L’ÉDUCATION PHYSIQUE
président du Comitô Dupteix, qui depuis longtemps ii erbk un très imporlant mouvement en faveur do la colonisation et de la « France de demain », comme s’inlilide le Bulletin officiel du comité, ainsi que le l'ère Bidon que la mort vient de frapper en pleine activité militante en faveur de l’éducation pliysiqne, prononcent deux discours vivement applaudis, sur rutilitè de rentrainemenl physique qui émousse la (rop grande sensibilité nerveuse des esthètes cérébraux, et sur la nécessité de la douleur physique qui rend l’homme i)lus endurant et plus maître de Ini-môme.
En iSOÜ, comme suite au Congrès olympique du Havre, où M. le commandant Baick, premier professeur è l'Institut central de gymnastique de Stockholm, avait exposé la métliode de gymnastique suédoise et fait apprécier toute sa valeur pédagogique et mililairc, M. le ministre de l’Instruction publique voulut bien, après le rapport que je lui adressai comme délégué de son département à ce congrès, me confier une mission scientifique en Suède, à l'effet d’y étudier sur place la méthode de Llng.
Je visitai longuement les principaux élahlissements, de Lund à Lulea, c’est-à-dire du sud au nord, à quelques lieues du cercle polaire. Je pus ainsi me convaincre de la supériorité d’une méthode pédagogique et militaire, fort peu connue encore en France et qui donne de magnifiques résultats dans les pays Scandinaves. M. Baick s'est chargé d’en exposer l’esprit dans le chapitre qu’il a écrit plus loin sur la Gymnastique suédoise.
Je pus d’autant mieux observer, que j’accomplis ma mission dans des conditions spéciales. S. M. Oscar II, roi de Suède et de Norvège, daigna s’intéresser à mes travaux; il m’invita à l’accompagner dans les inspections royales qu’il fit dans les casernes de Stockholm pendant mon séjour. Je pus apprécier ainsi de visu la différence des deux méthodes de gymnastique militaire ; de la méthode française qui ne s’adresse qu’à une élite bien restreinte et qu’elle provoque à l’acrobatie ; de la méthode suédoise qui s’adresse à la moyenne et qui, au régiment, pas plus qu’à l’école, ne se désintéresse des faibles, de ceux précisément qui ont besoin d’être fortifiés. Cette gymnastique peut devenir athlétique et acrobatique comme la gymnastique française, mais elle le devient par surcroit, pour ceux qui peuvent la rendre telle, tandis qu’avec la gymnastique française c’est l’opposé, car elle est athlétique et acrobatique d’emblée; elle ne devient éducatrice que par exception.
A la caserne plus qu’à l’école, le besoin d’une gymnastique éducatrice, basée sur des lois pédagogiques, se fait sentir. On a affaire à des recrues venues de la campagne ou des villes, aux attitudes vicieuses, imposées par le travail des champs ou de l’atelier, aux gestes lourds, à la démarche incertaine, aux articulations peu élastiques, aux muscles à peine entraînés, à l'intelligence souvent rudimentaire, et voilà que tout à coup, sans préparation aucune, sans méthode, sans progression physiologique, on leur impose des exercices compliqués, comme les leçons de boxe ou de canne, où les associations du mouvement et de la pensée sont nombreuses ; ou bien des exercices dangereux comme les exercices aux agrès : trapèze, anneaux, barre fixe, passage du portique. Sous prétexte d’endurance militaire, on effraye, on apeure, on déroute et on butte des caractères qui mieux conduits arriveraient souvent à produire plus de travail utile. Ici et toujours c’est encore le caporal ou le sergent instructeur qui commande, avec son éducation et ses connaissances empiriques. En Suède, c’est l’officier lui-même ; de même qu’à l’école, il apporte dans son enseignement militaire un doigté et une élévation d’esprit que ne peuvent posséder des sous-ordres. Aussi les résultats sont excellents. J’ai vu de jeunes recrues, arrivées de la campagne depuis quelques mois, manœuvrer d’une façon intelligente et sûre, que seul un enseignement supérieur peut donner.
Dans mes visites à toutes les écoles et à tonies les casernes, dans toutes les villes où je im suis rendu, j’ai pu constater les heureux effets de la méthode de gymnastique suédoise, qui est rationnelle par sa pédagogie scolaire et par sa pédagogie militaire. Cette méthode procède du simple au composé, alors que la méthode française procède de la difficulté. Il y a autant d’erreur à faire exécuter aux jeunes recrues, mal débourrées, les exercices athlétiques de la méthode française, que de vouloir leur faire lire des ouvrages de stratégie militaire sous prétexte qu’ils savent épeler l’alphabet et qu’un soldat doit connaître l’art du combat parce qu’il porte le bâton de maréchal dans sa giberne.
La réforme de l’éducation physique ne sera vraiment complète que le jour où elle portera à la fois sur l’enseignement de la gymnastique pédagogique, esthétique, militaire et médicale.
C’est pour assurer celte grande réforme que, par décret du 14 mai 1898, M. le ministre de l’Instruction publique a institué à son ministère une Commission supérieure de l'Education physique de la Jeunesse, car l’opinion avait été préparée à cette manifestation officielle par les Con-
Demande qu'il soit créé un service d’hydrothérapie dans tout établissement scolaire;
Émet le vœu que chaque élève possède une fiche spéciale sur laquelle mention sera faite de son développement physique, copie de cette fiche sera adressée aux parents tous les six mois ;
Considérant que le diplôme actuel de professeur do gymnastique est devenu insuffisant pour les directeurs de gymnastique ou professeurs, comme d’ailleurs les délégués des professeurs de gymnastique le constatent eux-mêmes depuis dix ans, le Congrès exprime le vœu que, désormais, le diplôme de directeur de gymnastique ou de professeur soit décemé à la suite d'un examen écrit, oral et pratique, visant notamment des connaissances anatomiques, physiologiques et d’hygiène de l’enfance, etc., etc.
grès (le l’Education p lysiqne de 'i8!)2, 1893, 1894, 189ü, 1897, et les 49'’ et 51» Congrès de î’Union des Sociétés de gymnastique en 1890 et en 1898.
Cette grande commission s’est subdivisée en deux sons-commissions. La première a eu à étudier la question de la gymnastique aux agiès, M. Demeny et nous-même avons été chargés de rédiger le rapport. La seconde commission a eu à étudier les exercices de plein air et les jeux. M. Callot en a été nommé rapporteur.
Les vœux suivants ont été votés par la première sous-commission :
1» Il y a lieu d’élever le niveau de l’éducation physique et d’en unifier les méthodes ;
2» Il y a lieu, en conséquence, de pourvoir à l’organisation d’un enseignement normal supérieur;
a) En créant des cours normaux temporaires dans un certain nombre de centres universilaires ;
h) Eu instituant un certificat supérieur d’aptitude à cet enseignement.
La commission émet le vœu que le certificat d’aptitude à l’enseignement de l’Education physique comporte, pour les instituteurs qui donneront cet enseignement, des avantages pécuniaires;
3» Que des études soient entreprises le plus tôt possible à l’effet de doter les lycées, collèges, écoles, de bains par aspersion, conformément à l’esprit de la circulaire ministéiielle de 1890, et au vœu du Conseil supérieur consultatif d’hygiène publique de France du 12 décembre 1892.
Voici les vœux que nous présentâmes à la deuxième sous-commission :
1® Il est nécessaire qu’en vue du développement plus grand de l’éducation physique, l’Université établisse des règles pédagogiques des jeux et des exercices sportifs scolaires;
2» Qu’en raison de l’article du Gode civil sur les responsabilités des maîtres, l’Université prenne l’initiative de demander la modification du texte de la loi, en faisant admettre que la responsabilité des directeurs et directrices d’établissements n’existe que dans le cas où une négligence coupable peut être prouvée contre eux ;
3» Qu’une sage décentralisation permette à chaque recteur d’organiser des lendits régionaux annuels dans chaque académie et, dans le cours de l’année scolaire, des rencontres entre les établissements scolaires assez rapprochés les uns des autres ;
4» Que l’Université provoque la fondation de Ligues régionales d’Educatlon physique et soutienne les Ligues déjà existantes;
5» Qu’une terminologie française des jeux et des exercices physiques français soit imposée dans l’école française.
