‹ L'éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique & esthétiqueChapitre 37 sur 130 · VICTOR DAB AT · texte numérisé non relu

VICTOR DAB AT

Étudiant en médecine,

Ancien équiider des Coquelicots du lycée de Pau.

Bibliographie. — G. de Saint-Ci..vir et de Saint-Chaikray. Foot-Rall Iluyby (Paris, Arnould, 1694). — I.iode Girondiee de l’éducation i’hysioue. Régies de la Barette (Bordeaux, imprimerie G. Gounouilhou, 1899,'.

i.E nu

lf!i|up| VY-gèce l'a dt^crite. Los lioniains l’avaient adoiiti^e. Scipioii mena de noinlirenx arbalél.t iers au siège de Lartiiagène ; mais il |iourrail se faire <jue l’arbalète fût d’invention gauloise, ear les seuls moiiumenls on elle est re[)iésentée ont été trouvés aux environs du l’uy et figiii ent au musée de cette ville.

Le Tir.

IE lir est aussi ancien que l’humanité. Celui qui le [iremier ramassa une |iirrre jiour attaiiuer ou se défemire, fut le |ircmi(‘r tiieiir. Il n’est |ias téméraire de siiiqioseï- ipie ce luemier tireur lut Adam lui-méme, (|ui peut-être (‘xerça son adresse naissanle en assommant à distancée le seiqumt a|uès sa déplorable alfaire avec Lvc; !

Arnui itnliijiKt maints, (lentes, nnr/iiesi/iie l'iienint Et lapides

dit le bon Ovide. Ce fut évidemment aux |iierres d’abord que son;.'èrent, comme projectiles, nos jirimilifs ancêtres, qui les choisissaient ajiiu’opriées à la force de leur bras. Ouelques-uns les améliorèrent en les taillant, c’était un grand progrès; mais celui qui conçut et réalisa l’idée de faire tenir une pierre sur une [rotule fut un homme de génie, un bienfaiteur de l’bumanité! Homère ne parle pas de la fronde, ou plutôt, on ne la reconnaît pas clairement en deux passages on il décrit un insti umeut de jet comjiosé de bandelettes de laine. Cependant la fronde était familière à ses héros, car Schliemann a trouvé des pierres de fronde dans scs fouilles d’Ilissarlik, et un fragment de vase d’argent, découvert à Mycènes, est orné de reliefs qui montrent des frondeurs défendant un rempart. Arcbiloque (7Ü0 ans av. J.-C.) est le premier qui nomme la fronde, (jue Pline donne comme une invention phénicienne, alors que Strabon en fait honneur aux lîab'ares. Ceux-ci furent des tireurs d’une prodigieuse adresse et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on leur ait attribué l’invention d’une arme dans le maniement de laiiuelle ils ont suiqiassé tous leurs rivaux. Les Israélites excellaient au tir de la fronde, et la réputation de David est venue jusqu’à nous, bien qu’elle soit fondée sur un coup unique, heureusement centré, il est vrai, mais auquel la dimension du but enlevait bien un peu de son mérite! — Les Romains dédaignèrent la fronde, que les Grecs avaient déjà tenue en médiocre estime, car ce n’était pas une arme noble comme la lance ou l’épée. Les légionnaires, non plus que les hoplites, ne s’en armaient; ils la laissaient aux Asiatiques, qui ont toujours aimé combattre de loin, et si elle a figuré dans les armées grecques et romaines, ce ne fut qu’aux mains des auxiliaires.

L’rtrc, dont l’invention est peut-être plus ancienne que celle de la fronde, disputait à celle-ci la faveur des tireurs antiques. Homère en cite d’illustres, le Troyen Pandare, qui blessa Ménélas, Teucer de Salamine, le bon archer Mérion, dans leijuel les membres de notre Union nationale verraient sans doute avec grand plaisir un ancêtre du tireur habile et sympathique auquel ils ont conlié leur présidence ! Mais, comme la fronde, l’arc fut dédaigné des braves. Sauf les Cretois qui le conservèrent comme leur arme nationale, les Grecs l’abandonnèrent de bonne heure aux troupes d’Asie avec une sorte d’aversion patriotique telle, que pour symboliser les barbares sur les monuments et les distinguer des Hellènes on leur mettait un arc entre les mains. Rome n’en arma jamais ses légions, et

ce ne fut même qu’au temj>s des guerres puniijues qu’elle admit des archers parmi ses tirailleurs.

