Action, 21 janvier
i. C'est nous qui soulignons la pensée généreuse de M. Lafferre.
cette fonction sociale. » Ainsi voici indiqué le suprême remède sur lequel compte la secte : on Tiendra obligatoire pour la jeunesse populaire des cilles et des campagnes la fréquentation des œuvres postscolaires laïques.
C'est vers ce but que tendent actuellement les efforts de nos adversaires.
Depuis longtemps, ils désirent cette mesure : elle les délivrerait d'une concurrence qu'ils estiment pouvoir devenir redoutable et, d'autre part, elle aurait l'avantage de mettre fin à la crise des œuvres postscolaires laïques en faisant entrer celles-ci dans le cadre des obligations imposées au corps enseignant et en amenant l'Etat à augmenter le personnel universitaire exigé par le développement du nouvel enseignement.
Le parti maçonnique appelle donc de ses vœux une loiinstituant l'obligation pour l'enseignement postscolaire. Mais il s'est rendu compte que le pays n'était pas mûr pour cette réforme. Aussi s'est-il appliqué à préparer l'opinion en lui présentant ce projet sous un joui qui ne soit pas trop antipathique. La crise de l'apprentissage sert à merveille ses desseins. On est généralement d'accord pour reconnaître que la préparation professionnelle des jeunes ouvriers laisse trop souvent à désirer et qu'il y a quelque chose à faire. Dès lors, avancent nos bons apôtres, ne conviendrait-il point, que directement ou non, l'Etat organisât cette préparation et imposât aux jeunes gens et aux jeunes filles de quatorze à dix-huit ans la fréquentation, trois ou quatre fois par semaine, de certains cours, où ils recevraient un enseignement portant à la fois sur leur métier et sur la revision du programme de l'école primaire?
Ceci nous explique que le couvent maçonnique, tenu
2e8 LE DEVELOPPEMENT ACTUEL.
du 19 au 22 septembre 1910, abandonnant, seulement en apparence, ses préoccupations politico-religieuses, se soit longuement occupé de la crise de l'apprentissage et qu'il ait adopté une série de vœux sur ce sujet qui peut sembler assez éloigné de ses préoccupations habituelles. On y demande l'institution d'un contrat d'apprentissage obligatoire, l'organisation d'une surveillance officielle de l'apprentissage et la création d'un examen théorique et pratique donnant droit à un certificat d'instruction professionnelle. De tout cela, nous ne voulons pas discuter et nous arrivons au sixième vœu, ainsi libellé : « Des cours professionnels seront organisés pour les apprentis, les ouvriers et les employés du commerce et de l'industrie ; ces cours seront obligatoires dès qu'ils auront été organisés pour les jeunes gens et jeunes filles âgés de moins dix-huit ans, qui sont employés dans le commerce ou l'industrie, soit en vertu d'un contrat écrit, soit sans contrat'. »
Le couvent maçonnique de septembre 1910 avait posé le principe. Deux semaines plus tard, dans son congrès national et annuel, à Tourcoing, la Ligue de l'enseignement, dont on connaît les attaches avec la franc-maçonnerie^, entrait dans le détail avec une autorité qu'elle tire de son titre même et du rôle influent qu'elle a toujours joué dans les milieux officiels.
A ce congrès de Tourcoing, il fut beaucoup question des patronages et des œuvres catholiques dont il faut à tout prix arrêter l'extension ; on tomba facilement
l. Après avoir déclaré que ces cours devront être gratuits, on ajoute — et nous tenons à signaler loyalement celte minime part faite à la liberté — que ces cours « peuvent cire organisés par les chefs d'établissements industriels et commerciaux, même à l'intérieur de leurs établissements >.
•2. Cf. l'arlicle de M. l'abbé Klein dans le Correspondant d\HO slOûI 1897; cf. également G. Govau, l'École d'aujourd'hui (p. 190 et suiv.; p. 385).
d'accord que l'organisation d'un enseignement professionnel obligatoire serait le meilleur moyen de triompher des efforts « cléricaux ». Nous ne résumerons pas les débats, il nous suffira de reproduire le texte du vœu adopté qui est suffisamment expressif par lui-même. Le voici :
1° Qu'à la suite de l'école élémentaire soient constitues des cours d'adolescents, obligatoires entre quatorze et dixhuit ans, pour tous ceux qui ne continuent pas régulièrement leurs études dans les écoles d'un degré supérieur au primaire ;
Que cet enseignement complémentaire comprenne, dans une mesure variable, suivant les exigences locales et les besoins des élèves :
D'une part, la revision des matières essentielles du programme de l'école primaire, les notions scientifiques appliquées qu'il est utile de posséder dans la vie courante, les leçons susceptibles de développer les vertus morales et civiques ;
D'autre part, l'enseignement professionnel et approprié aux métiers qu'exercent les diiTérentes catégories d'apprentis ou de jeunes ouvriers qui suivent ces cours.
