II. — LE RÔLE DE L’INITIATIVE PRIVÉE
V Académie de médecine. — Les Sociétés savantes. — Les Sociétés d' Education physique. — La Presse, le Livre, les Congrès, etc.
En France, les bonnes volontés sont légion; on peut affirmer que, depuis 1870, en ce qui concerne l’éducation physique, elles n’ont jamais fait défaut. Ce qui leur a manqué, c’est une bonne méthode qui leur permît d’agir avec plus de sûreté et d’obtenir plus de résultats pratiques.
Aussitôt après nos désastres se fondent les sociétés de gymnastique dont la vitalité progresse régulièrement. Elle s’affirme tous les ans dans les fêtes fédérales de l’Union des sociétés de gymnastique de France. Si notre méthode de gymnastique nationale est plus que critiquable, l'esprit d'association qui a présidé au groupement d’une partie de la jeunesse française mérite d’être signalé comme une preuve de l’élasticité de notre race. Mais les sociétés de gymnastique ne s'occupent que des enfants du peuple. Ceux de la bourgeoisie sont quelque peu délaissés ; la bicyclette et les exercices de plein air les ont groupés en associations, dans des fédérations régionales ou nationales, telles que l’Union vélocipédique de France, le Touring-Club, le Club alpin, la Ligue nationale de l’Éducation physique, l’Union des sociétés françaises de Sports athlétiques, la Ligue girondine de l’Éducation physique, les diverses associations nautiques, la Ligue française de l’Enseignement, le Comité Dupleix, etc., etc. Ainsi, dans les gymnases, sur les routes et sur les pistes, sur les pelouses, sur les cours d'eau et dans la montagne, s’entraîne et se forlifie la jeunesse française en dehors de toute réglementation administrative.
Ce grand mouvement est entretenu par le livre, le journal, les congrès, etc. Tout le monde s’y intéresse. Si l’on critique les méthodes et les abus, on est d’accord sur le principe même de l’éducation physique. Les pouvoirs publics accordent leur concours à celte renaissance.
Dès l’introduction en France des exercices physiques de plein air, nous voyons entrer en compétition divers éléments au milieu desquels la jeunesse scolaire et post-scolaire soutient quand même la bonne cause, car elle veut vivre et bien vivre. On peut dire que si l’éducation physique a pris un rang important dans les préoccupations du pays, c’est à la jeunesse qu’on le doit : elle a combattu pour elle en prouvant le mouvement par le mouvement. C’est là un des côtés les plus intéressants d’une réforme qui a été provoquée par des médecins (Académie de médecine) et soutenue par la jeunesse des écoles. L’histoire des dix dernières
années du xix® siècle sera très instructive à lire un jour, la partie qui a trait à l’éducation physique n’en sera pas une des moins suggestive.!. ()ii y verra ce que peut l’initiative privée, même alfaiblie par le contage déprimant de la politique qui, malheureusement chez nous, pénètre toute chose et trop souvent, hélas ! transforme en questions personnelles des questions de principes. L’éducation physique n’a pas échappé à ses atteintes. Heu d’associations ont su conserver la neutralité. Mais, somme toute, cette agitation a été fertile parce qu’elle a forcé l’attention publique par ses manifestations diverses et ses compétitions mômes. L’homme n’est pas parfait et on ne doit jamais demander, môme à son meilleur ami, que ce qu’il veut bien nous donner.
En 1S58 Eugène Paz, né à Bordeaux en 1835, secrétaire de la rédaclion du Petit Journal, fonde la première société de gymnastique en France, avec un groupe d’amis.
En 180!) Paz fait construire, rue des Martyrs, à Paris, le gymnase qui porta son nom et où défila pendant vingt ans tout le Paris artistique, littéraire et mondain. — 11 publia [ilusieurs ouvrages sur la gymnastique.
En 1868 le ministère Duruy le chargea d’une mission en Allem.igne et en Autriche, à l’effet d’y étudier l’organisation de la gymnastique. C’est du côté de l’Allemagne que se dirigent les missions scientifiques. Il faudra trente ans pour les diriger du côté de la Suède, où se trouve pourtant la vérité scientifique de l’enseignement physique, et cela, malgré les rapports adi'essés de l’Institut de Stockholm à M. de Salvandy et l’enquête du Dr llillairet sur la gymnastique suédoise.
