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CHAPITRE III

L'exemple des Settlements anglais. — La Fondation Universitaire &q Belleville et V Union familiale de Charonne. — Origines de la Fondation Universitaire. — Débuts difficiles. — L'organisation. — Groupes d'études. — Les résidents. — L'Union familiale : principes directeurs. — Un settlement féminin : l'utilité de la résidence. — En quoi consiste l'Union familiale. — L'éveil du sentiment catholique. — Le Semeur. — L'École pratique d'études sociales primaires.

Tandis que la presse parisienne faisait une réclame bruyante aux Universités populaires, s'organisaient, sans tapage, des institutions qui, moins connues que les U. P., nous semblent néanmoins avoir fait et devoir faire meilleure besogne éducatrice. A ces fondations nous donnerons le nom de « Settlements français », car elles ont des points de ressemblance avec les fameux « Settlements » anglais.

Ces institutions sont encore peu nombreuses : elles exigent un esprit de suite et surtout un dévouement qui en rendent la diffusion particulièrement difficile. Nous ne parlerons que des deux principales d'entre elles, fonctionnant à Paris. Nous avons nommé la Fondation universitaire de Belleville et V Union familiale de Charonne.

La Fondation universitaire mérite qu'on s'arrèto quelque peu à la considérer, car de cette tentative il est possible déjà de tirer des conclusions pratiques. De plus, en un volume rempli de faits, écrit avec une discrète modestie', M. Jacques Bardoux vient de raconter les débuts de cette œuvre à la création et à la direction de laquelle il a pris une part si active : nous avons donc à notre disposition tous les éléments d'information et d'appréciation.

C'est au Quartier Latin, il y a quatre ou cinq ans, que la Fondaiton prit naissance - : elle est due à l'initiative de quelques étudiants, d'opinions philosophiques et religieuses très divergentes, mais qui se rencontrèrent dans un même désir de faire leur « devoir social » vis-à-vis de leurs frères de la classe ouvrière.

Deux ou trois d'entre eux, au cours d'un voyage en Angleterre, eurent l'ocasion d'admirer les « Universitys Settlement » de Londres. Laissons parler ici M. Bardoux : « Tout émus encore par leur récente visite aux « Settlements », ils se dirent leurs impressions et leurs espérances. Cette création dans les faubourgs des villes manufacturières de centres d'instruction, reliés étroitement aux Universités, qui leur fournissent maîtres, livres et argent; cette conception d'un réseau d'associations littéraires, scientifiques, sportives, groupées autour d'une permanence de résidents, réalisaient, selon eux, la méthode d'éducation sociale la plus parfaite... » Etait-il vraiment impos-

1. La Fondation universitaire de Belleville, Jacques B.\nDoix (Avec une préface dell. Charles Gide), Paris. F. Alcan, éditeur, 1901. Ce volume a été complété par une nouvelle étude de M. Jacques Bardoux, publiée en novembre 1902 dans la série des Mémoires et Documents du Musée Social.

2. Étant donné l'intcrét de la question, nous croyons devoir revenir sur les origines de la Fondation, universitaire et compléter ce que nous avons déjà dit dans notre première édition et qui se trouve reproduit à la page 40 et suiv.

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cible de transporter en France , légèrement modifié, (c ce type nouveau de cours d'adultes » ? Nos jeunes gens ne le pensèrent pas, ils gagnèrent à leur conviction quelques camarades et se mirent à chercher les moyens pratiques de réaliser leur projet. Après bien des tâtonnements, après bien des difficultés surmontées, au mois de janvier 1899, le Comité formulait enfin son plan d'action : il voulait « fonder une maison où des hommes de toutes situations sociales et de toutes professions, liés par des sentiments de solidarité sincère et désintéressée, se réuniraient en vue de leur éducation mutuelle, et y organiseraient avec méthode un enseignement artistique, scientifique et littéraire »,. De plus, convaincue « que le quartier de Belleville, réputé pour l'intelligence de ses ouvriers et le petit nombre de ses associations post-scolaires, accueillerait avec joie ses efforts », la Commission décidait de créer ce qu'elle appela la Fondation universitaire de Belleville.

