‹ L'éducation populaireChapitre 57 sur 178 · Cf. Écho des Cercles d'éludés, 10 janvier 1001, p. G · texte numérisé non relu

Cf. Écho des Cercles d'éludés, 10 janvier 1001, p. G

Ceux-ci ont certainement gardé uu vivant souvenir des mémorables paroles adressées par Léon XIII au T. H. Fr. Joseph : « L'Œuvre des patronages est capitale, avait dit le Chef de l'Église; en instruisant les enfants dans leurs écoles, les Frères n'ont fait que la première partie de leur besogne; la seconde est aussi importante, plus importante encore, s'il e^ possible. Car, sans les œuvres de persévérance, le long et pénible travail de l'école serait presque toujours compromis, parfois anéanti... Il faut, à moins d'impossibilité absolue, que dans toute maison d'école existe comme corollaire indispensable un patronage de jeunes gens. » Le conseil est formel : il nest point étonnant que Léon XIII ait trouvé dans les maîtres congréganistes des fils dociles à ses enseignements ^ A l'heure où ils sont frappés par la haine sectaire, nous tenons à leur adresser nos respectueux hommages.

Quant aux prêtres, le nombre augmente chaque jour de ceux qui, rivalisant avec le héros des Lettres d'un curé de campagne, s'inquiètent de donner aux enfants du peuple cette instruction et cette éducation dont la base doit être religieuse : le zèle apostolique leur suggère mille industries et, dans leurs réunions, ils étudient ces œuvres de forme et d'or-

1. Ea 1900, l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes réunissait, en France, 32.372 jeunes gens dans ses 350 patronages et 21.000 anciens élèves dans ses associations; il recevait 3.000 jeunes gens dans ses maisons de famille et, au total, exerçait son action sur plus de SO.OOO jeunes gens ou adultes.

Parmi les associations et syndicats constitués par les anciens élèves des Frères, nous devons mentionner tout spécialement le très florissant Syndicat des employés du Commerce et de l'Industrie qui, au 19 janvier 1904, comptait 2.830 syndiqués. Le Syndicat publie, sous le titre l'Employé, un bulletin mensuel dont nous nous plaisons à signaler l'intérêt pratique et à louer l'orientation sociale.

Enfin, à l'Exposition de 1900, les Frères ont obtenu un grand prix pour l'easemble de leurs œuvres et institutions postscolaires.

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ganisation si difTércntes , mais se proposant toutes pour but le bien matériel et moral des classes^laborieuses. A l'appui de notre afTirmation, nous invoquerons le témoignag-e d'un des adversaires du catholicisme les mieux avertis. Voici, en effet, ce qu'écrivait INI. F. Buisson, dans le Manuel général de l'Instruction primaire, au lendemain de l'assemblée de Bourges : « On peut dire, en toute vérité, qu'il n'y a plus une seule forme de l'activité sociale où l'Eglise ne cherche à intervenir, à exercer son influence et à répandre des services. C'est manifestement sur la riche floraison de ses « œuvres sociales » qu'elle compte le plus pour reconquérir dans la société moderne une place prépondérante. Les questions de dogme n'émeuvent plus les masses, mais ces innombrables institutions scolaires, extrascolaires et postscolaires, avec leurs formes indéfiniment flexibles, avec leurs nouveautés, heureuses ou risquées, avec leur caractère jeune, libre, original, parfois généreux jusqu'à l'imprudence, c'est tout cela qui tente, attire et passionne les congressistes de Bourges, avant-garde hardie du clergé catholique de France. Il faut voir, par exemple, d'après les comptes rendus, encore sommaires, de la Vie catholique, avec quel soin on a creusé la question des mutualités scolaires, l'examen approfondi qu'on en a fait, contradictoirement d'ailleurs, au point de vue économique, avec la sage précaution de se prémunir contre des illusions possibles, contre des calculs trop optimistes, la résolution prise de fonder des mutualités scolaires catholiques dans chaque canton, d'en faire une fédération par diocèse, et de leur « donner la forme légale prévue pour pouvoir faire jouir les écoles chrétiennes tout à la fois de la liberté et des avantages de la loi du 1" avril 1898 ». « Il faudrait voir de même, ajoute M. Buisson, la série des cent cinquante ou deux

cents rapports analysés par M. l'abbé Lemire et dont le plus grand nombre portait sur le mécanisme pratique de l'organisation des patronages, des cercles d'études, notamment des cercles d'études sociales, de toute sorte d'œuvres économiques groupées autour de la paroisse, comme nos œuvres laïques autour de l'école. Il a été raconté, simplement, modestement, nombre de traits touchants, vraiment à l'honneur de ce clergé et de ce pays. On a fait une ovation, par exemple, à un vieux curé de campagne, un septuagénaire qui a narré, sans art, comment il a organisé, il y a plus de quarante ans, dans sa paroisse, au fond du Cher, une Caisse dotale' qui en est maintenant à doter les filles et bientôt les petites-fdles de ses premières sociétaires... »