V arbalète, que son embryon de mécanisme tendrait à fair e prendre pour un engin plus moderne, était connue de l’antiquité. Elle porte encore, sans grande altér’ation, le nom A' arcubal ista sous

La diabolique invention de Roger Racon ou de Rarthold Schwartz ou de plusieurs autres allait, à la fin du xin® siècle, mettre aux mains des tireurs des engins autrement sérieux (]ue tout ce qu’ils avaient pu lêvei’ jusque-là. Mais, comme pour toutes les inventions, il faudra bien longtemps avant (jue les armes à feu soient poussées seulement à un degré qui les rende jrr'atiques. Ce n’est même réellement, au point de vue du tir proprement dit, qu’à notre époque qu’apparaissent des armes satisfaisantes.

En attendant, l’arc et l’arbalète demeurèrent les armes de tir usuelles de nos ancêtres, t]ui savaient d’ailleurs en tirer admirablement parti, et qui avaient donné à l’arbalète, la seule d’ailleurs qui en fût susceptible, de très remar- (juables perfectionnements. Sans atteindre l’adresse légendaire et probablement mythique de Guillaume Tell, un bon arbalétrier envoyait à son homme un vireton dans la poitrine et le mettait fort proprement par terre à deux cents pas. Les archers se piquaient d'émulation et beaucoup plaçaient leur flèche en véritables virtuoses. Ils se déliaient entre eux, se réunissaient en des matches intéressants et ils continuèrent sous cette forme les tournois tombés en désuétude.

De ces réunions sortirent les confréries d’archers et d’arbalétriers, formes ancestrales de nos sociétés de tir (xiv® siècle). La confrérie des arbalétriers de Paris jouissait d’une certaine notoriété sous Charles VT. Elle nommait son roi, sou connétable et ses maîtres. I en était de même en bien des villes, Laon, Compiègne, Lagny, Rouen, La Rochelle, Carcassonne, etc... Ce ([ue voyant, les archers se groupèrent aussi « en l’honneur de Dieu, de Notre-Dame et de Monseigneur saint Sébastien ». Ces compagnies, archers et arbalétriers, donnaient chaque année des fêtes, souvent magnifiques, auxquelles prirent part bientôt les arquebusiers. Ceux-ci y introduisirent l’usage de tirer Xa papeyai, oiseau minuscule de métal fragile, rempli de mercure. Le moindre frôlement d’un projectile le perçait, et l’adroit tireur dont l’arme avait fait couler le mercure était proclamé vainqueur. Age heureux et naïf, qui n’a pas connu les angoisses du barrage et l’àpre lutte des visuels!

Dès Charles \T1 la royauté sentit le parti qu’elle pouvait obtenir de ces tireurs exercés. Loin d’entraver les sociétés de tir naissantes, et de les frapper d’un impôt comme en ont eu l’ingénieuse idée des gouvernements plus modernes, elle les en couragea, donna des récompenses aux plus adroits tireurs, dont la plus usitée fut l’exemption des charges [lubliijues, et chercha à les enrégimenter dans une milice d’Etat. On vit, après l’ordonnance do 1448, l’archer royal se promener aux jours de fête dans chaque paroisse « en habillement convenable de salade, dague, esjiée, jacque, ou bucijue de brigandine ». Mais il ne sortit de ces tentatives qu’une sorte de garde nationale qui paraît avoir soulevé déjà autant de plaisanteries (|ue les soldats-citoyens du roi Louis-Philip[ie ! Les tetitatives répétées de Louis XI et de Charles VIH ne donnèrent rien de bon. Louis XII laissa définitivement les archers, arbalétriers et arquebusiers civils à leur sport favori.

Il faut arriver jusqu’à Nai)oléon R’' pour voir l’Etat recommencer à se préoccuper du tir; mais de quoi Napoléon ne se

Arcs divers.

1. Ar. égyptiï'n- — 2 Arc assyrien. — 3 Arc grec. 4. Arc français (muyen âge).

Arbalète, avec son crochet et la trousse.

LE nu

}tréoccup;i-t-il pas? làicore ses tentatives de directeur de tir ne furent-elles ni suivies ni persistantes. Il n’avait [tas le tein[)s de faire apprendre à ses levées successives autre chose que de charger un fusil et de tirer « dans la direction » ! Pour les civils... mais il n’y avait pas île civils sous Napoléon !

