L’AVIRON
Comme la natation, le sport de l’aviron devrait faire partie de l’éducation des enfants des deux sexes de toute famille habitant près de l’eau.
Et, à l’époque des villégiatures, il mérite de recruter beaucoup d’autres adeptes, pour leur agrément.
Il peut être utile de savoir diriger un bateau, ne fût-ce que pour porter secours à une personne en danger.
De plus, l’art de ramer, le « rowing », permet de délicieuses promenades pendant la belle saison; et nous ne chercherons pas à décrire tout le charme des excursions sur une jolie rivière le matin ou le soir d’un jour d’été.
Enfin, au point de vue gymnastique, ce sport forme un excellent exercice, qui vous convient parfaitement, Mesdemoiselles, à la condition, bien en-
ï'ig. 38. Clichés Ed.Cretté (Joinvile).
Fig. 37 et 38. A l’aviron, en yole avec bancs à coulisses. — Mlles Renée, Élisa, Marie Pélissier.
tendu, de n’en pas faire à l’excès, et de ne point tenter, là non plus, de se transformer en « championnes » voulant battre des records.
Constatons, en passant, qu’en certains pays les tireuses d’aviron ne résistent pas à la tentation d’accomplir des prouesses, se groupant meme par équipes, par « crews ».
Par exemple, en Danemark, un match d'aviron a été disputé assez récemment entre deux équipes fournies Tune par le Damernes Roklub (Club d’aviron des Dames) et l’Akademisk Roklub (Club d’aviron des Etudiantes). Distance : 1,000 mètres. Le team du Damernes Roklub a gagné la course à une surprenante vitesse.
Tout en nous inclinant devant l’exploit de ces dames, nous ne le proposons point en exemple à nos tireuses d’aviron françaises.
A celles-ci, nous recommanderons encore moins
les allures et la tenue défectueuse d’un certain
nombre de « canotières », qui ont rendu tant de fois le dimanche trop bruyant sur certaines petites « plages » de la Seine et de la Marne.
Lesdites canotières, lorsqu’elles évoluent sur l’eau, tiennent la barre plutôt qu’elles ne tirent l’aviron, généralement : c’est plus facile et de tout repos. Elles ont fait quelque tort à un sport, qui ne
l’éducation physique et sportive
devait pas être rendu responsable des façons tout au moins exubérantes de certaines d’entre elles.
N’insistons pas, et occupons-nous plutôt de donner quelques conseils pratiques à nos aimables lectrices.
D’abord, qu’elles soient bien persuadées qu’il ne faut pas plus d’une dizaine de leçons, en moyenne, pour arriver à tirer convenablement l’aviron.
11 est tout indiqué, avant de pratiquer le rowing, que vous sachiez nager.
Certes, nous espérons bien que vous ne ferez pas de chute dans l’eau, d’autant plus que l’on vous donnera, surtout pour commencer, un bateau assez large, très stable, très « porteur » ; mais enfin, il faut songer à la possibilité d’un petit accident, d’une chute, d’un bain forcé; et, ne fût-ce que pour avoir confiance, pour envisager sans appréhension une pareille éventualité, vous devez d’abord savoir nager.
Pour éviter des ampoules sur vos blanches mains, vous pourrez, au début, Mesdemoiselles, prendre de la vaseline. A dire vrai, le vulgaire suif est plus efficace; mais nous n’osions pas en parler.
Au demeurant, vous n’avez qu’à ne pas faire durer trop longtemps les séances, les premières surtout. Puis vos mains s’y habitueront.
On vous donnera d’abord un bateau assez large et à banc fixe.
Vous apprendrez alors à tirer l’aviron en couple, c’est-à-dire une rame dans chaque main.
On vous expliquera d'abord les diverses phases du coup d’aviron :
L’attaque ;
La passe dans l’eau;
Le dégagé, le renvoi des mains et le retour sur l’avant pour renouveler l’attaque.
Ces diverses phases que l’on décompose en théorie, sont liées, en pratique, dans l’exécution, où l’on doit éviter avec soin les « à-coups » .
Mettre autant de souplesse que possible, tâcher d’agir dès le début, comme si c’était facile — et, en elfet, ce n’est pas bien difficile.
