‹ L'éducation physique et sportive des jeunes fillesChapitre 24 sur 33 · L’AUTOMOBILE · texte numérisé non relu

L’AUTOMOBILE

Célébrer la vogue de l’auto, constater ses nombreuses conséquences de diverses sortes, ce serait un exorde banal.

Sans autre préambule, disons simplement que plusieurs raisons justifient le nombie devenu si grand des femmes qui montent en auto. Innombrables même sont celles qui adoptent ce genre de locomotion lorsque leurs moyens le leur per-

mettent. Quant aux chauffeuses proprement dites, il est plus facile de les compter.

Au lieu des lourds et disgracieux véhicules du début, inélégants, incommodes, mal odorants, et exposant à des pannes trop fréquentes, on sait quelles merveilles de bon goût et de confort réalisent aujourd’hui nos grands constructeurs.

Bien entendu, les joies spéciales que donne la locomotion nouvelle sont éprouvées aussi par nos

chauffeuses, jusque et y compris la griserie de la vitesse, dont elles doivent, comme eux, se méfier quelque peu.

La duchesse douairière d’Uzès qui, des premières, passa l’examen de conducteur d’automobile, conta en ces termes à un rédacteur du GU Blcis ses impressions de chauffeuse :

Les impressions que j’ai ressenties ? me demandez-vous ; elles ont é Lé délicieuses. C’était d’abord d’aller à l’allure qui me plaisait, de dépasser vite, vile, les autres voitures assez adroitement pour ne pas les accrocher, puis, aussi, le plaisir de pouvoir bientôt rouler sur les routes, si belles, de province, entre des allées d'arbres aux senteurs diverses qui nous procurent des sensations bien faites pour plaire aux âmes artistes adorant la nature...

El je vous assure que toutes ces idées me donnaient la force et le sang-froid nécessaires pour mener à bien mon examen, qui m’a, je vous assure, semblé bien court, trop court même.

Pour terminer, je vous dirai que mon exemple sera suivi, j’en suis persuadée, par ia plupart des femmes de l’aristocratie parisienne.

On pouvait croire alors, en effet, que beaucoup de Parisiennes deviendraient chauffeuses. Les voitures de cette époque-là — qui n’est pas loin, mais les inventions se sont succédé rapidement — étaient plus faciles à conduire pour une femme, à cause de leurs dimensions restreintes et de leur manque de vitesse.

Ces voilures, trop petites, manquant de confortable, ne devaient pas tarder à se démoder, à être remplacées par les créations nouvelles qui ont assuré la réputation de nos constructeurs.

Avec les grandes carrosseries qui se font maintenant, avec les vitesses que l’on obtient, on a réalisé de surprenants progrès; mais elles sont plus fatigantes, pins délicates à conduire; — si bien que les chauffeurs amateurs eux-mêmes laissent généralement le soin de les diriger à des mécaniciens professionnels.

En général, il faut une pratique constante pour se bien habituer à la tension d’esprit spéciale que demande la conduite des autos.

C’est ainsi que l'on acquiert un sang-froid, une présence d’esprit de tous les instants, qui se fait sentir comme d’une façon instinctive en face d’un obstacle subit.

Théoriquement — et même pratiquement, si l’on n’avait à se diriger que sur une route déserte — ce ne serait pas long d’apprendre à conduire une auto; car on connaît en peu de temps le maniement du clavier spécial qui se trouve sous les mains et les pieds du conducteur.

Mais surviennent les obstacles, les difficultés nombreuses de la circulation, et la théorie ne suffit plus.

Diriger une auto, c’est pour ainsi dire conduire un pur sang excessivement rapide, en employant les manettes et les pédales comme on se sert des « aides » en équitation et les leviers ou le volant comme on se sert des rênes. D’autre part, on a constamment le regard en éveil, en observant la voie qui s’allonge devant soi, de même que l’on regarde avec attention entre les oreilles d’un cheval dont on redoute les écarts.

Le volant donne la direction, et le levier de changement de vitesse correspond^ dans ses effets, aux trois allures du cheval.

Et, de même que dans chaque allure, on peut obtenir des vitesses différentes, on parvient, en auto, à ce même résultat au moyen des manettes — en réglant V avance à /’ allumage et l 'admission des gaz — ou des pédales — en débrayant et en freinant.

Ajoutons qu’il faut aussi, après la cour.-e, savoir soigner une auto comme on soigne, comme on bouchonne un cheval. Et ne fût-ce qu’à ce point de vue, pour graisser à fond vos voitures, vous conviendrez aisément, Mesdemoiselles et Mesdames, que vous avez besoin d’un aide.

Msn

Je ne vous vois pas salissant vos blanches mains dans ce travail, après vous être affublées d’un costume ad hoc, peu esthétique pour vous.

Même pour conduire, le plus sage, de votre part, est de confier la direction de l’auto à un professionnel, tout en ayant appris les éléments théoriques du métier.

Est-ce à dire que vous n’utiliserez pas l’étude ainsi faite? Vous saurez, au contraire, en tirer parti en divers cas.

Votre chauffeur peut avoir un accident.

D’autre part, il est bon que vous connaissiez le mécanisme pour ne pas être le jouet des fantaisies du mécanicien, pour éviter — que l’on me permette cette expression familière — de se laisser « raconter des histoires » par ce potentat de la voiture, au sujet d’accidents imaginaires.

