CHAPITRE IL
HABITUDE Z>B L'osélSSàKCE.
X Le devoir de roMissance est le aeid gae
^comprennent les petits-enfims.
^ Mndame ELuni^TOV. .
De toutes les habitudes du jeune âge y la plus nécessaire à former est celle de l'obéissance ^ puis^ qu'au moyen de celle-là on peut rompre à volonté ou faire contracter toutes les autres. Je regarde ici la docilité comme le résultat d'une habitude^ quoiqu'on pût la présenter sous un aspect plus relevé et la considérer comme une obligation morale. Mais à l'âge tendre dont je m'occupe ^ la pratique de l'obéissance réveille peu à peu l'idée du devoir, tandis que l'idée du devoir ne peut encore imposer l'obéissance.
En consultant l'observation^ on voit que s'il existe chez les enfans un instinct inné, d^indépendance ^ il est aussi des mou vemens également naturels qui soumettent leur volonté à la nôtre , quand
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du moins nous nous conduisons ayec «uite et fermeté. Ils adoptent souvent nos désirs par sympathie } de plus ils ont dû éprouver qU'il est inutile de nous résister^* et enfin ils sentent qu'ils nous appartiennent , et ils jouissent de nous appartenir. Une petite fille d'qn an n'a pas plus tôt une poupée qu'elle la regardé comme son enfant, jugeant que ce lien du cœur rend la possession plus complète. Ils comprennent bientôt qu'ils sont notre bien, et celui de tous le plus précieux , notre amour et notre -sollicitude le leur prouvent. »
* D'une -pareille idée , conçue sans doute confusement^ il résulte que les petits enfens trouvent asr sez naturel qiie nous leur interdisions certains actes. Comme nos prohibitions ont le plus souvent pour but leur conservation , et parfois celle des objets matériels dout nous sommes les propriétaires , il n'y • a rien dans les défenses qui les étonne quoiqu'ils les oublient à tout moment. Mais il n'en est pas de même des ordres: ils ont plus de peine à les comprendre , moins de docilité pour s'y conformer; et cependant ils leur sont souvent plus agréables, le commandement exigeant une action , tandis que la défense en inter** dit une. Alors, si l'action est de nature à leur plaire, il suffit de la leur indiquer. Enjoindre impérativement à uq petit enfant d'exécuter un or- * dre qui lui répugnerait, serait compromettre inutilement notre autorité mal affermie.
Une pareille distinction ne saurait à la longue
SSJi L'jJDUÊÂflON PâOCRËSSlVE.
être admise, puisque le prîncîpaVbut pour lequel l'empire nous est confié, la sûreté de Venfant, exige que nous puissions comnfander autant que défendre; mais il semble pourtant qu*il y ait, dans la diFFérence de sa soumission dans les deux cas y un discernement assez fin des droits légitimes d'un être libre. L*eufant est faible, il est indigent; on peut le priver dé tout, disposer de sa personne même, puisqu'il n'a aucun moyeu de résister, mais son ame est indépendante. On ne saurait le faire agir malgré lui , et il s*étonûe de la tentative. Il y a quelque noblesse dans ce «entiment, un germe de dignité qui ne doit pas être étouffé de force. Concilier le respect pour la fermeté du caractère chez l'enfant avec la nécessité d'obtenir de lui l'obéissance , est peut-être une des difficultés de l'éducation, mais non une difficulté insurmontable. En effet , si la, docilité du premier âge se compose de ses élémens les plus naturels et les. plus pur», il n'y a dans une telle disposition rien de dégradant pour l'ame. La sympathie est un principe exempt de bassesse; s'abstenir d'un effort inutile est le conseil d'une raison naissante parfaitement conforme à notre raison; croire qu'il appartient à ses parens est chez Tenfant l'effet d'une . tendre confiance; ce sera un jour l'origine du dé- ' voùment filial , yettn sublime et touchante , seule parmi les vertus humaines qui ait pu mériter le nom de piété. Une possession pour ainsi dire réciproque est le caractère distinctif de cette relation
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intime de père et de filg, relation unique au monde par sa sainteté, par la profondeur et le désintéressement des sentimens qui s^y rattachent.
Ainsi ^ long- temps avant l'âge où l'enfant se rend compte de ses motifs , on peut , sans mettre enjeu la crainte , sans employer d'autre ressort que la. sympatliie et la plus simple prévoyance, on peut, dis-je, lui donner l'habitude de la docilité. Dès^lors, malgré des vicissitudes et des oranges que notre imparfaite sagesse ne peut ou ne sait pas toujours prévenir, nous sommes généralement en possession de la puissance , et il ne nous reste qu'à en bien user.
Il est étonnant qu'on ait distingué à cet égard l'intérêt des enfans et le nôtre , puisque cet intérêt est le mêaie dana tous les cas. Une sévérité outrée &it le tourment des pères et des enfans dans chaque famille , autant que l'exercice d'une autorité juste et douce y répand de paix et de bonheur.
. La docilité , nous dit-on , n'a qu'un mérite temporaire; ce n'est point une vertu par elle-même, puisque Teilfent n'est pas destiné à céder toujours, ni à céder à tout le monde.
Ce dernier point est înCîontestable assurément, mais enfin l'enfant doit toujours obéir à quelque chose, il ne doit jamais avoir son caprice pour unique loi^ L'homme dans le premier âge obéit à ses parens , puis à l'idée du devoir que ceux-ci lui représentent, puis enfin nÀ la seule idée du devoit^
S36 i>'j£dugation pr(h;rbssive.
qui a pris une consistauce indépendante. L'objet de l'obéissance change seul , la vertu subsiste.
Mais quand oh lui vef userait ce grand nom ^ quand la soumission ne serait que la condition nécessaire pour recevoir le bienfait de l'éducation^ encore feudrait-il que cette condition fût remplie. Sans la pleine jouissance de l'autorité, les parens ne pourraient jamais s'acquitter de leur tâche auguste. Dites-leur d'user du pouvoir avec modération, avec justice; inais si vous alliez leur en contester \a possession , leur responsabilité serait annulée.
Qu'il existât dans la vie une obligation impérieuse , un devoir étroit et sacré , sans moyeh légitime de s'en acquitter, serait en soi contradictoire. Or, il n y a: rien qui nous soit imposé plus impérieusement par les lois divines et humaines que le soin d'élever nos enfans. Tous les biens dont on peut se former l'idée, la sécurité^ la santé, l'instruction , la bonne conscience ^ l'amour des autres , nous devons en faire jouir nos enfans , autai^t que s'étend notre pouvoir. Nous répondons de ces êtres si chers devant Dieu comme devant la société entière , et l'autorité , seul moyen simple de remplir nos obligations, nous serait refusée! Et, la nature , en nous les livrant faibles , nus , sans raison, que dis- je? sans connaissance, n'aurait fait que nous tendre un piège ! Elle nous aurait doués de tous les genres de supériorité pour nous réduire à l'emploi de la ruse ! Les vertus , les lumiè-