‹ L'éducation populaireChapitre 26 sur 178 · cf. page 4 el suiv · texte numérisé non relu

cf. page 4 el suiv

COUr.S D ADOLESCENTS ET D ADULTES

Le nombre des cours d'adolescents et d'adultes continue à croître : en 1903, l'on atteignait un total de 44.163 cours, dont 29.064 pour les garçons ^ Aussi, comme le remarque M. Edouard Petit, « l'on peut dire qu'à l'heure actuelle, il n'est pas un enfant du peuple, désireux soit de recevoir les premiers éléments de l'instruction, soit de fortifier ses connaissances, qui ne trouve devant lui, tant au village qu'à la ville, un professeur du peuple désireux de lui communiquer une partie de son savoir ».

Mais il est un fait important que M. Edouard Petit ne s'est pas appliqué à mettre en lumière : c'est que la clientèle masculine a sensiblement diminué^ tandis qu'au contraire le nombre de ces cours avait notablement augmenté. Ainsi, en 1903, ces cours ont été suivis par 408.531 auditeurs, tandis qu'en 1899 il y en avait eu 438.000 et l'année précédente 482.000,

Ces chiffres expliquent cette phrase par trop laconique du rapport de M. Edouard Petit : « Il se peut — et je le crois, pour ma part, désirable — qu'un certain nombre de cours d'adultes médiocrement suivis disparaissent. » Pour que M. l'inspecteur général écrive pareille chose, il faut vraiment que certains « professeurs du peuple » n'aient pu réunir qu'un nombre dérisoire de disciples.

Ces échecs, implicitement avoués, expliquent aussi une idée que nous trouvons plusieurs fois indiquée dans le rapport officiel et qui, peut-être un jour, fera son chemin au Parlement. La voici assez nettement formulée par M. Edouard Petit : « ... On demande

\. En 1899, on comptait 34.98" cours dont 25.738 de garçons.

avec insistance que le cours d'adultes proprement dit, dont le poids retombe tout entier sur les institutrices et les instituteurs dans 30.000 communes rurales, reçête un caractère obligatoire. Des sanctions sont réclamées à l'entrée du régiment. De différents côtés, Ton désire que des allocations soient inscrites d'office aux budgets communaux. »

Et M. Edouard Petit ajoute : « MM. les inspecteurs primaires, dans une centaine de circonscriptions, signalent ce mouvement d'opinion qui se produit parmi les intéressés : «... Quelques instituteurs estiment, avec nous, que l'école du soir devrait devenir officiellement complémentaire : l'école du jour céderait quelques heures à l'école du soir établie régulièrement » (Gers, Auch).,. « Les cours d'adultes sont nécessaires ; ils répondent à un véritable besoin. Il faut les convertir en institutions permanentes, subventionnées par les communes. On pourrait, en outre, abréger d'une heure ou d'une heure et demie la classe du jour et le temps serait consacré le soir aux adolescents. » (Charente, Confolens)... Les réponses provenant du plateau central, de la région bretonne, poitevine, des départements alpestres ont même tendance, même signification précise. L'idée de sanction et d'obligation est reprise ailleurs que dans les milieux purement scolaires. La Ligue de l'enseignement dans le congrès tenu à Tunis (avril 1903) a émis, en ce qui touche l'école du soir, le vœu suivant : '( Que linstruction des adultes (professionnelle, agricole, industrielle, commerciale ou générale) soit obligatoire. »

Et M. l'inspecteur général conclut en ces termes : « ... Il est évident que, de plus en plus, en raison même du succès obtenu par les cours d'adultes, la thèse de l'obligation — obligation pour la rétribution pécuniairCj obligation pour l'assiduité des jeunes gens —

trouvent des partisans de plus en plus nombreux. Elle ne s'était pas affirmée les années précédentes avec le même ensemble et la même vigueur qu'à la suite de la présente campagne. »

Ces paroles et le vœu émis par la toute-puissante et très agissante Ligue de l'enseignement ne sauraient passer inaperçus; ils permettent d'entrevoir la campagne que l'on voudrait entreprendre. Après l'école obligatoire, on serait désireux de rendre obligatoire le cours du soir. Certes, si l'on n'avait en vue que le développement du savoir populaire, nous applaudirions volontiers à ces efforts, tout en faisant des réserves sur le principe de l'obligation; malheureusement, il est difficile de s'y tromper, les meneurs poursuivent moins l'extension de l'enseignement que la lutte contre toute idée chrétienne.

Ceci dit, revenons aux cours d'adultes.

Voici d'abord quelques renseignements statistiques sur le dernier exercice.

Les départements où l'école du soir a été le plus en faveur sont : l'Aisne (797 cours de garçons, 427 de filles), l'Aude (413 et 194), la Côte-d'Or (636 et 139,, la Haute-Garonne (496 et 353), le Nord (714 et 353), la Seine (954 et 349), Seine-et-Oise (616 et 242), la Somme (728 et 275), les Vosges (579 et 299), l'Yonne ;447 et 124), etc.

Les départements dans lesquels les cours sont fréquentés avec le plus de régularité sont : l'Aisne (7.741 garçons et 7.017 jeunes filles ou femmes), le Finistère (6.480 et 1.538), l'Isère (5.998 et 3.909), la Meurthe-et- Moselle (7.506 et 2.718), le Nord (16.250 et 5.457), les Basses-Pyrénées (7.319 et 3.708), la Seine (20.901 et 10.200), la Seine-et-Oise (8.026 et 2.083), les Deux- Sèvres (6.072 et 2.591), la Somme (8.107 et 2.612), les Vosges (9.121 et 4.577).

Quant aux caractères que présentent ces cours, nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit plus haut ^. Nous nous contenterons donc de citer ici les quelques détails nouveaux que nous révèlent les rapports officiels.

Les cours faits aux soldats par les instituteurs ont sensiblement augmenté depuis deux ou trois ans. « C'est à l'entrée au corps, écrit M. Edouard Petit, que les résultats produits par la non-fréquentation de l'école obligatoire et du cours facultatif deviennent tangibles. L'on est surpris d'avoir à enregistrer encore une aussi grande quantité d'illettrés, surtout de demi-illettrés dont le savoir se borne tout juste à épeler péniblement les petites lettres et à écrire avec grand effort une page et qui ignorent tout de la géographie de la France, de l'histoire nationale, des notions scientifiques apprises de façon intermittente au cours de deux ou trois hivers de scolarité vers la neuvième ou dixième année. Aussi le nombre de cours à l'usage des soldats va-t-il grandissant, surtout dans les villes de garnison où les conscrits venant de Bretagne, du Poitou, du Limousin, dé l'Auvergne, font leur service. Et c'est un spectacle douloureux de voir la peine que se donnent maîtres et disciples pour triompher, par les moyens d'une pédagogie aux méthodes rapides, d'une ignorance que l'observation de la loi sur l'enseignement .primaire pourrait et devrait abolir. »

Les programmes des cours d'adultes, soit dans les centres urbains, soit dans les milieux ruraux, continuent à s'inspirer de préoccupations pratiques. Parmi ces cours, nous signalerons tout particulièrement ceux qui se proposent de développer les connaissances et les qualités professionnelles des agriculteurs. Voici à

Page 1