En 1S99 MM. Demeny, Tissié et Callot publient leur rapport. Le rapport de M. Callot est très suggestif. Il résume, après enquête faite dans les lycées, collèges et écoles normales primaires supérieures, l’état de la question et de l'éducation physique pratiquement appliquée dans l’Université, après la longue campagne entreprise depuis 1887. M. Callot établit le pourcentage des associations de jeux par établissement scolaire. Voici le résumé très succinct de ce rapport si intéressant à tant de titres ;
Sur 112 lycées, il existe 75 associations de jeux;
Sur 228 collèges, il existe 81 associations de jeux ;
Sur 87 écoles normales, il existe 18 associations de jeux ;
Sur 201 écoles primaires supérieures, il existe 28 associations de jeux ;
Sur 628 établissements, il existe 192 associations de jeux, ce qui donne une moyenne de 30, 57 pour 100; la moyenne par nature d’établissement s’établit comme suit ; lycées, 66, 96 pour 100 ; collèges, 35, 52 pour 100; écoles normales, 20, 68 pour 100 ; écoles primaires supérieures, 8, 95 pour 100.
L’académie de Bordeaux, dit le rapport, arrive première pour les associations de jeux des lycées et collèges, grâce à l’action que la Ligue girondine de l’Education physique exerce sur cette académie. L’académie de Besançon occupe le dernier rang parce que les associations de jeux ne se forment que quelques jours avant l’organisation des concours interscolaires, tandis qu’elles fonclionnent dès la rentrée des classes dans l’académie de Bordeaux. « Si l’on s’en tient seulement aux établissements de l’enseignement secondaire, à part l’académie de Bordeaux, dit le rapporteur, la plupart n'ont fourni que des résultats médiocres. »
Les causes de cette infériorité sont nombreuses ; elles tiennent à ee que les maîtres, les familles et les municipalités ne s’intéressent pas assez aux exercices physiques ; beaucoup de parents comprennent mal l’éducation physique de leurs enfants parce que cette méthode a été toujours mal appliquée, ils déclarent qu’ils envoient leurs fils au collège « pour s’y instruire et non pour s’amuser ». Les associations de jeux sont libres ;on comprend que certaines familles n'étant pas obligées (le contribuer effectivement à l’éducation physique de plein air de leurs enfants préfèrent s'abstenir le plus souvent. La question budgétaire, quoique peu élevée, et surtout la difficulté de se procurer des terrains de jeux à proximité de l’établissement sont également des causes d’arrêt dans l’évolu ii.n de la réforme. Quelques chefs d’établissement se montrent hos'i': ^ aux associations de jeux; d’autres accusent leurs élèves de mollesse, quoiqu’on cherchant bien, cette accusation devrait retomber sur ceux qui la formulent, car il n’y a pas d’enfant mou quand il s’agit de jouer et de s'amuser; il n’y a que des maîtres qui ne veulent pas se déranger. D’autres encore mettent sur le compte de la terminologie anglaise le dis-
INTIiOimCTION
<l(!s jeux (II! pluin air. 11» jouent ain»i iriin taux iiatriolisine (|ui sert h couvrir leur iinpiiissance on leur tnaiivais vouloir. D’antres, enlin, redoulent l'arlicle l.'tHti du (iode civil .sur l(‘s responsaldlit^'s p(''cnniaircs de» cliefa, à l’iif^ard des Catnilh!», en cas d'accident survenu aux eid'aul».
De tout cet exposé riîsidte un l'ait l)ien préci», c’est (jii’en deliors de l’acadénde de Bordeaux, ofi la rt’forrne a (dé ai)pli(|uée {çrâce h l’action prolongée d’une Li(<ue réf,d()nale, c’est-à-dire de l’initiative |>rivée qui a forcé les clief» d'élaldissenient» à apir iiar une pression constante et souvent fort piuiilde, les ri’sullals sont médiocres. Kl pourtant une grande association fiau(;aise de sports athlétique», dont le rapporteur lui-niéme est le trésorier, couvre les e.olounes de son journal de noms de sociétés scolaires (|ul lui sont afiiliées. (iela luouvi! (|ue l'dMivre est en surface et que le papier lient donner le change sur la vitalité du fait lui-ml^me. (l’est toujours riiistoire du fameux » houlon de gui'lre » du maréchal Kehieuf. Noua ne sommes pas étonné des piètres résultats ohtenus par l’Union des Société» frani-aises de Sports athliHique» dans renseignement secondaire; ils sont nuis dan» l’enseignetnent primaire, alors (lu’ils sont excellents pour les deux enseignemenls dans l’académie de Bordeaux, grâce à la méthode de sériation et de division dans le travail que la Ligue girondine a adoptée dés sa fondation, et surtout grâce à l’émulation créée par les lendits, qui sont des concours scolaires régionaux annuids, quel(|ue chose comme des jeux Olympiques universitaires.
Un lendit (1) est une petite mohilisalion scolaire; à ce titre on ne saurait en confier l’organisation à dos personnes incompétentes et encore moins à des éléves. Un lendit peut être une école d’imliscipline ou bien, au contraire, une précieuse école de bonne tenue, de respect et de savoirvivre. Chaque équipe de jeunes gens réagit selon le tempérament de la ville ou de la région qu’elle représente. L’excitation que provoquent les exercices pendant plusieurs journées de concours, avec leurs joies et toutes les compétitions, est un réactif puissant qui révèle les caractères individuels et eolleclifs. Lu accordant des prix spéciaux de bonne tenue, soit à l’équipe, soit au clnd' d’éiiuipe qui |)0ssède le plus d’autorité morale sur ses condisciples, la Ligue a voulu affirmer que la discipline, le respect du chef élu et de la chose jugée, l’aménilé dans les rapports mutuels des lendistes entre eux et envers leurs maîtres, ont à ses yeux une valeur supérieure à la valeur physique. C’est pourquoi elle a inscrit des articles liés sévères dans le code des lendits. Les équipes d’un même établissement sont solidaires les unes des autres, d’année en année, par les notes de bonne ou de mauvaise tenue qu’elles emportent avec elles après les concours de ta distrihution des prix à la montée dans le train, au départ. L’importance de ces notes est telle qu'une équipe ayant remporté le maximum des points dans toutes les épreuves est mise en infériorité si sa note de bonne tenue générale est mauvaise. Un prix spécial est décerné au chef d’équipe qui a le mieux conduit ses condisciples et qui a montré le plus de valeur morale dans la direction de son association des jeux. Ce chef, élu par ses condisciples, assume toute la responsabilité vis-à-vis des maîtres et de la Ligue. Le succès de chaque équipe dépend donc, en grande partie, de son chef, par son esprit d’organisation et par son esprit d'initiative, etc.