Nous aurions voulu citer plus largement encore cette étude, si curieuse à bien des points de vue, de l'ancien directeur de l'enseignement primaire^. Mais l'extrait que nous donnons montre amplement que nos adversaires ont remarqué l'activité intelligente du clergé et qu'ils ne jugent pas inutile de mettre en garde leurs amis et alliés.

La seconde catégorie d'ouvriers que nous rencontrons dans l'œuvre de l'éducation populaire, ce sont les séminaristes. Durant l'année scolaire, ils examinent, dans leurs conférences, tout ce qui a trait aux institutions complémentaires de l'école. Les vacances sont pour eux une période d'applications pratiques : beaucoup d'entre eux apportent, en effet, à des groupe-

1. Nous reproduisons, dans notre 4<= partie, les statuts d'une caisse dotale.

2. M. Buisson développe les mêmes idées dans les quatre conférences qu'il a publiées sous le titre : La Religion, la Morale et la Science, leur conflit dans l'éducation con temporaine {Paris, Fisclibaclier, éditeur, 1900). Cf. pp. 6" et sq., pp. 226 et sq.

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ments de « jeunes » le concours de leur bonne volonté ' . Ils font ainsi un apprentissage dont ils apprécieront l'utilité lorsque, vicaires ou curés, ils devront, à leur tour, diriger un patronage.

Les étudiants laïques rivalisent souvent de zèle avec les étudiants ecclésiastiques. Dans leurs congrès, ils font une très large place au mouvement postscolaire ; dans leurs revues et publications périodiques, il est rare qu'un numéro paraisse sans quelque article sur la question. Parcourez la Revue de la Jeunesse catholique, le Sillon, la Chronique du Sud-Est, A la voile, le Semeur, la Gerbe, on tout autre du même genre, et partout vous retrouverez cette constante préoccupation.

Bailleurs, dès le collège, leurs maîtres se préoccupent souvent de leur donner le goût et la connaissance des œuvres. Dans de petites et libres réunions, nos « potaches » s'initient à l'apostolat social. Il est même des maisons où l'on ne se contente pas de cette formation théorique ^ : les élèves peuvent aller dans un groupement voisin et y rendre quelques services. Nous ne pouvons citer un meilleur exemple que celui de l'école Saint-Etienne à Meaux^ qui soutenait le patronage Saint-Faron. Enfin, dans certains pensionnats, encore trop rares, la mutualité scolaire a été organisée au profit des enfants pauvres de l'école primaire : les

1. Sous la rubrique Jeunesse noire, M. Armand Tonine a publié dans la Chronique du Sud-Est des articles, pleins de verve, consacrés à la formation et à l'action sociales des séminaristes. Nous signalerons en l)articulier sa remarquable étude parue dans le numéro de février 1901

2. Dans Au sortir de l'École [H" édition, p. 40-2) nous avons donné des extraits du rapport de M. Lebcr sur la participation des collégiens à l'œuvre des patronages. Cf. également une étude excellente de M. l'abbé L. Lemoiae sur les Œuvres au collège (Angers, Imprimerie J. Siraudeau, 1900).

3. Le patronage Saint-Faron de Meaux publie un très intéressant bulletin; en le parcourant, on voit comment les élèves de Saint-Élienne collaborent à l'œuvre et s'y occupent de façon fort pratique.

jeunes gens fortunés versent leur cot-sation hebdomadaire de dix centimes, mais renoncent aux avantages matériels de l'association. Il y a là un procédé que nous recommandons : il développe l'union entre les classes de la société et permet aux mutualités de faire face à toutes leurs obligations.

Les apprentis et les jeunes employés peuvent et doivent être compris parmi les ouvriers de la grande œuvre de l'éducation sociale et populaire. 11 en est, en effet, un bon nombre qui, dans les groupements de jeunesse, ont un rôle important : tels, par exemple, ces catéchistes de Lyon ^, tels aussi ces « grands » qui, dans les patronages, se dévouent, mettant de l'entrain dans les jeux, remplissant parfois des fonctions souvent rebutantes et exerçant souvent sur leurs camarades une chrétienne influence. Ce sont de modestes enfants du peuple qui apportent leur quote-part de travail et d'abnégation. Nous serions injuste si nous ne leur rendions l'hommage qui leur est dû.

