‹ L'éducation physique au point de vue historique, scientifique, technique, critique, pratique & esthétiqueChapitre 74 sur 130 · I.A SCIENCE DU GESTE · texte numérisé non relu

I.A SCIENCE DU GESTE

Ces angles sont ]irovo([U(5s [>ar les attitudes en llexion trop prolongées do la scolariti', des liras dans l’écriture, des Janilics dans la station assise. Kii redressant ainsi les segments articulaires et en décongestionnant la tête au l'ur et à mesure de la production de la congestion et des angles trop fermés, J’ai cru reiulre un service à l’enfance et à l’école.

l.a détente de l’attention des élèves pendant quelques secondes leur permettra de mieux comprendre et de mieux retenir le développement d’un cours quelquefois trop abstrait. En délassant le cerveau et en attirant vers les poumons, par des mouvements respiratoires lents, le trop-plein du sang qui l’engorge, on le fatigue moins; on jiermet à l’élève de mieux travailler et surtout de mieux assimiler.

J’utilise la respiration par le chant, parce que le chant est par lui-même un excellent exercice respiratoire; il devient encore meilleur quand il accompagne des mouvements physiques rythmés, qu’il rend plus attrayants par sa métrique en les empêchant de se précipiter et en les régularisant.

Le chant est ainsi à la fois, selon son rythme, un grand excitateur ou un grand modérateur des mouvements respiratoires; il apprend également à bien respirer : il est en cela un excellent éducateur des muscles de la respiration, et, par ce fait même, le provocateur d’une circulation sanguine plus généreuse et plus oxygénée.

Par la respiration jirofonde, j’agis sur les centres psychomoteurs de l’enfant, puisque l'intensité de l'attention est en raison inverse de l’intensité de la respiration, et que la cérébration et la musculation so)it en raison directe [Loi de V association des idées, représentations et mouvements] (1).

J’ai essayé ainsi de créer de bonnes et belles habitudes chez l’enfant. Pour lui, la création des habitudes doit s’établir dès le berceau : le régime doit être toujours le même, les à-coups brouillent ses idées ; il faut rendre ses habitudes faciles et agréables en respectant les lois de la nature et de l’évolution. C’est ainsi que dès le plus jeune âge on doit provoquer chez l’enfant des tendances qui se transformeront ensuite en habitudes.

Dans cet essai d’orchestique scolaire, j’ai cherché la solution du problème du développement de l’éducation physique et son adaptation aux conditions de la pédagogie actuelle. Mon idéal a été de joindre, comme le faisaient les Crées, l’éducation morale esthétique à l’éducation physique, et pour cela je me suis adressé à l’école et plus particulièrement aux petits enfants, en attendant qu’une bonne méthode s’adresse aux adultes. « A ces petits êtres si malléables et si souples, m’écrivait dernièrement un pédagogue distingué, nous ne donnons que des leçons de sécheresse et de raideur, aussi bien en gymnastique qu’en morale. Je voudrais qu’on fît appel à l’art pour les initier au sens élevé de la vie. Le système serait fort simple : il faudrait renouveler pour eux, (juoique dans un esprit un peu différent, l’orchestique des anciens, celte union intime de la poésie, de la musique et de la danse, qui était comme la base de l’éducation antique et qui avait pour but de faire acquérir aux jeunes gens non seulement de belles formes athlétiques, mais encore les grands sentiments du patriotisme et de la religion nationale. Au développement de l’activité physiologique et musculaire par les mouvements physiques, ne pourrait-on ]ias associer dans l’esprit de l’enfant, par la cadence et le rythme, le sentiment de la beauté, et par la poésie et le chant celui du bien ? Tout l’être serait ainsi atteint et agrandi à la fois. Les exercices gymnastiques prendraient un intérêt et une importance plus évidente pour le pédagogue moderne, trop porté à les dédaigner, et l’enfant serait en même temps initié aux secrets rapports qui réunissent dans le fond même de l’être ses diverses manifestations esthétiques, unité qui est celle de l’art et de la vie même. Je ne connais aucune tentative de ce genre en France. En Angleterre, quelques essais ont été faits pour de tout petits enfants ; mais notre esprit français, plus délié et moins positif, ne se contenterait pas de travaux aussi incomplets. 11 y faudrait surtout plus d’idéalisme et un souflle plus moral.

