CHAPITRE Vn
ATàHTAOKS D*tnf DiVBIO»FBnirT PAicOCB OAITS L« SBirTIMBlTT
mBLionmc.
L*«ili4lMM ik*ett pu na» ùpioitm ; ce a*Mt pM nos pins la négation d*nnêopt nion ; c*eftt nn aTenglement f c*est Fengonrdissement d'an organe moral.
J.-P» RiCRXià.
Jusqu'à présent^ j'ai beaucoup raisonné^ beaucoup recommandé l'examen^ beaucoup invoqué rexpérîence; peut-être ne m'accusera-t-on pas d'un aveugle enthousiasme lorsque je parlerai religion. Il me tardait d'en venir là j et pourtant je ne sais , mainti^nant que j'ai rempli mon intention en commençant par dépeindre l'en&uce^ une sorte de crainte pourrait me retenir; la grandeur du sujet m'étonne et m'interdit ; la faiblesse de l'âge que j'ai en vue me préoccupe. Gomment exprimer mon désir ? comment dire que je conseille de présenter à l'étroite intelligence d'un en&nt de trois à quatre ans l'objet qui surpasse toute intelligence^ qui ne saurait être embrassé par notre esprit dans son plus jparfeit développement?
Néanmoins^ je le dirai ^ dans la contemplation d'un tel objet , toute idée de mesure commune
Lit. îîî, feHAP. VIT. 307
s'évanouit ; en présence de nmmensitë^ tout parait placé au même niveau. Gompi'endrë Dieu ! qui le peut que Dieu même? Homtties^ anged^ ën- £ins^ nous ne pouvons que nous prosterner dev&iit lui. L'adorer , le bénir , obéir à sa sainte loi , ûoûs soumettre à ses décrets immuables^ entrevoir ses perfections sans pourtant les envisager dans tout leur éclat ^ tel doit être pour nous le |)ârta{j[e et du temps et de Téternité.
Pour remplir cette vocation universelle , Tenâlnt^ à plusieurs égards^ est heureusement doué. Moins enchaîné que nous par des habitudes enradnées , ses liens avec la terre sont moins étroits^ il peut croire â ce qu'il ne voit pas ^ aimer sans trop savoir ce qu'il aime. Des impressions graves et Solennelles se peignent parfois dans ses regards ; mais les mots pour tes exprimer lui manquent encore. Sa figure a donné l'idée dé celle des anges; radieuse^ céleste, touchante, elle a pu servir d'emblème à l'adoration des esprits purs« Tout son langage est une prière } conservant plus que nous le sentiment de sa faiblesse, il connaît aussi mieux son beèoin de secours ; la tendresse filiale est en lai plus intime : que lui manquerait* il pour s^approcher de Dieu ? La religion dort dans son sein, si l'on peut le dire; il £aut moins la feire naître que la réveiller.
L'ame est naturellement religieuse ; ce £eiit qui se montre en relief dans les annales du genre humain, peut se manifester dès k tendre enfonce;
308 l'éducation p aogrkssiv e ,
mais réducation doit le mettre au grand jour et c'est là sa tâche la plus importante.
Cette tâche doit être remplie indubitablement. Nous ne saurions affranchir l'enfant des lois imposées à l'humanité ^ même quand il s'agit de lui en communiquer le plus beau privilège. Le sentiment qui nous est le plus naturel ne se déclare que lorsque l'objet fait pour l'exciter nous est présenté^ autrement ce n'est qu'un désir vague^ un besoin non satis&it. Même dans cet état équivoque y un penchant qui n'a pas trouvé à s'appliquer ^ donne pourtant quelques signes d'existence. Il tourmente d'un certain malaise celui qui l'éprouve ^ et nuit au développement harmonieux de ses facultés.
