‹ L'éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique & esthétiqueChapitre 8 sur 130 · INT K OU U CT ION · texte numérisé non relu

INT K OU U CT ION

(l() 1S!ll. Ou s'occupe eu ce luoirKuil de réformer ce iiiiiuuel (|ui u’a jiiiimis été applii|ué. Nous V(urous plus loiu, dans le rapport de M. Oallot, (;omineut les maîtres de Kyiiieasti(|U(! se sont conformés aux iustruclious de ce mèuu! manuel eu ce i|ui coucerue l’organisatioii des jeux de phùu air.

Au môme coup:rôs, M. Maurice Muret, conseiller (fénéial de Heiueet-Oise, présente un rappoid sur le.s jeux et promenades scolaires des écoles primaires pour les(iu(ds il demande la participation de l’initiative privée ( t ).

Ou voit se dessiner ici le mouvement de réaction de ([ueliiues l’arisieus c.outre riustituliou des inspecteui's de jeux, créée dans les écoles primaires de la capitale. Oe conseil municipal de la Ville Liimière nous parait avoir procédé eu cdiu aliou pliysi(|ue j)ar houds successifs et pai' il coups. Oes diversi'S opinions contradictoires (|n’il a tour h tour professées; les nomlneusiis tentatives de réformes pliysiijucs demeurées infructueuses; les nominations et les suppressions d'agents spéciaux; les

Kig. 8. -- Exercices de gymnastique scolaire au moyen de l’agrès l'( ipposant , de J.-L. Pichery.

est un n^rcs furnni de ressorts à boudin en 1er qui fout opposition à la traction musculaire de l’exécutant. Les systèmes Sandow, XVithley, etc-, ne sont que di's rééditions du système que Pichery a exposé dans ses livres :

|o Df l'Oppusant, appareil sjh'l ial de pytunaslique applicable au traitement des maladies, d la ijiimnastiiiuc d'icolc et d la (jymtiastique de chambre, etc., etc. (pafte 2.3), — 2" Ci/mna.'itUjue des écoles adoptée par le conseil miinidjial de Paris, sij.stcme de l'Upposant. Paris 1890.

grandes sommes prodiguées dans ces malheureux essais; le peu de résultat pratique obtenu ; la superticie de l’œuvre, vaste par elle-même et qu’agrandit encore plus le très grand nombre d’enfants qui sont appelés à en bénélicier; le défaut de méthode dans l’application des réformes nouvelles ; et, faut-il le dire ? l’antagonisme sourd existant dans le corps enseignant lui-même, entre les instituteurs et les professeurs de gymnastique, toutes ces causes ont fait beaucoup de mal .’i l’éducation physique et ont enrayé son développement en France. Les années 1888 à 1894 ont été fécondes. Les idées nouvelles étaient acceptées par tous, elles ont failli sombrer par les abus et par les à-coups malheureux de Paris. Une forte réaction se produisit aussitôt. La province, qui ne juge trop encore que d’après la capitale, ayant vu que l’œuvre de la renaissance physique y prêtait à tant de critiques, s’en désintéressa et, se rappeiant le.s bataillons scolaires, elle manifesta une profonde lassitude faite d’un besoin de repos et de beaucoup de scepticisme.

La séance du conseil municipal du 28 mars 1896, au sujet du rapport présenté par M. Levraud sur la réorganisation des jeux scolaires, mérite d’être mentionnée (2). .Au lendemain des revers militaires, en 1871 et les années suivantes, Paris e.st pris d'une grande ardeur pour la gymnastique. Ün multiplie les agrès dans les écoles, on fait des achats îi foison. Les appareils entrent dans les écoles, on s’empresse de les diqioser... dans les grenliM's (.vic), ])arce que, la leçon de gymnastique ne durant qu’une (temi-keus-e, il fallait tout ce temps pour les monter et les ih'nionter, Fn 1888, ou s'engoue des appareils Pichery, on demande un crédit de 46ÜIIÜ francs afin d’en pourvoir d’un seul coup toutes les écoles de la N’ille. Le conseil municipal trouve cette fois la carte à payer un peu trop élevée, et il refuse tout crédit. [Surviennent les jeux scolaires, on vend aussitôt tous les agrès. C’est ainsi qu’en 1895 des appareils achetés 40 francs sont revendus 1 fr. 50 ; que 800 échelles coûtant 17 000 francs sont vendues 1 200 francs, et qu’on relire un billet de 1 000 francs de 40 000 francs d'agrès ! Lt tout cela parce qu’il existe toujours un sourd antagonisme dans le personnel enseignant entre les instituteurs et les professeurs de gymnastique ; parce que la méthode de gymnastique est mauvaise et que l’application des exercices de plein air est aussi laborieuse que délicate dans une grande ville comme Paris où les terrains de

(1) Maurice Muret. Happort sur les jeux et promenades scolaires. Ibid.

(2) Discussiun du rapport du M. Levraud, sur la réorganisation des Jeux scolaires, in Uulletm municipal officiel do 28 mars 1890, p. 810.

jeux sont très éloignés du centre. On eût cependant abouti par l’union et p ir une lionne entente. Il n’en fut rien, l'iiumanité est ainsi faite !