Ce fut le duc d’Orléans qui eut le premier l’intuition de la re'volulion que l’on pouvait accomplir dans l’art du tir, initié qu’il fut à ses mystères par le génie de üelvigne. De ses méditations sortirent les chasseurs d'Orléans (1838), et notre première école de tir établie à Vincennes. L’Empire la transporta, en 1864, au camp de Châlons. Là, des expériences retentissantes, conduites par Mac-Mahon, attirèrent l’attention de la France entière. Le gros public s’y intéressa. De cet intérêt naquit la première société de « tir national français », qui fut fondée à Paris, et qui donna, au stand de Vincennes, le 22 mai 1864, son premier concours, dont le héros fut Jules Gérard, le tueur de lions! L’exemple de Paris fut suivi dans les patriotiques provinces de LEst et du Nord-Est, où les souvenirs de 1814 faisaient considérer le tir autrement que comme un agréable passe-temps. Une quarantaine de sociétés se fondèrent, de Nancy à Dijon, en passant par Metz, Toul, Strasbourg, Colmar, Besançon et Lonsle-Saunier. Elles fournirent de vaillants combattants en 1870, et il n’en est pas une qui n’ait à son livre d’or des noms de héros tombés alors pour la France!

Après la guerre, tout était à réorganiser. Ce fut encore l’Est qui commença. Nancy constitua la première société civile de tir qui fonctionna après l’année terrible. De la frontière, le mouvement se propagea par toute la France, de Nantes à Chambéry, de Saint-Quentin à Marseille, et il n’est pas une ville de quelque importance qui n’ait maintenant son groupe de tireurs organisé. De quarante sociétés avant la guerre, le nombre s’éleva à soixante-dix en 1875; il y en a un millier aujourd’hui, qui comptent plus de cent mille adhérents et qui, avec un zèle que l’indifférence des pouvoirs publics ne parvient pas à décourager, forment sans cesse des légions d’habiles tireurs dévoués à la patrie.

Ces sociétés diffèrent essentiellement des réunions et confréries de tireurs qui les ont précédées sous l’ancien régime, car celles-ci ne s’organisaient que dans un but de plaisir, et si leurs exercices avaient pour résultat le développement de l’adresse, personne parmi les tireurs ne songeait sérieusement à faire tourner cette adresse au profit de la guerre. Nous avons vu que chez les Grecs l’arc a cessé de bonne heure d’être employé sur le champ de bataille; ils le conservaient pour la chasse et aussi pour ces amusements, ces concours de tir que déjà ils pratiquaient, comme nos tireui’s de papegai, en dehors de toute idée belliqueuse. Chez nous, avant 1864 il en était exactement de même, puisque l’arc et l’arbalète étaient encore passionnément cultivés à une époque où ces armes avaient été depuis longtemps remplacées sur le champ de bataille par les mousquets et les fusils. De nos jours même, il existe par toute la France, notamment dans le Nord, de nombreuses sociétés de tir à l’arc, où se rencontrent des archers dont l’adresse tient du prodige. Il ne vient certes à l’idée de personne d’utiliser cette merveilleuse habileté contre l’ennemi, ce qui prouve bien que le goût du tir n’est pas forcément en corrélation avec celui des combats!

Nos sociétés de tir à l’arme à feu, au contraire, et sans exception, se sont organisées avec un esprit nouveau. D’un jeu pacifique, d’un simple sport, elles ont voulu faire un exercice militaire, une préparation aux exigences du combat moderne. Il convient de leur rendre cette justice qu’elles y réussissent dans une large mesure. Elles abondent en hommes qui font preuve du plus ardent patriotisme et du plus absolu dévouement. Leurs stands sont largement ouverts à tous les

débutants de bonne volonté, et il n’est pas de sacrifice qu’elles ne s’imposent pour mettre à la disposition de ceux-ci les armes et les munitions au plus bas jirix possible. En même temps, les vétérans, les tireurs déjà passés maîtres consacrent, avec une remarquable abnégation, leurs loisirs à l’éducation des novices, prodiguent leurs conseils, amènent devant leurs cibles toute la jeunesse des écoles, et constituent ainsi, sur toute l’étendue du territoire, d’innombrables maîtrises de tir, d’où sortent chaque année, pour le régiment, des recrues dégrossies, formées, aptes déjà à bien se servir de leur fusil. C’est le ludus pro palrin, qui en temps de paix constitue pour la jeunesse une des occupations les plus intelligentes et les plus viriles auxquelles elle puisse se livrer.

