III. — automatisme psycho-dynamique
Pour mieux fixer les idées. Je citerai l'observation d’un enfant, llobert, atteint de toux et de tics spasmodiques de la face. Il devint liqueur par imitation en copiant automatiquement un léger tic maternel et eu le renforçant énormément.
Cet enfant ne pouvait prononcer quelques mots sans tousser et sans tiquer; son instruction était compromise, car la plus petite lecture à haute voix ou la moindre provocation de l’attention augmentaient la toux elles tics. Mais la toux et les tics cessaient pendant tout le temps que son esprit était distrait par le Jeu, par un récit agn'able ou par la vue d’un livre d’images feuilleté. Ifoberl ne tiquait ni ne toussait plus pendant les vacances, mais le tic et la toux réapparaissaient dès qu’il rentrait en classe, ou dès que son attention était fortement appliquée sur un sujet quelconque. L’attention trop soutenue ralentissait la respiration et surtout l’expiration, d’où le réflexe diaphragmatique se révélant par la toux et le raclement, toux et raclement qui peuvent être considérés comme « un acte de défense » des muscles expirateurs. Car, dans l’antagonisme entre les muscles inspirateurs et les muscles expirateurs, ce sont ceux-ci qui sont lésés dans leur fonction. L’inspiration s’impose toujours, et pour si faible qu’elle soit, il faut qu’elle apporte la quantité d’oxygène minimum nécessaire à l’oxygénation du sang, alors que l’expulsion de l’acide carbonique, par les expirateurs, peut être plus longtemps ralentie sans trop grand inconvénient.
L’émotivité Jouait aussi un rôle assez intéressant, puisque les divers remèdes qui avaient été ap]iliqués ne produisaient de l’etl'et que dans les premiers jours du traitement, sous l’inlluence de l’auto-suggestion, par la foi momentanée dans une guérison. Cette auto-suggestion agissait pendant quelques Jours, par inhibition suliconscienle, due à une émotivité Cdordre <tiiréable, car il s’agissait de guérison et d’un remède nouveau. Mais le remède perdait bienti'd toute valeur ])sychique, parce qu’il n'apportait pas avec lui la puissance nécessaire à la lutte contre la représentation première pathologique d’ordre imitatif, sans cesse renforcée par la vue du tic maternel. Le tic et la toux se transformaient ainsi, par répétition, en mouvements siiasmodiques musculaires automatiques et impulsifs.
La jii'iisée et le mouvement sont si intimement liés entre eux, que penser au mouvement à exécuter c’est déjà le mouvement qui commence, et que dans tout mouvement qui s’ébauche ce sont déjà les centres psycho-moteurs de ces mouvements qui entrent en fonction. La loi de rassociation des idées permet également (Tex[diquer pourquoi tout mouvement spasmodique, d'abord unique, ]ieut en provoquer un second, et pourquoi chez le Jeune Hubert le tic oculaire d'orii/ine imitative (il l’avait pris à sa mère, et comme tous les enfants, c’esl-à ilire comme tons les êtres en état inférieur, il l’avait renforcé en le prenant pour son compte); iiouniuoi, dis-je, ce tic avait provoqué [lar la lui d’association des idées un tic sjiasmodique analo-
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mie d’ordre res|iiriitoiie. Maintenant, iionri|noi ce ti(; s'étail-il localisé anx muscles de la res|iiration plutôt iiu’à ceux des liras, des jainlies, etc., coinine cela arrive le |dus souvent dans la plupart des cas'? C’est luirce (]ue les muscles expirateurs peu entraînés jiossédaient une tonicité moins fîrande, et comme tels constituaient le locua minoris sur lequel était venu se développer le tic, par association d’idées consciente ou suliconsciente, à l’état de veille ou ;i l’état de rêve, etc.; peut-être par imitation d’un autre sujet raclant de la gorge et toussant; peut-être aussi par émotivité. Les processus peuvent être nomlireux et difficiles à liien définir, car le suliconscient joue dans la vie un rôle bien plus imporfant qu’on ne le croit généralement.
De telles épiilémies psychiques sont assez fréquentes dans les familles : tel, par exemple, le strabisme d’origine imitative, que je crois [louvoir faire entrer dans l’ordre des tics spasmodiques imimlsifs d’ordre psycho moteur.