Dans son rapport parlementaire sur VÉducation physique, M. A. Gervais consacre les ligues suivantes à l’œuvre girondine, comme suite à la déposition de M. Espinas, devant la Commission de l’enseignement secondaire :
(i Non seulement les muscles ont été développés... mais un entraînement moral a été tenté: les équipes se gouvernent elles-mêmes, la responsabilité de chacun pèse sur tous; il y a une note donnée à l’élément moral, à la tenue dans l’ensemble des épreuves. Le chef est élu et il a une autorité consultable sur ses honunes. Cette discipline volontairement acceptée n’est-elle pas un des éléments essentiels de direction ?... En général, tous ces jeux organisés, réglementés par la Ligue, loin d’être une cause de désordre dans la maison, y introduisent l’ordre et la bonne humeur (2). »
La cause du m-' est dans le peu d’initiative laissée aux chefs d’établissement eux-mêmes. Il convient de les revêtir de plus d’autorité et par ce fait de plus de responsabilité. Leur avancement ne devrait être qu’en raison des succès scolaires obtenus. Ainsi, par une émulation perpétuelle et par la nécessité de bien faire, imposée à chaque directeur d’école, on arriverait plus rapidement à de meilleurs résultats. Ces directeurs demandent des moniteurs d’éducation physique. Il n’en existe pas dans l’académie de Bordeaux et cependant le pourcentage des associations de jeux scolaires s’élève à 100 pour 100, puisque chaque lycée et chaque collège en possède une. Le budget de l’Etat n’a pas été grevé d’un centime et l’initiative privée a suffi à tout, et cela depuis 1888. Nos jeunes gens du Sud-Uuest ont appris, sans maitres, à jouer des règles simples. (Juelques professeurs de gymnastique les y ont aidés. Le professeur de gymnastique doit devenir le directeur des jeux. « J’estime d’une manière générale, répond un proviseur au rapporteur, qui cite textuellement ses paroles, que le recrutement des professeurs de gymnastisque de nos lycées est déplorable. Ils n’ont aucune autorité sur les élèves et (ant la prétention de faire des cours comme les professeurs de mathématiques spéciales ou de philosophie. Ciamme ces professeurs et comme les maîtres répétiteurs, ils se désintéressent de tout ce qui se fait au lycée, en dehors des heures de service, .> et M. Callot ajoute...
(1) Code des lendits du Sud-Ouest, Bordeaux, imp. Coiniouilhou, 1899.
(2) A. Gervais, ihid., p. 41.
il Uci tes, je n’entends pas médire des professeurs de gymnastique, que je tiens pour la plu(iart en haute eslime ; mais la grande majorilé de ces hommes, (|ui devraient être nos plus sérieux auxiliaires, ne (lossèdent aucune notion de ces jeux scolaires que, en vertu du programme ministérie], ils devraient enseigner. (Jue voulez-vous? On ne les leur a pas appris et la plupart ne les ont jamais vu pratiquer. Aussi se déclarent-ils presque tou» incompétents lorsqu’on leur demande de les apprendre à leurs élèves ; conscients de leur inexpérience, ils refusent pour le plus grand iiondire de prêter leur concours à l’association de rétablissement dans lequel ils professent plus ou moins bien la gymnastique. Et encore tous nos colli'ges n’ont-ils pas de professeur spécial d’exercices physiques; j’en connais môme sept ipii n’en ont pas du tout; quelques-uns, occupés ailleurs (j’en sais un qui est maçon, ou charpentier, un autre commis greffier d’une justice de paix), viennent donner leur leçon quand le greffe ou la truelle leur en laisse le temps (1). »
J’en connais qui sont cordier, horloger, etc., mais j’ajoule qu’étant fort peu payés (ils ne reçoivent de la municipalité que 200 francs par an) ils ne peuvent en donner que pour leur argent. Ue sont de braves gens ne demandani qu’à bien faire, mais que le contact des professeurs enorgueillit quelque peu. Ils ont, en général, une très haute opinion de leur fonction et de leur valeur personnelle, ceux surtout qui possèdent une instruction primaire avec quelque frottis de science populaire puisée dans les conférences publiques ou dans les cours d’adulles. Je me hâte de dire que je connais quelques professeurs de gymnastique, bien rares il est vrai, qui possèdent dos connaissances pédagogiques et techniques très sérieuses ; ceux-là ne commettent pas de faute et ils ont une très grande autorité sur leurs élèves. Ils ont franchement adopté la méthode de gymnastique suédoise, la seule rationnelle qui existe.
D’autres encore, imbus des idées anciennes, croient trouver la vérité dans l’éclectisme : ils prennent dans tous les systèmes ce qu’ils jugent être bon, ils restent d’accord avec toutes les écoles, croyant ainsi rester d’accord avec la science. Pourtant ils constatent que seule la queslion des appareils n’est pas résolue, sans se douter que toute la question est précisément dans l’application des appareils, comme nous l’établirons au cours de cet ouvrage, dans la partie consacrée à la Gymnastique hygiénique et médicale.
(i Ce ne sont pas les appareils qui sont dangereux, disent-ils, ce sont les exercices qu’on y peut faire exécuter. » J’ai professé cette même opinion, je suis d'autant plus libre de la critiquer que j’en reconnais la fausseté. Après une élude plus approfondie et surtout après les travaux d’analyse auxquels je me suis livré pour l’étude que je publie ici, avec la collaboration de savants et de praticiens, je suis arrivé à conclure qu'il y a de bons et de mauvais agrès. Au nombre de ces derniers sont le trapèze, les anneaux, les barres parallèles, les barres fixes, et tous les agrès de suspension à équilibre instable. Il ne faut donc pas dire : » 11 n’y a pas d’appareil dangereux, seuls les exercices qu’on peut y pratiquer le sont, » car c’est déjà trop que des exercices puissent devenir dangereux à cause des appareils. Le mouvement ne se suffit nullement à lui-même, il faut le réglementer par l’appareil, et en fait, le corps humain, par ses bras de levier et par le déplacement méthodique de son centre de gravité, est le meilleur de tous les agrès, à condition de savoir l’utiliser selon les lois de la physiologie et de la mécanique biologique. La vérité n’est pas éclectique, elle est ou elle n’est pas. Il faut aller droit à elle dès qu’on l’a découverte et ne pas louvoyer, c’est plus digne, j'ajouterai que c’est plus pratique.
L’enseignement intellectuel, aujourd’hui si élevé dans l’Université par la science des maîtres qui l’appliquent, a eu des débuts aussi modestes, dans la première moitié de ce siècle. Lorsque Napoléon Bf fonda l’Université, avec l’intention de mieux tenir ainsi en main les jUs des classes dirigeantes, il fallut aller au plus pressé et, comme le personnel enseignant était assez restreint, ne pas se montrer trop exigeant sur la valeur des grades. C’est ainsi, par exemple, que dans un collège comme celui d’Albi, dans une ville dont la réputation scolaire était établie depuis longtemps, le professeur de rhétorique, en 1822, n’était que bachelier; que celui de la classe d'humanités, c’esl-à-dire de la seconde, n’avait pas de grade et qu’en 1830 la physique y était enseignée par un professeur qui était notaire de soti étal (2).
(I En France, dit Mosso (3), malgré la supériorité scientifique des hommes qui se sont mis à la tête du mouvement pour la réforme de la gymnastique, le progrès a été moins rapide qu’en Allemagne. Les raisons sont d’ordre difl'érent. Ce qui, plus que tout, nuit à la gymnastique française, est son orientation par trop militaire. Les moniteurs de gymnastique sortent presque tous de l’école de Vincennes, et c’est un grand inconvénient, parce que l’éducation physique finit par tomber presiiue exclusivement entre les mains d’ex-militaires et de personnes d’une culture insuffisante.
(1) Je tiens à signaler l'heureuse tentative de M"* Caron, directrice du Ivcéo des jeunes filles de Clermont-Ferrand. Grâce à son initiative, la ville de Clermont a fait construire dons ce lycée un gymnase d’après le type des gymnases de la Suède, avec tous les agrès suédois : poutres, échelles à ondulation, espaliers, bancs, etc. Ces agrès ont été faliriqués, à Bordeaux, sur nos indications. I.o lycée des jeunes filles de Clermont-Ferrand est, je crois, le premier établissement scolaire do Franco qui soit ainsi installé. ( Voir au chapitre Architecture.)
(2) Charles Guignebert. liecherches sur l Histoire de l'enseiynement secondaire dans l'académie de Toulouse. In /lulletin de l'enseiynement secondaire de l’académie de 'l'oulouse, 15 décembre 1899, p. 131.
