LA CHASSE A COURRE
Depuis la fin du XIX' siècle
Sous le Second Empire, les grandes chasses furent suivies par la princesse de Metternich, la marquise de Gallitfet, la comtesse de Pourtalès et autres étoiles des fêtes de Compiègne et de Fontainebleau.
Aujourd’hui beaucoup d’élégantes sportswomen assistent aux exploits des principaux équipages.
Cerfs, chevreuils, sangliers ont ainsi la consolation de faire une belle lin.
La science en vénerie de la duchesse d’Uzès, chef d’équipage à Rambouillet, est bien connue. On a tracé souvent le portrait de cette huniress renommée, très simple de manières, très gracieuse, qui, en dehors de ses occupations mondaines et sportives, a trouvé le temps de faire de nombreuses œuvres de charité, et d’illustrer le pseudonyme littéraire et artistique de Manuela .
Présidente d’honneur, comme on sait, de l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs.
La comtesse de Puységur a été quelque temps chef d’équipage comme la duchesse d’Uzès; elle a dirigé plusieurs saisons brillantes en forêt de Compiègne.
Mme Prévost s’est fait connaître par des exploits cynégétiques, en forêt de la Londe. On cite encore Mme Guimet comme ayant été chef d’équipage.
Le nombre des femmes ayant réellement des connaissances spéciales en fait de vénerie est très restreint non seulement en France, mais dans le monde entier.
En revanche, si l’on range parmi les chasseresses toutes celles qui suivent les chasses, soit à cheval (rappelons que le nombre des amazones a beaucoup augmenté), soit plus tranquillement en voiture, on peut dresser une longue et brillante liste.
La grande allure de la chasse à courre, son train luxueux et son cachet de haute vie élégante sont faits d’ailleurs pour séduire beaucoup de femmes.
D’aucunes se montrent des plus intrépides, et sont parfois des premières à l’hallali.
Si quelque veneur un peu hâbleur s’avise de narrer une prouesse merveilleuse, elles ne sont pas en peine pour lui rendre la pareille.
En présence de la jeune Mme de B..., un sportsman connu pour ses plaisanteries un peu fortes, se disait le héros d'une histoire de chasse dont tout Chantilly avait parlé :
«... Donc, ce soir-là, figurez-vous qu’un cerf arrivait sur moi tout armé...
— Tout armé?
— Du moins, il portait un fusil en bandoulière.
— Vraiment ?
— Je vous l’assure. C’est bien simple. Un gardechasse s’était arreté près d’un buisson et avait placé son fusil près de lui, le can^n appuyé contre un arbre. Un cerf passe alors; avec ses bois il accroche la bandoulière du fusil, qu’il enlève, et continue sa course... C’est alors qu’il arrive droit devant moi. Le voyant ainsi armé, je me suis jugé en état de légitime défense, j'ai tiré mon revolver...
— Et le cerf est tombé raide mort ?
— Naturellement.
— J’ai fait bien plus fort que cela, dit simplement Mme de B..., jeune chasseresse déjà très « avertie » :
« Un jour, en forêt de Compiègne, nous avions chassé toute l’après-midi sans pouvoir prendre notre cerf. Les chiens étaient à bout de voie. La nuit arrivait, et il devenait impossible de songer à pren-
Fig. 45. — Hallali à l’étang de Clairfontaine, près de Rambouillet. (Équipage delà duchesse d’Uzcs.)
ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE DES JEUNES FILLES 2il
dre sa revanche. Parbleu, voilà qui est ennuyeux, m’écriai-je en faisant cingler un fouet ! O surprise ! Mon fouet accrocha les bois d’un cerf caché dans un buisson, et qui se trouvait être justement la bête que nous avions poursuivie en vain toute la journée. »
Que de noms il faudrait citer, si l’on voulait faire une énumération complète des chasseresses qui accompagnaient en ces dernières saisons les principaux équipages de France !