L'ame qui n'exerce pas toutes ses forces subit un appauvrissement partiel ^ sans pouvoir se figurer ce qui lui manque. Un jeune cygne élevé lojin de l'eau n'aurait pas Fidée distincte de l'eau ^ mais il languirait; tour à tour agité ^ inquiet , ou livré à l'abattement ^ sa tristesse , sa maigreur y la teinte jaune de son plumage ^ indiqueraient assez que sa destination n'est pas remplie. Â Taspect d'une mare infecte, il pourrait s'y précipiter, et ce noble oiseau nageant dans la vase ne paraîtrait qu'un être vil, rebut et honte de la création. Mais donnez-lui la source vive ; que l'onde pure du grand fleuve vienne à restaurer sa vigueur , et vous verrez ce qu'est le. cygne. En peu de jours sa blancheur éclatante, la grâce , la majesté , la rapidité de 9&^ mouvemens, vous montreront quelle était sa na«
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ture^ quel ëlemeut avait manque à sou (Jéveloppement.
Tel est notre aine : elle peut vivre sans adorer Dieu, mais languissante et desséchée; elle peut donner le change à ses désirs et se plonger dans la superstition. C'est là ce qu^on voit sur les bords du Gange; mais sur ceux de la Tamise,. mais sur les rives de TÂtlantique où s'élève un monde nouveau, on apprend quel est l'essor que la religion donne à l'ame.
Développer le plus noble instinct de l'humanité en lui imprimant une direction salutaire , donner à mesure au jeune enfent l'aliment religieux qui lui. convient, en le proportionnant à ses progrès, voilà notre devoir , et des soins par eux-mêmes si doux auront le succès pour récompense. Mais plus nous attendrions , plus ce succès autrement infaillible deviendrait incertain ou difficile à obtenir.
Il semble parfois que ce soit une sorte de respect pour les choses saintes, qui détourne les parens d'en présenter l'idée à leurs enfans avant qu'ils aient atteint l'âge de la raison. Un tel scrupule serait excusable ; mais pourquoi ceux qui l'éprouvent en sont-ils exempts quand il est question d'autres objets auxquels ils vouent un grand respect? Élève-t-on un doute pareil quand il s'agit d'exciter quelque autre sentiment , nécessaire ou seulement louable? Avez-vous attendu, pour rendre cher et sacre à votre fils le nom de père, qu'il
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sût au ju8te en quoi consiste la paternité ? Ne lui avez- vous jamais prononcé avec amour le nom de sa patrie avant qu'il put se former l'idée de la relation de citoyen? Vous ne voulez pas laisser à' vo* tre enfant la liberté d'être ingrat envers son paySj et vous lui ménage:^ en secret la possibilité d'étrç ingrat envers son Dieu.
n est dans l'éducation religieuse deux buts di^ rens qu'il feut distinguer : celui d'inspirer à l'en- £ant des sentimens de piété ^ et celui de le inettre en état de répondre à ceux qui voudraient le priver de ces sentimens en niant la réalité de leur objet. Ces deux buts doivent être atteints^ ^\^1 & pas de doute ; mais si vous attendiez le moment fevorable pour marcher à l'un , vous auriez perdu celui d'arriver à l'autre. Il n'est pas du tout besoiQ de tendre à tous deux à la fois , l'en&nt n'est pas lui-même un incrédule à convaincre. Il est inutile avec* lui d'accumuler les raisonnemens; si vous suivez cette marche avant le temps ^ vous Iqi donnez une feusse science y je veux dire une science qui pour être vraie ne Test pas k juste titre à son égard ^ puisqu'il est hors d'état d'apprécier la solidité des principes qui en sont la base. Il en sera ainsi jusqu'à l'âge où il cessera d'être aisé de ^JUspOï- Ser de ses sentimens.
