MO L^EDUCATION PROGRESSIVE
Ce qui n'a rien à faire avec nos craintes et nos espérances reste toujours peu de chose pour nous.
Aussi tous les peuples se sont-ils occupés de l'état des âmes après la mort^ et ont fort peu songé à ce qu'elles étaient avant la vie. Dans la mé* tempsycose même l'imagination ne s^est pas mise en grands frais sous ce rapport , car elle n'a fait qufe reporter en arrière dans le passé les changemens de forme qu'elle se figurait dans l'avenir. A la vérité , Herder nous dit que , seloii les anciens peuples de l'Orient^ les âmes de ceux qui n'étaient pas encore nés habitaient au centre de la terre une région tranquille et ténébreuse. Là il ne s'offrait à ellesaucune forme distincte. Là elles attendaient la lumière^ le moment oii Dieu les appellerait^ et où l'heure de la naissance viendrait à sonner. C'est ^ ajoute-t-il, l'ancienne nuit dans laquelle Job voudrait faire rentrer sa vie.
Ces croyances à ce qu'il parait étaient restées ensevelies dans l'Orient ; du moins la mythologie grecque ne s'en est point emparée ^ Il semble pourtant que cette brillante imagination qui a revêtu de formes gracieuses tant d'idées philosophiques sur la destinée humaine , aui^it pu embellir
^ Anchise montre, il est vrai, à Enée (^/leû/.^ vi, y. 760 et suiv.) les âmes qui devaient habiter les corps de ses descendans ; mais comme ces âmes avaient déjà vécu sur la terre , on ne peut voir là qu'un souvenir de la métempsycose modifié au gré clu poète.
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celles-là. Et de même que la poésie antique nous a représenté les âmes arrivant en foule au bord de FAchéron ^ comme les feuilles chassées par le vent d'automne^ elle aurait pu nous peindre ces nuées d'esprits qui abordent de toutes parts sur notre terre I et qui dans les climats les plus barbares^ sont toujours confiés à l'amour maternel.
Mais si y selon l'opinion de l'église , l'ame est réellement une créature nouvelle , quelle idée ne devons-nous pas concevoir de cette force éternellement productrice qui évoque sans cesse les êtres du sein du né^nt ! Et tandis que les épicuriens de tous les âges se plaisent à considérer la Divinité comme la spectatrice oisive des effets d'une première création , quelle action immense au contraire n'exerce pas le foyer inépuisable d'oîi émane constamment la vie dans tout l'univers !
On l'a déjà remarqué^ la douleur introduit l'homme dans ce monde et l'accompagne quand il en sort. Une foule de sensations tumultueuses assaillent l'ame à son début. L'air^ comme un torrent rapide^ force l'entrée des poumons de l'en&nt et les irrite ; la lumière éblouit ses yeux délicats à travers les voiles transparens qui les recouvrent^ et quoiqu'il passe pour ne pas entendre^ il est difficile que ses propres cris ne lui parviennent pas. Souffrance ^ étourdissement , vertige , voilà ce qu'apporte à l'ame le moment mystérieux qui la plonge dans le tourbillon de la vie ; mais bientôt une sorte de stupeur et souvent un sommeil pai-
sible la dérobent à des impressiops qu'elle ne peut encope soutenir.
Il se passe pour l'ordinaire bien du temps avant que cette ame se donne à connaître. Tout est à demi convulsif ^ tout répond à des sensations ii^ternes dans les mouvemens de l'enfant ; il n'est qu'une seule de ses actions qui semble avoir un but, celle de tourner la bouche comme pour chercher sa nourriture, et de sucer ensuite ce qui liji jpst offert : aucune autre preuve d'instinct ne peijt être observée à sa naissance. Après huit jours il voit néanmoins , car ses yeux suivent la lumière } il entend aussi , car les bruits Sjabits le font tressaillir ; mais il existe encore solitaire et n'entre point en relation avec le monde où il vit. Peutêtre rapporte-t-il tout ce qui se passe hors de lui à ces sensations intérieures qu'il a seules éprouvées dans le sein maternel. Il serait alors à certains égards dans un état de rêve, puisqu'il y aurait en lui une suite d'impressions qui ne se manifeste- .raient point au-dehors, mais avec oette différence, qu'en rêvant nous attribuons à des objets extérieurs ce qui se passe réellement en nous-mêmes , tandis que l'enfant rapporterait à des sensations internes l'effet que produisent sur lui les objets extérieurs.
Néanmoins on peut douter qu'il en soit ainsi ; il est plus vraisemblable que l'enfant dès sa naissance est soumis à cette grande loi qui forde l'ame à reconnaître un monde matériel extérieur à elle; seu-