Ce sont, notamment, Mmes la duchesse de Chartres, la duchesse de Magenta, la duchesse de Guise, la marquise et la comtesse de l’Aigle, comtesse Pillet- Will, de Saint^Léger, comtesse de Rohan-Chabot, duchesse de Luynes, princesse Murat, duchesse de Brissac, princesse de Tarente, duchesse d’Elchingen, duchesse de Noailles, comtesse de Sesmaisons, Bapst, Périer, Kraft, comtesse de Fels, Mure, Pépin-Lehalleur, Ternaux-Compans, Dawkins, vicomtesse Foy, baronne H. de Rothschild, de Yturbe, marquise de Gasquet, marquise de Luppé, de Royer, délia Torre, comtesse de Grancey, Troncin, comtesse de Béthune- Sully, comtesse de Lacarelle, de Vaubert, Olry, Froment-Meurice, comtesses H. et F. du Luart, Guichard, Dollfus, G. Menier, Viette, Mahler, comtesse de Segonzac, du Souzy, marquise de Clermont-
l’éducation physique et sportive
Tonnerre, marquise de Juigné, comtesse de Beaumont, de Froissy, baronne de Nexon, comtesse Costa de Beauregard, de La Motte Saint-Pierre, de La Verteville, vicomtesse de Sainte-Croix, Férav, de Laurière, de La Grange, Ancel, Allarmé, comtesse Pastré, baronne de Longuerue, comtesse de Brémoy, Lebaudy, Lambert-Champy, baronne Roger, L. Arbel, marquise d’Aligre, comtesse de Cossé-Brissac, Geoffroy- Château, comtesse d’Esclaibes d’IIulst, vicomtesse de Tocqueville, Geynet, de Charette, vicomtesse J. d’Applaincourt, comtesse de Rasilly, comtesse Werlé, de Saint-Hillier, baronne de Balorre, vicomtesse de Galard, comtesse de Beauvoir, comtesse F. de Gontaut-Biron, Lévin, comtesse du Bourg de Bozas, comtesse de Belot, Daudelot, marquise de Vanssay, baronne Merlin, comtesses L. et R. de Vibraye, Allez, Gillois, Godillot, etc., etc...
MUes Price, de Nivière, de Courcy, de Gramont, de Gontaut-Biron, de Bassano, d’Mendecourt, de Croze, de Larochefoucauld, de Colbert, de Laborde, Lejeune, Chavannes, Gabet, Melin de Vadicourt, Leclercq, du Luart, de Chambry, Finot, Périer, Arneil, Avril, de Mandelot, de Montbron, de Traversay, d’An digne, Boulay de La Meurthe, Drake del Castillo, de Pleumartin, de Ruillé, de Saint-Didier, Mallet, etc.
Aux environs de Pau, dans les grandes chasses
au renard, les Anglaises et les Américaines de la colonie rivalisent avec les chasseresses françaises.
En terminant, donnons quelques définitions de termes de vénerie :
A bout de voie. — Se dit lorsque les chiens perdent, la voie ; s’ils ne peuvent la retrouver, on dit qu’ils sont en défaut.
Bouton. — Insigne de l’équipage. Porter le bouton , avoir le droit de porter la tenue d’un équipage.
Change. — Les chiens prennent le change, lorsqu’ils abandonnent la trace de l’animal chassé pour en suivre un autre.
Daguet. — Jeune cerf de seconde année, qui porte son premier bois, dont la forme ressemble à des dagues.
Dix-cors. — Le cerf et le chevreuil sont appelés ainsi à sept ans; on les appelle dix cors jeunement, lorsqu’ils entrent dans leur sixième année.
Hallali. — Cri de triomphe par lequel on annonce que la bête est sur ses lins. On sonne la fanfare de l’hallali sur pied tant que l’animal est debout, et de l’hallali par terre lorsqu’il est tombé.
Honneurs du pied. — Le pied droit de devant de l’animal tué est coupé avant la curée par le premier piqueur, et d’après l’ordre du maître d’équipage, est offert à telle ou telle personne désignée.
Laisser courre. — C’est lancer les chiens courants sur la voie de l’animal.
Relever un défaut. — Si, après avoir perdu la trace du gibier, un chien retrouve la piste, on dit qu'il a relevé le défaut.
Solitaire. — Se dit d’un sanglier âgé de plus de sept ans.
Valet de limier. — C’est le piqueur qui « fait le bois » avec un limier (pour détourner l’animal qu’on va chasser).
Vautrait. — C’est l’équipage de chiens dressés à la chasse du sanglier.