‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 33 sur 67 · LTV. II. CHAP. II · texte numérisé non relu

LTV. II. CHAP. II

lement il ne distingue rien nettement : toutes ses perceptions sont isolées et ne se réunissent pas dans son cerveau. Les formes qui se meuvent devant lui ne se dessinent point en images détachées ; sa vue n'apprécie aucune distance^ et peut-être^ comme l'aveugle-né , opéré par Cheselden^ sent-il les objets en contact avec ses yeux.

Il est possible que sans une intervention inaperçue du jugement et de la volonté^ nous fussions à cet égard semblables "à l'enfant. C'est ce que feraient soupçonner deux faits que je me hasarde à citer quoiqu'ils soient^ et le premier îurtout, assez difficiles à vérifier : l'un est que lorsqu'on se réveille brusquement il y a un instant indivisible où l'on voit les objets s'éloigner, ce qui prouverait que d'après la première impression, on les avait supposés près de soi ; l'autre , que dans un état d'extrême faiblesse^ les malades disent parfois que tout ce qu'ils voient est trop près d'eux : il leur semble que les images s'avancent sur eux, que les murs de l'appartement les touchent; apparemment parce qu'ils n'ont pas la force de surmonter la sensation.

Quelle distance de l'homme aux animaux dans ces premiers momens de la vie ! Qu'il y a loin de l'enfant au petit poulet qu'on voit, au sortir de la coque, courir, gratter le terrain, distinguer et piquer le grain de blé mêlé parmi le sable ! Qu'il y a loin surtout de l'enfant au jeune. chamois, s'il est vrai, comme on le raconte dans nos Alpes, que sa

iJU l'éducation paogressiyb.

mèrè^ prête h mettre bas et poursuivie par les chasseurs^ s'arrête^ dépose son petite le lèche une seule fbis^ et repart aussitôt en fuyant avec lui à travers les neiges et les précipices.

Cependant^ passe les premiers temps ^ je ne suis pas portée à croire TenSeint aussi dépourvu d^i>stinct qu^on se Timagine ordinairement^ et je vois en lui bien des mouvemens que les sensations et Texpérience n'expliquent certainement pas; tek sont les signes qui nous annoncent la première lueur de se%afiFections. Ainsi à l'âge de six semaines y le nouveau-né est toujours étranger dans ce monde^ rien n'y existe encore distinctement pour lui. Il ne sait pas que les objets qu^il voit sont les mêmes que ceux qu'il touche ; et^ quelque impression que ces objets lui causent, il ne fait rien pour les atteindre ni pour les éviter. Néanmoins, à ce point si reculé de développement, le visage humain l'intéresse ; quand rien de matériel ne fixe ses regards , déjà la sympathie agit en lui ; un air riant, un accent caressant, obtiennent de sa bouche un sourire ; de douces émotions animent évidemment ce petit être : nous , qui en connaissons l'expression, la retrouvons avec transport chez lui. Mais qui donc a dit à cet enfieint que telle disposition de , traits indiquait l'attendrissement ? Comment, lui^ à qui sa propre physionomie est inconnue, pourrait-il imiter celle d'ud autre, si une a^ction correspondante n'imprimait pas le même caractère à ses traits ? Il n'y a rien là qui tienne aux

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8eii8« Cette personne auprès de son berceau n'est pas toujours sa nourrice , peut-être n'a-t*elle fait que le déranger^ le soumettre à d'importunes opérations. M'importe^ elle lui a souri, il a senti qu'il était aimé^ et il aime. Il semble que Tame nouvelle en devine une autre et lui dise :je te connais.

Ce phénomène n'appartient-il pas évidemment à l'instinct? NW-ce pas. un effet opposé de ce pressentiment inexplicable qui fait fuir la poule alarmée à l'aspect d'un point noir à peine visible au haut des airs? Celle-ci, qui n^a jamais vu l'épervier, prévoit la cruauté et le meurtre ; l'enfant qui n'a encore rien discerné , prévoit la bonté et l'amour.

