‹ L'éducation populaireChapitre 8 sur 178 · Journal officiel, 20 juillet 1899, p. 4892 et seq · texte numérisé non relu

Journal officiel, 20 juillet 1899, p. 4892 et seq

2. A ceux qui, (l'une manière pratique, voudraient se tenir au courant des progrès et perfectionnements réalisés par les œuvres non confessionnelles, nous signalons la revue Après l'École, revue mensuelle et illustrée d'enseignement populaire (6 francs par an pour la France : — Administration : 35 bis, rue de Fleurus). M. Edouard Petit est un des directeurs de cette publication.

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puiserons pour raconter ce que fut la campagne postscolaire du côté de ceux que nous voulons continuer à appeler des « concurrents » bien que plusieurs d'entre eux nous traitent en « ennemis ^ ».

Avant dentrer dans le détail des faits, il nous faut noter une importante constatation qui nous paraît résulter des chiffres d'ensemble comparés aux chiffres des premières années.

Sans doute, les statistiques de 1898-1899 accusent un progrès sensible sur l'exercice précédent, mais généralement ce progrès est moins fort que pour la période antérieure. Il semble donc que nous approchions du maximum d'effet que pourra donner V « école prolongée » ; sur certains points, îl y a même un léger recul : ainsi pour les conférences populaires, il y en avait eu 117.752 en 1897-1898 et l'année suivante on n'en aurait donné que 116.822. La différence avouée est faible, mais elle indique nettement tout au moins un moment d'arrêt.

La chose d'ailleurs n'est pas sans inquiéter quelque peu l'enquêteur officiel. Il cherche bien à se rassurer et surtout à rassurer ses lecteurs. « Sans doute, déclare-t-il -, il se peut que, dans la suite, sur tel ou tel point, un tassement se produise, même un fléchisse' ment, mais, par contré, telle ou telle autre partie du système se fortifiera, se développera. Là où un cours prématurément ouvert, peu fréquenté, est exposé à se fermer, une société de conférences ou bien de lectures populaires, une association ou encore un patronage s'établira. » Ce sont là assurément de sages prévisions, mais qui ne dénotent pas une confiance inébranlable. Et,dans le rapport, il serait facile de signaler plusieurs

■1. On peut consulter aussi l'École nouvelle, \>3X M. Paul Beludf.ley Delagrave, éditeur, Paris, 1899.

i. Cf. îoc. cit., p. 4892.

notes analogues. Or quand on ne cesse de se répéter toutes les bonnes raisons que l'on peut avoir pour chasser la peur, on est bien prêt de céder à ce douloureux sentiment.

Mais qu'une fois de plus, on ne nous fasse pas dire ce que nous ne disons pas. Nous ne prétendons point annoncer la « faillite » de 1' « école prolongée », pas même sa décadence. Nous constatons seulement que le mouvement qui avait été si rapide au début semble quelque peu se ralentir. Il y a là un fait qui ne saurait passer inaperçu.

Nous allons maintenant examiner par le détail les résultats de la campagne 1898-1899 et nous aurons l'occasion de faire des remarques qui confirmeront ce que nous venons d'avancer.

Cours d'adolescents et d'adultes. — Les cours d'adolescents et d'adultes qui, paraît-il, ont été gênés « par l'extrême douceur de la température », ont cependant gagné en nombre : ils ont atteint le chiffre de 34.987 dont 25.738 de garçons et9.249 defilles. Mais on va voir que le progrès a été moins considérable cette année qu'antérieurement. Voici en effet les chiffres des campagnes précédentes :

En 1894-1895, il y avait eu 8.288 cours. 1895-1896 — 15.778 —

Ce qui nous donne les gains suivants pour chaque année :

En 1896 il y avait 7.490 cours en plus,

Ces chiffres que nous empruntons aux rapports of-

ficiels laissent prévoir qu'en ce qui concerne les cours d'adolescents et d'adultes, on aura bientôt atteint l'apogée : depuis 1897, l'augmentation va en diminuant très sensiblement.