Le 27 septembre 1873 l’Union des Sociétés de gymnastique de France est fondée par MM. Paz, Christmann et Ducret. Depuis cette époque elle s’est étendue sur toute la France, elle constitue une force véritable pour le pays.
Dès 1880, en môme temps que paraissent les livres d’André Laurie (Paschal Grousset) sur la Vie de cotlege dans tous les pays, livres qui ont une grande infiuence sur l’orientation nouvelle de l’opinion publique vers l’éducation physique de plein air, le Cercle de gymnastique rationnelle est fondé à Paris (pr janvier 1880). M. Geoi-ges Demeny (1), préparateur à la station physiologique, annexe du Collège de France, au laboratoire de M. Marey, ouvre le premier cours d’éducation physique, cours bien modeste, il est vrai, mais à .M. Demeny revient l’honneur de cette tentative si hardie pour l’époque. L'éducation physique, dit-il, est l'ensemble des moyens destinés à apprendre à l'homme à exécuter un travail mécanique quelconque avec la plus grande économie possible dans la dépense de force musculaire. On ne voyait alors dans l’éducation physique qu’un facteur mécanique réglant les forces musculaires ; depuis nous avons appris à y voir un facteur psychique, autrement important que le seul facteur phys:(|ue. M. Demeny avait été préparé à l’idée de fonder un tel cours par ce qu’il avait vu en Belgique, où depuis de très longues années l’enseignement physique est appliqué théoriquement et pratiquement dans un enseignement spécial.
La 'Ville de Paris lui confie le cours municipal d’Éducation physique, le seul qui existe en France jusqu’à ce jour ; quelques auditeurs le suivent, car, il faut bien le constater, si la pratique a conquis beaucoup d’adhérents, la théorie n’en a groupé que fort peu. Le champ est si vaste qu’un seul homme ne peut suffire à l’explorer. L’enseignement théorique et pratique des exercices physiques ne sera vraiment complet que le jour où il sera donné dans un Institut national, comme en Suède, par des professeurs spéciaux.
De 1880 à 1887 un grand mouvement se produit dans les idées: la bicyclette paraît en 1886 (elle conquiert définitivement la piste et le monde en 1891) ; une campagne d’opinion se dessine en faveur des exercices physiques de plein air. Un travail en dessous se dessine; on commence à comprendre que le pouvoir d’adaptation du cerveau de l’enfant a des bornes et que, selon l'expression de M. Berthelot, « la capacité du cerveau humain n’augmente pas parallèlement aux programmes ». Une forte réaction se manifeste contre les programmes surchargés de l’enseignement universitaire, l’Académie de médecine jette le premier cri d’alarme (séance du 8 mars 1887). A partir de ce moment la question reste toujours ouverte, provoquant de nombreux écrits, rapports, congrès, etc. En 1883, sur la proposition de MM. Rochard et Lenier, la section d’hygiène de l’Association française pour l’avancement des sciences émet le vœu que dans les établissements à internat une part importante soit faite aux exercices physiques par la modification des programmes scolaires. Mais c’est à M. Lagneau (2) que revient le grand honneur d’avoir attiré l’attention du corps médical et des savants sur l’éducation physique. La discussion à l’Académie de médecine fut longue, elle remplit plusieurs séances ; commencée le 8 mars 1887, elle prend fin le 9 août 1887 (3). Les propositions suivantes sont votées :
M L’Académie de médecine appelle l’attention des pouvoirs publics
(1) Georges Demeny. Itésuniés de cours théoriques de l'éducation physique, précédé d’un plan d'enseignement supérieur delà gymnastique, l'r fascicule, 1880- 1886 (De Mans, typ. Edmond Monnoyer, 1886).
(2; Gustave Lagneau. Du surmenage intellectuel et de la sédentarité dans les écoles; du degré d'aptitude militaire des jeunes hommes plus ou moins instruits (?/«’/••tin de l’Académie de médecine, 1887, t. VH, p. 279-551, 673-695 ; t. VIH, p. ' 83,
(3) M. Javal demande que la question soulevée par la présentation do M. Lagneau soit portée à l’ordre du jour des séances. Tous les médecins sont d’accord sur le principe de la réforme et sur la mauvaise méthode d’ensoignsment qui courbature les cerveaux des enfants et des adolescents.
