LIV. I, CHAP. VI
veau y état à-là-fois humble et sublime , où la volonté se soumet^ où les intentions, se purifient^ où nous acceptons l'avenir, quel qu'il soit, que Dieu nous destine , et où il semble que sa loi sainte se proclame au-dedans de nous. La prière, enfin, refuge sacré où nos passions n'osent nous poursuivre^ source où se restaure la vie de Tame, la prière a sur notre cœur une influence puissante, immense, infaillible peut-être, et celui qui ne l'a pas éprouvée , n'a pas invoqué Dieu avec assez de persévérance ou de foi.
Esclaves par nos passions ^ a dit Rousseau , nous sommes libres par la prière. Jamais mot plus profond n'est parti d'un esprit moins prévenu.
Quand nous sommes hors d'état de résister de front à nos inclinations déréglées , nous pouvons les af&iblir en priant; c'est la même vérité en d'autres termes.
Le besoin habituel de communiquer avec Dieu^ de l'implorer dans ses peines , de lui soumettre ses désirs , d'examiner devant lui et sa conduite passée et se$ projets futurs , de lui demander la force nécessaire pour persévérer dan^ le bien et pour renoncer au mal , voilà ce que Fenfçint peut déjà sentir. Plus il sondera ses intentions en présence de l'Etre parfait, plus sa moralité se formera ; mieux il discernera ses moindres fautes , et plus la puissance réparatrice du repentir et de l'amour purifiera le fond de son cœur. Tel est le mouvement que l'éducation peut imprimer;
telle est rimpulstoâ énergique (j[iii traversera $afis s'anéantir les alternatites dé la volonté. Mais comment empêcher que ces alternàtiveé hë se retrouvent , quMÏ y ait de Plnégalîté dans Tamotii* dé Diea^ dans Pobéissance à sa loi sainte? cbmm^jit soustraire Méve h ces tristes variations^ qui sont pour tous un Sort inévitable ? Le relâchement desf intentions ne tarde pas à se rendre sensible dans les actes. Plus la conscience est devenue délicate ^ plus elle s^aperçoît , plus elle s'effraie dé ce qu'elle doit se reprocher. La crainte 'd'avoir Irrité le juge suprême^ jointe le plus souvent àuï suites malheureuses du péché , pourrait plonger Vntûe coupable dans le découragement^ dans le désespoir^ l'entraîner même dans les plus déplorables égaremensj comme l'histoire des fausses religions ne lé prouve que trop j il est donc essentiel que lé moyen de relever la volonté pendant la vie entière ^ soit aussi efficace que celui de là déterminer au commencement. C'est ici le triomphe du christianisme.
SoUs ce rapport^ un des plus Inipôrtans de tous ^ le caractère dlstinctif de notre sainte religion se montre dans tout son éclat. II est dans son esprit particulier d'avoir fait leur part à nos misères, d'être venue au secotirs du plus grand des maux , le péché. Sa loi , et comnieiit ne pas reconnaître à ee trait là Divinité ! sa loi est à-la-fois sévère et compatissante j ce qu'on entrevoit à travers ses mystères, c'est toujours l'alliance de la
|BStiee et cte te pitië^ et dand lé dftnglaiit Sacrifice du Sitireur do inonde , la vérité devient un sym^ bole sublima pour annoncer à l'homme coupable le pardon accordé k la foi et au repentir.
En effets ai Ton envidâge notre religion âoU8 le rapport de ton influence autdediin^ de nous^ on verra que sa ntoraîe^ la plus scrupuleuse de toutes avant les fautes^ 6ét la moins désespérante après. Bn fisânt les écdts des moralistes non religieux^ Oit y trouvé l'eiûpreinte d^une certaine dureté. De même que te société dont ils prennent en main les intérêts^ lis n'accordent point de pardon au coupable et ne se fient guère h son repentir. Sentant bien qu^ils ne disposent d^aucun moyen puissant de tégénéi'atien , ils ctoîent plus que Phomme pieui à une progressioii nécessaire dans le mal ; ils fdut dériver tous les torts de quelque fetisse dirêctîoil prisé dans Torigine , et , attribuant une importance éïagéréë aut premières impressions , Ils sont enclins, ainsi que Bacdu, à regarder ITiomme comme un faisceau d^habUudes.