Il y a là^ j'en conviens^ une difficulté ijui nous contrarie et qui dérange la routine de l'éducation. Est-il question d'établir des vérités? nous voudrions poser des principes et en tirer régulièrement
Liv, inV CHAP. vu. 3M
des conséquenees. S'agit - il de communiquer des sentimens? nous cjestirerions pouvoir donner une idée exacte de l'objet auquel ils doivent s'appliquer pour apprendre aux enfans à ne placer leurs affections qu'avec connaissance de cause. Si nous avions présidé à la formation de l'être moral , nous eussions bien mieux arrangé les choses. On eût vu la raison éclore la première^ et rien n'eut été cultivé dans l'ame que sous ses auspices. Le ciel n'en a pas décidé ainsi. L'enfant aime déjà qu'il ne juge pas encore; l'ordre du développement de ses facultés n'est pas conforme à l'ordre logique , l^manière dont les notions entrent dans sa tète ne l'est pas non plus, et celle dont il les enchaîne n'est pas la nôtre. C'est fâcheux ; mais qu'y ferions-nous? Laisserons - nous flétrir les plus beaux dons par respect pour nos méthodes ? C'est la faute qu'on ne commet que trop dans ce qui tient au sentiment. Demander s'il faut de la religion à l'enfant , c'çst mettre en question s'il en faut à l'homme.
Je dis plus : il est si . peu nécessaire d'attendre l'âge du raisonnement pour donner de là piété à votre élève^ que, s'il avait atteint cet âge-là , ce ne serait pas, selon moi, par l'argumentatiou que vous devriez commencer. Présentées comme des fEiits et annoncées avec respect et simplicité, les vérités fondamentales de la religion peuvent être confiées à leur propre force , et produire d'ellesmêmes la conviction. Introduire ces grands sujets par la discussion , par les preuves , supposer des
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objections pour les réfuter ensuite^ c'est donner à la pensée une direction malheureuse qui nuit au développement du véritable sens religieux y direction trop souvent imprimée y direction difficile à changer et qui tend à faire un exercice d'esprit de ce qui doit être un culte de l'âme.
Ne fut-ce donc que pour mieux s'assurer d'éviter un éctieil^ l'éducation religieuse devrait devancer l'âge du raisonnement chez les élèvçs. Mais qu'on ne s'y trompe pas; je nç crains point du tout que la raison la plus forte^ la plus éclairée puisse ébranler les fondemens d'xme telle éducation. Â cet égard , les progrès même des lumières nous rassurent y puisque indépendamment du réveil de l'esprit religieux dans notre siècle y le vol plus élevé qu'a pris la philosophie a £ait reculer l'incrédulité. Yous obtiendrez un jour l'assentiment de la raison, soyez-en certain, mais &ites en sorte qu'elle ait quelque chose à confirmer, et pensez que la religion qui réside uniquement dans la tète est sans usage pour la conduite comme elle est nulle pour le bonheur.
Quel est le véritable objet de l'éducation religieuse? C'est d'apprendre à la jeune ame à communiquer avec Dieu , puisque le sentiment d'une telle communication , quelque abtfs qu'ait pu en faire l'enthousiasme , n'en est pas moins l'essence même de la religion. Sans la persuasion que notre appel est entendu, sans l'espoir qu'une réponse au moins tacite est obtenue^ qu'il redescen d je ne sais quelle
Liv/in% chAp. Vil. 318
bénédiction de l'encens biïert par la prière^ il n'y a plus rien de consolant, plus rien de régénérateur dans le culte, il n'y a plus même de culte, et Tame isolée cesse bientôt d'adresser un hommage inutile.
Pour établir ce commerce intime et sacré, pour produire le sentiment d'une telle correspondance, la route que nous ouvre l'Evangile est la seule connue, la seule assurée , la seule où nous trouvions du secours. Jésus-Christ, médiateur, intercesseur, rédempteur, aplanit de plusieurs manières les obstacles qu'oppose la nature humaine aux progrès de la religion dans nôtre ame. Se plaçant dans l'immense intervalle qui sépare des êtres bornés de l'Etre infini, des malheiCreux de la source du bonheur, des pécheurs de la sainteté éternelle , il approche Dieu de nos cœurs, il le met à notre portée, à celle des plus humbles d'entre nous. Cette innombrable multitude , condamnée à rester étrangère au langage des esprits cultivés^ entend un autre langage ; les ignorans sont appelés , l'âge tendre est appelé, tout marche dans la race humaine. Partout où se trouvent les dispositions si particulières k l'enfant, l'amour, la confiance^ la soumission, on voit Jésus -Christ s^offrir pour guide. En disant. Laissez venir a moi ces petits enfans , il semble nous avoir révélé et notre devoir comme parens , et l'esprit général de son culte.