O II faut en finir une bonne fois, dit M. J. Rochard, avec ceV.e instruction
iNTitoixirrnoN
BHi' la iiéc(“sMit(l (le mndlller, coiiroriiiéiiieiit aux lois de l’IiyKi^ue et aux (‘xi(,'euees du dév(dop|)einenl pliysifiue des eul'auts et des adolescents, le régime actuel de nos élaldissenients scolaires :
« l'ill(‘ pens((;
" t" nue l((s collèses et lycdes pour élèves int(!rnes doivent être instal|(''s à la campat^ne ;
« Ü" One de larges esj)acos bien exposés doivent être la’servcs pour les réciauilions ;
« :i'> ()ue les salles de classe doivent être ainéliorées au point de vue de réelairag(! et d(( l'aération.
(( Sans s’oc(;uper des programmes d’étude, dont elle désire d’ailleurs la simplilicatioii, l’Acadéinio insiste particaili(’'renient sur les points suivants :
(( I” .Accroissement de la durée du sommeil pour les jeunes entants ;
« 2" Pour tons les élèves, diminution du temps consacré aux éludes et aux classes, c.’est-è-dire îi la vie sédentaire et augmentation proportionnelle du temps des récréations cl exercices;
« l!» Nécessité impérieuse de soumettre tous les élèves à des exercices ([uotidiens d’entrainement pliysi()ue pioporlionnés è leur âge (marches, courses, sauts, formations, développements, mouvements réglés et prescrits, gymnastique avec appareils, exercices de tous genres, jeux de force, etc.) ».
La commission qui avait été chargée de rédiger le rapport était compus(’e de MM. Hergeron, Larrey, Itiijardin-Heaumetz, Proust et Lagneait, rapporteur.
M. Spuller, miinstrc ch; l’Inslruction publique, accusa réception des V(eux émis, il promit d'en tenir compte en réformant autant que possible les programmes et en accordant plus de temps aux exercices physi(|ncs (séance du 31 janvier l8X,s). Deux ans i)lus tard, dans la séance du 31 décembre ISSU, M. Bi'oiiardel fit part à cette Compagnie des réformes qui avaient été api)orlées aux programmes de l’enseignement (1). La circu-
(le oatah'guc cpii ('fllcure tout et n'approfondit rien ; avec cette éducation encycloi)6di(|ue qui surcharge la mémoire sans développer l’intelligence et qui ne laisse après elle (pi’une fatigue souvent irréparatde et un dégoût insurmontable pour le travail intellectuel. » — Ce qui est à réformer également, dit .M. Peler, c’est l’hygiène matérielle de l’école. Il s’élève contre la fatigue cérébrale qui hii'iilide le cerveau. « La jeunesse française comme l’enfance a besoin d’une loi lioussel. A r.Académie. de médecine d’avertir, aux 'pouvoirs publics d'aviser. Il y a péril. Nous ne devons pas laisser moissonner notre jeunesse dans sa fleur. »
M. Colin (d’Alfort) s’élève contre le surmenage contraint imposé à la moyenne, qui est médiocre en somme; l’élite peut et doit même se surmener, parce (prelle possède un pouvoir de réparation suffisant, mais on doit ménager les faibles, qui sont majorité. Il va cependant un peu loin quand il dit ; « (ju'importc s'ils sont (les jeunes gens d'élite) un peu plus pâles, un peu moins vigoureux (pie les autres. Il n’est pas nécessaire que le savant, l’artiste, l’administrateur, le grand industriel soient taillés en hercules... Ce surmenage est fécond, il est d’un salutaire exemple pour les masses qui ont une grande propension à la paresse. »
Nous doutons fort qu’une telle leçon de choses soit vraiment goûtée et .surtout suivie des paresseux ; quant au développement physique, l’élite n'est vraiment l’clite que si elle possède les trois grandes forces, physique, intellectuelle et morale. « Ce qu’il faut connaître, ajoute M. Colin, c'est le surmenage contraint provoqué par des programmes trop chargés, ce surmenage qui réussit tout au plus à élever les nullités au niveau des plus faibles médiocrités, ce surmenage qui vise à faire d’un imbécile un bachelier ou un docteur, et qui y parvient quelquefois, au grand di'triment de la société, à laquelle on ferait mieux de laisser un ébéniste ou un maçon. »