Cependant 11 y à dutre chose que des habitudes dans Phomme; il y a un principe de vie, un principe réparateur ; mais te seule religion chrétienne
peutdonner à ce principe de l'activité, parce qu^élle sêtik dispose dans tdUs les momens de ce qui met en Jeu, respérancé. Elle seule â de Fespérance pôuf lé Coupable, côttiftie elle en a pour le mourâiit. Elle prend Thomme coiiime elle le trouve , tunocerit ou criminel ^ enfent ou vieillard, honoré
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OU méprisé des autres^ et toujours elle le soutient ou le relève^ toujours eHe a des motifs d'amélio* ration à lui offrir. C'est parce que l'esprit du christianisme est assez puissant pour former les liabi*tudes et pour les rompre , pour s'aider de l'influence du temps et pour vaincre cette influence , qu'il a un avantage unique et inappréciable dans le gouvernement de la vie entière.
Je ne 'crains pas d'en convenir , l'amour de la vertu peut exister daps de grandes âmes sans idée distincte de la religion. Comme le talent^ comme le génie^ cette noble ardeur est un don d'en haut ; il y a dans la nature morale ^ ainsi que dans la nature physique^ des œuvres sublimes de Dieu ; mais^ sans parler des espérances^ des consolations^ du degré même de perfection dont les hommes vertueux qui restent étrangers à la piété sont toujours privés , tant que le plus beau de nos attri* buts leur ftianque encore , je dirai que nous n'avons pas à nous occuper d'eux. Les qualités innées sont en deliors de la question. Ce que cherche réducation ^ sous le rapport du moins de la vie présente ^ c'est le moyen de réchauffer le germe des vertus qui ne se seraient pas naturellement développées.
D'autre part> il est des créatures plus nombreuses qui y sans avoir reçu aucune espèce d'impulsion y évitent les grands excès. Comme les tentations ne sont pas toujours fortes , le mérite' négatif est assez commun pour qu'il y ait une
bonne chance de l'obtenir ; 8i notre tendresae , $1 notre sollicitude pour nos en&ns sont modérées y si l'idée de leur sort dans l'éternité nous occupe peu y nous bornerons notre ambition à un lot pareil^ tout incertain qu'il soit encore. Le monde ^ Foipinion^ l'intérêt personnel même sont des freins. Mille motifs différens peuvent contribuer à retenir dans une ligne à-peu-près droite des êtres doués de bons sens. Mais le désir , mais le besoin constant, de se perfectionner au fond de l'ame^ la ferme intention de poursuivre un tel dessein^ quel qu'en soit le résultat au-dehors , cette intention , je le crois ,. ne sera jamais fondée sur des moti& purement humains. L'amélioration progressive du cœur ne peut être que religieuse ; je ne saurais du moins la concevoir autrement. Se composant de soins plus délicats que ceux qu'exige la simple morale ^ sa marche échappe à tous les regards. Celui qui veut avant tout rectifier ses motifs secrets^ s'abstient souvent de telle action qui paraît bonne , s'en prescrit telle autre qu'on JQgera mal : il doit donc renoncer aux suffrages des hommes^ et pourtant s'il n'avait affaire qu'à lui-même ^ il serait trop sujet au relâchement. Serait-on sur de persévérer dans une entreprise longue et difficile , si l'on n'avait d'engagement qu'avec soi? £c les prétextes manqueraient-ils^ quand on viendrait à se lasser des sacriBces qui n'auraient eu que soi pour juge et pour objet? Dieu seul e9t à-la-fbis en dedans et en dehors I, 8
de ttOUSHftkéliieë : êâ dedans , pont être témehi nos efforts ^ de nés motife , de nos ttioi&dres peii^ Bées; en dehors , peur que nouii puissions Tadorer, l%Bplorer , !c craindre , pojir que toutes lèi fondes idéee.morales^ objey de notre vénératien^ ta transportent dans un être sensible qui ntms Yoit^ qui nous eneourage^ qui nous plaint. DiM têt «ine sagesse vivante/ animée , une sagesse qui fttspiire et qui ^ou^e l'amùnt. La perfection /k lieaMé morale ont revêtu en lui une eslstnice in^ dMdudllej ell» parlent è notre cœur , et ^ioai>: muniquent avee nous. Ce besoin ai Imp^rl^l^ pour eeux qui aiment j celui de se mettre en ha»^ monie avec l'objet de leur dëvoftment^ e^ besolil dieviimt celui d'une amâioratlon constante. MoiM aentons que les mauvais mouvemens de notre amè Mmt l'obstacle qui nous sépare de Dieu , et àkê-^ lors cet obstacle diminue. Une influence salutaire pénètre en nous. Quand à Vidée du Dieu tiès-aaint se j<^nt celle du Dieu réconcilié^ du Dieu qui pa^^ donne, ce qu'il y a de plus élevé dans la contenir plaiion, de plus tendre dans la reconnalsmnéê^ eonaume, résout pour ainsi dire la masse du mal dans notre cœur , et notre volonté régéiitérée se plonge dans b source éternelle de toute bonté.