« Si ce manuel existait, je le mettrais immédiatement en application dans mes classes. Quel avantage on trouverait à interrompre toutes les demi-heures ou toutes les heures le travail congestionnant de l’étude ou de la classe par un de ces exerci-

(l) Ph. TissiÉ, Tics et toux spasmodique guéris par ta gymnastique respiratoire (• Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux . , séance du is juin 1899).

ces que le professeur ne serait plus tenté de considérer comme trop matériel et indigne de sa fonction ! Et que de leçons, que d’impressions subtiles, que de délicatesses musicales, morales, eslhéliiiues, se glisseraient, à la faveur de ces théories enfantines, dans l’âme des hommes de l’avenir ! Faute d’initiation primitive, la plupart des jeunes gens restent fermés à tout sentiment d’art, à toute appréciation de la beauté véritable. Elle ne leur est révélée que par la littérature, qui en est peut-être la manifestation la plus tardive et la moins accessible. Il faut dix ans d’études sérieuses pour comprendre une strophe d’Horace ou même un passage de Corneille. Et on les comprendrait bien mieux si, tout enfant, on était déjà devenu artiste dans ses gestes, dans sa tenue et dans sa démarche ; si l’on avait déjà compris et recherché la saine beauté du corps et goûté l’harmonie de la voix. J’ajoute que cette méthode devrait être animée, afin d’avoir son plein effet moralisateur, d’un esprit nettement idéaliste. Il ne s’agit pas ici, bien entendu, de dogmes positifs. Je veux dire qu’il n’est point à souhaiter de remplir l’esprit des enfants de serinettes insignifiantes: tout autre sera l’effet si on soulève leurs petits cœurs à l’aide de grandes et saines pensées. »

Telle est l’œuvre que j’ai voulu mener à bonne fin avec le concours d’artistes en unissant l’art à la science. M. Octave Aubert a écrit la poésie sur le scénario en prose que je lui ai fourni; M. Gautier, professeur de dessin à l’école municipale des Beaux-Arts, de Bordeaux, a arrêté les dessins d’après les indications précises que je lui ai données, accompagnant les schémas des mouvements que j’avais composés. L’art décoratif de l'habitation devient de plus en plus un art nécessaire ; l’art décoratif qui s’adresse à la demeure de l’esprit, c’est-à-dire à l’architecture physiologique du corps humain, doit devenir l’art indispensable par la science du beau gesie que provoque surtout la danse eurythmique. La tentative n’est pas nouvelle: depuis longtemps la pédagogie utilise le chant dans les mouvements et les jeux, mais je ne sache pas que jusqu’ici elle ait fait appel à la collaboration du médecin, du physiologiste, du psychologue, du peintre, du poète et du musicien pour traiter cette question avec méthode.

L’éducation physique doit faire appel à l'émotion de l’art et non à l'excitation du combat; elle est avant tout une éducation de la paix et non une éducation de la guerre.

C’est par l’art et par la beauté du geste que l’éducation physique sera comprise des masses populaires, bien plus que par les parades claironnées de gymnastes gynécomasles ! Il ne faut pas confondre l'émotion avec l'excitation. Notre méthode de gymnastique clownique, aux mouvements rapides, saccadés, toujours augmentant d’intensité par leur répcliiion même, est une gymnastique d’Aïssaoua hystérique: elle énerve l’exécutant, elle fatigue la vue des spectateurs, qu’elle excite. Une bonne méthode physiologique ne fatigue jias l’exécutant: elle est sédative; elle repose la vue par la beauté et la simplicité du geste dans le rythme lent et par de grandes lignes pures. Celte méthode esthétique, que les pédotribes grecs appliquaient dans l’éducation physique de la jeunesse, confine à l’art le plus pur et le plus élevé, parce qu’elle provoque l’émotion.

Outre qu’elle est dangereuse et même mortelle par les accidents qu’elle provoque, notre gymnastique française est à la gymnastique rationnelle ce qu’est la littérature du roman-feuilleton d’un Ponson du Terrail à l’œuvre classique d’un Bossuet.

L’émotion se suffit à elle-même, parce qu’elle est d’ordre supérieur à l’excitation. Tout s’émousse en excitation ; tout se renforce en émotion. Savoir émouvoir est préférable à savoir exciter. La foule est prompte à l’excitation, l’esprit cultivé est prompt à l’émotion. Celte émotion, il faut la rechercher toujours afin de la faire partager à la foule impulsive et trop facilement excitable. Il faut la rechercher dans le beau geste en éducation physique autant que dans le beau geste en éducation morale et intellectuelle. On la trouvera dans la plastique marmoréenne des antiques, qui fut une reproduction de belles choses vues quotidiennement.

Telle, par exemple, la Niobé dont les attitudes pourraient être reproduites dans le scénario de la Fermière {fig. 2-4. Le Déjeuner des tourterelles. — Fig. 3. La cruche cassée).

J’ai entendu dire que notre gymnastique française répond au génie de la race et qu’il faut la conserver.

Notre école militaire de Joinville-le-Pont forme des sousofficiers instructeurs dont la culture de l’esprit est rudimentaire au point de vue esthétique. Soldats et sous-officiers y sont en-

LA SdEM'E m; CESTE

Fig. 2.

