NOTIONS GÉNÉRALES D’ESCRIME ET CONSEILS PRATIQUES
Trois armes dans les salles d’escrime : le fleuret, l’épée et le sabre.
A moins que vous ne vouliez, Mesdemoiselles, nous jeter du... sabre aux yeux (oh! pardon), le (leuret et l’épée suffisent amplement à satisfaire celles d’entre vous qui ont le goût de l’escrime et à leur procurer les effets hygiéniques de cet exercice.
Le fleuret vous convient particulièrement.
Inutile de vous rappeler, Mesdemoiselles, qu’avec cette arme et avec l’épée on cultive l’escrime de la pointe; tandis que le sabre est l’arme de la contre-pointe, permettant à la fois des coups de pointe ou d’estoc ^t des coups de taille ou de tranchant.
Bien que l’on fabrique pour les exercices de salle des lames de sabre très légères, ce genre d’escrime vous sied moins que le fleuret et l’épée, le fleuret surtout.
Il est plus léger que l’épée. Puis le jeu de fleuret, en tant qu’exercice physique, présente pour vous surtout des avantages que n’a pas, du moins à pareil degré, le jeu d’épée, celui-ci étant souvent un jeu d’attente, de retenue, d’expectative.
Ce qui différencie les deux jeux, c’est moins la diversité des armes employées — au fleuret, une arme quadrangulaire et légère; à l’épée, une arme triangulaire et un peu plus lourde — que les conventions diverses admises dans les deux cas.
Au fleuret, il s’agit de toucher l’adversaire entre la ligne des clavicules et celle des hanches, et de le toucher en ne cherchant
. Fig. 54. — Riposte de tierce, en se fendant après parade de sixte ou de tierce.
Fig. 55. — L’élève pratique maintenant le fleuret de la main gauche. Il faut être « ambidextre ». — Parade de tierce.
Fig. 56. — Revenons à la main droite, mais cette fois pour faire de l’épée. — Coup d’arrêt au bras, en rassemblant en arrière. Que de duellistes n’en feraient pas autant!
Fig. 57. — Toujours à l’épée : un coup hardi qui fait songer aux bottes secrètes : coup d’arrêt en échappant du pied gauche en arrière, avec effacement de la tête et du corps.
pas le coup de boulon à tout prix, mais en tâchant d’observer une certaine esthétique des armes. (Beaucoup de tireurs de fleuret s’écartent un peu trop de cette règle, soit dit en passant.)
A l’epée, tout compte, aussi bien à la main, à l’avant-bras, à la jambe qu’à la poitrine. Autrement dit, c’est comme en duel. Et, d’autre part, on y sacrifie davantage l’esthétique au résultat comme coup de bouton.
Bien entendu, un certain nombre d’amateurs cherchent à tirer le plus correctement possible avec une arme comme avec une autre.
Mais enfin, la quantité de touches est généralement plus recherchée encore à l’épée qu’au fleuret, au détriment de cette esthétique des armes qui s’impose particulièrement dans l’escrime féminine.
Cela dit, pour varier, vous pouvez, Mesdemoiselles, faire de temps à autre quelque assaut d’épée 6).
Mais surtout, je , vous conseille, que ce soif au fleuret ou à l'épée, de faire alterner assez souvent votre main gauche avec votre main droite.
Pour vous, l’escrime étant avant tout un exercice physique, vous devez la cultiver d’une façon qui ne fasse pas travailler un côlé du corps d’une façon excessive. Droitières, — pour supposer le cas de beaucoup le plus fréquent — il vous suffira de prendre à chaque leçon une reprise de la main gauche, pour vous équilibrer.
Lorsque vous arriverez à faire assaut, quelques minutes d’exercice de la main gauche devront alterner aussi avec des épreuves plus longues de la main droite (1 2).
(1) Vous vous montrerez ainsi éclectiques en escrime, èt vous pourrez... si vous en avez le loisir, scruter la fameuse querelle des fleurettistes et des épéistes intransigeants, qui ne veulent cultiver qu’une arme, pratiquer qu'un jeu.
Mais ne vous attardez pas à entendre des discussions sur ce sujet : elles n’en finissent pas. Pour vous, spécialement, ce serait en pure perte.
(2) Apres avoir consulté différents professeurs, nous pensons qu’une reprise de la main gauche, sur trois reprises, est parfaitement suffisante. En assaut on n’obtient guère de nos « droitières » qu’elles tirent de la main gauche, sauf exceptions. Elles doivent se forcer un peu à ce sujet.
Quant au costume, surtout pour l’assaut, je rappelle qu’il faut des corsages spéciaux, suffisamment solides, et qu’une jupe courte complète d’une façon pratique et gracieuse le costume d’escrime féminine.
Le masque de salle d’armes doit être de treillis assez épais.
Avec des gants spéciaux et des sandales, vous achèverez de vous équiper.
A ces notions générales, à ces conseils pratiques, je joindrai quelques explications sur la façon de tenir le fleuret ou l’épée, sur la mise en garde, la marche en avant et en arrière, le développement, les attaques, les parades, les ripostes, etc.
Ces explications étant forcément un peu longues, bien que j’aie cherché à résumer autant que possible, je crois préférable de les reporter à la fin du volume, pour ne pas allonger ce chapitre outre mesure.
Voici, dès maintenant, une intéressante communication du professeur Hissard, le maître bien connu, qui a eu nombre d’élèves féminines.
En général, c’étaient des jeunes filles dont la croissance ne s’accomplissait pas bien.
Il a constaté les heureux effets, à ce point de vue, pour elles comme pour les garçons, de l’escrime pratiquée des deux mains.
Il ajoute que pour le professeur ces « leçons hygiéniques » sont plutôt ingrates, difficiles à donner, car il faut, tout en évitant de fatiguer les débutants, leur apprendre assez d’escrime pour les intéresser à ce sport, à cet art, — sans quoi les élèves, spécialement des jeunes filles, se rebuteraient aisément.
Il faut que le professeur s’intéresse vraiment à ses élèves, et se sente heureux de leurs progrès, moins au point de vue de l’adresse aux armes, qu’à celui de leur santé et de leur développement physique.