Quant au chiffre des présences aux cours, loin d'être en progrès, il est au contraire moins élevé que l'an passé. Il avait été, en efTet, de 482.000 et il n'est plus, pour le dernier exercice, que de 438.000. De cette diminution qui correspond cependant à un accroissement du nombre des cours, M. Edouard Petit donne surtout pour raison la clémence de la température. Voici en effet ce qu'il écrit : « La clientèle s'est maintenue. Elle est à peu de chose près ce qu'elle était l'an dernier. » Nous ne pouvons pas ne point faire remarquer que l'enquêteur officiel est singulièrement optimiste; il nous semble cependant qu'un déficit de 44.000 personnes est perte appréciable. M. Edouard Petit poursuit en ces termes : « La clientèle ne pouvait croître parce qu'en pays de plaine l'on n'a pas interrompu les travaux des champs, parce qu'en pays de montagne l'on a pu vaquer à la besogne d'automne en pleine saison hivernale. Dans quelques régions, la clémence du climat a influé quelque peu sur la fréquentation. «

Cette constatation faite, recherchons quel a été le caractère de ces cours. Ce qui paraît être leur trait dominant, c'est le souci des choses pratiques, la « spécialisation localisée». Ainsi, à Carcassonne, la leçon d'ouverture a été employée à définir devant les adolescents ce que serait l'école du soir pendant la durée de l'hiver. On a dit aux intéressés : « Étes-vous entrés dans une maison de commerce? Nous vous enseignerons l'arithmétique appliquée aux opérations commerciales, la comptabilité ; nous vous apprendrons à rédiger une lettre d'affaires. Etes-vous entrés dans l'industrie? Nous

ferons avec vous du dessin industriel. Faites-vous votre apprentissage de tailleur de pierres ou de menuisier? Nous vous donnerons des notions de géométrie, qui pourront chaque jour vous être d'une réelle utilité. Bref, nous vous aiderons à mieux faire votre métier, et nous travaillerons à faire de vous de bons employés ou des ouvriers intelligents. »

Presque tous les cours ont compris deux sections. 11 y a eu des élèves illettrés auxquels il a fallu enseigner à lire, à écrire, à compter et des élèves qui sont venus soit se remémorer ce quïls ont déjà appris, soit compléter les connaissances déjà acquises. Ainsi on écrit de Mont-de-Marsan à M. Edouard Petit : « Ce que les jeunes gens de la deuxième catégorie demandent surtout et ce qu'on leur donne, ce sont des connaissances précises, applicables aux besoins journaliers de la vie. Savoir écrire convenablement une lettre, arpenter quelque peu, cuber, lire un plan, faire le cadastre, déchiffrer l'avertissement du percepteur, c'est là leur principale préoccupation. Le reste vient par surcroît. »

Du Midi si nous passons à l'Ouest, nous trouverons le même souci du pratique. Ainsi voici ce qui s'est fait à Redon et ce qui paraît s'être répété dans tous les départements de la Bretagne : « Chaque séance a été généralement partagée en trois parties : l'une consacrée à l'enseignement du français, l'autre à l'enseignement du calcul, la troisième à une causerie dont la matière variait selon les jours. En français, le programme comprenait : une revision méthodique des règles de la grammaire, des dictées, des rédactions pratiques (lettres d'affaires, réclamations administratives, quittances, baux, etc.). L'enseignement du calcul a porté sur la revision des quatre règles. Le calcul mental enseigné méthodiquement, le système

métrique, des problèmes usuels étaient journellement résolus, soit sur le cahier, soit au tableau noir, et on a en outre étudié les notions d'arpentage, de géométrie pratique, de cubage. Les causeries ont porté sur Thistoire de France (surtout contemporaine), l'instruction civique, la géographie (particulièrement celle de la France et des colonies), Téconomie domestique, l'agriculture, l'hygiène, l'enregistrement, le cadastre, les hypothèques. Dans les cours urbains, on a fait en outre du dessin. »

Nous avons voulu montrer par le détail le fonctionnement de ces cours afin de venir en aide à ceux de nos lecteurs qui auraient l'intention d'organiser quelque chose d'analogue. Il y a là une œuvre digne de tenter le zèle des catholiques intelligents et vraiment dévoués aux intérêts du peuple'. Mais je tiens aussi à faire remarquer qu'il n'est pas nécessaire de monter partout une « concurrence » : il y a des communes — j'en connais — où les cours sont faits sans hostilité pour les croyances religieuses et où même l'on accepterait la collaboration de chrétiens instruits. Il serait, ce me semble, singulièrement maladroit de transformer en ennemis des gens qui ne demandent qu'à vivre en bons termes avec nous. Malheureusement, très nombreuses sont les localités où il n'en est pas ainsi et où l'intolérance est venue corrompre des institutions, excellentes en elles-mêmes.

