‹ L'éducation populaireChapitre 47 sur 178 · cf. op. cit.,Y · texte numérisé non relu

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devait être une arme de conquête aux mains d'un secte ou d'un parti. Établie au milieu d'un quartier industriel, qui est habité par des travailleurs sans métier défini, ou appartenant à des professions peu rémunératrices, elle avait pour seul objectif d'enseigner à ces travailleurs comment, loin de toute agitation stérile, ils pourraient arriver à améliorer leur situation par une organisation strictement économique; d'apprendre aux ménagères comment une sage entente de l'hygiène leur permettrait de diminuer les risques de maladie, comment par une alimentation basée sur les données les plus certaines delà chimie biologique et par la pratique de mille procédés, elles parviendraient à réduire les dépenses du ménage; comment par une propreté et un ordre méticuleux, elles rendraient leur intérieur agréable et capable de détourner le mari du cabaret... C'était l'esprit de prévoyance qu'il était nécessaire d'inculquer à une foule qui se croyait trop pauvre pour pouvoir épargner, l'esprit de solidarité qu'il s'agissait de faire naître là où n"était qu'un prodigieux émiettement, l'esprit de tolérance et d'amour qu'il convenait de substituer à l'esprit de haine qui jusqu'alors avait seul soufflé.

« Un tel programme, ajoute M. Beaufreton, exigeait que r Union familiale ne fût pas une œuvre de bienfaisance. Trop souvent l'aumône humilie, hiérarchise, déprime et déforme les caractères ; elle engendre la paresse, la simulation et l'hypocrisie. La donner, eût été pour V Union familiale aller à l'encontre du but poursuivi. Aussi a-t-elle visé à mettre les gens en état de s'en passer, et elle l'a fait en réalisant, disons mieux, en vivant son programme sous les yeux de ceux qu'elle voulait enseigner. Ainsi, elle a réhabilité, par l'exemple de ses membres, tous ces modestes travaux que nécessite la tenue du ménage, travaux fastidieux pour qui

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n'en sait pas voir le sens profond, mais qui revêtent un tout autre aspect pour quiconque envisage leur Haute portée morale et économique. »

Une des particularités de l'œuvre de Charonne, c'est qu'elle est un seulement féminin.

Depuis sept ans, des femmes et des jeunes filles du monde, répondant à l'appel de M"^ Gahéry, viennent résider en plein faubourg, au milieu des familles ouvrières, avec lesquelles elles entrent en cordiales relations, s'elïorçant de rendre service à tous et d'établir ainsi un fraternel cœur à cœur. « Ce qui empêche les hommes des différentes classes de s'aimer, remarque M. Beaufreton, c'est qu'ils ne se connaissent pas, et ils ne se connaissent pas parce qu'ils sont éloignés les uns des autres. Sans doute, la notion du devoir social n'a point attendu notre génération pour germer et se développer, et le siècle qui vient de finir a vu de nobles et nombreuses tentatives faites pour « aller au peuple ». Malheureusement beaucoup d'efforts demeurent infructueux parce que l'ouvrier se demande si ceux qui viennent à lui sont aussi désintéressés qu'ils le disent ou en ont l'apparence et si, dans la vie qui s'écoule loin de lui, les dirigeants qu'il a çus ne sont pas tout différents qu'ils ne lui ont paru. Quand, non content d'aller au peuple, on vit au milieu de lui, la situation devient toute différente; la défiance n'a plus raison d'être, puisque, à chaque instant, les travailleurs manuels peuvent vérifier si les actes dont ils sont témoins ne sont que de vains gestes, ou s'ils proviennent d'une profonde conviction. Les ouvriers voient vite, grâce à la résidence, si l'on vient à eux pour eux-mêmes ou pour aider au triomphe d'une secte ou d'un parti. C'est pourquoi les rapports de voisinage qui ne tardent pas à se nouer revêtent un caractère d'absolue confiance réciproque qu'on trouverait difficilement ailleurs au

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même degré. Il n'est pas de conseils qu'on ne demande aux résidentes à.eV Union familiale ; pas de confidences qu'on ne leur fasse ; pas de services qu'on n'attende d'elles ; mais aussi il n'est pas de marques d'affectueuse reconnaissance qu'elles ne rencontrent sur leur route, sans les y avoir cherchées... «

Voyons maintenant en quoi consiste cette œuvre et plus exactement cette fédération d'œuvres groupées autour du settlement féminin, que l'on appelle Y Union familiale.

Il y a d'abord des œuvres qui réunissent les enfants. Jeudi et dimanches, il y a patronage pour les garçons et les fillettes. Chaque soir, à la sortie de la classe, les écoliers peuvent venir faire leurs devoirs à V Union familiale. « Les membres de l'œuvre s'efforcent de leur faire comprendre la raison de chaque chose, de les amener à réfléchir, à observer, à devenir de plus en plus conscients, de les rendre capables de profiter tant des leçons de l'école que des nombreux cours ouverts à Y Union familiale elle-même ^ » ]Mais ces garderies et ces études surveillées ne sont pas absolument gratuites : la contribution exigée est de dix centimes par jour. « Il n'est pas sans intérêt de noter que les familles, ayant à choisir entre la fondation payante de Y Union familiale et d'autres institutions gratuites établies dans un but uniquement charitable, n'ont pas hésité adonner leur préférence aux premières, bien que l'insuffisance manifeste des locaux et l'absence de toute cour pour les ébats des bambins fussent des obstacles des plus sérieux. »

L'œuvre organise des promenades pour ses jeunes gens : elles obtiennent toujours grand succès, surtout quand au côté récréatif s'ajoute un but utilitaire. « Au-