(3) Mosso. L'Éducation physique de la Jeunesse, Paris, Alcan, 1895, p. lu.
L’Ê n U CA TfON P fl VS l Q UE
0 La gyirinasli(]uo militairo qui sert pour les soldais est appliquée a la jeunesse. On fait exécuter par des enfants des exercices destinés à l’homme adulte. Voilli la p:rave erreur. »
Cette erreur provient de la fausse conception qu’on se fait, en éducation physique, de l’autorité dn maître, d'après l’éclat de sa voix et la brusquerie de son commandement. On admet encore anjourd’lini que les maîtres de gymnastique militaires possèdent seuls l’autorité nécessaire pour maintenir l’ordre et la discipline que les maîtres civils sont impuissants i\ établir. Cependant l’expérience, poursuivie depuis cent ans avec des militaires, n’a pas donné d'heureux résultats. L’autorité morale dn maître sur ses élèves ne dépend pas de sa voix, mais de sa supériorité intellectuelle et morale. Je ne sache pas que les instituteurs, ni les professeurs de l’enseignement secondaire aient eu jamais recours à l'armée pour imposer l’ordre et la discipline dans les classes ou dans les cours, c'est donc une erreur pédagogique de dire que l’autorité du maître de gymnastique militaire est plus giande que celle du maître de gymnastique civil. Le contraire est la vérité, surtout quand ce civil possède une bonne instruction et une bonne éducation.
Pour remédier le plus efficacement possible à un tel état, la souscommission des jeux et exercices de plein air et la sous-commission de la gymnasti((ue ont rédigé des programmes. Les conclusions principales sont : 1“ l’obtention d’un diplôme de professeur de gymnastique après examen sérieux, le candidat devant produire en s’inscrivant le diplôme du brevet supérieur de l’enseignement primaire ou le baccalauréat ; 2“ la fondation d’une école normale de gymnastique pédagogique; 3° le relèvement des appointements des professeurs de gymnastique possédant le diplôme nouveau; 3® l’allègement des programmes avec congé l’aprèsmidi du mardi pour reporter les classes de cet après-midi dans la matinée du jeudi, etc. Le rapport que nous avons établi avec M. Demeny comprend une nouvelle rédaction du manuel de gymnastique de 1891, basée sur un cadre de leçon-type de gymnastique. Je dois à l’obligeance de M. Rabier, directeur de l’enseignement secondaire, l’autorisation de publier plus loin, dans le chapitre de la Gymnastique pédagogique, le plan que j’ai proposé à la commission.
Le 9 juillet 1899 une grande fête de gymnastique est donnée dans le jardin des Tuileries, des mouvements d’ensemble y sont exécutés par des élèves des écoles primaires et par des militaires. Mais l’événement du concours est la présence au milieu des gymnastes français d’un groupe de gymnastes Scandinaves, qui exécutent des mouvements de gymnastique suédoise. Cette innovation prouve le chemin parcouru par l’idée nouvelle. Le public est ainsi appelé à comparer la méthode française et la méthode suédoise, il peut juger de leur valeur respective.
D’autre part, à Bordeaux, une autre expérience est tentée par le Comité des concours sportifs du Sud-Ouest, ouverts aux adultes, sous la présidence de M. le général Malaper ; elle est renouvelée en 1900. Cette expérience a pour but de trancher le différend dans les méthodes d’éducation physique préconisées par les gymnastes et par les sportifs. Nous plaçant au point de vue des services que l’une et l'autre méthodes peuvent rendre h l’armée, par la préparation des recrues, nous avons institué un concours annuel : une course à travers champs, dans laquelle les concurrents ont h franchir de nombreux obstacles espacés sur 6 à 8 kilomètres environ, tels que ruisseaux, haies vives, barrières, murs de clôiure et enfin, un mur d’assaut de plusieurs mètres de hauteur. Les deux expériences ont établi, jusqu’à ce jour, que l’avantage reste aux sportifs, car ils devancent de beaucoup les gymnastes dans la course à pied; ils arrivent plus tôt qu’eux au grand mur d’assaut, qu’ils escaladent avec plus de facilité, bien que leur entrainement ait surtout porté sur les jambes et non sur les bras. Ceci prouve que les exercices aux agrès de suspension développent musculairement les pectoraux et les biceps, mais fort peu la cage thoracique, dont ils n’augmentent pas la capacité respiratoire, ainsi que je l’ai établi déjà dans mes éludes précédentes sur les exercices de plein air. Le travail aux agrès ne donne pas une supériorité aux gymnastes sur les sportifs dans une course à travers champs se rapprochant autant que possible d’une prise rapide de possession de terrain en temps de guerre.
La Ligue française de l’enseignement, réunie dans son 19* congrès, à Toulouse (I), adopte à l'unanimité un vœu émis par M. Émile Laparra, tendant à ce que : « 1® les élèves âgés de dix-huit ans ayant appartenu pendant trois annéesau minimum aux sociétés de gymnastique, de tir, de marche et d’éducation physique, soient autorisés, après avoir passé un examen organisé par l’autorité militaire, à contracter un engagement de trois années ; 2® que les jeunes gens puissent, après trois mois de présence minima au corps, être nommés au premier grade, si leurs chefs les en jugent dignes. »
Ces vœux étaient précédés des considérants suivants : Les associations d’exercices physiques constituent une véritable force nationale; elles ne sont pas assez encouragées et soutenues par l’Etat; la démocratie doit être reconnaissante aux hommes qui consacrent leur temps et leurs ressources personnelles à l’éducation morale et physique de la jeunesse dans le seul but de créer une plus grande France; les associations ont pour but, non de faire des soldats, mais de préparer des jeunes gens à l’armée ; ainsi préparés, ces jeunes gens gagneraient du temps et pourraient, dans l’intérêt économique du pays, choisir plus vile une
(1) 19" congrès de la Ligue française de l'enseignement, tenu à Toulouse du 2 au 6 novembre 1899. Vœu de M. Emile Laparra. In Levue des Jeux scolaires, novembre 1899.
profession commerciale, industrielle, agricole ou coloniale; libérés dèi leur majorité, les anciens élèves de ces associations a))porlcraient Ir concours de leurs énergies non encore émoussées au développement des forces vitales du pays; en leur permettant de partir pour l’étranger dès l’Age de vingt et un ans, ils ouvriraient des débouchés nouveaux au commerce et à la navigation, débouchés fermés aujourd’hui, au profit des nations rivales. D’autre part, s’ils ont pris gofit au métier des armes, ils peuvent contracter de nouveaux engagements et former ainsi de solides cadres de sous-officiers.
Le 19® congrès de la Ligue de l’enseignement répond ainsi pratiquement au point d’interrogation posé par M. Hardy, à l’Académie de médecine, à propos de l’éducation physique déplorable donnée à nos enfants :
« Pour ces jeunes gens ainsi préparés, vienne maintenant le service militaire obligatoire de trois années, pendant lesquelles tout travail de l’esprit sera suspendu, et je me demande avec tristesse quel sera l’avenir intellectuel de la France. »
En 1900 la Ligue française de l’enseignement, passant des vœux aux actes, affecte une somme de 15 000 francs, souscrite par un groupe d’amis, au développement des exercices physiques : marche, gymnastique, tir, etc., afin de doter l’armée d’hommes plus entraînés, plus vigoureux, plus adroits et mieux préparés à leur rôle de soldats. Celte somme est répartie entre chaque ressort d’académie; pour l’année 1900, elle sert à constituer des prix divers, collectifs et individuels, en faveur des sociétés qui lui sont affiliées et des jeunes gens. Agés de seize à vingt et un ans, n’ayant pas encore satisfait à la loi militaire.