Les promoteurs de 1' « école prolongée » ont eu l'idée, pour encourager l'assiduité des étudiants volontaires, de décerner des certificats et des livrets postscolaires : le rapport officiel nous apprend que l'usage

1. Nous tenons à faire remarquer que, dans de nombreuses localités, les instituteurs congréganistes ou des caliioliques instruits ont organisé des cours du soir. Mais ces cours ne sont pas encore assez ré pandu3.

de distribuer des diplômes tendrait à se répandre. En outre, on voudrait aussi, en faveur des élèves méritants, obtenir des « sanctions militaires ». Voici, en effet, ce que dit M. Edouard Petit, et qui mérite de n'être pas oublié : « On ne peut que souhaiter à nouveau de voir les sociétés de gymnastique, de tir, d'instruction militaire, associer à leurs instances et à leurs démarches les groupements post-scolaires. Le « brevet de préparation militaire » qui est demandé par l'Union des Sociétés de gymnastique et qui permettrait à son titulaire d'être nommé caporal après trois mois de service effectif, aura plus de chances d'adoption si l'Union conjugue ses efforts avec ceux des éducateurs nationaux. L' « examen des recrues », pour emprunter l'expression à la Suisse, donnant droit au brevet, devrait porter sur le tir, la gymnastique, l'instruction militaire, d'une part; d'autre part, sur la lecture, l'écriture, l'histoire, la géographie, les quatre règles. Les notes délivrées par le jury seraient doubles. Elles s'étendraient à tout l'homme, muscles et cerveau ^ .

Cours de jeunes fdles. — Nous venons de voir que les cours d'adultes hommes n'avaient pas gagné en 1898-1899 : il n'en est point de même des cours de jeunes filles. Voici, en effet, la statistique officielle :

En 1894-1895, il y avait en tout 966 cours déjeunes fiU.s. 1895-1896 — 1.808 —

Il y a donc une augmentation sensible sur l'année

i. Depuis que ces lignes ont paru dans la 1" édition de ce livre, la « reforme » demandée a été en partie réalisée.

précédente : 1.820 cours en plus. Mais cette augmentation est moindre que celle de la période antérieure : 3.000 cours. Il semble, par conséquent, que là encore nous nous rapprochons du maximum d'effet.

Ces cours ont été suivis par 111.510 auditrices au lieu de 104.711 venues en 1897-1898 : il y a donc là encore un progrès, mais un progrès qui n'est pas en rapport avec l'accroissement du nombre des cours. Néanmoins, l'enquête officielle chante victoire : « Jeunes ouvrières, jeunes paysannes, dit-elle, reviennent volontiers à l'accueillante maison d'école. Ce que gagnera V esprit de progrès à la méthodique conquête de la clientèle féminine, on le reconnaîtra promptement. »

Dans ces cours qui « de plus en plus se transforment en réunions du jeudi et du dimanche », on a fait une très large place « aux connaissances d'ordre pratique, rapidement utilisables ». C'est l'économie domestique et l'enseignement ménager qui occupent le premier rang. Voilà une tendance que Ion ne saurait trop approuver.

La lecture publique. — Déjà, nous avions signalé le grand succès obtenu par les lectures publiques. Ce succès sest encore aflirmé cette année. A cela rien d'étonnant, car « elles adoucissent, elles atténuent l'aridité des cours techniques, professionnels; elles 'Uargissent l'horizon des auditeurs; elles versent un peu d'idéal dans leurs âmes; elles instruisent, disiraient et moralisent ».

Comme il y a là quelque chose de très bon en soi, qui peut être tenté partout et par tous, prêtres ou laïques, nous allons, à la suite de M. Edouard Petit, reproduire les notes et observations à lui communiquées par les instituteurs et les inspecteurs primaires.

Chacun pourra faire profit des remarques pratiques ainsi recueillies.

La lecture à une voix a été, cet hiver, en grand honneur dans les cours d'adultes; elle s'y est définitivement implantée : cela ressort de tous les documents. Ainsi « dans l'arrondissement de Vesoul où il y a eu 56 cours d'adultes, il a été fait des lectures dans 43 d'entre eux. La prose est généralement préférée. Cependant on a lu des vers dans une vingtaine de cours. Les lectures de récits à portée morale sont les plus nombreuses. « C'est, dit un instituteur, le seul moyen de faire accepter une leçon aux auditeurs. Viennent ensuite les lectures de voyages, les lectures géographiques, historiques, agricoles, littéraires, scientifiques, antialcooliques. » — De Cognac, on écrit : « Il a été fait de très nombreuses lectures, soit aux cours, soit à la fin des conférences. Il y a eu même des séances consacrées exclusivement à la lecture, et elles ont fait le plus grand plaisir. » — De Falaise : « Dans quelques cours d'adultes, un livre intéressant, pris le plus souvent dans la bibliothèque scolaire, était lu par tranches à la fin de chaque séance; l'attrait du récit contribuait à maintenir l'assiduité. » — De Domfront : « Les contes et nouvelles en prose ; les morceaux de poésie sur des sujets patriotiques ont été partout écoutés avec attention et plaisir. Quelques fragments judicieusement choisis dans les ouvrages des bibliothèques scolaires ont parfois suggéré aux auditeurs le désir d'emprunter les volumes afin de les lire dans leurs familles, et, en général, le goût de la lecture s'est notablement développé. » — De Redon : «... Plusieurs maîtres ont organisé des lectures publiques le dimanche, et le nombre de ces lectures publiques augmentera certainement l'an prochain. Le genre le plus aimé est celui des nouvelles courtes, intéressantes. Quelques