Sans doute la religion dans son ensemble ne saurait être embrassée par l'esprit de l'enfent; le
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cortège auguste dea vérités qui la composent ou s'y rallient ne se déploie pas à ses faibles, yeux ; mais tout ce qui est amour et consolatiçn dans la piétéj tout ce qui soutient^ ranime^ enflamme nos ames^ et peut encore les réchauffer, sur les bords glacés du tombeau , tout cela , dis-je^ est d'ancienne origine y et doit commencer avec nous.
Puisque le caractère distinctif du christinnisme et les moyens d'instruction que fournissent les livres sacrés ^ nous permettent d'inspirer l'amour de Dieu à nos enfans , comment ne pas user d'un tel privilège ? comment ne pas prévoir que ce sentiment^ conçu de bonne heure^ jettera de pluspro*^ fondes racines dans le cœur ? Si la religion a une date^ si la naissance ne s^en perd pas dans les nuages de l'enfance, s'il est des souvenirs qui l'oi^t précédée , elle n'est plus la compagne inséparable de l'existence. De toutes les idées qui s'y rattachent, la plus propre à purifier le fond du cœur, la persuasion de la présence de Dieu n' a plus à-Iafois et la continuité d'une habitude et la profondeur d'une impression sans cesse renouvelée. Je ne sais si dans un autre âge on réussirait à l'introduire par la terreur; mais alors elle prendrait un sinistre caractère. C'est à l'époque où la nature entière nous sourit , oii tous nos semblables nous aiment et nous protègent, que l'idée d'un Dieu ami, d^un Dieu protecteur, s'empare aisément de notre ame. Et quelle bénédiction qu'une telle idée! qui peut en apprécier le bienfait l qui s^ura ce
qu'est pour nous un fond d^espérance qui ne s'é* puise jiimais , qui nous montre un monde éclatant au-delà de ce monde , une perfection céleste audelà dci la perfection humaine ;, un bonheur plus grapd^ plus pur que celui dont on peut se former ridée ici-bas^ et enfin qui nous persuade que les mauK eux-mêmes sont pour notre bien ? P^oilà qiÇilme tue^ dit Job ^^^ ne laisserai pas d* espérer en lui. plus de solitude ^ plus d'exil ^ plus de vieiU lesse ^ plus de n^ort ; Dieu est là ^ il nous soutient j il nous entend y il nous parle^ il nous rassure; et ai le danger est grande imminent, inévitable; si les ombres de la mort nous environnent, c'est qu'il veiJit nous recevoir dans son sein. Une lumière douqe et colorée se répand sur tous les objets ; une atmosphère d'amour enveloppe la nature entière ; les hommes , les animaux , la création matérielle même , les plantes , les ruisseaux , les montagnes , tout est aimé! tout est l'ouvrage de Dieu, tout est un langage dont il se sert pour nous dire qu'il est notre père ; et la paix , le bonheur qu'il répand dans Famé nous le dit bien plus.
Quel autre temps que celui de l'heureuse enfance^ choisirions-nous pour communiquer de telles impressions ? Quel autre temps pour faire un plaisir de ce qui sera toujours un devoir ? Il faut que la vie soit dans. sa fleur pour que la religion soit dans sa joie} il faut qu'elle l'embellisse dans toute sa beauté. Quand cette beauté se fanera, quand récl«t qui environnait ce monde terrestre aura dis-
paru^ alors le ciel^ comme dans la nuil^ paraît^ sans doute étincelant de lumière ; mais il fera sombre autour de nous. C'est pour la jeunesse seule que le soleil d'en haut resplendit dans tout Funî^ versj c'est à elle seule qu'est accordé de glorifier Dieu par de grandes œuvres; c'est à elfe seule qu'est prodigué le trésor des saintes émotions de la piété^ émotions dont le ravissant souvenir fait encore pressentir la félicité éternelle à cet âge avancé où l'on n'inventerait plus le bonheur.
