anglais ; les uns conservèrent le jeu primitif, le plus ancien, connu sous le nom de Foot-ball Association : les grandes écoles d’ilarrow, d’I'lton et de Westminster en particu-
lier, lui restèrent fidèles; les autres pratiquèrent exclusivement le nouveau jeu, aui(uel ils donnèrent le nom de b’oot-ball Rugby en souvenir du collège qui, le |)reniier, l’avait mis en bonneur.
D’abord quelques explications sur le fiiol-ball. ItiHjliij. Deux equi])es de (juinze joueurs sont en présence : ces joueurs sont divisés en plusiciiis catégories selon la jilace iju’ils doivent
Coup de pied lancé à la barette.
Kijuipes scolaires. IX^ lendit {girondin de Bordcaux-Taleuce, 18'j8.
occuper pendant la partie; une équipe compte huit joueurs dits « avants » parce qu'ils sont toujours au plus fort de la bataille; derrière la ligne d’avants, se tiennent deux « demis » dont le rôle est de servir de trait d’union entre les avants et quatre autres joueurs placés derrière eux et appelés « trois-quarts »; ceux-ci sont d’ordinaire des hommes très agiles et très souples; enfin vient F « arrière », dont le nom seul indique qu’il est le dernier rempart de son camp, la suprême ressource en cas de danger. Chacune de ces ligues a uii rôle très net et très précis, dicté par une tactique générale sur laquelle sont basés les divers mouvements de l’équipe entière. Le champ de foot-ball ressemble à un champ de bataille dont la ligne de but est la clef : dans ces conditions, les faits et gestes de chaque équipe doivent tendre à porter le ballon vers la ligne de but adverse et à le poser derrière cette ligne aussi près que possible du but marqué par deux poteaux ; cet exploit s’appelle u essai » et donne un certain nombre de points à l’équipe qui l’a accompli ; ce n’est pas tout : lorsque l’essai a été marqué, le joueur qui a le ballon le place à terre sur une ligne perpendiculaire à l’endroit où tout à l’heure l’essai a été fait ; un de ses partenaires, d’un coup de pied habilement donné, tente de le faire passer entre les deux poteaux ; s’il y réussit, il donne de nouveaux points à son équipe, on dit qu’il a transformé l’essai en but; à la fin de la partie, qui dure quatre-vingts minutes divisées en deux intervalles de quarante minutes coupés par un repos de quelques minutes, l’addition de ces points donnera la victoire à l’un des deux camps. Si le nombre de points est identique, on dit que le match est nul. Mais, dira-t-on, rien n’est plus facile que de marquer des points : on prend simplement le ballon et ou court vers le but ; mais croyez-vous que l’adversaire vous regardera, bouche bée, prendre votre vol? n’y comptez pas, car il se hâtera de vous happer au passage et arrêtera ainsi votre beau feu. Si la tactique que vous adoptez là peut paraître excellente, il ne faut pas non plus oublier que vous avez des partenaires pour déjouer les combinaisons des adversaires : quand le bon joueur se voit barrer le chemin, il cherche à passer la balle à un de ses équipiers mieux placé que lui pour courir avec bonheur vers le but ennemi; mais encore ne peut-il le faire qu’en remplissant certaines conditions : il faut que le joueur à qui il envoie la balle soit derrière lui, car, s’il est au contraire en avant, il n’a j)lus le droit de saisir le ballon, il est dit « hors jeu ». Quand ce fait se [)roduit, il y a infraction ou faute qu’ordinairenieiit uu arbitre — toujours indispensable pour veiller au respect des règles, pour trancher les questions délicates, en un mot assurer le bon fonctionnement du jeu — punit en accordant un avantage au camp lésé. Bien d’autres incidents, résultat de combinaisons multiples que quinze hommes robustes et intelligents peuvent établir, se produisent pendant une partie; mais il serait trop long de les expliquer sans tomber dans la technique absolue; il suffira d’avoir indiqué simplement quelle est la physionomie de ce merveilleux jeu.