Si le coup a été bien attaqué, autrement dit si les pelles des avirons ont été bien engagées dans l’eau, on entend un bruit semblable au déchirement d’une bande de toile.
L’attaque est-elle prématurée , autrement dit si l’on a porté les épaules en arrière avant que les pelles fussent engagées, on entend une sorte de claquement, tel qu’un coup de battoir sur l’eau.
Éviter un défaut grave et fréquent lorsque l’on
débute : c’est l’attaque eu sifflet (l’entrée en biais dans l’eau de la pelle de l’aviron).
La passe dans l’eau doit être d’une grande régularité; et pendant toute sa durée, l’effort doit se continuer comme à l’attaque.
Pour le dégagé et le retour sur l’avant, il faut appuyer légèrement sur les poignées des avirons, allonger les bras tout en tournant légèrement les avirons par un petit mouvement des poignets afin d’amener les pelles à la position horizontale.
Les bras étant allongés dans toute leur longueur, le buste doit continuer ce mouvement sans trop dépasser la verticale ; alors, par un second mouvement des poignets, les pelles reviennent à leur position normale, et l’on attaque de nouveau.
En principe, les pelles sont verticales dans l’eau et horizontales hors de l’eau.
Pour les virages on apprend à nager d’un aviron, et tantôt à « dénager », tantôt à « scier » (en anglais hold ivater , tenir l’eau) de l’autre (P. Après avoir eu quelque difficulté à tourner d’abord même sur un espace assez large, on arrive à faire des virages sur place.
Lorsque vous commencerez à tirer régulièrement l’aviron en couple, il vous sera très facile de le tirer ensuite en pointe, c’est-à-dire les deux mains sur un seul aviron, votre professeur ou une autre per-
(1) En sciant, on peut dénager légèrement sans que la pelle sorte do l’eau.
Clichés Ed. Cietté (Joinville).
Fig. 40. — A la pagaie : MUe Marie Pélissier, en « balladeuse » ; Mlles Renée et Élisa Pélissier, en canoë.
sonne ramant de compagnie avec vous. Cet aviron sera naturellement plus long que lorsque vous en tenez un de chaque main. Bien entendu, l’autre rameur, ou l’autre rameuse, doit faire concorder ses mouvements avec les vôtres et n’y mettre pas plus de force, autrement l’embarcation ne filerait pas droit.
Ap rès les bateaux à bancs fixes, vous vous exercerez dans des bateaux à bancs à coulisses : là, au point de vue gymnastique, l’exercice est plus complet. (11 est bien entendu que vous savez nager.)
Lorsque vous tirez en couple dans ces embarcations, les avirons se croisent au lieu d’arriver bout à bout, comme dans les larges bateaux à bancs fixes.
Avec un peu d’exercice, vous vous y habituerez promptement.
Si vos progrès le permettent et si le cœur vous en dit, vous prendrez des bateaux plus fins qu’au début, sans faire d’imprudence, et sans chercher à accomplir des prouesses dignes des champions des régates.
En terminant, constatons que le sport de l’aviron — auquel nuisît quelque temps la bicyclette, moins cependant qu’on ne l’a dit — bénéficie d’un renouveau de vogue, justifié par son utilité et par son attrait spécial.
Dans les villégiatures des environs de Paris, il ne manque pas de jeunes filles et de femmes élégantes qui savent diriger le classique « bateau de famille » et aussi des embarcations plus légères.
Le canoë est le bateau à la mode. Il est assez cher, mais offre divers avantages. 11 peut se diriger de trois façons : à l’aviron, à la pagaie, et quelquefois meme à la voile.
De plus, il permet mieux de passer les remous, par exemple ceux de la Seine dans la traversée de Paris.
Étant cintré et très ponté à l’avant et à l’arrière, il supporte aisément la vague. On s’en sert pour de longs voyages, d’autant plus qu’il est facilement porté par deux personnes.
La « balladeuse », embarcation dont nous donnons un spécimen à la figure 40, se dirige à la pagaie. Elle va où il y a le moins d’eau; et la forme de l’avant lui permet de passer parmi les roseaux.
Comme son nom le fait supposer, c’est une embarcation légère de promenade. Elle évoque les gondoles... loin du ciel de Venise!