Au conseil municipal, on discute sur la valeur comparative des méthodes de gymnastique sans témoigner de connaissances sérieuses. La discussion porte surtout sur la création d’un inspecteur général des jeux, on le supprime, mais on vote 45 OOÜ francs pour les frais des jeux, Iraiis- [lorts des enfants, pour le goûter et la natation. Le personnel des jeux créé en 1892 est remercié en 1890. Désormais les enfants devront trouver, dans les visites aux établissements industriels et aux musées, les joies et les bénéfices des exercices de plein air sur les pelouses. Les patronages et les amis de l'école dirigeront ces caravanes. La gymnastique délaissée sera de nouveau rétablie. Un comprend facilement que de semblables sautes d'opinion aient eu des effets désastreux sur la direction générale d’une œuvre aussi discutée et aussi délicate k appliquer, à Paris suitoiit, où les élans sont trop souvent subits et trop violents pour être prolongés (1). La réaction contre les jeux de plein air scolaires dure encore. lia province n’avait qu’une chose à faire: se détacher de Paris et travailler chez elle et pour elle, en abandonnant la capitale à ses propres fautes. C’est pourquoi nous avons lutté personnellement dans le Sud- Ouest, laissant au temps, au travail quotidien et à l'observation scientifiipic le soin de mettre un peu d’ordre dans tant de désordre. Il fallait reprendre l’œuvre à ses débuts en remontant le courant défavorable, et essayer de la mener à bien avec l’aide de la vérité scientifique. C’est à quoi nous nous sommes appliqué pendant quinze ans.

La lutte fut très pénible contre la routine, l’amour du repos dans le bien-être d’une situation acquise et la suspicion contre une mélliode nouvelle d’éducation physique basée sur la science biologique qui entendait s’imposer par la seule force de la vérité, sans fantasmagorie, ni trompel'œil, non plus qne sans escamotage ni hypocrisie pour être malière intégrante du travail scolaire, ainsi que le demande aujourd’hui encoie M. A. üervais, dans son rapport parlementaire (2). Nous rencontrâmes souvent la fantasmagorie, le trompe-l’œil, l’escamotage et l’hypocrisie chez ceux-là mêmes qui, par leur situation, auraient dû donner le bon exemple. Si nous avons vu d’honnêtes caractères s’opposer franchement à une méthode qu’ils ignoraient, pour l’accepter ensuite, après l'avoir mieux connue, nous avons rencontré beaucoup d’hypocrites et d'arrivistes. Tous donnaient à première vue l’impression qu’on allait pouvoir accomplir enfin de la bonne besogne; hélas! que de fois il nous fallut déchanter ! Chacun trouvait une excuse qui l'empêchait d’agir. Celui-ci a tout à souhait, mais il ne veut pas détériorer une propriélé de l’Elat et encourir les pénalilés de l’article 1384, en permettant aux élèves d’aller jouer dans un magnifique parc attenant à rétablissement. Celui-là ne peut rien parce qu'il ne possède rien, sans cela comme il userait, dit-il, des ressources! Ces ressources, la Ligue girondine les lui offre, mais il les refuse! Tel autre est un partisan convaincu, acharné même, de l'éducation physique, c’est pourquoi, trouvant qu'on ne va pas assez vite, il précipité le mouvement afin de provoquer des ahus. Alors si l’on constate que la discipline ou les études en souiïrent, il vous répond d’un air dégagé: « Mais comment donc, cher monsieur, c’est pourtant votre système! <i Mais ce qu’il ne dit pas c’est qu'il a voulu qu'on le laissât tranquille, et qu’il a machiavéliquement manœuvré en vue d’une réaction. Tel autre cherche toujours d'où vient le vent : la réforme dépend de ses chefs ; s’ils la préconisent, il sait faire valoir le peu qu’il fait; s’ils y sont indifférents, il se hâte de s’abstenir, etc... Quant aux hommes de bonne foi, ils ont été surpris par le désordre inévitable qui précède toute installation. Le désordre qui règne en éducation physique est grand encore, peut-être est-ce parce que rinslallalion dure depuis cent ans !

IS97 . — Le besoin de posséder une bonne méthode se fait de plus en plus senlir. En 1897, s’ouvre au Havre le Congrès olympique, organisé par M. Pierre de Coubertin, le grand promoteur des jeux Olympiques, à Athènes, en 1896. A ce congrès, auquel prennent part de nombreux délégués des nations étrangères et où M. le ministre de l’Instruction publique nous fait le grand honneur de nous déléguer jiour le représenter officiellement, des questions très importantes sont soulevées; telle, par exemple, la responsabilité pécuniaire des directeurs d'établissements scolaires, vis-à-vis des parents, en cas d’accident survenu aux enfants (art. 1384). M. Calhala, sous-préfet du Havre, fait voler un vœu au sujet de cet article du Code qui vient d’être modifié dernièrement dans un sens peu libéral. L’article 1384, qu’il faut modifier à nouveau, est une des principales causes de l’abstention des maitres dans l'application des exercices physiques (3).

M. Gabriel Bonvalot, une des forces vives de la nation, fondateur-

(1) Beaucoup de parents essayèreut d'abuser de radmiiiistralioii municipale. CeKe-ci avait fourni les maillots de jeux aux enfants, auxquels elle offrait le goûter de l’aprés-niidi, sur la pelouse. Cela ne suffit pas à certaines familles, qui réclamèrent une indemnité de nourriture : « Vous voulez nos enfaïus pour les faire jouer, dirent-elles, nous vous les donnons, mais tomme ils rentrent le soir avec un plus grand appétit, que nous ne pouvons assouvir, parce que nous n’en avons pas les moyens, vous nous fournirez la nourriture supplémentaire. »

(2) A. üervais, Education physique, ibid., p. 4i.

(3) Voici les principaux vœux émis :

Le Congrès olympique du llavro

Recoiiuait et approuve, comme but de la renaissance de l’éducation physique, l'uuion liariHoniquo de la gynma.stique ot des exercices athlétiques;

Émet le vœu quo rciiseigiiement do l'hygiène, do l'éducation physique et dos .sports athléiiques soit introduit dans les trois ordres d'enseignement;

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