(( Comme médecins et comme pères de famille, dit M, Hardy, nous devons demander des logements plus saliiliresiun peu plus de soinnieil est nécessaire à 1 enfance et à la jeunesse, et surtout nous devons dire bien haut qu’en ensei” gnant tant de choses divcr.scs à nos enfants on les fatigue et ne leur donne que des connaissances superficielles qu’ils oublient bien vite au sortir de l’école. Pour ces jeunes gens aussi mal préparés, vienne maintenant le service militaire obligatoire de trois années, pendant lesquelles tout travail de l’esprit sera suspendu, et je me dematide avec tristesse quel sera l'avenir intellectuel de la l''rance. »
((Nous voulons, dit M. I, agneau, qu’aux fatigues intellectuelles, qu'à l'inertie corporelle, on oppose la vie en plein air, les exercices physiques utiles à tous, tilles et garçons, utiles surtout à nos fils, puisque tous doivent être soldats... A (■('(té de la classe et de l’étude, il faut la pelouse des jeux, les agrès de gymnasti(luo, le champ de course et de manœuvres. Il faut que non seulement les excrric('s [diysiquos soient obligatoires à l’égal des travaux intellectuels, mais aussi que, comme eux, ils concourent pour un certain nombre de points à l’obtention dcscerlilicats. des diplômes, des admissions que sauctioniient les différents degrés de l’enseignement. Il faut, ainsi que le demande M. Rochard, que les c.xcrciccs physi(iucs donnent lieu à des épreuves dans les concours et qu'ils produisent pour le classement des concurrents un coefficient assez iinportint pour que les candidats aient intérêt à s'y rendre habiles. Kspérons que nos législateurs jugeront utile de bmiter par des exercices physi(iues les travaux intellectuels qui compromettent la sauté de nos enfants. Ue la vigueur, de l’énergie pliybi(iti(‘ dépendent souvent l’initiative individuelle, la puissance nationale. »
DU le voit, par ces iinehiues extraits, l’Académie de médecine fut unanime à recunnaitre la nécessité de réducation physique cl de l’allégement des programmes de l'enseignement.
(i) La commission chargée d’élaborer le futur programme était composée de MM. Bouchard, Proust, liujardin-Beaumetz, I, agneau, Perrin, Rochard otBrouardcl, plus M. Manouvrier.
Les membres de l'Université sont très désireux de chercher la soliilion et do donner sati^faction aux vœux de l'Académie. Un enseignement gymnastique doit (■■tre c|■l'■l'■, donnant lieu à des exercices quotidiens d'une durée nunimum de trente a (iiiaianle-cinq minutes, o Cet en-.eigncment sera gradué et exactement proportionné a l’ége on pluti'd à la force physique des élevés, » dit M, lirouardel. Sud
luire iiiinislériellc de M. liinirgeois, du 7 juillet 1890, s’était inspirée de ses vœux.
Deiidatil i|ue cette société savante discniait et parallèlement îi ses travaux, M. l'hilippe Daryl (l’aschal (ôrousset) écrivait dans Le Temps- une série d’articles fort retnartinés sur V Education jihysiqun. Ils furent ensuite publiés en volumes, sous le titre de La Itcriaissaiice pliynûjuf;.
En jcirait le livre de M. Pierre de Coubertiii, sur L’ïiducalion en Aiu/lelerre, livre suivi de V ÏCduc(dion anglaise en Eicmee et des tJniversilés I ran''a liant ignés (Rapport adressé au iniiiistre de l’Instruction publitiiie sur son voyage de mission eu Amérique, 1890).
Déjà, dans Le Erutie.ais du 30 août 1887, M. de Ooubettiii avait exposé le plan d’uiie Ligue de réducation pliysiqiie. Le D» juin 1888, il fondait le (loinilé pour la propagation des exercices physiques, présidé par M. .Iules Simon .
Ainsi, dès le début, nous voyons unis dans une action commune MM. Pascbal ürousset et Pierre de Coiibertin, et avec eux, MM. Rer- Ibelot, Marey, .Iules Simon, üréard, de Saint-Clair, Octave Blondel, Callot, etc.
