‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 36 sur 67 · IIV. JI^CHAP, It · texte numérisé non relu

IIV. JI^CHAP, It

a^élance vers la porte avec vivacité, et la seule vue de son chapeau le transporte. Yeut-on le faire entrer dans une voiture, il frétille tellement d'impa* tience, cju'on a de la peine à le tenir. Le mouvement en lui et autour de lui est sa joie.

' Ce ne sont pas seulement les objets présens qui agissent sur l'enfant , leur représentation idéale a souvent le même pouvoir. S'il éprouve quelque désir vif, toutes les sensations du moment sont su^ndues^ on a beau vouloir le distraire, il ne voit, il n'entend rien autour dé lui, et son esprit est en entier fixé sur l'image de l'objet qui peut satisfaire son envie. Même quand il n'est ému par aucune passion, les scènes dont il a été témoin peuvent recommencer dans son imagination et l'agiter. Un enfant s'est-il beaucoup amusé dans la journée , le soir on ne peut pas réussir à l'endormir; ses yeux brillent d'un vif éclat, un rouge ardent colore ses joues; ses facultés, trop fortement mises enjeu sans doute, sont si occupées, que le silence et l'obscurité ne lui font éprouver aucun ennui.

Cette existence^ toute en dehors, toute dans les impressions présentes ou rappelées, se prolonge au-delà du moment oii l'enfant commence à parler. Il en reste de nombreuses traces dans la jeunesse, et on la retrouve à tous les âges chez les gens à imagination. Chez ceux-ci, la succession des pensées distinctes est moins active que celle de ces scènes en tableaux et des sentimens qui les

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accompagnent. Nooâ rétomboûft encore âûhi nue pareille manière d^étre durant noâ rêve». ÎÀ, tout est action , émotion , image , là , nous sommes plutôt passionnes que raisonneurs , et je doute fort que les têtes les plus philosophiques s'occupent beaucoup^ pendant leurs songes^ à chercha la vérîtë.

Ces résultats de la vitacitë des sensations dans une ame neuve peuvent aisément se «concevoir^ mais comment ne pas s'étonner davantage/ en voyant la facilité avec laquelle le petit enfant entré dans la sphère du monde moral. Des causes tout immatérielles^ des causes dont Inaction suppose un développenlent bien au-dessus du sien^ produisent sur lui des effets inexplicables. Nos impressions, nos sentîmens se transmettent à Tenfiint au moyen d'indices si légers , si peu uniformes ^ qu'on ne sait d'où rintellîgence lui en vient. Voila ce qui ne surprend point ceux qui , &ute de réflexion , trouvent tout simple que les en&ns soient semblables à nous, et voilà ce qu'ont à peine ôb« serve ceux dont le métier est de chercher dés causes.

Avoir recours à l'instinct , c'est sans doute renoncer à éclaircir de tels mystères; mais c^est pourtant à l'instinct seul qu'on peut recourir. H fallait qu'il y eût un moyen pour ainsi dire ^urnaturel de s'entendre avec l'enfant, avant qu^l pût suivre la route si longue de l'association des signes aux idées; aussi devons-nous reconnaître en lui

tme ktoaliê preêqM divinatolM^ eette cùmpréhm^

«ion sympathique qui le tieùt au courant de Oé ^foe fimif éprouvon*. La même faculté que nous *toni Tue se manileâter à Fàge de six semaines a ptis k celui d'une année un grand déreloppément. k o«t€e époque^ un en&nt mobile^ et par eonsé^ quent airancé^ lit les impressions sur les tisages. Votts voyess se reproduire en lui toutes les nuances de TCftre humeur} il ne sait d'où provient le chaiH' gement de vos dispositions^ mais il les partage, et en restant étranger à toutes les causes, il s'as-^ Sdde ft tous les effets. Ce n'est pas qu'il s'aflUHge précisémmt de ce que tous avez de la peine, ou jouisse de ce que vous avez dû plaisir, car il ne conçoit pàk son existence h part de la vôtre. II Tit en vous et sent comme vous, sans pouvoir hàf^ autrement. C'est un miroir où votre état moral se représente avec une étonnante fidélité. Plus tôt encore> et chez un enfant de neuf mois p f ai été témoin d'un fait que je rapporterai combine exemple. Cet enfant jouait avec galté sur les. genoux de sa mère, lorsqu'il entra dans là. chambre une femme dont la physionomie exprintmit une tristesse marquée mais cafane. Cette personne qu'il connaissait , sans ar^f pour elle d'aflBeclion particulière^ fixe dès-lors son attention. f^à-peu «on Tttage se dëcompo»e, se» joujodx tombent de ^es mai^s, et enfin il se jette en pleurMlt dans le sein de sa mère. Il n'avait point de peiir^ l^oint de pitié , point d'attendrissement : il

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souffîrait et il se soulageait de son mal par des

larmes.

De mème^ à l'âge.de quinze à seize mois^ un enfant qui assiste à uîie lecture sérieuse, et voit sur tous les visages l'expression du recueillement , est bientôt saisi d'un certain respect, et si vous ne prolongez pas trop cette épreuve, le même effet se reproduira dans chaque occasion semblable : voilà qui explique comment un sentiment en apparence trop élevé pour être éprouvé par l'enfance , le sentiment religieux peut germer de bonne heure dans de jeunes âmes. Une impression d'abord sans objet, mais non sans quelque analogie avec cette émotion solennelle qu'un culte sincère fait éprouver, se communique par sympathie à ^enfant. Il sent qu'il entre dans une région sainte; l'idée qu'il y a quelque chose de sacré s'introduit peuà'^peu dans son cœur ; et quand dans la suite on vient à lui nommer Dieu comme l'invisible objet de notre adoration éternelle, l'idée d'une puissance cachée ne l'étonné plus, il a cru éprouver l'effet imposant de sa présence.

Sans doute ces sortes d'impressions sont trèspassagères: ce sont des modifications aussi fugitives que des^mbres ; mais plus elles se répéteront, plus il' sera facile de les reproduire,, et dans peu, • on verria naître certains penchans qui seront aisés à cultiver. La marche du cœur humain n'est pas autre chose: des impressions légères d^abord, mais^ souvent réitérées, se prononcent de plqs en

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