Les épreuves obligatoires imposées aux concours, sont : la gymnastique, le tir, la marche, la course, la natation, la boxe, le bâton, la topographie, la lecture de la carte de l’état-major et la manœuvre du fusil. Au nombre des épreuves facultatives sont inscrites ; le tir au canon, l’équitation, l’escrime, le canotage, la vélocipédie, l’aérostation, les sports athlétiques, l’alpinisme, les notions d’hygiène, de secours aux blessés, etc.
En cette même année, le conseil municipal de Paris (t), sur le rapport qui lui est adressé parM. Clairin, au nom de la quatrième commission, alloue une subvention de 1 200 francs au cours orthopédique du XIX® arrondissement, afin d’encourager une initiative louable, prise par des professeurs de gymnastique, et qui a donné de bons résultats. Un rapport avait été présenté au préfet par M. Laurent, médecin inspecteur des écoles. Il y a là, constate M. Grébauval, conseiller municipal de cet arrondissement, une véritable transformation de la gymnastique, dont il serait bon de faire bénéficier les autres écoles de la Ville de Paris. M. Marsoulan constate également que cette gymnastique est très développée en Suède et en Norvège. Le conseil municipal adresse des remerciements aux professeurs de gymnastique, à MM. Dérué et Laurent, inspecteurs, pour leur très heureuse initiative en faveur de la population débile des écoles primaires de la Ville de Paris. Sous une forme encore rudimentaire, c’est la méthode suédoise qui pénètre dans l’enseignement. Avec le temps, et quand elle sera mieux connue, car beaucoup en parlent sans la connaître, elle sera appliquée définitivement comme la seule rationnelle.
i900. — L’année 1900, la dernière du siècle, est l’année où les manifestations physiques ont été les plus nombreuses et les plus concluantes; c’est l’année de l’Exposition universelle, où chaque pays a délégué des représentants au nombredesquelssetrouventdes savants, des pédagogues et des techniciens qui prennent part aux manifestations scientifiques et pratiques de l’éducation physique, soit dans le premier Congrès international de l’éducation physique tenu à Paris au palais des Congrès, et dont nous donnerons plus loin le compte rendu succinct, soit dans des manifestations actives de gymnastique et de sports. L’année 1900 fixe une date importante dans l’évolution de l’idée physique en France et même en Europe.
Les 3 et 4 juin 1900 a lieu, dans le parc de Vincennes, la fêle fédérale de l’Union des sociétés de gymnastique de France, qui réunit les gymnastes délégués de tous les départements de la France et de l’étranger. Les élèves moniteurs de Joinville-le-Pont s’y font applaudir; 10000 francs de prix sont distribués aux 98 lauréats des concours.
Les 5 et 6 juin s’ouvrent à Paris les concours nationaux interscolaires de jeux de plein air, desports et de gymnastique organisés par le commissariat de l’Exposition avec le concours des délégués des lycées et collèges de France. A la suite des réserves que nous avions faites au sujet descourses à pied de 400 mètres, de 1 000 mètres, de 1 500 mètres et de 2 500 mètres, celles-ci sont supprimées par M. le ministre de l’Instruction publique, qui voulut bien nous demander notre avis à titre de membre de la commission supérieure de l’éducation physique, à son ministère. « J’ai cru devoir consulter sur ce point, écrit M. le directeur de l’enseignement secondaire, quelques personnes d’une compétence hautement reconnue en pareille matière et qui portent aussi le plus vif intérêt au développement desexercices physiques dans nos établissements d’enseignement public. Bien que les avis n’aient pas été absolument unanimes, il résulte de cette consultation que les courses plates ou avec obstacles comportant un parcours de plus de 100 et 120 mètres, peuvent causer des accidents graves si les concurrents n’ont pas appris par une longue expérience à ménager méthodiquement leurs forces. »
Un grand pas vient d’être fait, la voix de la raison est écoutée, une
(l) Subvention de 1 200 francs au cours de gymnastique orthopédique du XIX' arrondissement (1900; C. 437). Le Stand du 5 mai 1900, p. 1C3.
INTIîODUCriON
sanction priitii|nc est donn^'C par l’ Université aux travaux de la cninniission do l'éducation |)liysit|no.
Les epi'cuvos éliininatoircs de vt's concours avaient en lieu les Ut et :ill mai Itllli) dans neul' régions de la l‘'ranee, ?i Bordeaux, Marseille, Lyon, ( irenol)le, 'rouloui-e, ( trléans, Caen, Itoubaix et l’aris. 'l’ons les eoneuriauits classés pi'emiers dans les divei'ses épreuves sont a[)pelé8 à Paris aux fi’ais du comité d’oi’ganisalion, pour prendre part aux épreuves linales (pii ont lien au bois de Boulogne, sur le terrain du Bacingtlliib do l'’rance. L'académie de Bordeaux remporte des succès par cinf] délégués entraini's gréce aux lendits girondins. A la distribution des ])rix M. b'ringmd. inspecteur de l'acad(''mie de Paris, président du comité d'organisation, ju'ononce les paroles suivantes : « Ceux (|ui voudront bien, l'i l'Cxposilion du ministère de l'Instruction publiijne, feuilleter les devoirs et les caliiers de nos élèves pourront se convaincre (pie renconragement donné aux jeux atblétiipies n’a pas déloiirné des travaux de l'csiiril, ni abaissé le niveau des études, et (pie, si les corps ont acipii^ par les exercices pbysiipies de la vigueur, de la souplesse et de la saule, les esprits n’ont rien perdu de leur (iiiesse, de leur pénétration et de leur solidité. »
l.rs 7 fl S Juin la Sociélé centrale des exercices sporlifsde Suède fait connaitre les exercices et mouvements principaux (jiii font partie de la gymnastiipie suédoise, au gymnase Voltaire, , à Paris. M . le commandant Victor Baick.ipii avait accompagné les gymnastes en l«8t», en présente à nouveau (1(1, comprenant des ofliciers et des civils, l'élite des gymnastes suédois. Une séance de gymnasti(|ue pédagogirpie a lieu le 7 juin; une autre, réservée à la gymnastiipie militaire, a lieu le lendemain 8 juin. Celle lei;on de clioses vécue obtient un très grand siicci's. Les spectateurs mieux iiistriiils comprennent la dilîérence ipii existe entre la méthode franij.iise et la méthode suédoise. Il a fallu dix ans pour faire cette instruction, car le passage de M. Balck avec ses gymnastes à l'Lxposilion de 188!» n'avait laissé ([u'un souvenir lointain et une trace peu profonde. DelSSl' à 1900 plusieurs travaux avaient paru en France sur laipiostion; aussi bipartie est-elle délinitivement gagnée en faveur de la méthode de Ling.
l,e ‘i 'i Juin M. Kiimlien , professeur de gymnastique suédoise à Paris, présente aux Tuileries un groupe de gymnastes Scandinaves qui exécutent en public les mêmes exercices. Cette séance de gymnastique scolaire, avec démonstration pratique à l'appui, contribue à mieux faire connaître au grand public la valeur d'une gymnastique raisonnée.
\.fs o, d e! n août rUnion des professeurs de gymnastique de France tient son Iroisiéme congrès international d'éducation physique, qui précède de quelques jours le grand premier congrès international d’éducation physique. Ce congrèsestplacé sous la présidence d’honneur de M. Gréard, vice-recteur de l’académie de Paris, et effective de M. le IT Laburthe. 11 a pour but de rechercher les meilleurs moyens d’améliorer la situation des professeurs de gymnastique, de concourir à l’œuvre des patronages scolaires, d’instituer un dipb’ime supérieur d’éducation physique, d’organiser la gymnastique des jeunes fdles, etc.