La province s’intéresse également à la réforme. M. Fernand Lagrange, de Limoges, publie un article très remarqué dans la Itevae scie nlifigue et plusieurs livres sur l’éducation physique; son livre L« Physiologie des exerciees du corps remporte un très grand succès, raiiteur le fait suivre de L'Hygiène de l'exercice chez les enfanls et les jeunes gens, de L'Exercice chez les adultes, de La Médieation par l'exercice, de La Mécanolhérapie et d’un grand nombre d'articles dans les diverses revues. M. Lagrange apporte ainsi une contribulion vécue et scientifique à l’œuvre qui s’esquisse et qui de jour en jour prend une forme plus arrêtée.
Nous entrons iious-même dans le mouvement, en 1887, à la suite de notre thèse inaugurale sur les Aliénés voyageurs, qui nous amena à envisager l’éducation pbysi(|ue sous un jour nouveau, ainsi que nous l’établirons au cours de celle étude sur la psycbo-dynamie, dans les chapitres consAcrés xuTourisine j)alhologiqi/e et à la Gyninaslique médicale.
Trois associations d’éducation physique sont fondées, deux à Paris: la Ligue nationale de l’éducation physique, par M Paschal Orousset, et l'Union des Sociétés françaises de sports athlétiques, par M. Pierre de Couberlin ; une à Bordeaux pour tout le sud-ouest de la France, la Ligue girondine de l’éducation physique, par noiis-même, à laquelle M. le président Carnot oiïrit une coupe, en premier grand prix, qui est disputée tous les ans dans les lendits régionaux du Sud-Ouest. Un second grand prix a été offert par le Comité Dupleix, dans le même but, en 1898.
A l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, le premier congrès intcrnaliotial pour la propagation des exercices physiques dans l'éducation (!), institué par décret du 12 novembre 1888, est organisé à Paris, sous la présidence de M. Jules Simon; M. Pierre de Cottberlin, promoteur de la réunion, en est le secrétaire général. Ce congrès s’ouvre le Ibjuin 1889, à l'École des ponts et chaussées, il dure huit jours. Il comprend des concours alhlétiqiies, dans lesquels les gymnastes suédois venus à Paris sous la direction de M. le capitaine Victor Baick pour prendre part aux fêtes de gymnastique se présentent sur la demande de M. le comte de Le-wenhaupt, minisire de Suède et Norvège en France. Cette séance a lieu le 14 juin 1889, au Nouveau-Cirque de la rue Saint- Honoré. A partir de ce moment l’attention des physiologistes et des pédagogues (1887) est portée sur la méthode de gymnastique suédoise. M. Demeny demande et obtient une mission scientifique à Stockliolm pour étudier la méthode de Ltng, à l’Institut royal central de gymnastique de cette ville.
Le -23 juin ISS9 la Ligue girondine de l’éducalion physique organise le premier concours des jeux de plein air, à Bordeaux, sur l’esplanade des Quinconces, en pré.sence de M. le recteur Ouvré et de M. le maire de Bordeaux. M. le général Ferron, commandant le 18® corps d'armée, avait, par une autorisation spéciale, permis aux moniteurs de gymnastique du 144® régiment d’infanterie de jouer sur l’esplanade avec les élèves du lycée de Bordeaux et des écoles primaires de la tille. Le 8 juin (le l’année 1890 une première rencontre de jeux dt; plein air a lieu sur le terrain de la Lig te nationale au bois de Boulogne, organisée par M. Paschal Orousset, secrétaire général de celle association ; elle est présidée par M. Carnot, président de la République.
une description des exercices physiques qti’ou imposera aux petits, aux moyens et aux yi'imds élèves.
0 On avait fait des plans fort beaux sur le papier », avec indication des élèves qui devaient prendre part aux exercices; des dépenses ; do la sanction des exercices physiques ; de l'organisation dos récréations proprement dites cl dos exercices militaires. On n’avait oublie qu’une seule chose, c'était de s’assurer de la valeur des maîtres charg(‘s d’cxécutcr la réforme. Une enquête per.sonnelle m’a prouve que les quarauto-cinii ou les trente minutes de gymnastique sc réduisent encore, pour chaque élève, de dix à quinze minutes de gymnastique effective par semaine; que la graduation et la proportion exacte des exercices physi(iucs u’onl jamais été faites et j'ajouterai ne pourront jamais être prati(iuées tant (|ti uuG réforme très sérieuse et poursuivie de très près par des inspecteurs compétents n’aura pas obligé les professeurs de gymuasti(|uc, mieux instruits, à accomplir leur devoir parallèlement à celui du médecin hygiéniste.
