LA CHASSE A TIR
La chasse à tir compte également des pléiades brillantes, où ne manquent pas les tireuses habiles à abattre le gibier de poil et de plume.
Que de genres divers de chasse, que de variétés attrayantes, selon le gibier que l’on poursuit, et aussi selon le milieu, les conditions où l’on se trouve !
Pour préciser le nombre de nos chasseresses, j’ai cherché à savoir la quantité de permis qu’elles prennent annuellement à Paris.
Il paraît que les bureaux de Paris en ont délivré beaucoup plus qu’autrefois, ces dernières années.
J’ignore s’il en est ainsi dans les départements.
On peut croire que les formalités exigées pour les permis retiennent un certain nombre de femmes. On demande l’état civil, l’âge; c’est parfois ennuyeux. Et puis, il faut subir l’épreuve délicate du « signa-
lement », être examinée, détaillée, et l’on n’a pas toujours affaire à des employés d’une parfaite galanterie, qui sachent donner à la chose un tour de madrigal ; loin de là.
A Paris, les employés y mettent des formes, arrondissent les angles, n’insistent pas sur l’âge ni sur une imperfection physique.
Mais dans certains chefs-lieux, on est moins « régence » .
A V..., l’autre mois, la baronne de L... va chercher un permis de chasse.
— Votre âge, Madame? demande un employé.
— Mais... vous le voyez bien, répond la baronne en montrant les papiers qu’elle avait apportés.
L’employé se résout à faire ce petit compte; après quoi il passe au signalement de la baronne, et le fait exprès d’une façon un peu prosaïque.
— Menton rond, nez rond, bouche...
— Arrêtez, dit la baronne... J’aime mieux ne pas chasser ! Je ne voudrais pas montrer ça, même à un gendarme 1
Le tir aux pigeons est souvent la préparation et comme l’école de la chasse. La mode des paris
l’éducation physique et sportive
aidant, ce sport a pris une large place dans la vie élégante.
On l’a souvent critiqué, et meme, en Angleterre, il fut question de le supprimer, sous prétexte que c’était un jeu cruel; en réalité, c’était surtout à cause des paris énormes qui s’y faisaient. Les nobles ladies elles-mêmes pariaient et fort cher : la poule aux pigeons devenait leur baccarat.
La suppression projetée du tir aux pigeons fit inventer le ball-trapp et le new-pigeon, différents systèmes composés d’appareils lançant en l'air des plateaux d’argile (on employa d’abord des boules), des pigeons d’argile ou d’une composition spéciale. Dans beaucoup de châteaux, ces appareils ont été adoptés.
Près de Paris, dans l’île de Billancourt, la Société « Le Fusil de chasse » s’exerce sur des cibles de ce
genre.
Des chasseresses s’y rendent parfois.
Au stand Gastinne-Renette, dont les sous-sols,
éclairés à l’électricité, ont été aménagés pour le tir au fusil de chasse, un certain nombre de sportswomen s’exercent à cette arme. Parmi les plus habiles, citons : Mmes la marquise de Lafont, comtesse de Sommyèvre, Goelet, comtesse de Caumont, princesse Murat, princesse d'Esling, baronne de Gastex, Mlles Roger, etç.
Dans les galeries en plein air, au'rez-de-chaussée, on peut s’exercer avec une carabine de chasse à deux coups, faire du tir à balles avec des fusils de petit calibre et s’habituer au bruit ainsi qu’au recul de l’arme.
On visera le « lapin[mécanique en marche » pour s’exercer au tir mobile.
Ce n’est pas tout d’apprendre les notions du tir : il vous faut, pour chasser, avoir un fusil fait pour vous-même.
Vous devez prendre mesure pour un fusil comme pour un vêtement.
Si une chasseresse a beaucoup de poitrine, on « avantage » la crosse en conséquence, en la portant plus à droite.
On prend mesure avec un fusil mécanique.
En général, les chasseresses emploient le calibre 20, et c’est le calibre à leur conseiller en raison de sa légèreté.
Mais il est des femmes que les calibres 16 et même 12 n’effraient pas.
Il est vrai que celles qui s’en servent chassent généralement en battue, où on leur porte leur fusil.
Inutile, n’est-ce pas, Mesdames et Mesdemoiselles, de vous recommander une grande prudence
l’éducation physique et sportive
dans ce sport, soit pour vous-mêmes, soit pour vos voisins.
C’est là surtout qu’il ne faut point être nerveuses.
Les accidents de chasse, à part ceux qui valent de l’avancement, sont très désagréables. Un chasseur blessé par vous n’aurait même pas la consolation de pouvoir se plaindre. Mais avec quelle anxiété on suivrait désormais tous vos mouvements !
Pour la plume, la chasse aux alouettes au miroir, amenant à brûler beaucoup de cartouches en peu de temps, sera très utile pour vous mettre bien l’arme à l’épaule.
Pour le poil, la chasse au lapin avec le furet sera aussi un bon exercice, qui habitue à jeter rapidement le coup de fusil.
En Angleterre, des écoles de chasse ont été créées spécialement pour femmes.
En des stands réservés, des shooting schools , organisés par de grands armuriers, les Anglaises du monde « select » vont s’exercer.
Beaucoup d’entre elles abattent les oiseaux artificiels avec une rare adresse.
Elles se servent généralement d’armes légères.
Fig. 46.
Des concours de tir sur pigeons artificiels^sont organisés entre les meilleures tireuses.
Dans les « shooting schools » les Anglaises apprennent tout, depuis la chasse devant soi jusqu’à la chasse en battue.