Les premiers fonds réunis, — environ deux milliers de francs, — les membres honoraires recrutés en nombre suffisant et les statuts rédigés, on loua, au 151 de la rue de Belleville, un pavillon assez coquet d'apparence que Ton meubla avec goût. Les organisateurs se mirent en relations avec deux coopératives du XIX^ arrondissement, r£'^«/iïaz/'e et V Union o^^mère; partout, les nouveaux venus reçurent un aimable accueil et la promesse d'un cordial appui ^. Enfin, le dimanche

i. L'un des membres du Comité de VEgalitaire Qt même une réponse montrant l'ouveriure d'esprit de ces travailleurs qui ont su utiliser à leur profit la force de l'union coopérative: « Nos deux sociétés, déclarat-il au secrétaire général de la Fondation universitaire, se complètent l'une l'autre. Nous sommes une coopérative des intérêts et vous une coopérative des intelligences. Nous regrettons de ne pouvoir vous offrir l'hospitalité dans notre propre maison. » Cf. Bardoux, op. cit., p. 18.

5 novembre 1899, en présence d"un nombreux public d'étudiants et d'universitaires — et seulement d'une vingtaine d'ouvriers — eut lieu la séance d'inauguration présidée par M. Tannery. On remarquera que la Fondation, qui se pique de neutralité confessionnelle et se déclare nettement « laïque », n'a pas néanmoins réuni, à l'origine, beaucoup plus de travailleurs manuels que n'en réunissent à leurs débuts nos œuvres sociales les moins prospères : l'élément populaire manifeste presque toujours — au moins au premier moment — une instinctive défiance pour tout ce qui émane des bourgeois, A ceux c|ui seraient tentés de s'en indigner — au lieu de le déplorer simplement — nous nous permettrons de faire observer qu'en retour les « bourgeois », bien souvent, semblent éprouver, eux aussi, un sentiment analogue pour ce qu vient de l'initiative populaire. Il y a là un malentendu, une suspicion réciproque qui, nous le craignons fort, risquent de durer longtemps et rendent particulièrement ardue la solution des questions sociales.

Pour leur part, les jeunes et dévoués organisateurs de la Fondation iimi>ersitaire ont rêvé de faire disparaître ce malaise intellectuel et moral qui sépare les deux classes de la société. Et c'est en quoi leur tentative intéresse tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, veulent faire naître une cordiale confiance entre les travailleurs manuels et les autres membres de la société. Quant à nous, nous estimons que le lien social le plus fort, celui qui unit le plus intimement les hommes, c'est la communauté de foi à un même Dieu et le sentiment de fraternité chrétienne. Les collègues de M. Bardoux, divisés sur la question philosophique, ne voulaient, ni ne pouvaient, dans leur œuvre, faire appel au sentiment religieux : ils se sont contentés de l'ignorer officiellement, sans ma-

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nifester, en général, ou répulsion', ou sympathie. Laissant le christianisme à la porte, de parti pris et en quelque sorte par nécessité, les directeurs de la Fondation durent chercher ailleurs une autre force de cohésion. Cette force, ils croient l'avoir trouvée dans la Science. Leur courte expérience est déjà assez longue pour nous permettre d'entrevoir que cette force ne saurait unir que quelques rares esprits désintéressés — l'élite des ouvriers et l'élite des « intellectuels » — et encore cette entente intime ne peut-elle subsister qu'à la condition de ne souffler mot de ce qui divise ! Or, cet « oubli » n'est pas toujours possible : nous n'en voulons d'autres preuves que « les crises » qui se sont produites à Belleville et dont, avec une entière bonne foi, M. Jacques Bardoux nous entretient^. A l'heure présente, les fondateurs estiment néanmoins qu'ils peuvent « voir approcher les mauvais jours sans inquiétude », car ils ont formé « un noyau d'ouvriers et d'étudiants, assez habitués aux heures difficiles pour les braver sans effroi et les traverser victorieusement ». Nous le souhaitons très sincèrement, mais cette assurance nous trouve un peu sceptique : la politique — et l'on sait ce que ce terme

1 Dans la liste des conférences, nous avons cependant noté (page 50) une conférence de M. le D"^ Jean Charcot, dont Je sujet : t Les miracles et la science » ne paraît guère convenir à une institution qui veut être neutre; à la Fondation, nous n'avons nulle part trouvé la contre-partie de cette conférence que M. le D' Jean Charcot est allé répéter dans pas mal d'Universités populaires qui, elles, il est vrai, affichent un violent et brutal anticléricalisme.