M le président de l'.Xcadémie de médecine et M. Rochard airessèrent des remerciements à M. Brouardel c pour la pari si considérable qu’il avait prise à l’adoption de ces importantes réformes, en faisant ainsi admettre la plupart dos conclusions de l’Académie ».
(i) Congrès des exercices pliYsi(iu('.s. .laiivicr 188U. Compte rendu des séances et concours, l’ublicalion des Annates (''coi(0'i(i7((C's, Challauicl et C", I7, rue .Jacob, l’ans.
/. ’É n U CA TI ON PU YSIO U E
Un Manuel des jeux scolaires eUles exercices athlétiques est publié par le Comité pour la i)ropaKalion des exercices iihy8i(iiics dans l’éducation (1).
En IS9S le premier congrès national de l'éducation physique, dont M. Paschal Grousset est le promoteur, est organisé par la Ligue nationale, ?i Paris. Dans ce congrès, présidé par M. Gréard, vice-recteur de l'académie de Paris, on reprend les conclusions de l’Académie de médecine. On émet, entre autres voeux : que chaque élève possède une fiche anlhropométri(|ue et qu’une école normale de gymnastique pédagogiiiue soit fondée ft Paris.
M. Denieny publie son rapport sur son voyage de mission en Suède, il demande la création d'un enseignement théorique et pratique de la gymnastique.
Le 25 novembre l’Union des Sociétés françaises de Sports athlétiques organise une réunion à l’ancienne Sorbonne de Paris pour y célébrer le cinquième anniversaire de sa fondation. On y décide « le rétablissement des jeux Olympiques, sur des bases et dans des conditions conformes aux nécessités de la vie moderne». Un congrès sera organisé pour l'année 189^.
En 1R9S un second congrès national de l’éducation physique est organisé à Bordeaux, par les soins de la Ligue girondine de l'éducation physique, sous la présidence de M. Espinas, doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux; nous en fûmes le promoteur et le secréta're général (25, 26, 27, 28 octobre 1893). Les sections de pédagogie, de médecine et de technique émettent des vœux parallèles à ceux de l’.Académie de médecine. Elles demandent, en outre, que l’éducation physique soit intro duite dans nos colonies tropicales, où elle rendrait de très grands services aux colons, en leur apprenant à développer méthodiquement leurs forces physiques et à en user à bon escient. L’exemple d’endurance que nous donne en ce moment même le brave petit peuple boer, qui résiste avec son cerveau autant et plus qu’avec ses muscles, vient à l’appui du vœu émis par le congrès de la Ligue girondine, sur la proposition du regretté Rançon, médecin en chef des colonies (2). Quelques semaines auparavant, le congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences tenu à Besançon avait abordé la question des abus commis dans les exercices physiques, portée à l’ordre du jour de ses séances. Les médecins protestent maintenant contre l’abus du mouvement, alors que quelques années auparavant ils protestaient contre l’abus du repos. Preuve évidente du développement pris par les exercices de plein air. La discussion est reportée au congrès de l’année suivante; M. Le Gendre est nommé rapporteur.
En 189A M. Le Gendre présente son rapport au congrès de Caen (3). Les trois sections réunies de pédagogie, d’hygiène et de médecine prennent partàla discussion avec MM. les docteurs Bouchard, L.-H. Petit, Tissié, Régnault, Bergonié, et MM. Alglave, Dechterew, ’Voulquin, Salles, Trabaud, de Coubertin. Discussion intéressante et chaude contre l’abus des sports, mais en faveur des exercices de plein air bien réglés (4). En effet notre esprit d’imitation est tel qu’après avoir copié la méthode allemande nous copions actuellement la méthode sportive anglaise. On copie tout : costume, tenue, langage, brutalité même, et, sous prétexte d’endurance, oii
(1) M anuel des jeux scolaires et des exercices athlétieiues. — (Paris, Imprimerie nationale, 1891).