Nous sommes frappés de la lenteur des premiers progrès dans notre espèce, parce que nous les comparons sans, cesse avec ceux des animaux ; mais si nous refusions tout instinct à l'enfant, ce. serait la promptitude de son développement qui devrait paraître étonnante. Quand on pense que l'aveugle-né dont j'ai parlé, aidé du secours des quatre sens et de l'analogie qui existe entre eux, guidé par une raison formée et dirigée par des hommes faits qui lui apprenaient à se servir de son nouvel organe, quand on pense, dis-je, que cet aveugle a été six mois avant de parvenir à se conduire , et qu'après ce temps il a souvent commis de grandes erreurs , peut-on nier qiie Tenfant n'ait dû recevoir une assistance particulière pour commencer à exercer $e$ facultés ?

il esi pM àVàncê^iië i'avëttglë prorpbrtlcmAèl^ Utiiènil ighoraûi tïièmé qu'il ait on &p{]ite«tttl8dge S ftire^ Il doit fnéner dé frëttt ï^apptetttiêiti^ éê m éiH(| éeh«.- Gôihifii! éii siAi qdè 6'C8t. dû invyt» âii iatièBer qà'o'ti i-e^îlié les etreûré dé lé tMy «^ n'aura piÉ Aiatiqtié dfe dii-è à l'âfèugift qu'il dèf sM fiéconnéîti'ë àteë là ttiHità tôtttèà lëé) ftlfatèèl qd'il épferfcévHli; ëhéz lé nouvëad-iië nh têt èxârëiè§« dé être Hvré au bàsài'd et if â méjUé pfi «ttAf R6K qttë tofsc^âè l'enâiiit à bôtiitoéDéé il téttdre là ffifittf/ éë qii'll ite Mi qu'à l'âge dé cinq àti sii to«i«. GéM IJèitâani qtiànà il en à htiit où hèxtfi eést^Sf^ëBtê àprhà dèé ëxpëHéncè» bfedùcOtip ihéiàs pfdôd^éËl que celles de l'aveugle ^ il ne se trompe pht^^lttr lëê disianbés dès objets placés près âè M: M t^ùe de aôtititii âivëi>8éè ti'à-t-il pui dû àëqfûérif M métité ièmpi, avatit qdë lé Môyêti de ^ëni-iclif)^ dé celles dé^ autres, le Idtigèjgèj ffitt en sa pb^Sfeifèièn ? Goinméiit iië j3aè S^ëtètinéf éhcoré de U ihéilitë atéé laquelle il ^e rend liiâiirë dé ce inoyèn ? Té^ hoinmé dd peuplé donit lé vocabulaire jî'ëèt pas bëaticonp {»lu8 éténda que beliii d'un ëtif&Mt de irdis ans bien dévelopi)^^ èni^ilbiët^if: céè' mgniëà trois ànS à se méitré iU Mi d'oâe m^Hë ^Bbf^ré} si ôtt lé tfàhsportdlt dàtiê ùh |)àyi( fiott- Véàii, éf {H>Wt£(tit quel intifiéhsfe airâhtàgë U'âf-H-^l pifé â mille égards sdi* Fénfoitt ? il iTëst dé^ hm^ MtHê àvéé léf tl^ciiës de la tie i il st^it & ^tk>1 iéfi UHtfiga'géët il m éétintàt lé iHêcàÉtisiiië ^mM.

Il cherche enfin à «iiàtrtilfè, ld«d?é que l'enfant n'y songe pas.

Si donc les progrès des éùftné eut tôù» léS ^mïi de leor apprentissage égalent ceux d'urt hàiùiné feit siir nu «eul point en pârHcdlièr, h'ëét-il pas chnr qu'il eïiste en leur feveur des dispehsatiôns spéciales, c'est-à-dire qu'il y à en eux tirie éoufcé inconnue de confiaifisàncejji ou ce qu'on appelle de l'instinct ?

