S0 L ÉDUCATION PROGRESSIVE
yeux. Si c'est la difficulté d'articuler les sons qui l'arrête, il se tourmente, devient rouge, jusqu'à ce que le mot ait pris l'essor. Au commencement, il se contente à peu de frais , mais peu à peu il dcr* yient plus difficile , la syllabe accentuée qui d'abord avait excité seule son attention , est successivement accompagnée de toutes les autres. Il se corrige de lui-même et ne trouve point cet amusement à estropier les mots auquel les enfens ne de^* viennent que trop sensibles dans la suite ; la satisfaction de parler comme les grandes personnes lui suffît.
Le plaisir est si bien le mobile plutôt que le besoin de l'enfont , qu'il £ait . des discours beaucoup plus longs dans le contentement que dans le chagrin. Il devient éloquent lorsqu'il est animé par la gaité ou par l'espérance, mais quand on le contra; rie , il ne sait plus que murmurer , et le talent chez lui s'évanouit avec la joie.
Il semble donc qu'il y ait une dispensation particulière de la Providence pour que l'enSoint puisse apprendre à parler ; aussi les dons qu'il a reçus, passagers autant que remarquables, ont déjà perdu de leur vertu première quand son esprit est plus développé. Les enfans de cinq à si^ ans apprennent peu de mots. On voit, quand ils commencent à lire , qu'ils ne comprennent pas une foule de termes dont on s'est fréquemment servi devant eux dans la conversation. On dirait qu'une fois qu'ils ont acquis leur petit trésor de mots, ils se
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reposent et n'en cherchent plus. Ils savent donner des noms à la portion de l'univers qui les intéresse, ce qui reste en dehors les inquiète peu* Une sorte d'instinct les porte même souvent à repousser les acquisitions nouvelles qui pourraient troubler leur joie ou leur paix. Ilii sont contens , pourquoi demanderaient-ils davantage ? Leur bonheur est en sûreté comme dans l'enceinte d'une lie enchantée^ et les flots du monde extérieur grondent inaperçus autour d'eux.
La fotcilité à s'exprimer^ qui est très-inégale chez les enfans, n'est point généralement proportionnée à la mesure de leur intelligence. Souvent une élocution agi:éable et rapide ne prouve autre chose que le talent de retenir des phrases &ites , tandis qu'une manière de parler plus laborieuse et moins régulière , dénote un travail intérieur et le smn de confronter l'expression avec la pensée. Ce dernier cas n'est pas celui où il y a le moins à espérer de l'avenir , non que la mémoire des mots ne soit en elle-même une £ftculté précieuse , mais parce qu'elle dispense souvent de la combinaison dés idées ceux qui n'ont pas un goût particulier jpour cet exercice d'esprit.
. De méme)qu'un seul signe peut servir aux en£Bins à désigner plusieurs objets , un seul objet est souvent représenté dans leur esprit par diffiérens signes. Aus^i apprennentrils les langues divenses avec une extrême £ftcUité. Les sons a'endiainent dans leur souvenir conuiie les iihuges, et Un mot
^oiupigivé^ le» idiQmtis dt m ttélentpÉi •na#mbk <di03 Iwr» petitf dboaiitSi U o'y a partout aueiui -riâque de confusion^ quand la tnèma poraonna Vadreeaa toujours à l'anlaot daoa la tttèmelaiigDat Alora l'idaa de cette pei*«oiiiia (et liant, dànii «M aoutauir à celle d'une oertaina ntanière de t»H«ri U emploie cette Hiaaî^a en lui répcmdanf.
C'eat là aana douta un moyen eOinmode do iad* liter à l'enfant une acquisition importante^ mait je m eroia paa qu'il en rëaultàt un biell grand développement d'inteUigence; dif moina ne a0raîl41 paa comparable à celui que hït obtaour l'étttdà ti^g^ lière d'une langue* Xlett douteux quelactanaitoanoa purement pratique d'un idiome contribue beafi^ coup à former Teaprit* Àinai l'on ne voit paa queka babîtana dea paya frontièrea qui aarent toujours deux kngucB à la foia^ aient feaprit plua délié ifue les autres hommes. Et chez oas paoplea du nord> où lea en&ns apprennent dèa le berceatl à a'expri»mer dua plosteura ironies ^ les génies tranaco»dans ne semblent pas ilre plua abondana qn'^n^ leura> qaoiqu'ii règne généralement une facilité de compréhension très «remarquable. IL y aurait à cet égard des faits intércwans à obser w. L'union ^ la. pensée et de la parole ^eat si intime^ <|oelas efleta de leur première aasodatioil ne sinn'alefft 'ètreindilGéreMv L'inflMiiee d'une éducation foty- \glûUtimnLix eneonsé^u^M utile à étuâiwi^
Mats l'habixtide dto pat^sr correMement la htn-
goe maternelle sera toujours la plus essentielle pour les enBans. Une &ute qui pour ne pas être grave ^ n'en est pas moins très-difficile à réparer en éducation, ifeât celle de négligèf à cet égard l'emploi des dons si particuliers du premier âge. Les anciens n^avaient pas ce toirt ^ se reprocher , et les soins qu'ils donnaient dès le berceau à renonciation, pai^at traient actuellement minutieux et pédantes^es. Mais dans les pays surtout où la prononciation é&l Vtcfeilie et où ieé locutions le sont souvent, des soins pareils seraient un correctif heureux au mauvais effet de Tezemple. Il ne s'agit pas seulenient ici d'un agrément; ce qui tient au plus puissant moyen d^influersur l'imagination ne «aurail'élre envisagé eomme frivole. Le lan- ''^ij^ est l'extériefir de l^ame > et quel empire sur le bonheur ôtla môi'^tité deà autres n'exerce-t-on paapar ce moyen !
fSa l'iDirCATION «âOGMSSIVR.
LkVRE TROISIEME.
VàUOVE PB DSIIX X CniQ ANS.