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beaux poèmes de Victor Hugo, de Coppée, plaisent également beaucoup. Parmi les prosateurs les plus mis à contribution, il faut citer Alphonse Daudet et Erckraann-Cliatrian. Léducation littéraire est ici trop peu faite encore pour qu en deliors de La Fontaine et de Molière, on puisse goûter quelque plaisir à la lecture des grands auteurs des deux derniers siècles. » De Rennes, on indique les morceaux qui ont le mieux réussi. Voici cette liste curieuse : « Victor Hugo {les Pauvres gens, le Cimetière d'Eylau) ; Lamartine [Mort des Girondins); Alphonse Daudet [Élixir du Père Gaucher, Trois messes basses ; extraits du Petit Chose) ; Molière (extraits de l'Avare et des Femmes savantes ; Legouvé (un chapitre des Pères et des Enfants au XI X^ siècle) ; Marbot (quelques pages des Mémoires). »

A Paris et dans quelques grandes villes, on ne s'est pas contenté de la lecture à une voix : on a organisé des séances de lecture à plusieurs voix. C'est le poète Maurice Bouchor qui a inauguré, il y a trois ou quatre ans, ce genre de distractions populaires ^ « Artisans, ouvriers, petits bourgeois, écrit M. Edouard Petit, ont fourni un auditoire fidèle, de vibrant enthousiasme. Maurice Bouchor, aidé de disciples tout animés de sa foi. lit des pièces classiques, les explique, les commente. Il fait aimer Corneille, Racine, Molière, à des demi-illettrés qui se laissent gagner à la netteté de ses causeries, à la verve de sa lecture. » A l'heure actuelle, neuf sections sont organisées à Paris. « Les séances ont lieu le samedi soir, car on peut se coucher plus tard, le labeur achevé, quand la semaine est finie. C'est la soirée par excellence des travailleurs qui se délassent des rudes jours de labeur par une prise de con-

\. Cf. Les Lectures popxtiaires, par Maurice Bolchor (brochure. Asiociation philolechnique).

LES QÎUVRES NON CONFESSIONNELLES. la

tact passagère avec un peu de joie et d'espérance fortifiante. »

La méthode de la « lecture Bouchor » commence à se répandre en province : « A Roubaix, la « Veillée populaire », lectures et intermèdes de projections mêlés, groupe dans les préaux d'école la famille entière : père, mère, jeunes gens. A Lille ^ professeurs d'université, de lycées — des deux lycées de jeunes filles et de garçons — font la lecture aux cours d'adultes. Même exemple a été donné par des professeurs à Agen, à Beauvais, à Limoges, à Marseille, à Chambéry, etc. »

Le rapport officiel de M. Petit nous fait connaître les programmes de deux ou trois de ces séances qui attirent toujours un nombreux public populaire. On ne les lira pas sans curiosité. Voici d'abord comment était composé, dans le XV® arrondissement de Paris, un « concert-lecture » : 1° mélodie (piano et violon), Rubinstein; 2° lecture de morceaux choisis du Peuple, de Michelet; 3° sérénade des Mandolines, Desormes ; 4° lecture dramatique : le Malade imaginaire.

Passons maintenant aux lectures populaires de Lille et voyons comment les organisateurs ont compris leur programme. A l'école Montesquieu, le 25 février 1899, la séance comportait : 1° lecture d'un conte de Guy de Maupassant; 2° conférence : l'École, par M. G. Lefebvre, professeur à la Faculté des lettres; 3° intermède musical ; 4° scènes du Cid. Le même jour, dans la même ville, à fécole primaire de garçons, avait lieu un « concert-lecture » ainsi composé : 1° lecture de pages du Germinal de Zola; 2" conférence : la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, par M. Petit-Dutaillis, professeur à la faculté des lettres;

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