2. Cf. op. cit., p. 23. La première année « ne fut qu'une série de tâtonnements pour arriver à grouper des adhérents sérieux, créer les rouages administratifs, perfectionner l'enseignement. Une semaine se passa rarement sans incident; presque chaque mois eut sa crise. Quand les tumultes du dedans étaient apaisés, au dehors circulaient des bruits malveillants ». Mais un peu plus loin (page 24), M. Bardoux déclare : « La Fondation peut, maintenant, voir approcher les mauvais jours sans inquiétude; elle compte un noyau d'ouvriers et d'étudiants, assez habitués aux heures difficiles pour les braver sans effroi et les traverser victorieusement. »

cache souvent de malpropre — est venue parfois désorganiser des œuvres plus anciennes et plus fortes.

Nous ne voulons pas quitter la Fondation universitaire sans examiner ce que son organisation présente de particulièrement suggestif.

Notons d'abord que les statuts ont pris soin d'assurer la collaboration active et progressive des membres ouvriers à Tâdministration intérieure : M. Bardoux et ses confrères ont compris que, dans notre société démocratique, si Ton voulait faire œuvre çle pacification et d'éducation sociales, il fallait ne pas traiter les hommes du peuple en perpétuels mineurs. La confiance élève, la confiance unit.

Il ne sera pas sans intérêt de voir comment le travail intellectuel a été organisé dans l'association bellevilloise.

Les fondateurs, dès le début, avaient institué trois conférences hebdomadaires : le lundi, on s'occupait de science et de philosophie ; le mercredi, de littérature et d'histoire ; enfin le vendredi était consacré aux questions économiques et sociales. Mais, assez vite, on reconnut finsuffisance de ce système pour donner un enseip-nement vraiment utile et méthodique. M. Bardoux fait, sur ce point, des remarques qui méritent d'être retenues de ceux qui s'occupent d'éducation populaire : « Les orateurs, dit-il, étaient peu enclins à promettre plusieurs leçons et encore moins disposés à accepter les sujets qu'on leur imposait. L'assiduité du conférencier pendant deux ou trois semaines, son adhésion à un programme déterminé, étaient cependant les deux conditions indispensables d'un enseignement sérieux. Et, d'ailleurs, les leçons faites par un maître qui ne connaît pas son auditoire, ne reste pas en contact avec lui, ne l'associe pas à son travail

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d'exposition, constituent-elles vraiment un procédé pédagogique? Aucun système en tout cas ne s'éloignait autant de notre rêve d'enseignement mutuel que ces apparitions intermittentes d'orateurs inconnus. Il fallait, au plus tôt, remplacer la méthode de la Bodinière par une organisation plus scientifique dans ses recherches, plus régulière dans son fonctionnement, et plus coopérative dans son esprit. »

L'insuffisance des simples conférences, si du moins on veut faire œuvre d'éducation intellectuelle, nous paraît ici lumineusement établie. Voyons comment, à Belleville, on essaya de remédier au mal : « La solution, poursuit M. J. Bardoux, fut inspirée aux membres du Comité par l'insuccès des soirées de causeries. Ils avaient naïvement espéré que les charmes des étudiants suffiraient pour attirer, autour d'un billard ou d'une salle de jeux, leurs camarades ouvriers. La désillusion fut rapide. Les conversations ne pouvaient naître que d'une discussion ou d'une sympathie ; pour provoquer l'une, il fallait une conférence, et pour faire naître l'autre, il fallait un contact prolongé... Aussi, les soirées, précédemment consacrées aux salles de jeux, furent-elles occupées par des lectures littéraires ou philosophiques. Quelques semaines plus tard, le Comité décidait de leur donner un caractère plus méthodique, chargeait Jean de Schlumberger et Alb. Iven d'organiser une série de lectures sur l'évolution des idées philosophiques depuis l'antiquité et les chefsd'œuvre de la littérature française. Chacune d'elles devait être précédée d'un court exposé. Leur succès décida le secrétaire général à proposer la création des groupes d'études. »

M. Bardoux donne, sur la façon dont on comprit ces groupes d'études, les intéressants détails que voici : « Sous la direction d'un étudiant, aidé d'un secrétaire

ouvrier, se réuniraient tous les membres actifs désireux de passer en revue un programme, soigneusement déterminé à l'avance. Les camarades seraient invités à prendre part aux travaux du groupe, soit en intervenant dans la discussion, soit en faisant des conférences ou des communications. Le directeur devrait s'efforcer d'indiquer des bibliographies, de diriger les lectures et de distribuer des résumés de chaque leçon * . La vraie méthode d'enseignement mutuel était trouvée. Un second pas était fait dans la voie de l'organisation définitive. Pour combattre ce qu'un pareil système pouvait avoir de sévère et de monotone, le Comité conserva les conférences une fois par semaine et institua des lectures populaires, des visites dans les musées. » Il y eut quatre groupes d'études consacrés aux questions littéraires, philosophiques, scientifiques ou économiques. Ce fut le groupe d'études philosophiques qui obtint le plus de succès. (Les premières réunions comptaient une moyenne de dix à quinze assistants ouvriers ; ce chiffre s'est élevé, dans les derniers temps, jusqu'à trente-cinq et quarante.) Cela prouve une fois de plus que le peuple s'intéresse aux grands problèmes de la destinée humaine et que, si on a pu trop souvent lui enlever la foi religieuse, on n'est point parvenu à faire disparaître de son àme le sentiment religieux et le besoin didéaP.