Ce qui ne peut, en tout cas, écliajiper à personne dans cet exposé forcément succinct, c’est l'ensemble des qualités physiques
FOOT-IIA fJ., HAHETTE ET If A I. LO S DE LIEE
et morales iH5cossaires au bon foot-baller. Dans celte lutle saine où les rares horions (|uc l’on peut reccîvoir entre Jeunes j-ens coiirtois et bien élevés trempent davantaf'e et le corps et l’ùme, l’atbléle met en jeu toutes les parties de son orf^anisme; il faut de bons ])oumons pour pouvoir résister à l’essoufllement amené par une série d'ell'orts musculaires violents; il faut de bonnes et solides jambes pour échapper aux adversaires lancés à votre poursuite, du poids pour arrêter le gaillard (|ui fond sur vous portant la balle vers le camp, de l’élasticité et de la souplesse, soit pour tordre son corps et échapper aux étreintes, soit pour se couler enire deux adversaires, ajirès d’habiles crochets. Mais, croye/.-vous que les (jualités psychologiques du joueur ne lui soient juis aussi nécessaires. Du peut dire qu’elles lui sont surtout indispensables. Les capitaines, qui sont les grands stratégistes du foot-ball, puisqu’ils multiplient les ordres et les combinaisons à volonté, préfèrent mettre dans leurs équipes des joueurs moins bien doués physiquement que d’autres, mais qui ont sur eux la grande supériorité de garder leur sang-froid : l’alîolement dans une équipe, c’est le désastre imminent. A côté du sang-froid, la décision, l’à-propos, l'intelligence tiennent une grande place, l’intelligence surtout : vous n’avez pas d’exemple d’un homme inintelligent qui soit devenu un bon joueur. Enfin, le plus grand rôle est dévolu à l’esprit de discipline, qui s’impose; chaque joueur doit avoir sans cesse présente cà l’esprit la formule « Un pour tous ». La discipline est la pire ennemie de la prouesse individuelle, en tous points néfaste; par contre, l'obéissance aux ordres du capitaine tend à développer l’esprit d’abnégation, si rare et si difficile à acquérir chez les Français. Bref, quand toutes ces qualités sont réunies à peu près chez les quinze joueurs d’une équipe, on peut dire que cette équipe est forte et par sa cohésion et par son homogénéité ; or les qualités qui impliquent le sacrifice de l’unité à la collectivité sont les principes mêmes du foot-ball, et voilà pourquoi on ne saurait trop encourager cet admirable jeu.
Les débuts du foot-ball en France ont été assez pénibles, car il avait contre lui la majorité des mères françaises, celtes qui craignent pour leurs fils et les rhumes et les engelures. Cette constatation, M. deCoubertin d’abord, le R. P. Didon ensuite, t’ont faite à plusieurs reprises en la déplorant; mais, lorsque ces mêmes mères qui avaient vu partir avec des craintes mal fondées leurs fils vers les terrains de jeu, les en ont vu revenir non seulement sains et saufs, mais encore joyeux et respirant la santé, elles se sont subitement apaisées; le concert d’imprécations qui avait salué l’arrivée du foot-ball s’est changé en un hymne de reconnaissance. On peut constater aujourd’hui les progrès accomplis depuis 1887 : le foot-ball, tant Rugby qu’Association, a pris une très grande extension; il est joué par des milliers de jeunes gens, les clubs athlétiques ne se comptent plus. Les matches internationaux, qui ont mis aux prises de très fortes équipes anglaises avec nos meilleurs joueurs français, ont permis à nos voisins de se rendre compte que le jour n’était pas loin où les élèves, sinon surpasseraient, du moins égaleraient leurs maîtres. Lajeunesse scolaire au sein de laquelle se sont formés les premiers, et combien enthousiastes adhérents ! a conservé
Prise de la barette.