On parle trop de l'expérience j elle joué Hh rAle à certains égardé, mais non paé à itHis; kàh influencé qui eàt de nature h s'éteiidre aanà fcessè se distingue dans la première enfance à ses iticeftitudes et à ià lenteur j ainsi dans ce i[ui tient à soi» domaine j les éniarié répètent éterneUémént les mêmes essais 3 ils ont pu voir cinq centé fois que pour iàire tenir un objet debout il fallait le placer sur 9à base, et toujours ils le posent sur le côtéj ib répandent trois ans de suite les liquidé* hors du vase qui les contient avant de se douter [qu'il feut tenir ce vase horizontalement : c'est que l'association des idées né se forme guère daris ledr tête que lorèque leur sentiment est excité. Dans tout ce qui n'iritëressë pas leurs fietites passions, Pexpériencé est long-temps perdue:

Oo'y a-t-il à gagner, dira-t-on , pour la nature h^miiné à lui donner sa part de l'instinct des animaux ? tl y a tout à gagner pour notre dignité, r^ondi-ai-je, si l'on a contre le matérialisme une preuve de' plus ; tes questions ont pris de l'impor-

iAS L^iDUGATION PHQGRES5IYE.

tance depuis qu'on a voulu expliquer par de& sensations purement physiques tous les phénomènes des êtres vivans. Mais que fait-on de l'instinct dans ce système ? D'où viennent chez les animaux ces craintes et ces espérances qui semblent tenir à une sorte de divination ? Comment sans étude et sans modèle exécutent-ils ces constructions merveil^ leuses dont quelques espèces ont seules le secret?

Ce sont des faits inexplicables , dira-t-on ; mais c'est là précisément ce que j'avance ; avouer l'impuissance des causes matérielles^ c'est m'obligera reconnaître un ordre de choses plus élevé. Qu'importe que je l'admette pour des créatures inférieures ? Si à travers l'intelligence d'un iaible . oiseau y j'entrevois l'intelligence suprême > je me prosterne et m'attendris. Tout ce qui dans chaque espèce est admirable en soi et au-dessus des fiacultés qui lui ont été départies ^ me parait l'effet d'un instinct sublime^ rayon direct de la lumière d'en haut. C'est là ce qui donne à l'oiseau l'idée d'un nid, au nouveau-rié, celle de l'affection qu'il inspire ; à l'homme , celle de la perfection , de l'immortalité, de l'infini ,' de tout ce qui est trop grand ^ ou trop beau pour qu'il Fait rencontré sur la terre; ce sont ces sentimens involontaires et sacrés qui ne sont pas seulement en lui , mais qui sont lui et sans lesquels itne se conçoit pas lui-même.

Singulièî'e destinée des opinions humaines ! On a d'abord voulu faire une machine de l'animal , et

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quand ensuite^ séduit par la ressemblance^ on a prétendu réduire Thomme au même état , il s'est trouvé que l'exemple même de l'animal a détruit les vains sopbismes sur lesquels on voulait s'appuyer.

Plus on étudiera les enfons , je le crois , plus on sera forcé de reconnaître en eux des dispositions innées ; plus on jugora qu'il est des lois imposées à leur intelligenciB , lois qu'elle impose à son tour à ce qui lui vient des sensations ; plus on se convaincra que lés objets extérieurs ne font jamais que donner l'éveil ou fournir un aliment à notre ame.

: D s'écoule plus de cinq mois avant que l'en&nt ait encore l'idée de tirer aucun parti de ses mains ; leur destination lui est long-temps inconnue; et l'extrême lenteur qu'il met à la deviner prouve que cette découverte est chez lui l'œuvre tardive de l'expérience. Il regarde les choses et s'intéresse aux personnes bien avant ce temps ^ et paraît ainsi avoir^cu plus immédiatement l'usage du sens de la vue. D'ailleurs je ne puis supposer avec Barclay et d'autres auteurs que, parce que les rayons de lumière se croisent dans la pupille ^ l'enfant ait commencé par voir les objets renversés et qu'il n'ait appris à les redresser que par l'habitude. Les images sans doute se peignent renversées sur sa rétine comme sur la nôtre ; mais quand il est capable de comprendre qu'elles représentent des êtres réels , il a déjà jugé sainement de la position

fl66 L'iBDUGfTIAIV P)16<^ftff$8IVE.

jde toutea chofijea- Les sensations qui ont pu fv^ céder ce momei^t resterpnt toujours envdoppée^ d'un nuagis impiénétral^le po^r nous.

