‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 47 sur 67 · LIV. III^ GHAP. II · texte numérisé non relu

LIV. III^ GHAP. II

res^ ne nous suffiraient plus! Il nous faudrait avoir la subtilité d'un diplomate , le talent d'un comédien ; inventer^ préparer^ jouer nou^mèihes des scènes pour accomplir^ nos meilie.urs projets^ pour obtenir les moindres concessions de l'cm&nce! Âh ! s'il ÊiUait renoncer à la vérité^ la paternité serait trop chère à ce prix !

Je n'en suis encore qu'aux premiers rudimens de l'obéissance I mais quand je développerai ce grand sujets on verra combien lesnnotiFs de persuasion par lesquels on essaie d'influer sur la vo* loiité dans l'éducation^ sont souvent £biux^ niais ^ absurdes. On verra combien les enfans en sont peu les dupés ^ et combien le conflit qui s'établît entre eux etiious^ cette dissimulation , cette hésitation réciproques^ sont destructives de l'énergie même que nos ménagemens avaient pour but de respecter. L'inconvénient de l'éducation rude et despotique est grand , mais le tort d'énerver la volonté n'est pas à sa charge. Un vieux sergent /qui a tdttte sa vie obéi à son capitaine , ne manque pas de fermeté avec ses soldats; ceux-ci^ rentrés dans leurs foyers» ont plutôt des habitudes trop impérieuses , et dans les siècles d'énergie ^ le pouvoir des parens sur les en&ns était illimité. La force.de la volonté^ comme la plupart de nos qualités , se propagent par l'exemple y et il en est dé même de la mollesse^ de làruse^ du goût pour la temporisation.

.Mais ce qui tranche la question , c'est que si les

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parens font Fabandon de leurs droits en théorie^ ils les reprennent au besoin par Je £»it^ et aucune telle opinion^ s'ils venaient à Fadopter, n'entraînerait chez eux que contradictions et inconséquences. Jamais ils ne renonceront à user de leur autorité^ ils ne peuvent pas y renoncer^ Faoïour est trop grand; l'intérêt trop vif^ la responsabilité trop forte. Ils n'abjureront pas la nature humaine. Quand a-t-on vu les hommes s'abstenir d'exercer leur pouvoir^ lorsqu'ils ne sont re'tenuSj ni par la peur, ni par le respect humain^ ni par la conscience? Et qu'on ne croie pas qii'up froid système puisse jamais à cet égard pénétrer au fond du cœur. Rousseau a beau vous avoir inquiété sur la légitimité de votre empiré, aussitôt que votre enfant s'exposera ; je ne dis pas à un danger réel, mais à un inconvénient léger, imaginaire peut-étre| lorsque seulement il vous impatientera à up certain point ^ vous le prendrez dans vos bra^ , vous remporterez. Vos scrupules , vos résolutions ^^ vos principes puisés dans Emile seront oubliés^ et la nature sera la plus forte. J'aurai tort ,. dire^-^o^s, — Oui sans doute; . mai^ le véritable tort ^ c'eft d'avoir adopté des principes que vos devoirs les plus saints .comme vas sent.imej)s les plu^ inviacibles vous obligent à violer.

Qu'un enfant qui a'a pas été imbu avec le lait de l'idée que la vploaté paternelle est t^uelqiiê chose de sacré; qu'un enfant avec q^iiL'oaa tou^ jours traité d'égal à égal , eu 1& raiso^nai^t j^ eir le

persuadant^ voie quelque chose d'odieux dans ce brutal abus de la force ^ il ne faut pas assurément s'en étonner. L'emploi du raisonnement suppose ;, che^ l'être à qui. on l'adresse^ le droit.de ^'^re pas convaincu ; celui de la sollicitation^ le droit de n'être pas tenté de la chose qu'on l'engage à faire } il y a donc trahison dans votre conduite^ et ^révoltei souvent les oris' aigus de l'enfant^ moat^rent qu'il en a le sentiment. Vous pouvez: compter qu'à L'avenir^ toutes les fois que vous recommencerez une exposition de motif^ il anticipera sur la catastrophe , et ne vous écoutera que tout juste ce qu'il faut pour vous mettre dans votre tort en vous réfutant. De là nait une relation insupportable , celle d'un père et d'un enfant , chacun timide et hypocrite à sa manière^ chacun visant à obtenir ce qui lui plaît sans en venik* auj^ éclats 9 se défiant l'un de l'autre^ et finissant par de l'humeur ou par une rupture ouverte. Ce dernier dénoûmen^ est dans le feit celui qui plaît le plus à l'enfant. Q vous force ^ pour vous* punir^ à user de violence^ et. vous êtes ol)ligé à être un tyran faute d'avoir su èlre un père. Dos caractèxes chicaneurs, égoïstes^ caprîcieiix^ intraitables quoique sal^ consistance réelle^ sont le fruit, hélas! trop ordinaire^ de cette imparfaite subordination.