Du ISO août au 6 septembre se tient fi Paris, au palais des Congrès, le premiercongrèsinternational de l’éducalionphysique. M. Léon Bourgeois, ancien ministre, député, en est le président. 11 est em[iêché d’assister au congrès. M. le professeur Bouchard, membre de l’Institut, vice-président, préside la séance d'ouverture. M. le professeur Mosso, recleur de l’Université de Turin, est élu président des séances, MM. les ministres de l’Instruction publique, de la Guerre etde laMarine s’y font représenter jiar des délégués ciiargés de leur fournir des rapports sur les travaux du congrès (I). D’autres délégués sont désignés par les nations suivantes ;
L’.\utriche-1 longrie, la Belgique, le Danemark, les États-Unis d'.Vmériqiie, la Grèce, le Japon, le Mexique, la Norvège, la Roumanie, la Suède et la Suisse.
.M. Loubet, liresideut de la République; LL. MM. Léopold II, roi des Belges; Georges Rr, roi de Grèce; Oscar II, roi de Sui'ale et de Norvège; M. Mac Kinley, président des Etats-Unis d'Amérique; S. A. R. ,Monseigneur le duc d’York, envoient leur adhésion et patronnent l'œuvre du congrès.
M. Demeny, initiateur et organisateur du congrès, en est nommé le secrétaire général.
Les questions mises à l'ordre du jour sont divisées en cinq sections; première section, philosophie-, deuxième section, sciences biologiques appliquées ; troisième section, technique; quatrième section, pédagogie; cimiuieme section, propagande. Le nombre des travaux fournis est important, plusieurs sont originaux; un sommaire des procès-verbaux, rédigé par M. G. Demeny, est publié par les soins du ministère du Commerce (-2). Ce compte rendu, fort bien rédigé, donne la physionoude exacte de cette première grande assise internationale de l’éducation physique.
La caractéristique de ce congrès est le désir de bien faire, de s’entendre et de s'unir pour une action commune internationale en s'appuyant sur les données de la science moderne, et surtout la partici-
(1) Ces di'légui’S sont, pour h.' ministère de l'Instruction puldique, M.M. C^azes, Armagnac, Kiingnet, Chabot, le docteur Tissii' ; pour le niinistèro do la Guerre, M. le cajiitaine do Cissey; pour le ministère de la Marine, M. le capitaine Grousset; pour le conseil municipal do l’aris, M. Kscudior.
(2) Congrès intornationnal de l’KiIucation physique tenu à l’aris du 30 août au 0 septcmliro 1900. — Procès- verljaux sommaires par M. Georges Demeny. — Ministère, du (tommorcc, de rindustrie, des Postes et Ti'dégrtiphes. — Paris lmp. nationale, 1900.
pation do l’élément féminin aux travaux, non seulement au point de vuo intellectuel, mais aussi au point de vue de l’application physique, par la présentation d’exercices exécutés par des élèves gymnastes femmes.
Un jieu éparse, la discussion générale se ressent forcément du premier contact qui met en présence divers systèmes, diverses écoles de gymnastique et diverses nationalités. Le congrès aurait pu avorter, il a abouti, il a resserré les liens, qui n’ont fait (jue se renforcer au cours des séances [dénières qui ont été tenues quotidiennement. Tous les peuples ont cherché !i bien détinir la valeur de l’éducation physique par une méthode rationnelle et facilement applicable à tous les Ages et aux deux sexes. En I<’rance le progrès est plus lent à se manifester (lu’ailleurs parce que notre vieille scolastique a laissé une empreinte très profond» dans notre enseignement, (l’est pour(|uoi M. le professeur Mosso est amené A dire qu’en France on ignore encore ce que doit être l’éducation physir)ue, bien que tous les travaux qui ont permis aux autres nations de mieux la comprendre et de mieux l’appliquer scientifiquement soient sortis de la station physiologique du parc dos Princes, dirigée par M. le professeur Marey.
Un fait principal se dégage de toutes les discussions : tous les membres du congrès qui se sont rendus îi Stockliolm en sont revenus avec la conviction que le système de Ling est supérieur aux systèmes de Jahn, d’Amoros, de Elias, de Laisnè, etc., etc. Tous reconnaissent également que la supériorité de l’enseignement suédois réside non seulement dans la méthode de Ling, mais surtout dans la valeur éducatrice des professeurs de gymnastique.
La Suède elle-même n’échappe pas en ce moment à la discussion sur la méthode. Cette discussion est ouverte depuis quelques années entre les partisans de la gymnastique de Ling et ceux qui, tout eu acceptant cette gymnastique, désirent y ajouter les exercices de plein air et les sports. En Italie, les maîtres les plus élevés dans les Universités, les professeurs, les recteurs, tous ceux qui ont une action directe et suprême sur la jeunesse scolaire à tous les degrés se sont mis à la tête du mouvement physique. 11 en est de même en Hongrie. L’Espagne sent le besoin de réagir et se réveille; l’Allemagne s’en tient encore à la gymnastique de Jahn, à laquelle elle ajoute des exercices acrobatiques et des exhibitions de pyramides humaines; le Japon lui-même s'intéresse vivement à la renaissance physique, dans laquelle il voit une raison de la renaissance de ses forces vives. L’Angleterre s’adonne surtout aux sports.
La tenue de ce premier congrès international fixe une date importante dans l’évolution de l’idée physique.
Au cours de ses travaux le congrès est invité à assister à trois séances de gymnastique et à une conférence sur la gymnastique suédoise faite par M. le capitaine Lefebvre, délégué du gouvernement belge.
Ge que j'ai vu dans la séance de gymnastique à l’école militaire de Joinville-le-Ront n’a fait que confirmer les critiques adresséis à la méthode fran(}aise. A Joinville, les faibles sont sacrifiés aux forts, les bras de levier longs aux liras de levier courts; j’ai compris pourquoi plusieurs anciens élèves de Joinville m’ont dit avoir craché le sang au cours de leur entraînement intensif, qui forcément se transforme en surentraînement. J'ai pu constater de cisu que le souci « de faire de plus en plus fort » domine celui (( de faire de plus en plus meilleur ». Les tendances de l’enseignement sont plus acrobatiques qu’athlétiques. Peu ou pas de méthode scientifique ; beaucoup de poudre aux yeux ; triomphe de l'individualisme d’après la constitution de chaque sujet et l’adaptation des bras Je levier de la machine humaine aux bras de levier des agiès, telle est l’impression que laisse l’enseignement de cette école. D’ailleurs tous les élèves moniteurs ne pratiquent pas les exercices aux agrès, les artilleurs et les escrimeurs en sont dispensés. Les escrimeurs eux-mêmes se spécialisent dans le fieuret et dans le sabre. 11 en est autrement à Stockholm où les élèves moniteurs s’entraînent à la fois aux exercices aux agrès, à l’escrime, à l’épée, au fleuret, au sabre et à la lia'tonnette. A l’escrime, ils tirent alternativement avec les deux mains.
Nous formons des spécialistes, il n’y a donc rien d’étonnant que ceux-ci reportent dans l’école les principes qu'ils ont reçus A Joinvilh’, où j’ai vu exécuter des exercices vraiment surprenants de souplesse et d’audace acrobatiques, ce qui m'a confirmé davantage dans mes idées, A savoir qu’il y a nécessité et urgence pour l’Université A rompre absolument avec l’enseignement tel qu’il est donné aujourd’hui A l’école de Joinville et à former pour elle-même des maîtres pédagogues.
La seconde séance de gymnastique est donnée aux congressistes sur la pelouse du vélodrome du parc de ’Vincennes, A l’occasion d’une fête de gymnastique que préside AL le général André, ministre de la Guerre. Je puis constater avec quelque satisfaction que les sociétés de gymnastique de la Seine commencent A introduire les jeux de plein air dans les exercices physiques, mais ces jeux sont trop militairement réglementés, ils se ressentent trop du voisinage de la caserne; cependant la tentative est heureuse, c’est un indice que les idées nouvelles pénètrent dans un milieu resté réfractaire jusqu’A ce jour.
