CHAPITRE PREMIER
VUE d'ensemble : la lutte autour BE L ECOLE
Les catholiques et les œuvres complémentaires de l'école. — Une ignorance qui explique bien des événements. — La lutte autour de l'école. — L'état actuel de l'enseignement primaire libre : une statistique édifiante. — Pour maintenir la neutralité à l'école laïque. — Les « Associations de chefs de famille ». — Les projets scolaires actuels. — La lutte autour des œuvres postscolaires.
Si, après une absence de quelques années, un observateur revenait actuellement en France et s'il examinait de près la vie catholique en notre pays, il serait frappé, croyons-nous, du développement qu'ont pris chez nous les œuvres populaires d'éducation religieuse et sociale. Elles ne sont plus concentrées en (juelques villes ou points spéciaux. De plus, elles sont de formes très diverses et naturellement n'ont point toutes reçu la même extension.
Il semble bien que les périls et les difficultés de l'heure présente ont rendu plus éclatante, aux yeux des catholiques, la nécessité des institutions de formation
morale et intellectuelle. Il n'est pas, depuis quoique temps, un congrès diocésain qui n'ait attiré l'attention du clergé et des iîdèles sur les services que l'on est en droit d'attendre des œuvres complémentaires de l'école. En plusieurs diocèses, on consacre même des réunions à l'étude exclusive de ces questions et un prêtre est officiellement chargé de coordonnerle mouvement postscolaire. Sans doute, on peut encore déplorer, en certaines régions, de trop nombreuses lacunes; mais, un peu partout, dans les paroisses rurales, comme dans les villes, on assiste à l'éclosion, et, généralement, au progrès des groupements de jeunesse.
Le jeune apprenti ou le paysan novice sortent des classes primaires très imparfaitement instruits. On a fait sur ce point des enquêtes tristement probantes. Sans parler des illettrés, encore trop nombreux, quantité déjeunes gens ignorent à peu près tout de notre histoire nationale. Dans un livre récent, l'Education pratique du soldat, le lieutenant Roland nous donne le résultat des investigations qu'il a poursuivies durant quatre ou cinq ans. Voici quelques-unes des réponses qu'il a reçues de ses hommes. Jeanne d'Arc? « Est morte sur un rocher. . . » ou « chevalière sous Henri IV » . « Bayard?» Ancien général de saint Louis ». Valmy? « C'est un grand général. » L'Algérie? « C'est chez les zouaves. « Je m'arrête dans ces citations pénibles pour notre amour-propre. On a pu dire que 50 0/0 des jeunes Français, arrivant au régiment, ignorent tout de l'histoire nationale, ignorent tout de leur patrie, de ce qui vaut qu'on l'aime et qu'on la serve. Trente-six pour cent, paraît-il, ignorent que la France aété vaincue en 1870-71... et, quel degré d'ignorance encore plus douloureux, ne constaterions-nous pas au point de vue religieux et moral?
Cette ignorance des masses explique bien des événements, bien des mouvements de l'opinion publique, aveuglée et conduite par de mauvais bergers. Tant qu'elle subsistera, l'état de choses actuel ne pourra guère changer. On comprend dès lors qu'autour de l'éducation populaire, il y ait une lutte ardente entre les catholiques et leurs adversaires. Quelques esprits modérés et amis de la paix regretteront peut-être que cette lutte ait pris un âpre caractère d'hostilité, au lieu de rester ce qu'elle devrait être : une généreuse émulation on vue du bien public entre gens travaillant, chacun de son côté, suivant ses convictions et ses méthodes. Mais il faut prendre les Français avec leur caractère : or, comme on me l'a maintes fois fait observer à l'étranger, nous avons la passion innée de la propagande, et, cette passion, nous l'apportons dans la plupart des questions — à plus forte raison en matière d'enseignement.
C'est d'abord autour de l'école que se livre la bataille. Sans doute, la loi qui est venue proscrire l'enseignement congréganiste a porté un coup terrible aux écoles libres, c'est-à-dire catholiques pour la presque totalité. Mais néanmoins, peu à peu, l'enseignement privé a repris des forces. Non seulement les écoles congréganistes ont souvent été rouvertes, mais beaucoup d'entre elles ont vu le nombre de leurs élèves -s'accroître.
Sur tous ces points, nous demanderons des précisions à une publication qui n'est point suspecte de sympathies cléricales, k la Lanterne \ qui récemment comparait les statistiques relatant le mouvement de la population scolaire tant dans les écoles privées que dans les écoles publiques. Voici ce qu'on lisait à ce pro-