‹ L'éducation populaireChapitre 59 sur 178 · Cf. numéro du 27 octobre 19H · texte numérisé non relu

Cf. numéro du 27 octobre 19H

pos dans ce journal qui s'est fait une spécialité de la lutte contre les idées religieuses :

Comparons les chiffres de la dernière année scolaire et ceux de l'avant-dernière année.

En un an le nombre des écoles publiques, pour la France et l'Algérie, est passé de 71. 269 à 71.491, soit un gain de •22'2 unités — les 71.491 écoles publiques comprenant : 23.198 écoles de garçons (au lieu de 23.174 l'année précédente), 23.148 écoles de filles fau lieu de 23.103;, 21.074 écoles mixtes (au lieu de 20.991 1, 2.596 écoles maternelles (au lieu de 2.585j. et 1.475 écoles en Algérie (au lieu de 1.416i.

Le nombre des élèves i7iscrits dans ces écoles est passé de 4.064.559 à 4.135.886, gain de 71.327 unités — les 4.135.886 élèves comprenant : 1.556.426 élèves des écoles de garçons (au lieu de 1.525.617 l'année précédente , 1.511.586 élèves des écoles de filles (au lieu de 1.491.453 . 289.801 garçons et 260. .562 filles, inscrits dans les écoles mixtes (au lieu de 287.036 garçons et 257.048 filles i, 370.203 élèves des écoles maternelles (au lieu de 363.473 147.308 élèves des écoles d'Algérie (au lieu de 139.932».

En résumé, les écoles publiques ont gagné en un an 71.327 élèves nouveaux, et cet accroissement a nécessité la construction de 222 écoles nouvelles.

Il est juste de noter que la loi d'avril 1910. en reculant d'une année l'âge que doivent avoir les candidats au certificat d'études primaires, et en retenant ainsi ces derniers à l'école, a contribué, pour une part qu'il serait impossible de préciser, à augmenter le nombre des élèves.

Riais cette loi ayant eu également son effet dans les écoles privées, il est permis de comparer les chiffres généraux de l'augmentation dans les écoles publiques et privées. C'est ce que nous allons faire.

En un an, le nombre des écoles privées, pour la France et l'Algérie, est passé de 14.298 à 14.423, soit un gain do 130 unités — les 14.428 écoles privées comprenant : 2.918 écoles de garçons (au lieu de 2.850 l'année préctdente), 9.741 écoles de filles (au lieu de 9.64S), 411 écoles mixtes (au lieu de 403), 1.236 écoles maternelles (au lieu de 1.269), 122 écoles en Algérie (au lieu de 128).

Le nombre des élèves inscrits, dans ces écoles est passé

de 933.749 à 960.712 soit un gain de 26.933 unités — les 960.712 élèves comprenant : 256,237 élèves des écoles de garçons (au lieu de 245.742 l'année précédente), 595.234 élèves des écoles de filles (au lieu de 579.980), 6.749 garçons et 8.715 filles, inscrits dans les écoles mixtes (au lieu de 6.550 et 8.343), 80.802 élèves des écoles maternelles (au lieu de 79.062), 12.975 élèves des écoles d'Algérie (au lieu de 14.072).

En résumé, les écoles privées ont gagné en un an 26.963 élèves nouveaux, et cet accroissement a nécessité la construction de 130 écoles nouvelles.

Comparons ces résultats :

En un an, le nombre des écoles publiques a augmenté de 3,10 pour 1.000; celui des écoles privées de 9 pour 1.000. Le nombre des élèves des écoles publiques a augmenté de 17,26 pour 1.000; celui des écoles privées, de 28 pour 1.000.

Tels sont les résultats généraux. Ils démontrent que l'enseignement primaire privé progresse plus rapidement que l'enseignement primaire public.

Certains objecteront peut-être que la disproportion entre les deux enseignements, par le nombre des écoles et des élèves, est considérable et que le péril est plus apparent que réel.

Mais on n'aura qu'à leur mettre sous les yeux les résultats, pour quelques départements de l'Ouest — Vendée, Mayenne, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Ille-et-Vilaine — et il est probable qu'ils n'insisteront pas.

Voici, par exemple, le tableau significatif que nous présente la Vendée :

De 1907 à 1908, les écoles publiques perdent 707 élèves (de 44.787 à 44.080).

De 1908 à 1909, elles perdent 890 élèves (44.080 à 43.190).

De 1909 à 1910, elles perdent 1.243 élèves (43.190 à 41.917).

De 1910 à 1911, elles perdent 5.940 élèves (de 41.917 a 35.977).

Le mouvement de désertion — les chiffres le prouvent — est allé en's'accélérant ajvec rapidité, et le résultat en a été que de nombreuses écoles ont été vidées presque complètement.

Par un mouvement parallèle, l'enseignement privé deve-

liait de plus en plus florissant, et recevait les élèves qui sortaient des écoles publiques. De 1907 à 1908, celles-ci perdent 707 élèves, les écoles privées en gagnent 900; de 1908 à 1909, les premières perdent 890 élèves, les secondes en gagnent 970; de 1909 à 1910, les premières perdent 1.243 élèves, les secondes en gagnent 1.259.