Enfin, nous devons faire aussi une large part, une très large part, à l'action des religieuses, des dames ^ et des jeunes filles qui consacrent beaucoup de leur temps et de leurs ressources aux œuvres de jeunesse. Durant ces dernières années, ces œuvres sont allées en se multipliant. Ainsi les Filles de la Charité avaient 241 a patronages externes » avec 59.331 enfants et

1. A Lyon, l'œuvre des jeunes gens catéchistes volontaires s'est rapidement développée : elle compte actuellement 1"2 catéchistes de quinze à vingt ans donnant l'instruclion à 841 enfants (eu 1899, ils n'étaient que i39 catéchistes pour 313 catéchisés).

2. En plusieurs œuvres de jeunesse, les dames ont prêté leur concours pour organiser des concerts et des lectures à l'effet de distraire les familles dont les enfants fréquentaient ces oeuvres. Nous signalerons notamment ce qui a été fait en ce sens aux OEuvres du Rosaire, à Plaisance, que M. l'abbé Boyreau dirige avec un zèle si éclairé.

41 « patronages internes » réunissant et protégeant G07 jeunes filles qui travaillent soil dans l'intérieur de la maison, soit au dehors, dans un atelier où elles ont été placées par leurs parents ou par la supérieure ' . Pour le diocèse de Paris, nous possédons une statistique détaillée qui montre les très beaux progrès réalisés depuis quarante ans par les patronages catholiques de jeunes filles. On nous permettra de citer quelques-uns de ces chiffres ^ : en 1858, il y avait 24 patronages avec 3.000 jeunes filles et 500 dames patronnesses ; en 1868, 76 patronages avec 9.000 jeunes filles et 900 dames patronnesses; en 1878, 107 patronages avec 12.000 jeunes filles et toujours 900 dames patronnesses; en 1898, 160 patronages avec 20.000 jeunes filles et un millier de dames: enfin en 1901, 178 patronages (dont 112 dirigés par des sœurs) groupant 27.000 jeunes filles avec le concours de 1.300 dames patronnesses^.

Nous venons d'indiquer les principales catégories d'ouvriers de l'éducation populaire. Mais, dans cette rapide énumération, nous avons dû faire plus d'une

1." Plusieurs patronages et oeuvres de jeunes filles engagent leurs membres à faire partie de syndicats féminins et chrétiens qui viennent d'être fondés à Paris, à Lyon et en quelques autres grands centres (cf. les articles très documentés de M"« Decaux dans Le Patronaijt des Jeunes filles, 190»).

2. Nous empruntons ces ciiifTres à un suggestif rapport de M. le vicaire général Odelin qui s'occupe avec un zèle tout particulier des auvres de jeunesse. Cf. Rapport sur la Fête du Cinquantenaire (Paris, Secrétariat de ÏŒv.vre du Patronage des jeunes filles, 10, rue Monsieur).

3. Dans quelques-uns de ces patronages, on a fait appel au concours des grandes élèves de pensionnats voisins pour mettre de l'entr.iin dans les jeux : on se trouve fort bien de ce juvénile concours (cl. Le Patronage des jeunes filles, mars 1900).

Mais pour s'occuper ellicacement d'oeuvres de jeunesse, la bonne vo. lonté ne suffit pas : aussi ne saurait-on trop louer M.M. les abbés Scha'feret Leufant d'avoir organisé cette année une série de conférences ayant pour but d'instruire les personnes qui veulent se dévouer aux patronages. On trouve ces conférences dans Le Patronage des jeunes filles (année 190J).

omission. Il aurait fallu insister sur le rôle des conférences de Saint-Vincent de PauH, suivre dans ses développements l'activité chaque jour grandissante de la Commission centrale des patronages-; enfin nous aurions dû citer largement les lettres de NN. SS. les Évoques qui ont bien voulu encourager et même provoquer la création des œuvres de jeunesse. Mais nous croyons en avoir assez dit pour convaincre nos lecteurs que, depuis quelques années, les catholiques de France ont généreusement travaillé à la diffusion des institutions postscolaires.

1. Cf. L'Église et les Œuvres sociales en 1900, pp. 116 et suiv.

2. Cette action et cette influence, nous les avons étudiées dans un rapport présenté au jury de l'Exposition de 1900. Cf. L'Église et les Œuvre» sociales en i900, pp. 116 et sq.

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