Vous voyant au courant, il ne sera pas tenté de créer facilement des pannes artificielles (1).

Vous ne serez pas en état de réparer un accident; mais vous pourrez vérifier si d’abord il

(1) En dehors de toute question d’ordre technique, permettez-moi de livrer l’anecdote suivante à vos méditations.

Entre Tours et Blois, une dame très connue dans les milieux artistiques voit son mécanicien stopper et lui annoncer une panne indéfinie... si elle ne réglait immédiatement ses gages en retard. Il fallut s’exécuter. Vous ne vous exposerez jamais, j’en suis sûr, à des accrocs de ce genre.

l’éducation physique et sportive

existe réellement. 11 vous serait facile de vous rendre compte si les précautions ont été bien prises, s’il y a de 1 huile dans le graisseur, de l’eau dans le radiateur, si la pompe fonctionne bien, si la magnéto marche à pleine puissance, si les quaire cylindres explosent à leur tour, si les bougies ne sont pas encrassées, si les rupteurs manœuvrent à souhait, si le carburateur n’est pas obstrué, et enfin, vous n’oublierez pas cette cause de panne qui a sévi sur tant de chauffeurs a leurs débuts, vous regarderez si l’on n’a pas oublié tout simplement..... de mettre de l’essence!

Tenez-vous absolument à conduire? Voici, en somme, ce que vous devez vous rappeler :

Le moteur étant débrayé , le contact électrique élant mis, lancer le moteur au moyen de la manivelle spéciale de mise en marche — ce qui demande un coup de main spécial (quelques voitures sont bien munies d’un dispositif particulier; mais jusqu’ici on n’en a pas trouvé un seul qui satisfasse absolument) ;

Monter sur le siège et régler l’allumage du moteur au moven des manettes;

Saisir de la main gauche le volant de direction

— de la main droite le levier de changement de vitesse, appuyer le pied sur la pédale de débrayage, passer en première vitesse, embrayer doucement et partir.

Peu à peu, recommencez le même mouvement du pied et de la main pour passer en deuxième, puis en troisième vitesse, et au besoin en quatrième vitesse — si ce besoin est réel — tout en maintenant la voiture au moyen du volant dans la bonne voie sans accrocher ni déraper.

En cas d’obstacles subits, débrayez aussitôt et arrêtez la voiture en faisant agir soit le frein à

pédale, soit le frein à main.

Pour préciser le nombre des Parisiennes qui ont désiré obtenir, après examen, le droit de conduire une auto, nous avons cherché des renseignements officiels. . s . . .

Une soixantaine d’entre elles, paraît-il, ont passé avec succès l’examen nécessaire. (De plus, une soixantaine de femmes » motocyclistes sont autorisées à circuler dans Paris mais n’en abusent

pas!) .

Parmi les chauffeuses, citons Mraes la princesse

l’éducation physique et sportive

Murat, baronne de Zuylen, comtesse Hermann de Pourtalès , vicomtesse de Savigny-Moncorps , de Yturbe, Ed. Périer, Camille du Gast, Gobron, Georges Richard , comtesse de Béarn , Henri Rochefort,

Fig. 59. — Mlle Germaine Bocandé.

Le Blon , Boyer, Archdeacon, Lambert, Jolivet, Cohen, etc.; Mlle Germaine Bocandé, Mlles de Louvencourt, Mlle Bouloumié, Mlle Noilhan, etc.

Mlle Yahne, l’actrice si connue, fut des premières à manier le volant.

Une artiste couronnée aux fêtes fleuries de Nice, M1Ie Jane Dhasty, se distingue aussi comme

chauffeuse. Elle a les palmes académiques, et s’il y avait un ordre du Mérite automobiliste !

Même distinction reviendrait sans doute à MUe Anna Held, qui lança naguère un défi à toutes les chauffeuses américaines.

Rappelons que Mme Bob-Walter, décédée au commencement de 1907, dirigeait un garage, avenue de la Grande- Armée.

Elle avait eu maille à partir avec la justice de son pays, comme tant de chauffeurs ! — et, d'un peu plus, après avoir été condamnée à Versailles, elle eût dû

se constituer prisonnière Mais elle fit appel,

plaida spirituellement sa cause, et fut acquittée par les juges parisiens.

En Angleterre, s’est fondé un cercle de chauffeuses, le « Ladies’ Automobile Club», sous la présidence d’honneur de la reine Alexandra.

Ce club siège au Claridge’s Ilotel et est très prospère. Il compte des centaines de membres.

Le comité organise de très belles excursions en • groupes.

Son bureau se compose de ferventes automobi-

listes telles que Jady Beatrix Lawson, qui eut l’initiative de la fondation du cercle, en 1003.

A la tête du comité on élut comme présidente la duchesse de Sutherland, et comme vice-présidentes, lady Ceci 1 Scott Montagu , lady Beatrix Rawson, Miss Gérard Leigh et lady Edward Spencer Churchill.

Nombre d’actrices anglaises et américaines sont chauffeuses.

A Londres, une des plus connues est Miss Marion Winchester, que l’on a surnommée «.La Heine des Sucres », à la suite d’opérations de Bourse qui lui ont valu la forte somme.

La fortune vient en chauffant et en jouant;

mais gare les pannes et les krachs 1

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