Prétendre remplacer par un coup d'éclat, par une scène théâtrale , comme le veut Rousseau , la puissance des longs souvenirs et des premières habitudes, c'est mal connaître le cœur humain i Mille circonstances imprévues feront que la scène manquera , et dut-elle réussir, jamais elle ne produirait qu'une impression passagère. Bientôt la vie reprendrait son cours, et emporterait les idées religieuses , tandis que le cours même de la vie les ramène quand on a eu soin de les associer avec tous les souvenirs du jeune âge. D'ailleurs ce ne serait jamais le christianisme qu'on pourrait introduire ainsi , et l'on n'aurait alors qu'une religion san5 influence.
La religion doit être un mobile; c'est là le point de vue dont il ne faut jamais nous départir. Quand on la considère ainsi, on voit qu'il est essentiel de prévenir la formation d'autres mobiles qui agissent dans un sens opposé ; je dis plus ^, il l'est même de pouvoir lui subordonner ceux qui
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agissent d'ordinaire dans le même sens. Ainsi la crainte du blâme ou Fhonneur du monde. I Tintérêt bien entendu y le besoin d'agir utilement , tous les sentimens honnêtes qui secondent le plus souvent l'action delà religion^ doivent croître sous son ombre. Cultivés comme motifs accessoires^ ils sont bons^ ils sont utiles^ ils ont leur place marquée dans les occurrenceavariées du temps ; mais chacun d'eux porte en soi un venin caché qui ne tarde pas à se manifester lorsque l'influence n'en est pas combattue ou balancée.
Ces idées sont si grandes et si fécondes , que je sens mon impuissance à les exprimer ; je ne puis qu'indiquer rapidement ce que Texistence éternelle d'un ange suffirait à peine à développer. 11 &ut donc abréger ; mais je finirai par une considération d'un autre genre , présentée à une autre classe de lecteurs.
J'ai parlé jusqu'ici aux parens qui craignent qu^il n'y ait pas assez de religion dans leur famille ; il me reste à m'adresser à ceux qui redoutent qu'il n'y en ait trop , quoique ce dernier sentiment se rapporte^ selon moi ^ à un bien faux point de vue. La religion c'est . l'amour de Dieu exprimé par l'obéissance à sa volonté. Et comme la volonté de Dieu y telle qu'il l'a gravée dans notre cœur et annoncée plus expressément dans l'Evangile^ est que nous accomplissions tous nos devoirs, nous ne pouvons pas plus trop aimer Dieu que trop aimer le bien dont il est la source éternelle. La morale
3^8 hiDtùkTïbH p&d6RÉI»tyB.
chrétienne est la momie pw eteéUeilée* H ft'êit aucune déviation habituelle de k vettii la plus seffèn ou de la délicatesse la plus scrupuleuse qui ne suppose une altération correspondante dans Tesprit du christianisme | la loi est toujours là pour condamner les transgresseurs , et pour tndn-^ trer qu'ils en ont violé le principe «
Si Ton examine de bonne fbi les torts dont bû accuse les hommes qui ont déployé hautement rétendard du christianisme'^ on verra que ces torts sont dus à l'action nécessairement incomplète d^un principe régénérateur au milieu d'une société corrompue , à l'état de lutte où se trouve un tel prin^ cipe dans le monde , dans les ftimilles , Ahnê le sein même de l'individu. Que prouve TinGonsé^ quence tant reprochée à certains personnages qui se croient saints^ si ce n'est Tei^cellence d'une doctrine dont la pureté contraste avec les fiiiblesses dtt cœur humain et donne une couleur ddieuse à Ses vices ? Que prouve l'hypocrisie dont sont coupable! les feux dévots y si ce n'est que la réalité des vertus chrétiennes est assez reconnue pour qu'il y ait dé l'avantage à revêtir l'extérieur de la piété ) Que prouve enfin le feinatisme^ malgré le Juste effiroi qu'excite ce mot , que prouve^t*iI y si ce n'est qu'il y a une telle beauté , une telle grandeur dàni \eê idées religieuses , qu'elles sont accompagnées d'un tel bonheur > que la passion peut s'y attacher malgré leur- nature immatérielle. Réprimons tout mouvement désordonné ^quelque noble qu'en soit
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rorigine ; mâig pour prévenir ce genre d'excès comme tout autre ^ jamais nous ne trouverons de frein plus efficace qu'une éducation chrétienne commencée dé bonne heure et conduite judicieusement. .