C’est parfois à de grandes hauteurs que de petites catapultes, placées au sommet d’un échafaudage, lancent les oiseaux d’argile.
Placées à quelque distance de l’échafaudage, les « élèves » s’exercent au coup debout, au coup du roi, au coup arrière, au doublé.
Dans une autre partie de l’école se trouve la « classe » de chasse devant soi. Des trappes dissimulées dans les herbes lancent à l’improviste en l’air, et dans toutes les directions, des oiseaux d’argile sur lesquels tirent les élèves.
Enfin une cible sur laquelle glisse, le long d’un fil de fer, avec une très grande rapidité, un oiseau d’argile, sert à perfectionner les tireuses.
En France, sans avoir eu de pareilles « shooting schools», il s’est formé beaucoup de chasseresses distinguées.
Toutes ne se bornent pas, loin de là, à la chasse dans les parcs et dans les « tirés » ou une troupe de rabatteurs amène, à une petite distance des chasseurs, le gibier en grande quantité, surtout lorsqu’il y a des invités de marque dont il convient de ménager l’amour-propre.
Un brillant tableau avec des hécatombes de faisans et de lapins est alors de rigueur.
On voit des chasseresses prenant plaisir, au
contraire, à cette poursuite du gibier qui est l’attrait essentiel du sport et qui les transforme souvent en d’infatigables marcheuses, suivant les recherches de leur « pointer » .
La chasse en pays de plaine parait encore une distraction trop banale à quelques-unes.
Il leur faut la montagne avec ses sentiers étroits, ses glaciers et ses précipices où Ton risque de glisser, à la suite du sauvage gibier (1). Malgré ses périls, la chasse au chamois dans les Alpes est la distraction favorite de quelques jeunes sportswomen.
Dans les montagnes d’Écosse, d’autres vont tirer les grouses. La mode s’en est d’ailleurs mêlée.
C’est surtout auprès de ces expéditions en pays de montagnes que la chasse dans un parc paraît d’ordinaire un semblant de sport.
11 est vrai que l’on voit des parcs d’une superficie très grande, comme celui du baron de Rothschild, à Ferrières.
Les réceptions fastueuses de Ferrières sont célèbres. Celle qui fit le plus de bruit avait été organisée en l’honneur de Napoléon III.
(1) Au bord de la mer, on voit aussi des chasseresses poursuivant les oiseaux de grèves (courlis, chevaliers, pluviers, etc.). Quelques-unes ne craignent pas la fatigue de longues heures passées en mer à chasser en bateau les o.seaux plongeurs, pingouins, grèbes, etc. 11 en est même qui passent des nuits à la hutte pour profiter des passages de canards.
l’éducation physique et sportive
Le châtelain s’y livra à des dépenses ruineuses... pour le commun des mortels.
Aussi ne put-on s’empêcher de sourire et de faire un mauvais jeu de mots, lorsque le baron dit à l’Empereur qu’il le remerciait de « sa chère visite ».
On cite actuellement, parmi les plus distinguées chasseresses à tir : Mmes la duchesse douairière d’Uzès et la duchesse sa belle-fille; la duchesse de Luynes, la duchesse de Noailles, la comtesse Jean de Castellane, Mme Mac Cready, Mme Jacques de Waru, la baronne Reille, la comtesse de Segonzac, la comtesse de Francqueville, la comtesse de Quélen, la comtesse G. de Sesmaisons, la vicomtesse de Poncins, les comtesses A. et L. de Chevigné, la comtesse de Fels, la comtesse R. de Clermont-Tonnerre, la comtesse de Brécey, Mme de Biré, Mme Lebaudy, la comtesse de Pourtalès, Mme de La Chapelle, Mme Raoul-Duval, la comtesse d’Havrincourt, la comtesse de Sainte-Aldegonde, M,ne Georges Stern, la comtesse Le lion, Mme Germot, la marquise de La Roche, la vicomtesse de Galard, la comtesse de Tréveneua, la baronne de Marsay, etc., etc.
Pour bien tirer, il est très important d’être bien d’aplomb.
On porte légèrement le pied droit en arrière et à droite, en pre-
nant appui sur la jambe gauche, le haut du corps un peu penché en avant.
Le fusil doit être tenu solidement dans la main droite que l’on porte à hauteur de l’épaule, la main gauche le tenant vers l’extrémité du devant.
Bien assujettir l’arme à l’épaule pour éviter la a calotte » ou d’autres fâcheux reculs.
Dans les premières séances, on s’exerce à prendre la ligne de mire, à pointer, à attaquer progressivement la détente, etc.
Après des buts fixes, on choisira des buts mobiles sur lesquels on arrivera progressivement à tirer le plus vite possible, en ayant épaulé rapidement, pour que le tir à la cible se rapproche le plus possible du tir de chasse.
On s’exercera à tirer les deux yeux ouverts, ce qui offre des avantages reconnus à la chasse (1), sous cette condition formulée par M. Paul Gastinne-Renette dans la note suivante :
« Il faut tirer les deux yeux ouverts, si l’œil droit est « conducteur », c’est-à-dire s’il est le plus fort.
Il faut « couvrir » le point visé, car on doit tirer plutôt en dessus. Du moins, dans la plupart des °as, on « couvrira » le point visé, pour s’efforcer de tirer en dessus. »
La pratique de la chasse montrera de quelle façon et dans quelle mesure il faut viser en avant d’un gibier en mouvement.
On vous recommandera, au lieu de le « suivre » avec votre fusil, de faire un demi à droite ou à gauche, selon les cas, en faisant face à la pièce.
(1) On tire plus vite qu’en fermant un œil, et l’on voit mieux le gibier.