LIV. I, CIIAP. IV
but^ elle doit user de son pouvoir avec une sage écouomie.
C'est une autre manière en effet d'énerver la volonté^ que de la laisser toujours soumise à une influence étrangère. Cette Saute on la commet aussi ; et l'éducation , en se dépouillant de nos jours de ses formes âpres et sévères, n'a pas évité ce second écueîl. Une servitude douce, volontaire même, amollit les âmes au moins aussi sûrement qu'une plus rude.
Souvent nous nous faisons illusion à cet égard: le plaisir que l'enfant paraît trouver à nous obéir, nous rassure; il nous paraît libre parce qu'il est heureux , et nous prenons son zèle pour de l'énergie. Mais quand la volonté ne s'est pas déterminée elle-même, quand elle n'a fait que suivre, fut-ce de plein gré^ l'impulsion d'autrui, on ne saurait compter sur sa constance. Dans cet état de demi-âssujétisseraent, elle peut se montrer vive, empressée, fidèle même, en restant étrangère à celui qu'elle meut , et dès-lors on n'en peut tirer aucun indice certain , relativenlent à k fermeté du caractère.
C'est là ce qui se voit souvent dans l'éducation. Obtenir l'assentiment de l'élève est sans doute un immense bonheur. Une fois qu'on y a rébssi , les plus grands obstacles semblent aplanis. L'obéissance n'a rien de servîle; tout s'exécute avec facilité^ avec joie; il y a du vent dans les voiles, et Ton avance rapidement. Cependant i! ne faut pas
86 l'éducation pàoghessiye.
s'y méprendre; Ce n'est pas eu adoptant les désirs d'un autre ^ qu'on apprend à se décider; et ce qu'on appelle la bonne volonté n'est pas la vraie. Un enfant animé du désir de plaire à Ses pai'enà peut vaincre les premières difficultés de l'étude j îl peut être un modèle de conduite tarit que fenvîe d'être approuvé d'«ux subsiste encore , et rester sans fbrce et sans consistance y lorsque ce inotif û*exÎ8te plus. Il faut qu'il ait appris à se proposèf un l)ut à lui-même'^ à choisir à ses périls et rls^ ques les meilleurs moyens d'y jpar venir. La dé-, termînatiori libre et réfléchie, la faculté de prévoir les inconvéniens attachés au parti qu'^^n a pris^ et la résolution de lès braver^ voîlS ce cjuî donrie une bonne trempe à l'esprit et de la fermeté au caractère.
Si donc l'élève à l'avenir doit rester maître de sa conduite , il • importe de lui faire suivre deux régimes en apparence opposés ; l'un d'assujétisse* ment, pour l'accoutumer à réprimer ses déûrs capricieux , Vautre de liberté , afin qu'il se forme en lui une volonté indépendante. C'est là une difficulté qu'on envisage rarement dans toute son étendue; aussi, et peut-être surtout dans les éducations les plus soignées , se dé veloppe-t-iï peu de caractères prononcés.
Une autre difficulté plus grande encore, c'est qu'on ne peut pas compter sur le secours de Télève pour corriger les défauts qui proviennent en lui de l'absence de fermeté. Il lui faudrait avoir, pour