La cause occasionnelle de ce tic avait une origine psychique, llobert est un a/feclif-af/innutif; il renforçait l’intensité de tous ses actes par la répétition ; son pouvoir d’inhibition, comme chez presque tous les enfants, était encore très atténué.
Fait intéressant à signaler, Robert ayant été guéri du tic oculaire, sa mère et sou petit frère en ont été guéris du même coup, par imitation. Ce qui prouve que l’imitation familiale avait joué un rôle important en cette affaire.
A P rès trois mois de traitement, Robert pouvait réciter une longue fable sans tousser et sans tiquer.
En pareil cas, la gymnastique médicale et respiratoire, renforcée par la suggestion à l’état de sommeil hypnotique, ainsi que je l’ai déjà appliquée chez d’autres malades atteints d’obsessions (les obsessions sont considérées aujourd'hui comme des spasmes psychiques), ou jiar la suggestion à l’état de veille comme chez cet enfant, selon le mode de réaction de chaque sujet : passif, affectif ou affirmatif, donne d’excellents résultats. La mise au point médico-psychologique et médico-pédagogique est quelque peu délicate ; autant l’est également l’application clinique avec le dosage du mouvement physique qui peut être aussi nuisible, s’il est mal appliqué, qu'il est excellent s’il est méthodiquement et scientifiquement dosé à l’égal d’un remède de grande valeur.
Les tics qu’on ne parvient pas à supprimer dès leur première apparition deviennent, pour la plupart, difficilement curables. Le temps les renforce et ils sont très rebelles; leur guérison dépend donc de la valeur du traitement appliqué.
Robert en avait suivi plusieurs sans aucun résultat.
Le tic peut reparaître tout à coup après la guérison, pendant un temps plus ou moins long, sous l’inlluence de toute cause qui décharge profondément les centres nerveux psychomoteurs, telle que la fatigue intensive, intellectuelle, physique, émotive ; la fièvre, etc. Le pouvoir d’inhihition créé par l’éducation psycho-pédagogique ou psycho-médicale, ayant été amoindri par la fatigue, n’est plus assez fort pour réagir contre la poussée automatique du tic, qu'il maintenait dans les couches profondes psycho-motrices, mais qui réapparaît tout à coup, au même titre qu’une impulsion qu’il est vraiment, pour disparaître aussitôt que la fatigue ne découronne plus les centres nerveux. J’ai signalé, dans mes précédents travaux, des faits analogues à propos d’actes impulsifs réapparaissant à la suite de la fatigue.
Le rôle que jouent les muscles de la ceinture abdominale dans la respiration diaphragmatique, au point de vue du traitement des tics et de la toux spasmodiijue d’origine respiratoire, paraît être important. Le tracé cirtométrique du jeune Robert indique que le type respiratoire a été régularisé; pour le régulariser, j'ai surtout agi sur les muscles expirateurs; parallèlement à cette action, la toux et le raclement ont cessé ; il existe donc une concordance entre cette cessation et la régularisation de la courbe cirtométrique.
Je me suis surtout appliqué à fortifier la ceinture musculaire abdominale: les obliques, les transverses, le droit antérieur de l’abdomen, le carré des lombes et le massif lombaire, afin de provoquer ainsi une action synergique et aniagoniste de leur part sur la voûte diaphragmatique, car en fortifiant les muscles abdominaux je voulais agir sur le diaphragme et le fortifier.
Les muscles de la ceinture abdominale devaient ainsi jouer, dans ma pensée, le rôle d'opposants uu muscle du diaphragme et en régulariser le jeu en raison même de la régularisation du jeu de tous les muscles de la ceinture abdominale, qui sont des muscles expirateurs, alors que le diaphragme est un muscle inspi-
rateur. En agissant alternativement sur les muscles inspirateurs et sur les muscles e.rpirateurs, je devais théoriquement et prali- •juement aboutir à un résultat, car je [lartais de ce principe que chez mon jeune malade la toux et le raclement de la gorge provenaient de ce (lu’il ne savait ou qu’il ne pouvait expirer librement et profondément. Or, en fortifiant les muscles exfiirateurs abdominaux, je les éduquais en vue de leur fonctionrespiratoire diaphiagmatique.