U est a^sé d'observer les tâtonnemens de l'expérience dans la manière dont l'en&nt apprend à se aeryir du tp^cher ; ce ^ns qui avait dû s'exercer avant les 9ntre^ • est tardif à obéir aux ordres de la yo^QJi^é. Il doit en que^qiie sorte recevoir Féveii du sen^ de la vue ^ dont ensuite, il perfectionne à son tour l'éducation. Yoici comment cela se

passe.

Aussitôt que l'enfant regarde , il jouit ^ après avoir souri à des visages , il sourit bientôt à tout ce qui fri^ppe #es yeux. Le plaisir de contempler tout cp qui brille^ l'agite; il se trîmousse, gesticule y et il arrive souvent que sa main re&contre I9 cho^e qui attirait son attention. Alors il éprouve une ^nsatipn inattendue, il s'étonne de ce qii^un obstacle arrête s^b mouvemens; enfin qi|and le retour fies mêmes pauses a sans cesse ramené les ïnèiif^e» effets, il prévoit ce qui résulterJkle ses geste;. Alors il tend avec intention sa petite main^ ipais comme il n'apprécip pas les distances y tou«cher ou ne pas tpucher est un jeu de hasard pour lui. A force de répéter ce jeu, il y devient un peu plus habile, mais pe n'est guère qu'après sept ou huit mois qu'il atteint à coup sûr les objets.

La main qui embrasse ces objets et en mesure les distances, est certainement pour l'enfant un moyen très*e£^cace d'apprendre à cpnnaltrele monde où

WMl»> î« cupij q(l'^^w^t ^ .«'en servir il ^ 4éjj^ pQl^i^ l''i4ise que }e iqéme porp^ peut fltre à la fq^ im i$( t«|ch|é, ^ lis aeip q»i l'a 9Pflm PJ5¥* I» lq> Bvmf â»mmf fSp qjii ^^fe U %i| pjrc^uwep, <c'pff qil^'pA. l^i y pi^ Av«i^cer )a ^puche y^« les oj^jç};^ qs'U Yfflat Umc^m, tpoif 94 q^ftt^ ^pipf i^c* exiyir im»a?»p| .4^ tei)4r^ )P n^ain; rbi9})jt)Uf4e qu'i^ fmnad )»«iit6t d^ ppirfeF ^ i^ l^Qupbe ^out cp qi^'i} fit«ît> prP9i?^r»if Wf^ qw 1^ lèvres ^t \^ ge»- |îi¥«s spi^t fs^ lui l'organe du |a/c|t )e plu# (s^pfS M If plus s^n#ible.

Quand le« seos^tiops 4^ l'en^t mp sont pli|^ îso)/ées, quaiullfï YW Pf J0 touclier ppnqpuf ^ftt à llii dpnmHT Vidiée 4>a iftêi^e oJ)j(Çt, i| ^ as^gq^Bf h plupart $is ^s îpfprf^iops ^ leuf pi^.^^ et Ip ^euil dBhyi» m% francbi pqm? l^i* Le mpnd^ extérieur liil apparaît soji)^ s^ ^oripe réelle^ ^t dèsk)» MB ÎAt^U^s^ ^ijt d^ r«p j4p* prpgFèg ; pi*i» ^ P9t f^pfflifEsepp^ chez \f^} le» premier» ggsaj^ dju langage qu'il ferait ))iex» cij^riem; ^'étifdiçr.