(2) Voici quelques-uns des vœux émis ;
Que l’éducation physique soit appliquée avec méthode;
Que, pour satisfaire à la circulaire du 7 juillet 1890, qui recommande « de soumettre tous les élèves à un entraînement progressif et méthodique, de façon à provoquer ainsi chez tous, p.ar des exercices sagement gradués, le développement des divers organes », tous les élèves soient visités, au moins chaque trimestre, par le ou les médecins attachés aux établissements scolaii’es, afin de répartir les exercices physiijucs d’après l’àge, le degré d'entraînement et l’état physiologique des élèves ;
Que des programmes d’éducation physique soient préparés pour les établissements des divers degrés déjeunes filles;
Que les exercices physiques soient pratiqués dans les élab issements scolaires de nos colonies tropicales d'une façon méthodique et raisonnée, et que des sociétés physiques analogues à celles qui existent dans la métropole y soient organisées sous le patronage des pouvoirs publics;
Que des établissements médico-pédagogiques soient fondés en vue de l’éducation des enfants arriérés et nerveux des deux sexes, au même titre que les établissements de sourds-muets et de jeunes aveugles;
Qu’une école supérieure d'éducation physique soit fondée en vue d’y former les maîtres de gymnastique et d'exercices physiques appelés à professer dans les etablissements scolaires (Rappel du vœu émis au premier congrès en 1892, à Paris).
Deuxième Congrès national de l'éducation pligsique tenu à Bordeaux les 25, 26, 27, 2S octobre 1893, à l'Hôtel municipal de l’Athénée, précédé d’une notice sur l’œuvre de la Ligue girondine de l’éducation physique. [Compte rendu. Bordeaux, imprimerie Gounouilhou, 1894.)
(3) M. Lu Gendriî, Sur les dangers que peuvent offrir pour les enfants les exercices de sports (Association française pour l'avancement des sciences. Comptes rendus de la 23' session. Caen, 1894, page 2û7).
(4) Voici les principaux vœux émis :
1' Que chaque enfant soit examiné par un médecin avant de se livrer à tel ou tel exercice physique;
2c Que, s’il y a quelque tare des appareils circulatoire, locomoteur, digestif ou du système nerveux, il faut interdire les exercices qui peuvent l’aggraver;
3» Exiger toujours un entraînement progressif;
4“ Encourager l'exercice, mais faire la guerre au sport dans les établissements scolaires.
Le vœu du 2' congrès de la Ligue girondine concernant l’application de la circulaire du 7 juillet I890, est repris par le congrès de Caen.
s’épuise. Ici encore se fait sentir l’influence désastreuse du mot: à /,’/«?lituteur allemand succède le colonisalear anç/lais. Il semble que nondésapprenions, de jour en jour, d’êire Français; nous avons eu pourtant nos jeux nationaux; le jeu de paume, pour ne citer que celui-là, a sufli amplement à nos pères pour faire de grandes choses 1
M. Lucas-Ghampionnière fait une conférence sur la Bicyelelle dans un pays d’élevage du cheval — signe des temps : elle est fort applaudie.
Cette même année, le congrès international d’hygiène et de démographie réuni à Budapest s’occupe également des exercices du coips, pendant qu’en Belgique le 17® congrès de la fédération royale des propagateurs de la gymnastique scolaire belge se réunit à Thuin pour y discuter les questions d’éducation physique. M. Lelarge, délégué de la Ville de Paris, rédige un rapport qui est présenté au conseil munici))al par M. Octave Blondel (4° sous-commission : Education physique, gymnastique, jeux scolaires, natation, lir)[1]. Si l’on s’élève contre l’abus, on est d’accord sur l’excellence même des exercices physiques. Des conclusions pratiques y sont émises sur les jeux d’activité, les jeux sportifs et les sports purs.
M. Lelarge avait, quelque temps auparavant, présenté au conseil municipal un rapport sur les résultats qu’il avait obtenus par la création des cours de natation dans les piscines de Paris en faveur des élèves des écolès primaires de la Ville (2).