Fig. 3. — La Niobé. (Musée de Naples.)

traînés par des officiers dont les tendances sont combatives. Aussi l'eclierclient ils toujours la difficulté fiymnaslique par rinveution de touis nouveaux plus ou moins acrobaliiiues. •loinville est l'école de la surenchère en éducation idiysique. 11 ne peut en être autrement, jiuisque la méthode française est basé'c sur l’excitation.

On dit aussi que la gymnastique suédoise répond aux liesoins d'une race plus calme et jdus froide que la nôtre, et qu’elle ne saurait s’adapter aux besoins des b’rançais, dont le sang est jdus chaud. Je répondrai d’abord que la température du sang bumain, sous toutes les latitudes, est de 37“ ; ensuite que, sous toutes les latitudes, riiomme possède des jioumons, un cœur, un cerveau, un estomac et des muscles dont le fonctionnement jibysiologique est identique. C’est pourquoi une méthode de gymnasti([ue orthomorpbique qui a donné de bons résultats dans un pays est forcément bonne pour toutes les autres nations, jiarce qu’elle est basée sur le jeu physiologiiiue des organes essentiels qui constituent l’humanité. J’ajouterai ([ue la pétition de principe est fausse, premièrement jtarce que les Suédois sont les Français du Nord, et, secondement, parce qu’il est de bonne ('conomie privée et sociale d’atténuer certaines qualités (jui, par leur trop grand développement, deviennent facilement des défauts. La vivacité et l’élasticité sont des qualités liien françaises; à trop les développer, on en provoque les défauts, d’où l’excitation hystérique par l’abus (le la vivacité et le peu de suite dans Faction utile par l’abus de l'edasticité.

(tu accuse encore la gymnastique, suédoise militaire d’empêcher le soldat de porter le sac parce que la rectitude de la colonne vertébrale est telle (]ue son poids entraîne le corps en arrière; les reins (Ùanl sacrifiés au développement de lapoilrine. Nouvelle erreur! La gymnasli(pie de Ling d('veloppe les muscles

de la région lombaire autant et plus que ceux de la région thoracique. Les soldats sm'dois portent le sac comme les soldats français. J’ai vu à Stockholm des régiments rentrant de manœuvre, les hommes fatigués inclinaient le buste en avant pour faire contrepoids à celui du sac tout comme nos soldats français le font en pareille circonstance.

Toute méthode, quelle qu’elle soit, qui maintiendra dans une juste limite l’élasticité et la vivacité de la race française, tout en provoquant le sens de l’effort utile et prolongé, devraêtre la bienvenue. Toute méthode qui agira autrement devra être proscrite comme mauvaise.

C’est pourquoi, laissant au cirque les exercices excitants de la gymnastique acrobatique, dans lesquels le corps se déforme et où on se casse si facilement les reins, il est urgent de créer des tendances, dès l’école même, en faveur d’une gymnastique à la fois pédagogique et esthétique telle que nous la trouvorrs en Suède. Nous devons ajipliquer cette gymnastique à la pédagogie française telle que Liug et ses successeur's Font fondée, et cela sans l’adultérer, sous prétexte de concession opporturre, ;ivec nos détestables agrès français: trapèze, anneaux, barres fixes, recs, barres parallèles, pas de géant, ou avec des poses idasfirjues comrrre les pyramides humaines « ce monument d’acrobatie puérile et périlleuse».

Lue bonne méthode doit provoquer chez l’enfant des sensations d’art en le forçant à ne percevoir et à n’exécuter que de beaux gestes ; elle doit éduquer son émotivité dès le prœniier âge; elle doit surtout rrqrrirner ses impulsions souvent maladives au lieu de les provoiiuer (ù de les ïamfnrcer à la façon de la gymnastique française.

L’i’ducafion physiijue doit êti'e une (‘vocatrice du beau.

Dr DiniADPE TiSSIÈ.

LA FLItMILIlE

La Fermière.

Scénario. l’hysioloj^ie et i)sycho-i)liysioloî^ic des moiiveinenls. — Kxéciilion jirati<Xae des niouveuicnls, des ge.stes et des attitudes.

Par le ir Philippe TISSIE.

Poésie composée sur le scénario par M. Octave AU PEUT.

Durée totale du scénario, 2U minutes environ.

I.es exécu/anles pourront chanter pendant l'action ou bien se taire pendant que d'autres jeunes filles, qui u'agiront pas, chanteront. Toute liberté est laissée pour cela à la maîtresse. Celle-ci pourra également faire chanter plusieurs fois le même air, correspondant au même mouvement, qui sera ainsi répété à volonté.

Légende des figures du scénario.

Titre des scènes.

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