À Féga A§ m s^aines jepyîrqn, ^^fm^ te ^ffP M Jie» Wmes p9ir|ii§^nt « pp r/efp^rqpe p)ipz 1^ j^of^r

v&m'-w nn ^etit mur^urP fi^i't doux. XTe^t Fe]FT fum^oa â? la s»tis%ctipp , 4tf b^^n ^tre, q^'^ j^i); mtmàff^ 4#n$ )e repps. Fei; i^ peu c.es sq^ ^^ ^wumt fHxj^s 9cc#ptué; ; ils p£&iepta)/[»rs /de f^Pt tables exercices de voix , un ramage dont l'en£Bint s'amuse^ peut-être une imitation confuse du bruit que Ton fait en parlap|, R^ïHSSj^ ja fffl^ Um ^^

-f 82 l'éducation progressive.

serve certains dialogues dans lesquels^ les paroles delà nourrice et la réponse inarticulée deFenfiint^ of&ent à peu près les mêmes modulations^; souvent il adresse ce gazouillement à deis objets inanimés qu'il ne distingue pas des autres , car il peut se tromper en voyant la vie où elle n'est pas ^ mais jamais il ne la méconnaît où elle est. C'est tantôt un bouton de métal poli , tantôt un verre éclairé du soleil^ auxquels il parle ; il semble leur dire qu'ils sont jolis, qu'ils lui font plaisir; il leur montre de la bienveillance; quelquefois il poùssede petits cris joyeux et perçans, comme pour attirer leur attention ; cependant il n'y a point là de véritablelangage , si du moins on entend par ce mot lin moyen volontairement employé d'exercer de l'influence ; l'enfant ne demande rien , il n'appelle point, il n'attend aucun effet de sa musique.

Le vrai langage de l'enfant ce sont les cris : il 'les a d'abord poussés sans intention, obéissant à je ne sais quelle loi qui nous fait épancher notire douleur de la sorte. Mais quand cette douleur a été plusieurs fois soulagée et que sa bruyante expression s'est alliée à l'idée du secours dans l'esprit de l'enfeint, il a crié pour appeler, et il est entré alors dans le vrai domaine du langage. Les gestes animés, l'action de se pousser vers l'objet de ses désirs , ont auési conunencé chez lui involontaire-

1 Émiiley Ut. j, p. 6z, édit in-4^

ment et sont devenus impératifs par la suite j le passage serait intéressant à observer.

Les premiers mots de Fen&nt sont toute autre chose ; il se platt y en les prononçant ^ à exercer une &culté particulière^^ le pouvoir d^attacher un signe à un objet y et il l'exerce sans être mu par le besoin ou la passion. Yoit-il passer un chien dans la rue ? aussitôt il en profère le nom , tel qu'il a pu apprendre à le connaître , mais il le profère sans autre motif que celui de l'amusement; il n'est point agité par la crainte ou par l'espérance. S'il avait peur du chien ^ il pleurerait; s'il avait envie de le voir de près ^ il pencherait son corps vers lui en poussant des cris d'impatience; mais ce n'est que dans un état de calme parSeiit qu'il le nomme ; éprouve-t-il la moindre émotion , il laisse là ces mots ^ acquisition superflue et nouvelle , et il en revient aux cris ^ à la gesticulation^ son véritable langage. La parole n'est pas encore pour lui un instrument , et ce n'est que beaucoup plus tard qu'il en fait un usage utile.

Assurément il serait téméraire de conclure des premiers essais de la faculté de parler chez le nouveau né y à l'origine du langage dans l'espèce humaine ; cependant comme on a beaucoup dit que les langues étaient nées du besoin, et que c'étaient, des cris perfectionnés, je suis bien aise de certifier que du moins il n'en est pas ainsi chez l'en- &nt ; j'ajoute qu'il n'inveme pas les mots de luimême et qu'il ne fedt que répéter tant bien que

mal pftux qu'il a enteB4*^ ipieoum^Br ; il ii'appi^ pas même un aaiinal par son cri , à mpîaa qii^M^ ne lui ea ait doimé r.e:^empl£- JLfe langage pii^lé^ dans son ét^i^ h plus in&irme ^ e^l aimî le fyait d^ rimits^tion ou de renseignemefit, pt fismi t^gr jours un peu d^origîne 4trangèF4$.