1. Ces cours sont au nombre de douze, embrassant deruis Tescrime jusqu'aux langues vivantes.

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tant que le permet le nombre des collaborateurs, dit M. Beaufreton, Y Union familiale laisse ses pupilles choisir entre une promenade sportive et une excursion botanique ou minéralogique, ou la visite dun monument, d'un musée, d'une usine, selon que le comporte la saison. Les équipes sportives sont toujours les moins fournies, et dans les autres les enfants ne sont pas rares, qui se munissent de carnets ou de crayons pour prendre des notes, qu'ils convertiront souvent en rédactions plus détaillées, et ce ne fut pas une des moindres surprises du signataire de ces lignes que d'entendre un jour à la sortie du Musée du Louvre, deux jeunes artistes de douze ans à peine comparer très pertinemment l'esthétique de Rubens à celle de Uaphaël. »

A ce propos, ]NL Beaufreton donne une indication qui pourra être de quelque utilité à ceux qui s'occupent d'enfants et de jeunes gens. Les écoliers de Charonne avaient au plus haut point le goût des choses pratiques ; par contre, le sentiment esthétique n'était guère éveillé chez eux. « Le sens du beau a toujours été le plus difficile à développer, écrit le directeur-adjoint de V Union familiale, et ce n'est qu'au moyen de longues excursions à la campagne, cette éternelle inspiratrice de l'art, qu'il a été possible de faire comprendre à la presque unanimité de nos écoliers le rôle de la beauté dans la vie Humaine. Us apportaient une fleur à leur guide et invariablement, à la question : « Qu'est-ce que cela? » succédait cette autre : « A quoi cela sertil? » Et si par malheur la fleur n'avait aucun usage thérapeutique ou industriel, elle était rejetée avec dédain. Un jour le guide eut l'idée de répondre : « Cela sert parce que c'est beau. » On le regarda avec étonnement; il s'expliqua, et, la confiance affectueuse dont il était entouré accentuant sans doute la portée de ses

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paroles, il fut compris. Depuis ce moment, on ne revient jamais de la campagne sans rapporter d'énormes gerbes de fleurs qui réjouissent le foyer paternel, des pieds de violettes ou de muguets qu'on plante dans un pot de grès, au coin d'une fenêtre, et qu'on arrose ensuite chaque matin avec amour. »

Non seulement le sentiment de la nature a permis de rendre les enfants de Y Union familiale accessibles à l'influence de la beauté, mais elle a déterminé la création parmi eux de groupements autonomes d'une importance capitale tant au point de vue de l'apprentissage de la liberté qu'à celui de la formation de l'esprit de prévoyance. Rapidement, en effet, les environs immédiats de Paris furent fouillés en tous sens par les jeunes excursionnistes qui cherchèrent le moyen d'étendre le cercle de leurs promenades. Ce fut d'abord des marches de longue haleine où l'on s'entraînait en chantant, et qui permirent d'atteindre Meudon, Bellevue, Chaville, Vireflay, Versailles même; puis des conciliabules se tinrent, à la suite desquels on proposa au directeur de la section l'organisation d'une caisse de voyages; un trésorier fut nommé au scrutin secret et la caisse fonctionna, recueillant chaque semaine la cotisation de ses adhérents sans aucune intervention des membres de V Union familiale, qui se bornèrent à approuver, conseiller, sanctionner. D'autres- caisses ne tardèrent pas à se constituer de la sorte : les participants de l'une d'elles ont pu aller jusqu'en Bretagne. Cette année on rêve de pousser une pointe jusqu'en Suisse et rien ne fait prévoir qu'au mois d'août ou de septembre le rêve ne soit pas une réalité.

Puisque nous parlons de promenades et de séjour à la campagne, nous devons signaler Y Œuvre du grand air; dans la fédération de Charonne, on donne ce nom à une colonie de vacances qui fonctionne depuis quatre

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années, qui ne réunit pas seulement de jeunes enfants chétifs, mais profite aussi à de grandes jeunes filles anémiées par l'air de Paris. Sur cette œuvre va se greffer une école ménagère itinérante : l'idée est originale et pratique. Mais, à son sujet, nous n'en dirons pas plus long dans ce chapitre, priant nos lecteurs de se reporter aux pages que nous consacrons, un peu plus loin, aux colonies scolaires'.

Telles sont, dans leur ensemble, les diverses œuvres complémentaires de l'école organisées à l'Union familiale : elles groupent envir^on 600 enfants.

Mais ces œuvres, si vivantes et si prenantes s'oientelles, n'absorbent cependant pas toute Tactivité de M'^* Gahéry, de ses collaboratrices et collaborateurs.

Nombreuses et prospères sont aussi les œuvres qui s'adressent aux jeunes gens et aux adultes, à tous les membres de la famille.

Parmi celles-ci, nous citerons l'institution du Semeur, qui est un groupe d'étude et d'action sociale : c'est un cercle entièrement autonome, dont le bureau se trouve actuellement comprendre, sans que ce soit à dessein, un avocat, un ouvrier et un employé. Il possède une bibliothèque alimentée par des dons et par une cotisation mensuelle de 50 centimes payée par tous ses membres. Déjà il a pu organiser deux groupes hebdomadaires d'études dont le fonctionnement donne les résultats les plus satisfaisants : l'un de ces groupes s'occupe d'études économiques, l'autre d'études philosophiques et religieuses.

Le fonctionnement de ces cercles d'études présente quelques particularités intéressantes à connaître. Voici à ce sujet ce que nous lisons dans la brochure de M. Beaufreton : « Un sujet étant donné, un rapporteur

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