2° Là où les leçons théoriques et pratiques ne tiendront qu'une place secondaire, les cours dits d'adolescents constituent une sorte d'école prolongée susceptible de favoriser le développement intellectuel et la formation morale de la jeunesse. Le personnel enseignant primaire pourrait, le plus souvent, suffire à la tâche même pour le complément de notions pratiques.
Là où le côté professionnel dominera — ce sera le cas pour toutes les industries exerçant un apprentissage — et sans que la culture générale soit par trop sacrifiée, des maîtres spéciaux d'une compétence reconnue ou des personnes du métier aptes à donner l'éducation professionnelle seront chargés des cours dits de perfectionnement.
Un autre vœu reproduit les mêmes dispositions essentielles en ce qui concerne les jeunes filles de quatorze à dix-huit ans.
Ainsi donc la Ligue de l'enseignement demande — et Ton sait son crédit dans les milieux oiïiciels — que toute la jeunesse populaire de quatorze à dix-huit ans soit obligée ^ de suivre à l'école primaire des cours qui seront donnés par les instituteurs et les institutrices de l'État. Pour faire accepter plus facilement ces leçons nouvelles, « susceptibles de développer les vertus morales et civiques », on les double d'un enseignement professionnel, distribué par des gens du métier. L'un est destiné à servir de paravent aux autres. La confusion que 1 on cherche à établir est assurément liabile.
Lors de son dernier Congrès annuel, à Bordeaux, en octobre 1911, la Ligue est revenue sur la question d(^ l'obligation de l'enseignement postscolaire et vota, entre autres vœux, les suivants :
6° L'enseignement postscolaire sera obligatoire pour les jeunes gens et jeunes filles de 15 à 17 ans ;
7" Les infractions à la loi de l'obligation seront soumises à la juridiction du juge de paix qui sera saisi par l'inspecteur primaire.
Quelque semaines plus tôt, au mois d'août 1911, le.s Amicales des instituteurs tenaient leur Congrès national à Nantes et s'occupaient longuement de la question de l'organisation d'un enseignement postscolairc qui serait déclaré obligatoire.
Voici les vœux que les Congressistes de Nantes adoptèrent sur ce sujet :
10 Obligation. — Les cours d'adolescents seront obligatoires pour tous les jeunes gens des deux sexes de treize à dix-huit ans, à raison de cinq heures par semaine. Ils seront donnés pendant la journée légale du travail.
1. M. Edouard Petit réclame pour la fréquentation postscolaire les mêmes sanctions légales que pour la fréquentation scolaire.
2° Enseignement. — L'enseignement donné aux adolescents, étant considéré comme une préparation à la vie, assurera simplement le développement des facultés de l'enfant, en recherchera l'équilibre et fournira les premières assises de l'éducation du futur producteur; il comprendra obligatoirement :
a) Un enseignement général qui sera le complément des connaissances apprises à l'école ;
b) Des cours techniques spécialement appropriés aux besoins delà région et de la profession pour les jeunes gens des deux sexes, et, en outre, des cours d'enseignement ménager et de puériculture pour les jeunes filles ;
c) Il sera complété par le développement d'oeuvres accessoires dont il est parlé au chapitre 3 des vœux.
3° Programmes. — Les programmes appropriés aux diverses régions seront dressés par le conseil départemen tal, avec la collaboration des Associations et des Syndicats professionnels techniques et compétents.
On se trouve donc en présence d'un mouvement d'opinion que l'on s'eiïorce de susciter dans les milieux universitaires et gouvernementaux. Pour le rendre plus intense et pour Tempêcher de dévier, on a constitué une Ligue pour l'Instruction postscolaire obligatoire dont l'Aurore est, en quelque sorte, l'organe officiel.