Il faut avoir suivi de près les exercices pratiqués par nos sociétés de tir pour comprendre les immenses services qu’elles rendent au pays, non seulement en répandant le goût des armes, mais en faisant faire, par de constants et persévérants efforts, d’énormes progrès à l’art même du tir. Depuis dix ans la force moyenne des tireurs français s’est élevée dans des proportions qu’on n’aurait pas espéré atteindre au temps si récent de la création de nos sociétés. On le voit aux moyennes des résultats obtenus lors des concours, où, sans parler des virtuoses du tir, dont l’adresse dépasse les invraisemblables exploits prêtés par les romanciers à leurs chasseurs ou à leurs carabiniers, la foule des concurrents de force ordinaire décroche — c’est l’expression consacrée — des points que leurs devanciers de 1889 ou 1890 auraient considérés comme les mettant hors concours.

\j Union nationale des sociétés de tir, et le Syndicat génércd des tireurs français sont les deux grands centres autour desquels

gravitent nos sociétés de tir, qui se rangent sous l’une ou l’autre de ces deux directions; de la première surtout, qui a pour elle l’ancienneté, jointe au mérite d’avoir, par ses tentatives, ses essais, ses erreurs même, ouvert la voie dans laquelle il faut que le tir entre aujourd’hui. — Pourquoi une œuvre si éminemment patriotique et si nécessaire est-elle donc laissée à l’initiative individuelle? Pourquoi l’État semble-t-il s’en désintéresser complètement? Pourquoi, alors que l’Angleterre dépense annuellement plus de 12 millions pour le tir, l’Allemagne près de 2, la Suisse près de 3, l’Italie elle -même plus de 800 000 francs, les efforts les plus énergiques de clairvoyants patriotes n’arrivent-ils pas à arracher à nos Chambres plus de 25 000 francs de subvention? Pourquoi, dans toute l’Europe, excepté chez nous, les exercices de tir sont-ils placés sous la direction, le contrôle, la sollicitude de l’État? Pourquoi voyonsnous de toutes petites nations, telles que la Hollande et la Norvège, s’éprendre du tir, soutenir leurs tireurs, les envoyer au loin prendre part à des concours, étudier ce qui se fait ailleurs, et rapporter chez eux le fruit de leurs observations, tandis qu'en France les efforts de nos sociétés ne paraissent pas même soupçonnés du gouvernement? Pourquoi avons -nous vu en 1898 à Vienne — ce que nous ne sommes pas près de voir chez nous — un stand gigantesque sortir de terre comme par un coup de baguette magique, pour favoriser le passage devant les cibles de tout ce qui tient un fusil en Autriche? Pourquoi

un seul canton suisse, comme vient de le faire celui de Neuchâtel, n’bésite-t-il pas à garantir les dépenses formidables — 1200000 francs, au bas mot, d’un tir fédéral, alors qu’en France on ne peut arracher qu’à de longs intervalles des caisses publiques un denier dérisoire pour organiser des concours qui

Fusil à pierre.

lÆ Tilt

l'oiit, ius(|u’i\ |ir('.sont, ]iièti (! ligure aiiinès de ceux (jue l’cui doniie à ridraugei ? Il MO serait poiiil dillieile de lépoiidre à ces ([ueslioMs, mais!... .Mleiidons, esi)éi<ins! i\os tiieurs viennent de niontici- victoriiMisement les eouhmrs l'raneaises à 'lurin, à \'ieime, à X(Micliàl(d; lein s é(dalatd.s succès l'orcent l’attention d(( riiurojie militaire, ils (iniront peut-être par attirer aussi celle d(! leur pays!