Les exercices aux agrès sont exécutés d’après la méthode de Joinville, c’est-A-dire trop acrobatiquement; cette gymnastique par sa brus(|uerie, sa vivacité extecme, fatigue non seulement l’exécutant mais l’œil du spectateur, ((ui toujours attiré par des mouvements rapides et peu barmoiiieux ne peut se reposer un instant sur les grandes ligues (|unchcrclie A prüvo(|uer la gymnastique suédidse dans toutes les attdudes et tous les mouvements.
Le congrès invité A assister A une séance donnée par les élèves gymnastes présentées par M“® Bergeman-(IEsteberg, au gymnase de l Uiiion
/. 'É DUC AT 10 N P II y S / Q (J IC
clir6tieiine dos jeunes g'ens, rue de Tréviso, penl comparer la valeur des deux indtliodes franco-allemaiule et suédoisodaus reiiseigneinenl féminin. Les exercices sont les mômes pour les deux sexes, mais ils sont répartis selon une progression bien définie, et appli(|ués d’après le développement physique de chaque sujet.
Leur exécution n’est fatiganlc ni pour les exécutants ni pour les spectateurs, (|ul applaudissent et qui sont fort surpris de voir des jeunes filles fournir un travail physique relativement intensif sans fatigue et surtout avec heaucoup de grâce. L’œil se repose sur de grandes lignes pures, les attitudes sont belles et esthétiques.
L’accusation portée contre la gymnastique suédoise d’ôtre ennuyeuse tombe du coup devant le plaisir et l'intéiêt que prennent les exécutantes et les spectateurs à une telle manifestation physique.
Au cours de ses travaux le congrès est reçu officiellement h l’ilôtel de Ville de Paris par M. Escudier, vice-président du conseil municipal; M. le préfet de police et M. le préfet delà Seine s’y font représenter.
Les membres du congrès sont introduits par iM. Gervais, député de la Seine, rapporteur de l’éducation physique de la Commission parlementaire de renseignement secondaire à la Chambre des députés, l’un des vice-présidents du congrès.
Le 6 septembre, clcMure du congrès sous la présidence de M. Gervais. Heprenant les propositions que nous avions présentées personnellement dans une séance antérieure le congrès vote â l’unanimité les conclusions suivantes : 1® Un congrès aura lieu tous les deux ans dans une des grandes villes de l’Europe . 2® Une commission permanente internationale est nommée à raison d’un délégué par pays, la commission est chargée d’organiser le congrès de 1902.
3“ Chaque délégué représente cette commission nationale aux congrès futurs.
4” Chaque délégué s’adjoint dans son pays un certain nombre de personnes pour former une commission permanente nationale de l’éducation physique.
5® Il y a lieu de fonder un Bulletin international de l’éducation physique.
b® Il est désirable de voir créer dans chaque pays une direction officielle de l’éducation physique (I).
Les sportifs ne se font pas représenter à ce Congrès. Tout bien considéré, les deux congrès du Havre, en 1897, et de Paris, en 1900, se complètent l’un l’autre. Le congrès de Paris jette un « pont Alexandre » entre les deux rives opposées d’un même territoire, désormais les partisans des diverses méthodes en gymnastique peuvent travailler en vue d’un but commun ; l’entente est établie, elle ne peut être que féconde.
L’œuvre du congrès international de 1900 peut se résumer en deux mots : Union et organisation. Le deuxième congrès international doit se tenir à Genève, en 1902.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’influence du premier congrès international de l’éducation physique s’est fait sentir très rapidement dans la direction nouvelle donnée à l’enseignement physique. M. le général André a porlé le couple plus sérieux ii la méthode de Joinville en introduisant le Manuel de gymnastique de l'Instruction publique dans l’enseignement du Prytanée militaire de La Flèche. La réforme est très importante. On aiguille sur une voie nouvelle.
Dans le courant de l’été 1900 le Comité international olympique organise à Paris une série de concours sportifs sous la présidence de M. Mérillon, ancien député, président de l’Union nationale des Sociétés de tir. Quelques imperfections empêchent cette manifestation d’avoir toute l’ampleur désirable.
Le 1/ novembre a lieu à Bordeaux, l’organisation municipale des jeux de plein air, en faveur des élèves des écoles piimaires de la Ville. Le conseil municipal affecte une subvention de 3 000 francs à la Ligue girondine de l’éducation pour l’organisation de ces jeux et pour celle des lendits primaires. Huit maîtres, pris chez les instituteurs adjoints des écoles, conduisent les enfants tous les jeudis et tcus les dimanches sur les cinq terrains de jeux urbains que possède la Ligue girondine.
En décembre nous fondons à Pau un Comité départemental des Basses-Pyrénées de la Ligue girondine de l’éducation physique, sous la présidence de M. Alfred de Lassence.
Ce comité a pour but de provoquer le goût des exercices physiques et des jeux de plein air dans l’enseignement primaire des Basses-Pyrénées et de favoriser l’organisation des lendits secondaires régionaux quand ils auront lieu dans le déparlement.
Le comité palois reçoit délégation du comité central bordelais, il conserve son autonomie et toute liberté d’action. La Ligue girondine commence ainsi à grouper autour du centre académique de Bordeaux et du recteur de l’Université, qui en est le chef, ces cinq départements comjjosant l’Académie : Gironde, Landes, Basses-Pyrénées, Lot-et-Garonne et Dordogne. Le jour où un comité similaire fonctionnera dans les cinq chefs-lieux, l’œuvre décentralisatrice de la Ligue aura atteint son but.
En 1901. — La première manifestation du comité palois est l’organisation du M® lendit secondaire régional qui se lient à Pau pendant les fêtes de la Pentecôte, les 25, 26, 27, 28, 29 mai 1901. Le 11® lendit est
(1) Sont nommés par le congrès à titre do délégués nationaux, pour deux ans ; MM. Demeny (France), Fosséprez (Belgique), Malhey-Genty (Suisse), le professeur Mosso (Italie), le D' Serano Fatigati (Espagne), Tôrngren (Suède), le D' Johan Kier (Danemark), le D' Guebhart(AUemagne), le D' Kovacs (Hongrie), Lucas(Autriche), Général de Boutowsky (Bussie), Van Aken (Hollande), Macdonal Smith (Anglel terre), colonel Petersen (Norvège), Virgile Harion (Roumanie), le D' AVood (États-Unis), ie D'- Chryssaffis (Grèce), le D'- Yamané (Japon), Bertram (Mexique.)
le couronnement de l’œuvre girondine par la bonne tenue, par l’ordre, par la discipline et par l’élévation du niveau de rentrainemenl phy3i(|uo des lendistes. Une excursion générale îi Gaulerets est menée à bien. La preuve est faite : l’Université possède la méthode recherchée. Aussi M. le ministre de l’Instruction publique, comme suite au lendit de Pau, nous adresse-t-il personnellement, ainsi qu’à nos dévoués collaboraletirs de la Ligue girondine, ses félicitations et ses remerciements officiels. M. le professeur Charles Bouchard, membre de l’Institut et de l’Académie de médecine préside la distribution des prix dans laquelle, après avoir fait l’éloge des lendits, « qui ont le rare privilège de réunir dans un élan de bonne volonté des hommes de tous les partis, de toutes les confessions, de toutes les doctrines, de toutes les classes », fixe, dans les lignes suivantes, les termes mômes d'une éducation physique rationnelle.