Nous n'avons pas les chiffres de la population des écoles privées en Vendée, pour 1911 ; cette population est passée de 25.027 élèves en 1907 à 28.156 en 1910. Elle doit compter cette année de 33 à 34.000 élèves.

Même spectacle dans plusieurs départements limitrophes. Dans la Loire-Inférieure, en un an, les écoles privées gagnent un millier d'élèves que perdent les écoles publiques : dans les Côtes-du-Nord, plus de 2.000; en Maine-et-Loire, plus de 2.000 également.

Le président de l'Amicale des instituteurs de la Mayenne évaluait les désertions dans son département à 3.0<)0 en quatre ans.

Malgré la longueur de la citation, nous avons tenu à reproduire ce témoignage de la Lanterne, tout à l'honneur de l'enseignement libre : loin de décroître et de disparaître, celui-ci vit et prospère, parce qu'il répond aux préférences des familles.

Mais, dans les écoles laïques, il y a une multitude denfants catholiques que, pour des raisons très diverses, on a dû placer dans les établissements publics. Linstituteur et l'institutrice doivent leur donner un enseignement loyalement neutre : ainsi le prescrit la loi. Pour veiller au respect de cette obligation, on a constitué, depuis quelques années, des « Associations de pères de famille « qui, l'an dernier, sous la présidence de M. Guiraud, professeur à l'Université de Besançon, ont fondé une « Union des fédérations diocésaines ou départementales des associations de pères de famille ». Cette Union, groupait lors de son premier Congrès national (mai 1912), seize fédérations diocé-

saines, comptant 314 associations et 52.115 chefs de famille adhérents. Le Comité a fondé une revue, École et famille, qui tire déjà à 2.000 exemplaires.

Ces groupements ont assigné aux efforts de leurs adhérents les buts suivants : inciter les catholiques à mettre la question scolaire au premier plan de leurs revendications ; inculquer aux parents le sentiment de leurs droits et devoirs dans l'œuvre d'éducation de leurs enfants; faire respecter à l'école publique les croyances des parents et des élèves, y développer le -C.ulte du patriotisme; combattre les projets de loi attentatoires à la liberté de l'enseignement; revendiquer en faveur des écoles libres une répartition proportionnelle des allocations municipales et des subsides de l'Etat. Ces associations exercent un contrôle qui n'est pas inutile^ et qui, s'il est fait avec tact, ne saurait être une gêne pour l'instituteur respectueux des croyances de ses élèves et de leurs parents. Toutefois, ceux qui, ouvertement ou non, désirent faire sortir le maître d'école de la stricte neutralité, estiment que ces groupements, parfaitement légaux (ainsi en a décidé la Cour d'appel de Pau ^) constituent un danger pour l'enseigne^

1. Au premier Congrès national des Associations de chefs de famille (Paris, mai 191^), le secrétaire général de l'Union, M. de Coatpont, constatait que les protestations de ces Associations avaient déjà obtenu des résultats, notamment dans près de 200 écoles le retrait des manuels condamnés par les évêques. De plus, ces associations ont largement répandu l'idée de la Répartition proportionnelle scolaire. Déjà, plus de cent conseils municipaux appliquent cette réforme dans la mesure qui leur est possible, et tout fait espérer que des progrès importants dans cette voie seront réalisés à la suite des dernières élections municii)alos.

-2. La Cour d'appel de Pau reconnaît là légalité des associations de pères de famille. Dans ses motifs, l'arrêt rappelle le principe fondamental de la liberté d'association n'exigeant des citoyens qu'une condition : la légitimité du but. n établit le droit pour l'association de rechercher et de réaliser ce qui est son droit pour chacun de ses membres, notamment en l'espèce, d'examiner la nature de l'enseignement donné à l'école publique et d'y assurer l'observation de la neutralité. La Cour reconnaît que pour faire partie d'une association

ment public : de là, tous les projets de « défense de l'instituteur »... Jadis, dans la Côte-d'Or, un pédagogue, en pleine classe, osa proclamer que « ceux qui croyaient en Dieu étaient des imbéciles » ; or, le père d'un des enfants qui entendirent ce grossier propos, traduisit le coupable devant les tribunaux... Et ce fut l'origine, on ne saurait trop le rappeler, de tout le mouvement qui, par une voie singulièrement oblique, de la violation de la neutralité par un maître public, aboutit finalement à un projet de contrôle... des écoles libres!

Ce n'est pas seulement sur le terrain de l'école primaire que la bataille est aujourd'hui engagée : elle lest également — et non moins opiniâtre, quoique peut-être un peu moins retentissante — sur le terrain des œuvres postscolaires.

Dans les pages qui suivent^ nous exposerons où la lutte en est arrivée.

constituée dans ce but, il n'est nullement besoin d'avoir des enfanls é. l'école publique.

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