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se propose, qui l'étudié durant de longs mois, lisant, interviewant, observant. Lorsqu'il croit en posséder suffisamment les différents aspects, il dépouille, dans une série dentretiens, devant quelques-uns de ses camarades, les documents qui l'ont le plus frappé, raconte les visites qu'il a faites, les réponses apportées aux questions qu'il a posées. Interrompant sa lecture ou son exposé dès qu'une idée semble mériter un peu d'attention, ses auditeurs la retournent sous toutes ses faces, en discutent le pour et le contre. Insensiblement, dans ces réunions de travail, le plan d'une conférence se dessine, des aperçus nouveaux se font jour, toutes les objections sont passées au crible et lorsque, devant un public plus nombreux, invité sur cartes nominatives, le rapporteur résume son travail, il s'est vraiment rendu maître de son sujet et nulle contradiction ne peut le prendre au dépourvu. » Il nous a paru qu'il y avait là une intelligente méthode de préparation collective : en certains cas, elle est de nature à faciliter le travail et à assurer le succès des petits cercles d'études.
Le Semeur ne fait pas seulement de la théorie : ses membres ont le souci des organisations pratiques. Ainsi ils révent de créer une Mutualité familiale ; ils veulent y joindre une société coopérative de consommation et un cercle de lecture et de conversation ; on y annexerait un office de placement. Tout ceci est •ncore à l'état de projet. Mais il y a déjà une réalité bienfaisante, c'est le bureau gratuit de consultations juridiques et de renseignements. Il fonctionne depuis le mois de novembre 1902, rendant service à bien des gens embarrassés. Les saisies-arrêts opérées par les magasins de ventes par abonnement, ont fourni le plus gros contingent de consultations; les accidents du travail et les contestations entre propriétaires et locataires viennent ensuite au second rang.
140 L'ÉDUCATIOX POPULAIRE DE 1900 A 1912.
Parmi les œuvres dont la fédération constitue V Union familiale, la plus nouvelle est assurément Vécole pratique d'études sociales féminines.
Qu'est-ce donc que cette école d'un genre presque inédit?
M. Beaufreton la définit en ces termes : « C'est l'école qui apprend aux femmes et aux jeunes filles du monde à conquérir sur leur domesticité l'autorité que donne toujours le savoir-faire; qui enseigne aux mères l'art d'étudier la psychologie et le tempérament de leurs enfants, et de leur appliquer les procédés d'éducation qui semblent les mieux indiqués; qui forme des visiteuses de logements ouvriers où elles feront pénétrer l'hygiène et l'économie domestique, où elles les enseigneront en les pratiquant, par exemple, en remplaçant la mère avant et après l'accouchement dans les diverses tâches du ménage; qui met à la portée de tous l'art de vivre mieux et à meilleur marché, ce qui rend possible d'augmenter le budget de l'épargne et de la prévoyance, et de le créer, là où il n'existe pas encore. » Cette école est donc, en résumé, une école ménagère dans la plus large acception du mot : elle a pour but d'apprendre à la jeune fille ou à la jeune femme sa profession de maîtresse de maison et de mère de famille. Comme école d'application, les organisateurs projettent d'établir un restaurant à bon marché dans le genre des cuisines populaires qui fonctionnent à Genève, rue Pécolat, et où l'on donne pour 60 à 70 centimes d'excellents repas ^
Nous venons de mentionner, en essayant de les caractériser, chacune des œuvres marquantes de
i. Ces cuisines populaires sont enirées en activité avec 469 francs dans leur caisse; au bout de quatre ans, elles avaient reconstitue le capital de 13.643 engagé pour leur établissement et ellesavaient amasse une réserve de 4o.0û0 francs.
V Union familiale ^ Leur ensemble constitue un milieu moralisateur, réconfortant et social. Pour permettre à nos lecteurs de juger l'esprit essentiellement familial qui inspire la direction de ces œuvres, nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à l'étude de M. Beaufreton le pittoresque tableau d'une des soirées qui, tous les quinze jours, réunissent rue de Charonne quarante ou cinquante des familles adhérentes. « Les invitations, qui ne visent jamais plus de cent cinquante personnes à la fois, sont faites de vive voix au domicile des intéressés et confirmées par une lettre nominative. On cherche à faire sentir aux invités qu'on ne veut point seulement les amuser et les régaler, mais qu'on les considère comme des amis avec lesquels on partage l'hospitalité d'un toit commun à tous. Aussi rien n'est plus pittoresque que ces réunions où chacun, avec celles ou ceux qui s'occupent des petits, parle un peu de soi et beaucoup des siens, où ceux-là dont on parle se pressent de toutes parts, bruyants et rieurs, les cadets se bousculant pour rejoindre leurs camarades d'école, les tout petits accrochés à la robe maternelle, quand ils ne réclament pas le sein. » Nous en resterons sur cette touchante vision qui justifie amplement l'épithète de familiale donnée à l'Union du quartier de Charonne. Familiale, elle l'est dans son inspiration, dans son organisation et dans ses résultats. Quoi d'étonnant dès lors qu'elle soit chrétienne dans son orientation générale?
1. VŒuvre familiale publie un bulletin qui tient au courant de la vie des œuvres de Ciiaronne et contient, en outre, des renseignements exirèmement pratiques sur les questions économiques et sur l'enseiguement ménager.