Trop rigoitreuse autrefois , la discipline domes-> tique est peut-être trop relâchée maintenant; si le principe en est changé , si ce n'est plus celui de la soumission à la paiftwice^ ce doit être celui de la

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soumission au devoir. Il doit y régner un esprit plus pur ^ plus moral ^ ce respect pour la volonté paternelle qui exprime à ren£ant celle de Dieu.

Il est , dans la première éducation , une idée principale -.qui doit dominer toutes les autres et leur servir dé centre de ralliement. Cette idée est celle de la protection. Que la mère (puisqu'en parlant de très-petits enfiuis c'est surtout à elle que je m'adress^^ que la mère s'empare avec force d'un tel principe , et le système entier de sa conduite s'ordonnera. Elle verra s'établir les plus heureuses proportions entre la sévérité et l'indul-* gence^^ entre l'amour et la fermeté. Sans amour ^. la protection n'est pas vigilante^ elle ne s'étend pas jusque sur le bonheur y sur tous les intérêts de la jeune, existence ; sans fermeté^ sans le degré de sévérité qui l'accompagne nécessairement^ il n!y a plus de protection* Ce qui plie ne peut servir d'appui y et l'enfant veut être appuyé» Non-seulement il en a besoin ^ mais il le désire , mais sa tendresse la plus constante n'est qu'à ce prix.'' Si vous lui feites l'effet d'un autre en&nt, si vous partagez ses passions , ses vacillations continuelles , si vOu^ lui rendez tous ses mouvemens en les augmentant^ soit par la contrariété , soit par un excès de complaisance^ il pourra se servir de vous comme d'un jouet ^ mais non être heureux en votre prés^icè; il pleurera , se mutinera , et bientôt le souvenir d'un temps de désordre et d'humeur se liera avec votre idée. Vous n'avez pas été le soutien de votre.

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enfiaiit^ •vous ne Tavez pas préservé de cette fluctuation perpétuelle de la voloùté^ maladie des êtres faibles et livrés à une imagination vivjs; vous n'ayez assuré^ ni sa paix^ ni sa sagesse^ ni son bonheur^ pourquoi vous croirait-il sa mère ?

 la vérité les lois que nous pourrons imposer eaitraineront des contraventions^ et associeront ainsi l'idée au mal li certaines actions par ellesmêmes innocentes. Mais à l'âge dont je m'occupe^ il ne s'agit pas de la connaissance du bien et du mal, U n'est pas question d'éclairer la conscience^ nms d'accoutumer l'ejifant à en écouter la voix telle qu'elle est. Il a une moralité de sympathie , la seule qu'il puisse avoir. Le bien , c'est pour lui

de satisfaire ceux qu'il aime ; le mal d'être blâmé

d'eux; le pauvre enfant n'en. sait pas davantage; sans avoir même rien fait , il se croit coupable s'il voit dans les yeux de sa mère l'expression du mécontentement; et s'il lui avait causé une douleur véritable^ si dans un moment d'impatience il l'avait frappée 9 son. repentir pourrait tenir du désespoir. Dans une semblable occasion j'ai vu un petit eniant qui^ sans être menacé ni grondé même , renonçait à tous ses jeux ^ et le cœur gros de sanglots^ allait se cacher dans un coin obscur^ le visage tourné contre la muraille.

Tout inconstante tout variable qu'est ce sentiment e c'est pourtant la première lueur de la conscience. Le désir de s'accorder avec sa mère deviendra chez l'enfant le goût du devoir^ le besoin

S4fl l'^DVCATIOH PBO&U96ITE.

d'harmonie avec Dieu^ avec ce qm peut le min» nous représenter Dieu sur la terre. A la Yértié vê sentiment peut s'épuiser pir des appels iâdiscMti et trop répétés f de même qu'il peut s'afiaiblir par le manque d'aliment ^ d'exereioe^ de correip0fr« dance aii-dehors , mais c'est là ce qal atf ife ft tèus les sentimens de ce monde. Tous dépéf iMeiif déHi l'oiëiveté comme ils s'usitfat par une ftcitatlbn ilB* prudente et prématurée. Un enfont ëhM lM|tt€t 01 n'aurait pas cultivé le germe de cottsdêjdice qbi eiUM en kii n'aurait pas la vie morale*