C'est lorsqu'il « près d'une ^jfm^ gue l'^9lSm^ bëg^ye $es premier^ mpts .^t hasarde eg cfaffgpçiT lant se# premiers pas. Toujours ^m ^^ (itat 4^ dépendance absolue , il pp^de moim qiia ftoiitM les créatures yivwtes du ménie 4gc ]^ ii^oyei^ de veiller à sa propre sûreté^ et cependant il iàégluf» déjà les deux grandes prérogatives qui doiv^t relever si fort au-dessus des animaui:. I4 faculté dont je viens de m'ocçuper^ celle de désigner ]^ objets par des signes de convention a été souvei|$ signalée ^ ^ais il en est une autre aiis§i bçlle iH pourtant moips observée qui se déveboppe beau? coup plus tôt y je parle |de cette disppsition si gér nérale d^ns le premier âge qui porte Tenant à s'intéresser à une multitude d'pbjets tout-^r&it étrangers à son instinct de conservatipn. A six mois il ne vit déjà plus conc^ntf é en lutTfnâmei déjà la jeune eii^istence s'épanche au debpr^^ ^k l'esprit commence à former ces relatiops si étendues qui dpivent lui soumettre un jour le monde matériel^ et il s^occupe à tendre^ les fiis dans les* quels il enveloppera toutes choses. Les anipiaux les plus intelligens onrun c^cle ji'ii^tér^tf trèsreftrrâit ; ce qui est inutilp à l^ir sûretç ou à leur

Màuniti^o» ett nul pour eux; ib aiipeiit^ mais il» n'admirent pas, et la curiosité leur est étrangère ; l'en£mt au conti*aire s'amuse de tout , il a djes plaij^irs qu'on peut appeler désintéressés , tant la na* ture en est peu sensuelle ; Futile est nui pour lui , et le beau existe déjà ; teji qu'il le conçoit il le c^ ièhvfà , et sts yeux pétillent d'admiration ; sa petite Noix. éclate en hymnes de louanges tandis qu'il ne discerne pas encore ce qui lui sert ou lui nuit.

Il n'y a , je croîs , dans l'histoire des animaux que deux faits qui aient quelque analogie avec ceux-là y maïs c'est une £aussè ressemblance : l'un est celui du petit chat qui semble se divertir à filire mouvoir des rubans suspendus ou à rouler une boule de papier sur le plancher ; mais comme les corps en mouvement sont les seuls qui attirent son attention, il y a toute apparence qu'ils répondent à son instinct de chasseur, et qu'il y voit ou des souris ou des signes de leur présence ; l'autre fait se présente chez quelques petits oiseaux : le rossignol, par exemple, s'approche dés objets brillans et descend de sa branche pour les regarder; Falouette est de même attirée par l'éclat des miroirs ; mais ce sont là des effets d'inquiétude , d'éblouissement ou peut-être d'espoir de pâture ; on ne voit pas là l'expression d'un plaisir pur comme celui qu^éprouvent les enfens ; eux seuls conçoivent un vérijable enchantement à l'aspect des jolis objets, eux seuls s'y affectionnent , les re-

"156 l'éducation PaOGRZSSIVE.

connakseiit quand] ils le8 revoient , et $e prennent pour eux d'une sorte de passion.

Les jouissances de Fouie sont vives aussi chez les petits en£ans^ le bruit leur est en général agréable y jeX surtout la musique. On peut remar*quer à ce sujet que les plaisirs de l'oreille n'appartiennent pas aussi exclusivenient à notre espèce ^ que ceux de la vi;e , puisque les oiseaux sont sensi- • blés à l'harmonie comme nous. Ce rapport avec eux pourrait en indiquer un autre ^ et il ne serait pas impossible que les premières impressions musicales laissassent des traces aussi profondes chez l'homme que chez les oiseaux ; on sait queUe est chez ceux-ci l'influence des premiers chants qu'ils entendent ; des expériences dignes de foi nous ont appris que le ramage d'un oiseau offre la répétition exacte des sons qu'il a écoutés dans son jeune âge^ et que si on enlève de son nid le petit, qui vient d'éclôre , pour l'enfermer avec un oiseau d'espèce différente ^ il adoptera le chant de son nouveau compagnon ^

Il se pourrait donc qu'en faisant souvent en-, tendre au nouveau-né des modulations justes et agréables y on s'épargnât ainsi une partie des soins

^ Voyez le Mémoire sur léchant des oiseaux , de M. Daniel Barington , vice-président die la société de Londres , dans les Trans. phù., vol. 65, p. n , et dans le Journal de physique , juin 1774.