Équipes scolaires. IXe lendit girondin de Bordeaus-Talcnce, 1808.
la même ardeur que jadis. Enfin la province a suivi le bon exemple, et Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse, Montpellier et bien d’autres villes encore voient pendant toute la durée de l’hiver maintes et maintes équipes se livrer à leur distraction favorite.
A Bordeaux, la Ligue girondine de l’Éducation physique, que
dirige, avec sa compéleiice bien connue, le 1)' l'hili|qpe Tissié, et (jui étend sa haute diiection sur une quinzaine de lycées et collèges des universitésd c Bordeaux et de 'l'oulouse, a cru bon de modifier en l’atténuant le foot-ball Rugby pour éviter d’une manière absolue les accidents (jui né manqueraient pas de se produire, car ces collégiens du Sud-Duost ont un tempé-
Une mêlée à la barette.
Équipes scolaires. IXe Iciulit girondiu de Bordeaux*Talence, 1898*
rament d’une ardeur trop excessive, et souvent, dans le Midi, cette fierté naturelle et instinctive qui distingue nos scolaires les ferait trop vite passer, dans la chaleur de la lutte, de l’échange de bons procédés à l’échange d’arguments... trop marquants. L’épreuve tentée avec le nouveau jeu que la Ligue Girondine désigne sous le nom de barette en reprenant le vieux mot français, a donné des résultats merveilleux : la barette est donc en honneur chez toute la population scolaire du Sud-Ouest; elle est jouée dans les lendits qu’organise la Ligue Girondine, et je vous prie de croire que les triomphateurs de celte année, les lycées de Bayonne et de Pau, avaient présenté des équipes qui auraient pu soutenir la comparaison avec les meilleures équipes scolaires françaises. Enfin, sous le nom de ballon au pied, les élèves des écoles primaires de Bordeaux se livrent à un jeu qui se rapproche assez du Foot-ball Association, avec des règles très peu compliquées du reste, mais qui n’en passionne pas moins tous ces enfants, si j’en crois l’acharnement qu’ils y apportent.
Mais voici arrivé le moment où il me faut donner une conclusion à une question qui me passionne et qui devrait passionner tous ceux qui aiment leur patrie. Croyez-vous que nous ne manquons pas d’hommes? Demandez plutôt à M. G. Bonvalot, le célèbre explorateur : il vous donnera des détails amers, des chiffres terrifiants à l’appui. Et pourquoi cette pénurie d’hommes, j’entends d’hommes vigoureux, énergiques, vaillants, en pleine possession de leurs facultés intellectuelles ? C’est que les conditions de vie et de milieu ont changé : dans cette fin de siècle, rien ne nous intéresse plus, et pourvu que nous puissions nous laisser vivre, nous demandons qu’on nous laisse tranquilles. L’enthousiasme est mort, cet enthousiasme qui guidait nos aïeux à la découverte de terres inconnues, qui leur faisait gagner des batailles un contre dix. Aujourd’hui, tous ces idéaux ont vécu ; ne sortons point de chez nous, ne nous occupons plus que de nous; telle est la formule de la vie actuelle; aussi vers quelle ère de rabougrissement marchons-nous, toujours avec l’illusion du progrès? Contre toutes ces tristesses, il importe, il est de notre devoir de réagir. Où retrouver cette saine émulation qui fait les âmes fortes, si ce n’est dans la pratique des exercices physiques, du foot-ball en particulier? Les Anglais sont un grand peuple, ils le doivent aux sports ; pourquoi ne les imiterions-nous pas, pour les surpasser ensuite ? Il s’est trouvé en F’rance, pour notre grand bonheur, des hommes vaillants qui ont entrepris cette œuvre nécessaire de régénérescence de la jeunesse française par les exercices physiques. A ces hommes éminents et désintéressés la postérité devra une dette éternelle de reconnaissance.