Cette « protestation » des muscles expirateurs à l’égard des muscles inspirateurs, qui se révélait par la toux et le raclement, explique pourcjuoi les exercices de suspension aux anneaux et au trapèze auxquels le jeune Robert se livrait chez lui ne faisaient qu’augmenter le mal. En effet, dans les mouvements de suspension, ce sont surtout les muscles inspirateurs qui entrent en jeu, puisque les principaux de ces muscles s’insèrent à la partie sujiérieure du tronc : colonne vertébrale, base du crâne, omoplate, etc. En pareil cas, la gymnastique respiratoire doit s’adresser surtout aux muscles expirateurs par des mouvements approfu’iés et dosimétriquement appliqués aux muscles de la région abdominale postérieure et inférieure du corps, où s’insèrent les muscles expirateurs et où se trouvent en même temps les muscles les plus épais qui par leur mise en fonction opportune provoquent, par leur volume même et par leur jeu médicalement imposé, une hématose plus profonde, c’est-à-dire un travail plus grand des poumons.
Si la respiration joue un rôle important dans le traitement de telles affections psycho-dynamiques, le processus initial est presque toujours d’ordre purement psychique; c’est pourquoi dans le traitement à appliquer on doit songer aux deux lois suivantes de psycho-dynamie, qui semblent résumer toute la question de l’éducation physique dans ses rapports intimes avec l’éducation intellectuelle, c’est-à-dire avec la pédagogie psychophysiologique.
Première loi. — L'intensité de l'attention est en raison inverse de l'intensité de la respiration.
Deuxième loi. — ■ La cérébration et la musculation sont en raison directe [Loi de l'association des idées — représentation et mouvement).
La musculation, c’est-à-dire tous les phénomènes psychiques qui agissent sur le muscle, réagit sur la cérébration. Un travail musculaire violent et trop souvent répété provoque une action respiratoire plus profonde et plus intense, ce qui explique l’incapacité d’attention de tous les musculaires francs, c’està-dire de tous ceux chez lesquels l’influx nerveux fuse plus facilement vers le muscle qu’il ne reste à demeure dans les centres psychiques. 11 semble que pour certains sujets les portes des écluses sont trop faibles pour contenir la masse d’énergie qu’elles laissent s’écouler dans le système musculaire.
« J’ai raté l’internat des hôpitaux de Paris », m’écrivait un jour un confrère d’une réelle valeur, lauréat de la Faculté, bien que j’eusse donné les plus belles espérances à mes maîtres à cause de mon tempérament trop exigeant sous le rapport des muscles. »
La cérébration, c’est-à-dire tous les phénomènes psychiques qui accompagnent la formation de l’idée et sa mise en fonction, joue un rôle également très important dans tout acte physique, surtout dans le domaine de l’émotivité. Les exercices de plein air excitent l’émotivité à un degré plus élevé que les exercices commandés et rythmés. L’émotivité peut provoquer des phénomènes psycho moteurs et psycho-nutritifs très surprenants par les décharges nerveuses cérébro-spinales qu’elle facilite à un très haut degré. La courbature d'origine émotive est connue : j’en ai cité plusieurs cas (1). Un de mes amis, dont j’ai cité une observation (2), très entraîné aux exercices physiques, se trouve un jour en voilure ; le cheval s’emporte, le danger est sérieux; il pense alors que le moment est venu d'appliquer pratiquement les exercices d’assouplissement et d’agilité qu’il exécute quotidiennement, et, choisissant son temps et son tien, il saute hors du coupé, dans un bond qu'il calcule d'avance. 11 tombe à terre sur l’épaule, mais il se relève aussitôt, très souple, sans aucun mal, avec cependant une légère meurtrissure à la région qui a frappé sur le sol.
La scène ne dure que quelques secondes, et pourtant, malgré cette rapidité, malgré l’entraînement sérieux, il est atteint,
(1) l’h. TissiÉ, La Fatigue et l'entrainement physique, Loc. cit., et Les Itères (2* édition, Paris, Alcan, 1898, Loc. cit.).
(2) Pli. ïissiii, Observations physiologiques concernant un record vélocipédique. Loc. cit..