« Faire des muscles, les éduquer, les rendre capables d’exécuter les mouvements avec docilité, rapidité, précision, force, en proportionnant l’effort à la quantité d’énergie requise pour le travail à accomplir, c’est en même temps éduquer le système nerveux, c’est développer ses qualités d’attention, de vigilance, de décision, de modération. C’est aussi grâce h un exercice assez renouvelé et suffisamment gradué, développer l’appareil respiratoire et le mettre en état de suffire à l’apport de l’oxygène et à l’élimination des produits de la combustion sans que l’essoufllement survienne et sans que le cœur exagère son action de façon pénible ou dangereuse. Quand vous avez accompli cet entraînement préparatoire, vous pouvez, par une direction particulière, spécialisant, exagérant et faussant le but de l’éducation physique, amener l’enfant à accomplir des prouesses que ne réclame pas une bonne préparation à la vie; la pyramide humaine peut avoir ses admirateurs, on peut applaudii' à l’escalade d’un troisième étage; ce sont des exercices qui ne me paraissent pas utiles pour tous, et que je n’encouragerai pas. Tel deviendra acrobate s’il y est contraint, pompier s’il le veut, sauveteur s’il le peut, il le fera sans notre participation, mais sans notre blâme; nous n’entravons aucune vocation, mais nous ne recommandons que les exercices qui peuvent être utiles à tous en vue d’une plus grande perfection dynamique, esthétique et morale.
« Si nous favorisons l’enseignement de la natation, de l’équitation, de l’escrime, du tir, c’est bien moins pour les avantages spéciaux qu’ils procurent que pour donner au corps la résistance au froid, la souplesse, l’équilibre; pour assurer à l’esprit autant qu’au corps la promptitude dans la constatation du danger et la soudaine décision dans la riposte. Vous faites ainsi l’éducation de la volonté et de l’intelligence autant que des sens et des muscles. Vous faites autre chose encore.
« L’un des effets communs de ces nobles exercices, comme aussi de la gymnastique, c’est d’habituer l’homme à proportionner exactement l’intensité de l’effort à l’importance du travail à accomplir. L’homme entraîné concentre toute son énergie dans les seuls muscles qui doivent accomplir le travail ; aucun autre ne se contracte, pas une fibre de son visage ne tressaille et ne trahit le degré auquel la volonté s’est montée. L’homme qui n’a pas reçu les leçons de l’éducation physiqne dissémine sans utilité son effort sur tous ses muscles, les orteils se crispent, les sourcils se froncent : d'un côté le calme, l’attitude tranquille, la placidité sereine du visage; de l’autre, la grimace et la convulsion. Celle harmonie entre l’effort et le travail s’exprime par la simplicité, l’élégance et la noblesse, conditions essentielles de la beauté physique. La beauté morale n’y perd rien : les pensées basses ou haineuses ne germent pas quand le regard est droit, la physionomie calme et souriante, le geste paisible. Cette constante application à refréner la tendance inconsidérée à un effort excessif habitue l’homme à s’observer, à se contenir, à se maîtriser, à se dominer: par là le progrès moral est redevable à l’éducation physique autant que le perfectionnement corporel. »
Ainsi s’exprime en faveur de l’œuvre girondine run des plus grands maîtres de la science contemporaine.
La Ligue girondine a repris pour elle les vœux émis par l’Académie de médecine, dans sa séance mémorable du 8 mars 1887. Pendant treize ans, sans relâche ni défaillance, elle a observé, nofé, analysé et établi lentement, au cours d’expériences faites dans les lendits, des règles sûres d’entraînement physique de la jeunesse scolaire. Ce que l’Académie de médecine ne pouvait faire, ce que les autres associations avaient omis de faire, la Ligue girondine a voulu le faire. En 1887 on tailla largement en plein drap, mais, depuis, qui songea à coudre ? Notre jeunesse française contemporaine ne demande qu’à agir et qu’à se se donner. Elle se donne à qui sait la comprendre, elle agit avec ceux qui savent la prendre.
Quelques semaines plus tard le comité palois organisa le premier lendit primaire en faveur des élèves des écoles de la ville de Pau. Celte jiremicre manifestation remporta un légitime succès auprès de l’opinion publique et des instituteurs. Parallèlement, le comité central organisa le 10“ lendit primaire, à Bordeaux, sous la présidence de M. Verdier, proviseur du lycée.
Tandis que de telles manifestations ont lieu dans le Sud-Uuest, l’Union des Sociétés de gymnastique de France tient sa 25“ fête fédérale, à Nice, pendant la semaine de Pâques, sons la présidence de M. Loubet, président de la République. M. Charles Cazalet, de Bordeaux, le dévoué président de l’Union, y obtient un succès personnel, mérité, car son infatigable activité a infusé une vie nouvelle aux sociétés de gymnastique. Cette activité est nécessaire : en effet, malgré l'elfort fait depuis la guerre de 1870 pour accréditer la gymnastique des sociétés enFrance, notre pays n’arrive que le huitième sur les douze nations européennes qui possèdent de semblables associations.
l MK ODIJCTIOS
\j Vninn fw l'.llll <;i)iM|)U5 SI) (ll)li n'yii]|i:iHti‘S, coiiiposaiil 1170 sui'ictés ill'lili(''cs : une cciilainr icslciil iii(li'‘|i(Mi(laiilcs ilaiis Iniilc la l'’raii(;e. M. (lazalc'. s’apijliiiiii' à tîroiiiicr luuto.s lus assouiatiDus sous lu diaijrau du rUiiion.
I.u jour ii’ust pas (^loifçnûe où riliiioii inodiliera la iiicHliode d(' fîyi'" iiastii|ui' ut la l'uiidra plus uonfoianu aux lois de la pliysi(düKie. l'iti allundaid. (diu uliurulic à rufoi’iuur la disc,ipliuu (iu(d<|ue |)uu rulàcJiue dus souiùlés (|ui s(î l'uuduiit auiiuulluiuciit aux lùles l’édérales. nuel(|uus-uues ont '< une atliludu pùuilde. 1 tus f^yuiuastcs parcourent lus rues, lus soirs (pour u(! pas dire; lus nuits) dus fûtes, chantant <1 tue-tûte, un tenue souvent dûlu-ailli'u... Dus claiiuns trotd))ent parùds le re[iOS des lialiilants par leurs sonneries liorri[)ilautes ! i> La discipline en cours de route n'esi pas hors du hiulu crili(iue : >• (lerlains voyageurs circulant au rnoinenl des fûtes oïd a suhir la contraiiété de uhaids exatréi-ûs et l’ohsessiou uruullu du seinpiturnel clairon » Le rapporluur des fùlus féiléi-ales de Nice, au<)uul j’euipriinlu ces lignes, ajoute très judicieusement im’il tant Iroiuur nn reincde à cet état de choses. « Il faut, dit-il, <|ue les populations applaudissent non seulciin nt la dunionstralion de nos protrrès phvsi(|uus, mais encore, la tenue de loua et la correction de Ions (1). » Le rcniûdc, la Lifçne girondine l’a trouvé on accordant aux poiiits de houiie tenue gûnûralu aux Icndus fdiis d'importance (jii’aux points remportiû-- .aux concours physiques. IJnu fautif sérieuse peut supprimer tous U's prix.
Une des causes princii)ales du peu d'un tljousia^mo de l’opinion puhlique fr.inçaise ù l’i'gard des concours de gymnasticiuu est précisément l'abus du la parade claironnée. Je l’ai déjà dit, le h'rançais est avant tout nu paysan pondcrû, praliipie, observateur, individualiste, jaloux de son indt'pendauce (d (|ui ne se donne (|u’à bon escient.
La Suède n’arrivu (lue onzième sur la liste 8tatisti<|ue de la gymnastique en Lui'ope, bien ((u’elle possède une méthode excellence. M. le commandant N'iclor lîalck en (explique plus loin la raison, dans son cha- [)itre sur la llf/miuislùjiK’ siitUloisf
(1) /.c fû'/'a'in.v/e (Moniteur oflici('l de l'tJnion des sociétés de gymnastique de France), n° 5, du 3 août l'.ioi , pages I0i-lû5. (Rapport do M, J. Juillet de Bordeaux.)
(2) Voici le tableau statisticpio de l'idat de la gymnastique des sociétés en Europe, en 1901, dressé sur la proportion de 10 000 habitants.