‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 44 sur 67 · LIV. III^ CHAP. I · texte numérisé non relu

LIV. III^ CHAP. I

d'inspirer aux enfans cette modestie instinctive qui, pour être dénuée de motifs, n'en est que plus inîiocente.

Ce dernier objet , trop négligé dans la première enfance, est néanmoins bien. important. Au risque de paraître absurde, je dirai qu'il Test surtout pour les petits garçons. L'usage seul impose si sévèrement la loi de la décence aux jeunes filles qu'à moins d'une négligence rare, les mœurs de cellesci , dans l'ége tendre , ne sont exposées à aucun danger. Mais il n'en est pas de même à l'égard des hommes : les écoles ëont déjà un écueil pour eux , . et la manière dont l'enfant accueillera les mauvais exemples dépend entièrement de ses premières impressions. Les mères doivent donc être attentives ; elles doivent surveiller les bonnes et ne pas souffrir qu'il s'associe dans l'esprit de l'enfant aucune idée de gaîté à celle du manque de décence. Il convient que le soin de sa propre personne lui soit confié le plus tôt possible, et qu'il s'en acquitte solitairement. Dès-lors il prend souvent une pudeur craintive et presque farouche, mais comment craindre l'excès dans un mouvement qui s'allie de si près à la dignité de l'ame ?

II est des sentimens de moralité en apparence plus relevés qui commencent par provenir" d'une simple association d'images, et par conséquent d'une habitude ; tel est le respect pour la propriété. La vie de l'enfantrest surtout dans ses yeux; les objets qu^il voit constamment en regardant la

personne qu'il aime font partie d*elle-inême dans son souvenir ; les habits ^ lés petits meubles dont ellei se sert, ont pour lui beaucoup d'importance ; il se la représente accompagnée de ses attributs , comme nous voyons les dieux de la fable ; et quand il observe qu-elle seule fait usage de ces objets, il se persuade qu'ils lui appartiennent. Il peut même en devenir jaloux pour cette personne , lès garder c<»mme un chieii fidèle, et empêcher les autres J'en approcher. J'ai vu une petite fille de dix-huit mois qui pleurait si quelqu'un touchait le panier d<î sa bonne à la promenade. Un jour que cette même enfant vît une femme inconnue emporter de la maison une robe de sa mère , elle poussa des CI is affreux , scène qui se répéta le lendemain. Depuis lors elle a conservé de l'inquiétude .à la vue des étrangers, et lorsque ceux-ci partent le$ mains vides, elles les reconduit avec une politesse affectée ([ui cache mal son soulagement.

Ce sentiment, qu'il est aisé d'augmenter par l'exercice, peut donner une probité précoce à de très-jeunes enfans. Ils l'éprouvent naturellement et peuvent le transporter d'une personne à l'autre, bi<în différens en cela des chiens qui ne l'ont qu'à l'égard de leur maître et encore quand on les a dressés. Les enfans de dix-huit mois del'écoiç anr glaise de Spitalfields ne touchaient pas aux fruits du jardin, et respectaient les petites propriétés de leurs camarades. Il est vrai que les. maîtres Leur donnaient en cela un bon exemple, et qu'ils ne

Page 1