S'abstenir^ comme le vaut ftoMseày i é^tûpéti» aii^tin devoir à l'enfisnt avant tj^'il ait la coftitaliM sance des diverses relations sodalei sur leiqttëHéi se Iblident lel devoirs^ serait dissoudre léè pM intimes et les plus sacrées de ces relations^ A l'Agé Où le jeune homme sait définir efUCt^meiit l'ëf^giM des rapports de £Bimille et leur ififluenee atff l'AT^ ganisatton de la société y il peut presque Se pilâMr de ses paréns^ et il n'est plus uni I euie fM# tafil lied auèsi néoessaire^ Ce serait d'ailleur« i'éëaMër de la marche naturelle que Rousseatl 6té\% Itflvre de si près. Là nature met en jeu les affeoflOfi» léràg^ temps avant le raisonnement; allé ne prOëMé point par ordre méthodique ; avec ^le éû ikë Miftk de commencement nulle part^ ou He là stirpreildl point à créct, et toujours il Seitiblè qu'elle développe^ Tout est en germe , rien n'est eÂCdre iëiôi chez l'enfiint; l'essMtlel est de M épprefldM I tirer parti de Itti-mimer Supposer th luidfe^ pfl^

«ipes^ des àeiitimeiM> parfois même des connais- SMI6ÊS qu'il n'tt pas acquises^ est souvent la meil-> kote ùianière de communiquer les uus et les fautres dans rédneation.

yenant à l'explication^ j'indiquerai ici les mëyéns les plus doux d'obtenir de bonne heure FdbéissaBoe. Au eommencemeiît ^ lorsque les faa*ktlttdes encore passives consistent dans l'attente de nos actions ^ le point important est pour nous Yu^ iiifbt'mitë de la conduite^ On doit éviter à Tcniant ks surprise! qui le révoltent ^ et rompent bru»* ^iienlent le cours de ses impressions. Lorsque les prëparatifi» de nos entreprises lui permettent de deviner nos« desseins ^ notre intention^ toujours aeoomplie ^ devient peu^à-peu une loi pour lui. De même qu'il a renoncé k is'opposer à nos projets , de même il renonce plus tard à exécuter les siens ^ lorsqu'il prévoit avec certitude nôtre opposition. Ce sont d'abdrd les actions seules qui éta blissent l'autorité ; car nos paroles ne produisent d'effet sur les petits enfens que lorsqu'elles ànnon*^ eeâit notre conduite. Mon amiyje vais vous 6ier ce couteau^ devient peu^&*peu PoséÉ cê cou^ lèauy et l'un est l'équivalent de l'autrea Aussi né doit «où d'abord interdire que ee qu'on peut empêcher^ mais on doit toujours empêcher ee qu'on a commencé par interdire. Ordonner d'à^ gif activement est, comme je l'ai dit^ dangereux p0iir l'autorité; et relativement eut défenses Atei^^t inttiite d'e^re^ qu^ lé ^ecif éafidif

SÀi l'iSducation progressive.

les croie d^abord permanentes ; il n^y toit que Tespression de votre volonté du moment* Vous avez beau vouloir enchaîna son avenir^ il u'éfntend rien à vos prétentions. // ne faut jamais monter sur les chaises, est pour lui : Je ne veux pas à présent que vous montiez sur cette chaise. Aussi vous désobéira-t-il long-temps sans révolte réelle en votre présence , €t à plus forte raison loin de vos yeux ^ car il né craint que de vous déplaire* Mais lorsqu'il aura souvent associé l'idée de votre mécontentement à celle d'un certain acte y à la fin il s'abstiendra de l'exécuter. Ë^s'il ne passe de vos mains que dans cdies -d'une personne qui empêche les mêmes choses par les mêmes moyens que vous, peu-âr-peu il se senûra sous l'empire d'une loi qui lui en interdira jusqu'à la pensée.

Ce dont il faut surtout se garder quand on veut obtenir la soumission ^ c'est de plaisanter. Le badinage suppose l'égalité, et aussitôt qu'on rit on abdique. Jouez souvent avec votre en£ant, témoignez-lui l'amour le plus tendre, mais une fois l'obéissance exigée , ne riez plus , ne caressez plus^ ne priez pas même. Yous 4exercez un droit sacré^ et le sentiment de ce droit s'affaiblit dans l'ame de l'enfiaint comme dans . la vôtre quand vous faites jouer tant de ressorts divers.

Les enfans essaient de mille tours pour mener à bien leurs petits projets, ou pour désarmer votre

résistance. Séduction , importunité, bouffonnerie^

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