i. Dans ces groupes d'éludés philosophiques, chaque conférencier est prié d'envoyer, quelques jours à l'avance, un résumé de la causerie ;iu directeur du groupe qui en fait parvenir une copie à tous les membres régulièrement inscrits. Ce bref exposées! accompagné, si possible, (!e quelques indications bibliogrnphiques visant surtout les ouvrages contenus dans la bibliothèque de la Fondation.

'2. Nous croyons être agréable à nos lecteurs en reproduisant ici le jirogramme des dix-huit à vingt « leçons » qui furent données, la première année, dans le groupe d'études philosophiques. Le cours débute par sept leçons de méthode : « Qu'est-ce que la science? Qu'est-ce que la philosophie? Méthode des sciences mathématiques. Méthode des sciences physiques. Méthode des sciences biologiques. Méthode des

Mais ce qui distingue le plus la Fondation universitaire des autres associations d'enseignement populaire, c'est assurément l'institution des « résidents », c'est-à-dire d'étudiants consentant à passer une quinzaine de jours au centre de la Fondation. Non pas que ce soit là une institution absolument originale : elle a été empruntée aux « Settlements » anglais, et l'on pourrait, à bon droit, lui trouver des précédents en certaines œuvres catholiques; dans celles-ci, les prêtres et leurs auxiliaires laïques vivent de la vie des ouvriers qu'ils s'efforcent d'évangéliser.

Donc, les jeunes gens auxquels est due la généreuse entreprise de Belleville eurent l'idée de demander à deux ou trois étudiants de rester quelques jours dans la petite maison ouvrière, afin d'entrer en relations suivies et cordiales avec les membres actifs et avec la population du quartier. Les fondateurs ont payé de leur personne. Mais, jusqu'à présent, leur exemple n'a été qu'insuffisamment suivi ^ licoutez ce que dit, à ce sujet, M. J. Bardoux : «... Et, cependant, si les étudiants avaient fait preuve d'un peu plus de persévérance, ils auraient trouvé dans leurs efforts de larges récompenses. Qu'ils interrogent les camarades qui vinrent résider à Belleville. Sans doute les premiers d'entre eux, ceux qui acceptèrent d'aller passer seuls,

sciences sociales. Principes directeurs de la science moderne. » Ce n'est, paraît-il, que sur la demande expresse de quelques membres ouvriers qu'une telle extension fut donnée à cette partie du programme. Vinrent ensuite quelques leçons de psychologie : « Psychologie et physiologie. Le système nerveux. Le cerveau. La perception extérieure. • Enfin l'on s'occupa des questions morales suivantes : t Morale hellénique. Morale chrétienne. Le fondement de la morale. La tolérance L'individu et la société. L'idée de droit. L'idée d'égalité. L'idée de progrès. »

1. Le 9 mars 1901, M. E. Lavisse, de l'Académie française, a présidé une réunion organisée à la Sorbonne par la Fondation universitaire de Belleville. La Revue internationale de renseignement (13 avril 1901} publia l'éloquent appel aux étudiants prononcé par M. Lavisse.