Au mois d'octobre 1911, le Ligue lançait un appel dont nous extrayons les lignes suivantes :
... 11 faut donc, à toute force, sauvegarder l'œuvre admirable de nos instituteurs, en obligeant l'adolescent à na pas oublier le peu qu'il a appris sur les bancs de l'école.
C'est pourquoi la création d'une Ligue pour l'instruclion postscolaire obligatoire nous paraît arriver à son heure. Afin de justifier sa devise : « Des actes et non des mots v, ce groupement s'est donné comme tâche de réunir en un même faisceau tous les amis de la « laïque » et de travailler à l'émancipation globale de notre jeunesse au point de vue moral, intellectuel et économique. La nouvelle Ligue
voudrait voir se clore la trop longue séiie des vœux platoniques, pour arriver enfin à la réalité des faits; modeste est son programme, mais elle en poursuivra la réalisation avec persévérance.
Après dix mois d'existence légale, cette société est fière de ses deux mille adhérents — appartenant d'ailleurs, en majeure partie, au personnel de l'enseignement primaire. Ajoutez à ces deux milliers de la première heure, les huit mille membres des sociétés similaires, venus spontanément à la jeune Ligue, et vous aurez une idée du succès réservé à l'initiative de ses fondateurs.
La presse cléricale, les patronages religieux ont vu tout de suite un danger dans l'obligation scolaire pour le deuxième âge. Les attaques de l'une et les clameurs de l'autre ont prouvé que la Ligue frappait juste et qu'elle venait au bon moment.
Cette dernière phrase suffirait à prouver quelle est ridée directrice des ligueurs : sans doute, ils proclament qu'ils veulent servir la cause de réducation populaire, mais leur première préoccupation est de la servir contre les catholiques. Ce sont des négatifs. D'une institution de développement intellectuel, ils entendent faire avant tout une institution de combat contre les croyances d'un grand nombre de citoyens français. Et c'est cela qui empêche le pays de se rallier à leur programme intolérant.
L'appel poursuit en ces termes:
... La nouvelle Ligue est du reste absolument autonome, sans la moindre estampille ni officielle, ni demi-officielle ; c'est pourquoi elle adresse un pressant appel à tous ceux qui, dans le grand parti républicain, veulent sauver l'œuvre ébauchée par nos instituteurs.
Le comité d'action de la Ligue est d'ailleurs composé à peu près exclusivement de maitres de l'enfance. C'est un gage pour les instituteurs qui pourraient voir, dans l'obligation de l'enseignement pour l'adolescence, une charge nouvelle venant s'ajouter aux charges anciennes.
D'accord en cela avec les conclusions votées au dernier Congrès de Nantes, la nouvelle Ligue estime bien qu'il appartient à l'instituteur de sauvegarder son œuvre, mais elle y met trois conditions : 1° les heures que le maitre consacrera à l'enseignement des adolescents viendront en déduction sur celles de son service régulier; 2° la liberté du jeudi sera respectée ; 3'^ tous les instituteurs participeront à l'éducation du deuxième âge ; ils recevront un complément de traitement annuel qui ne pourra être inférieur à 200 francs.
Il eût été étonnant que les instituteurs n'adhérassent pas à une Ligue qui travaille à faire augmenter leur traitement sans accroître leur travail — puisqu'elle pose en principe que les heures consacrées à l'enseignement postscolaire viendront en déduction des heures du service scolaire ordinaire.
Le 28 décembre 1911, la Ligue a tenu une assemblée générale sur laquelle r Aurore ^ fournit d'abondants détails. Dans son discours, le président, M. Soulet, s'est plu à constater le changement de ton survenu depuis la création de la Ligue dans les rapports officiels concernant les œuvres complémentaires de l'école : « Après avoir prôné l'efficacité des œuvres postscolaires livrées aux initiatives individuelles, leur robuste optimisme a disparu subitement, et il a fallu avouer qu'après quinze ans d'efforts loyaux, on avait fait fausse route, et qu'il fallait en arriver, comme nos voisins de l'Est, k organiser l'enseignement du deuxième âge sur des bases plus solides. C'est ce que va essayer de réaliser le ministre de l'Instruction publique, M. Steeg ayant élaboré, on le sait, un projet de loi concernant l'obligation pour nos adolescents de continuer à s'instruire après leur libération de l'école primaire. Nous ne voudrions pas exagérer la part qui revient à notre