Cest ainsi que la religion et la niorales'appident réciproquement et se servent tour à tour de moyen et de but Tune à l'autre. Si Ton ose juger des desseins de Dieu , on croit voir que le développement moral de l'homme, ou le perfectionne-
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^e r« ^ ArM pM^iîti e'eit qii« YQulaat sui^tûttt lyi iippritAW la mopvi^niopt ^ il ae pliait paa le fHnm^ f}a»« 110 étatfuia. Si l'ôq re«ta dani laaphàra de Vhumanijté^ il paraît qua la reUgien^ pu Funiop da Fama 9vac Dieu daoa letampsetdafuFétaFnité^ doit è^ ifii-ba» Iç but de Fbpmme y et que FoIh s^rvation tQujoura plua exacte de la loi divine^ qui aat la loi morale en méoie temps ^ est la poute pav laquelle il doit atteiudve ce but. Alors le perfiso*tioMiemeat est an lui Feffet de Pameur ) il s'amë^ Uore ecmstampieat; mais loin de s'enorgueillir de atf progrès y ila^en aperçoit à peine ^ tant le mo» delà qu'il . a datant lai reste supérieur è lui«
Vinstitutaiir est à rég»d de Fen&nt ee qu'est lu Pravidance à l'égard de l'homme ; il veut son )3â«9 présent , son bien à venir^ celui de scm ama immiHPtalle^ et il étudie^ autant qu'il est an lui^ les ^tssràii da.Dieu^.afiii d'y conformer ses vues. En traçant afac rapidité la marche de la pensée chez l'isntîUltaup^ npus donnerons ici le résumé de nos
pri^cipe^.
4ppiiyé d'uQç part sur l'autorité du christiftr njsme , et 4a l'autr® sur celle de la conscience y il ose [NrpQOiiper que le but de l'homme dans. cette Tja pe doit point être le bonheur. La loi qui nma porte à jouir lui parait être celle de nos insttpiets aye«|^^ de la force matérielle qui n'ons
M G l'éducation PROGRESSIVE.
entraîne durant le sommeil de la Tolonté. Do4ner la prépondérance à la 1^ de l'ame^ à la loi qui oblige le sentiment moral elptoutes nos facultés intellectuelles à s'élancer vers là perfection , chacune dans la route qui lui est tracée y est la tâche qu'il s'impose dans l'éducation.
En examinant coinnicnt l'idée de la perfection se fDrme dans Tame^ il trouve qu'elle se compose de deux élémens , l'un qui tient en nous au besoin d'ordre , la régularité ; l'autre à celui d'admiration^ la beauté. Dans le domaine de la morale , la régularité n'est autre chose que l'observation de la loi du devoir^ tandis que la beauté^ comme les exemples les plus sublimes s'accordent à le prouver , offre surtout le caractère du dévoûment j et puisque Dieu est le seul objet de dévoûment qui exige de nous l'accomplissement de tous nos devoirs y nous devons nous consacrer à Dieu^ c'est-à-dire à la sainteté réelle et vivante , à ce Dieu^ qui sous les traits humains ^ nous est offert dans l'Evangile comme exemple lui-même du dévoùment et de la plus haute perfection.
Toutefois, l'instituteur doit mesurer l'étendue de . son plan sur la possibilité de l'exécuter. S'il parvient à tirer le meilleur parti possible des! facultés inégales de l'individu, le résultat , quelque, peubrillant qu'il puisse être, offrira toujours Tharihonîe et l'originalité de la forme, unies à la bonté du .fond. Mais pour que l'ordre règne dans le seift de rhornme, tout progrès partiel doit être arrêté,