à tour de rôle, un mois de l'hiver, dans la chambre du 151, rue de Belleville, où ils ne pouvaient se garantir contre le froid ou Ihumidité ruisselant sur les murs qu'en laissant des lampes de pétrole allumées toute la nuit, sans doute ceux-là eurçnt vraiment des efforts à faire et donnèrent un rare témoignage de leur dévoue, ment au mieux social. INIais les autres eurent moins de mérite, et ils oul)liaient bien vite les légères fatigues de la résidence. Quand ils allaient retrouver leurs camarades ouvriers, soit dans les restaurants du quartier, soit dans leurs logis, pour continuer une causerie ou s'associer à des peines inattendues ; lorsque, le soir. après avoir serré toutes les mains, ils entendaient jusqu'à eux, par la fenêtre entr'ouverte, dans la nuit. rarement silencieuse, les soupirs du faubourg endormi; lorsque, au matin, ils redescendaient au travail par la rue encombrée, avec leurs camarades de la veille, ils avaient vraiment le sentiment qu'ils renouaient volontairement des liens fraternels, rompus par les mœurs de notre époque. Les camarades ouvriers leur témoignaient une sympathie particulière, recherchaient leur conversation et les invitaient souvent à venir sous leurs toits. Pas un des résidents, déclare M. J. Bardoux qui a donné l'exemple, pas un des résidents n'a quitté la maison sans émotion. Tous ont noté, d'un mot, sur le cahier où ils résumaient quotidiennement leurs impressions, leurs sentiments de reconnaissant dévouement. Au moment de reprendre leur existence coutumière, de revenir à leur isolement égoïste, ils comprenaient la nécessité d'un progrès vers la justice et repassaient dans leur pensée les émotions ressenties et les leçons recueillies. 11 est impossible, conclut le secrétaire général delà Fondation universitaire, que cette tradition de la résidence ne pénètre point dans les habitudes de notre jeunesse. Il est impossible que les étudiants

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parisiens ne comprennent pas l'importance de cette leçon de choses et lutilité de cette retraite morale. Il est impossible que les étudiants de province ne préfèrent pas aux taudis infects et à la vie abrutissante du Quartier Latin nos chambres coquettes et nos efforts féconds, »

En lisant cette page émue et d'une noble inspiration, il nous est venu à la pensée que beaucoup de nos œuvres pourraient, elles aussi, faire appel aux jeunes chrétiens : pour les initier aux questions sociales et surtout pour leur montrer la vie sous 'son aspect sérieux et môme austère, pour les mettre en garde contre les folies de la passion, rien ne vaudrait ce spectacle quotidien des misères et des labeurs populaires, rien ne remplacerait cette communauté d'existence avec ceux qui peinent et qui souffrent. Je souhaite donc qu'à l'imitation de la Fondation universitaire, les institutions catholiques s'effo:^cent davoir leurs résidents ; je le souhaite, non pas tant pour ces œuvres que pour les « jeunes » qui feraient ainsi, sous la direction de prêtres dévoués, une retraite à la fois morale et sociale. On ne saurait concevoir plus forte préparation à une carrière d'homme et de chrétien.

A côté de la Fondation iinipersitaire de Belleville, nous tenons à faire une large place à une œuvre, V Union familiale de Charonne, qui présente avec la première de nombreuses ressemblances, mais qui, d'autre part, s'en distingue à plusieurs points de vue.

Pour la faire connaître, nous n'aurons d'ailleurs qu'à suivre, en la résumant, une attachante étude publiée dans les Mémoires et documents du Musée Social ^ par

1. Maurice Beaufreton. L'Union familiale {Mémoires et Documents du Musée Social, (éyrier ICOi. A. Rousseau, éditeur, Paris).

132 LEDUCATION POPULAIRE DE lyoO A 1912.

M. Maurice Beaufreton, directeur-adjoint de V Union familiale.

Cette œuvre fut fondée le 29 mars 1894, en plein faubourg parisien, par une femme de courageuse initiative, M"^ Gahéry. Elle est aujourd'hui établie, dans le quartier de Charonne, 1, passage Etienne-Delaunay (172, rue de Charonne).

Pour marquer le caractère original de V Union familiale, nous ne saurions mieux faire que d'indiquer les principes qui ont inspiré sa fondation et que M. Cheysson rappelle dans une substantielle préface à l'étude de M. Beaufreton ' .

Ces principes, les voici :

1° La résidence sur place de ses membres en plein quartier populaire {settlemenl^ ;

2° Les contacts journaliers et amicaux avec les familles du quartier, pour dissiper leur défiance et pour gagner leur amitié à force de désintéressement et de services rendus, notamment en les aidant à instruire, amuser, élever leurs enfants ;

3° La suppression de l'aumône directe en argent, qui trop souvent irrite, déprime et humilie ;

4° L'éducation de la ménagère pour lui apprendre la science du ménage et la bonne tenue du logement qui retient le père de famille et le dispute au cabaret;

5'^ L'enseignement social qui arme de connaissances précises les membres de V Union et leur permet, en s'éclairant eux-mêmes, d'éclairer les autres et de réfuter les erreurs ambiantes.

Ces principes exigent quelques commentaires. Nous les emprunterons à l'exposé de M. Beaufreton. « A aucune époque de son histoire, écrit le dévoué directeuradjoint de V Union familiale, l'institution nouvelle ne

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