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que souvent on prend si laborieusement pour perfectionner ses organes dans un autre âge; du moins est-il certain que dans les femilles où la musique est habituellement cultivée^ il se forme de nouveaux élèves avec une extrême facilité; l'on peut même conjecturer que les grandes difîerences entre les dispositions musicales des peuplades limitrophes^ comme les habitans des deux rives du Rhin^ par exemple, ne sont que le résultat des premières impressions. Le chant ^ ce secours si puissant pour calmer les douleurs des petits en&ns y serait ainsi le moyen de développer en eux le germe d'un talent charmant , talent dont on s'occupe trop sous le rapport de l'art , sans apprécier assez son influence morale que les anciens connaissaient et dirigeaient bien mieux que nous.

L'éducation intellectuelle du premier âge ne peut encore consister que dans une préparation à L'exercice futur du raisonnement Le secret à cet égard consiste à fixer dans l'esprit de l'en&nt des perceptions trop fugitives , par l'intérêt qu'on doit avoir l'art d'exciter ; l'essentiel est qu'il recueille des faits qui se gravent dans sa mémoire et qui puissent fournir un jour des points de comparaison à son jugement. Mais pour recueillir ces faits il faut qu'il y prête de l'attention ; le défaut d'attention y et le vague qui en résulte dans la tête , est l'obstacle qu'on rencontre le plus souvent quand on vient à s'occuper de l'enseignement ^ cet obsta-

^88 L^lêDUCATION PAOCHÊSSIVE.

ele serait moins sujet à se présemer st les impres* sidiis qu'a commencé par reoetoif le petit eitfo&t avaient été nettes etdittinctes. Lors donc que son attention parait captivée par qnelqucf objet / ou doit se garder de l'en distraire : tout ce qui excité son intérêt 6u devient vtn surjet d'observation sert à son développement.

Toutefois il ne fendrait pas dans ce but chercher à i^edoublef l'intensité des sensations pure^ ment matérielles. On étourdit ou stupéfie l'àitièdfr Fènfeni en ébranlant ses feiblës organes. Le B^^ ccfuer violemment en le faisant sadtèr itt àéS genoiix, frapper fortement devant Itiî Sur <irié table oii contre les vitres , c'est user de tribjeiii rudes et mécaniques qui né lui font Stispetidi^ë èëS cris qu'en paralysant son mouvement intérieur j il faut au contraire, autant qu'on le peut, mettre l'intelligence ou le sentiment de moitié dans les distractions qu'on lui procure. Caresser èous ses yeux iin chien ou un chat , c'est développer feetté sympathie que les plus jeunes enfans éprouvent Si aisément pour les animaux ; hil montrer un |oK objet en le lui faisant examiner en détait y e'èSt fortifier son attention , et c'est aussi exciter en lui l'admiration , un des plus beaux toouveriiens de l'ame , lui donner à reconnaître des figures imitées , c'est réveiller chez lui l'imagination : il est enfin mille moyens d'en appeler à ses facultés nàis^ santés. Une fois que l'esprit « été mis en jeu par quelque impression , il s'| associai ^ il k dém^e, il

Liy« Il j CHâP. ui: iW

lui dbiHie de la netteté et dé Ja précision en s'en occupabti et e'esl ainsi qn'il ie forme et s'exerce. Varice sans excèi les sensations de Tenfant , en y faisant intervenir son moral lé plus possible^ telle est Fëducatlon de rintelligéncé dans lé prenlier âge. U cbd est aussi une pour le cœur dont il est' d'autaiit plits urgent de s'occuper que les disposi^ tions qui peurent la fayoriser sont plus fugitives.

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