Un autre rapport est présenté à la commission pédagogique de l’Union des Sociétés françaises de sports athlétiques, par M. Edouard Maneuvrier, dans lequel l’auteur des Associations alhléliques dans l'enseignement secondaire (3) constate avec tristesse que les nombreux efforts des promoteurs des exercices physiques ne sont pas couronnés de succès dans les lycées et collèges de France. Quelques établissements trop rares encore pratiquent seuls les exercices de plein air. Cinq ans plus tard la même constatation est faite par M. Callot, ainsi que nous le verrons plus loin.
Le 16 juin 1894 le Comité international olympique tient un congrès international athlétique, à Paris, dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne, sous la présidence de M. le baron de Courcel, sénateur; seize nationalités s’y font représenter par 79 délégués : France, Grèce, Russie, Italie, Hollande, Angleterre, Australie, Suède, Belgique, Espagne, Hongrie, Tchèque, Amérique. Des fêtes sportives sont organisées.
L’année 1894 a été celle où les discussions scientifiques ont été les plus nombreuses sur l’éducation physique.
En 1895 le Congrès de la protection de l’enfance (4), sous la présidence de M. Roussel, à la suite d’une étude que nous lui avions présentée sur les Allitudes vicieuses imposées aux enfants, dans les écoles, par les diverses méthodes d'écriture en usage, émet le vœu : « Que toute méthode pédagogique ayant des rapports avec l’hygiène scolaire ne soit appliquée dans l’enseignement qu’après adoption et autorisation du conseil supérieur d’hygiène publique. » Nous reproduisons, au chapitre Gymnastique pédagogique, les photographies du torse de l’enfant qui illustraient cette étude.
L’éducation physique fournit matière, cetle même année, à un rapport de M. Désiré Séhé au 15« congrès de la Ligue française de l’enseignement, à Bordeaux (5). M. Séhé demande que la direction des jeux dans les écoles primaires soit confiée à des comités de patronage dont les membres seront pris surtout dans les sociétés de gymnastique, dans les cercles scolaires ; point n’est besoin d’instructeurs spéciaux et d’inspecteurs des jeux. Les agrès utilisés seront les barres parallèles, les anneaux, la corde lisse, le trapèze, les perches, les échelles horizontales, la barre fixe, etc., en un mot tout le vieil arsenal de la gymnastique française supprimé dans le Manuel de 1891 ; ce qui prouve qu’à Paris, même, ce manuel n’était pas appliqué en 1895.
Il ne l’est pas encore en 1900, dans les lycées et collèges de France ! En effet, dans l’enquête ouverte par la commission parlementaire sur l’enseignement secondaire, le rapporteur, M. A. Gervais (6), énumérant les exercices qui sont le plus en u-age dans les établissements universitaires, cite les exercices aux anneaux, au trapèze, à la barre fixe, etc., or, ces agrès sont officiellement supprimés depuis neuf ans, dans le ma-
(1) Annexe n' 218.
Bapport sur le 17c Congrès de la Fédération royale des propagateurs de la gymnastique scolaire, tenu à Thuin [Belgique) en septembre 1894, adressé à M. l’inspecteur d’académie, directeur de l'Enseignement primaire de la Seine, par M. E. Lolarge, inspecteur adjoint du service de l'éducation physique, délégué au congrès de Thuin.
(2) E. Lelxroe, Bapport sur la création cl les résultats obtenus dans l’enseignement méthodique de la natation aux élèves des écoles primaires de la Ville de Paris. (Bulletin municipal officiel du lo août 1894.)
(3) Edouard Maneuvrier, Les Associations athlétiques dans l'enseignement secondaire. (In Bevue Internationale de l'Enseignement, n» 12, du 15 décembre 1894. p. 506, et du 15 février 1895, page 172.)
(4) Congrès de la Protection de l’Enfance, tenu à Bordeaux du 29 jui ' au 3 août 1895.
(5) Désiré Séhé, Bapport sur l’organisation des exercices physiques, jer r : distractions intellectuelles dans les cercles scolaires.
Ligue française de l’enseignement, 15' Congrès annuel à Bor'loaiix, les 26, 27, 28, 29 septembre 1895.
(6) A. Gervais, Éducation physique. Enquête sur l’enseignement secondaire, (Rapport général. Chambre des députés; 1899, n“ l 196 (quater), t. IV, page 5.)