I ne des l aisous (jui ex|di(|uent rimlillV'i ence du grand ]>uldic K lativement au lir, c’(^st ipi’il ne le connaît pas. On sait généralement (pie pour tirer on se jdace devanl. une cible, une arme à la main, (d, (pi’oii envoie vers le but un juojectile avec |dus ou moins d’adresse ou de bonheur, lüen jieu de gens di'jiassent (•.et((> notion sommaire, bst-ce amusant de s'escrimer contre une cible? Uiiel plaisir peut-on trouver à passer des journées au milieu d’assourdissanti's d(d.onations, en respirant l’acre odeur de la |ioudre? Quelle satisl'action [leut-on goûter à lancer une balle à travers une planche de carton? Voilà les questions du plus grand nombre; car, en dehors des tireurs pratiquants, (jui sou[)(;onnerait les agrémenls du tir et les charmantes jouissances de l’adresse? Gepmidant, âne considérer le tir (jue comme sport, et en laissant de côté les idées jiatriotiques d’un ordre si élevé qu’il peut éveiller, on peut alfirmer hardiment, après avoir

praliipié tous les exercices, (ju’il n’en est pas de plus complet ni de plus « empoignant »!

11 semble que ce ne soit qu’un jeu d’épauler un fusil, de viser et de tirer : regardons de plus près. Le tireur élève à la hauteur de son épaule une arme généralement fort lourde, il la soutient durant le temps quelquefois très long de la visée, dans une immobilité jiarfaite; il doit, pour y arriver, imposer à son corps une telle rigidité que son cœur seul paraisse encore vivant en lui ; sa respiration est suspendue ; par une inspiration, profonde, il a rempli d’air la cavité entière de ses jioumons jusqu’à sa limite, ce qui donne à son thorax la fixité nécessaire au point d’appui (ju’y cherchent ses bras soulevés ; en un mot, il s’est, par le groupement des efforts de tout son être, transformé en une statue inébranlable, qui va de plus recevoir et supporter, impassible, les chocs répétés du recul. Si l’on songe que le tireur recommencera des centaines de fois dans la même journée ces mouvements d’ensemble, on comprendra qu'aucun travail de gymnastique proprement dit ne lui ferait dépenser ni acquérir plus de forces. Le tir couché lui-même amène vite la saine fatigue musculaire des exercices complets.

Mais, au point de vue du moral, l’escrime seule, sérieusement pratiquée, peut, dans ses effets, être comparée au tir. La première condition du succès, pour un tireur, est qu’il soit absolument maître de ses nerfs, que tout son être soit soumis, jusqu'en ses dernières fibres, aux ordres immédiats de sa volonté, pour qu'il arrive à ne lâcher son coup que dans rinlinilésimale fraction de seconde où il doit partir. Par là même, la sobriété et la continence sont les vertus imposées au tireur. Il faut de plus qu’il acquière un sang-froid qu’aucune secousse physique ou morale no parvienne à émouvoir. On ne réussit dans le tir ciu'avec une volonté de fer, une ténacité à toute épreuve et une indomptable persévérance. Le tir est donc, par excellence, l’apprentissage de la fermeté et l'école de la possession de soi-même.

Le bon tireur ne sera tel que dans la plénitude de la santé physique et morale.

.Mais la satisfaction de cet état ne saurait à elle seule expliquer l’attrait du tir, et faire comprendre la passion avec laquelle s’y livrent ceux qu’il a séduits. Son charme vient de la jouissance que tout homme ('prouve à vaincre une difficulté à l’aide de ses [uopios moyens, par sa volonté, par son effort, à dominer, en délinitive, les forces aveugles de la nature. !Ne ressentons-nous pas un plaisir très vif à voir les exercices d’un habile gymnaste, la réussite merveil-

leuse du jongleur en de jirodigieuses difficultés? Le tireur se donne à lui-même cette joie et il la renouvelle à son gré toutes les fois qu’il |)rati(iue son exercice favori. "Voyez-le, dans un grand concours, quand il vient de réussir une « belle série»; sa ligure rayonne de la beauté de son effort, de la joie de son succès : c’est un triomidiateur ! C’est qu’il triomphe en eflet, comme l’alpiniste qui vient de con(|uérir une cime, comme l’écuyer qui a domjdé un cheval fougueux, comme l’ingénieur dont la rectitude de calcul a mené à bien le percement d’un mont Cenis, comme tous ceux enfin qui ont pris courageusement corps à corps un obstacle à détruire, un péril à surmonter, un [iroblème à résoudre, et qui sont sortis vain- (lueurs de l’éiueuve par leur jiropre vertu!

Ht si ce tireur espère qu’un jour viendra où la patrie lui (b'inandera de mettre à son service cette adresse qui fait son orgueil, il éprouvera une des joies les plus pures et les plus élevées (ju’il soit donné à un homme de ressentir!

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