Quand un sentiment très répandu parmi nos semblables est en même teibps trop naturel pour que nous puissions en tarir la source, le seul moyen sur d'empêcher qu'il ne s'exalte, est d'en diriger nous-mêmes le^ cours. Gomment feriez*vous pour soustraire votire fils à la puissance de la religion 7 Le culte ne se célèbre pas seulement dans les temples ; mais telle qu'est faite la race humaine, une voix de. prière se fidt entendre de toutes parts. La poésie , les arts, le théâtre même, reproduisent l'image deê choses célestes tout en l'altérant quelquefois. En tout lieu sur la terre, la faiblesse opprimée a recours à Dieu , l'innocence méconnue en appelle à lai; la douleur Tinvoque dans ses larmes. Où emmenerez-vous votre enfant pour que des émotions si pénétrantes n'é-^ branlent jamais son cœur 7 Les plus fortes impres<* nions sont causées par l'atteinte de certains coups soudains qui frappent l'ame à l'improviste. €'est livrer un ressort puissant à la merci des évène<* mens et des hommes , jque négliger de vous en emparer à temps.
Qu'on le demande aux enthousiastes de tous les cultes , ou font-ils leurs prosélytes les plus ardens? ËstK^e dans ces familles pieuses et bien réglées où
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les habitudes chrétienDes sont contractées dès le berceau? Non^ sans doute; c'est parmi ces êtres abandonnés qui sont long-temps restés étrangers à la religion. Soit que les égaremens des passions ou une éducation toute mondaine aient détourné les pensées de l'homme des grands intérêts de Fé* lernité ^ quand une fois ces intérêts lui sont présentés ^ quand il envisage en plein la destinée d'une ame immortelle y nul ne peut répondre du cours que prendra son imagination. Résœver pour l'âge le plus dangereux la nquveauté d'idées toujours frappantes et souvent terribles^ c'est risquer une révolution trop brusque pour les feibles humains. Une conversion subite est une crise souvent heureuse^ parfois nécessaire^ je l'accorde; mais enfin ^ c'est une crise qu'une éducation pieuse a pour résultat d'épargner.
Cette dernière réflexion n'a pas échappé à quelques auteurs, il en est de bien peu dévots qui ont conseille , je répugne à le dire , une sorte d'inocu-* lation des idées religieuses ^ afin d'en amortir de bonne heure l'activité; H y a du vrai dans l'obser* vation. sur laquelle un tel conseil se fonde; mais le but en sera manqué lorsque^ pour plus de su* reté^ on se bornera à l'enseignement d'une doctrine sèche y d'un christianisme purement nominal. Si jamais une religion vivante s'élève dans l'ame^ on rencontrera le danger même qu^on avait voulu éviter. Il &ut que le mouvement soit imprimé pour qu'on le dirige ; ce qui n'est rien n'empêche
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rien. Un culte qui ne vient pas du cœur n'est pas un culte ^ et il ne produit pas plus d'effets heureux qu'il n'en détourné de funestes.
Soit donc que vous désiriez préserver votre ]en- £Gint des égaremens du fanatisme^ ou de la désolante aridité d'une existence sans espoir y il n'est jamais qu'une route à suivre : inspirez-lui les sentimens d'une douce piété. La religion qui pé« nètre le cœur dèsTenfance^ prend la teinte heureuse de cet âge et s'allie à se» innocens intérêts. Unie à tous les plaisirs^ elle n'a rien de triste; aux études^ elle n'a rien d'étroit. La culture intellectuelle et la culture religieuse j obligées de marcher de front ^ suivent une direction commune et se transmettent un caractère de raison et de sainteté. L'œuvre entière de l'éducation est facilitée. Ce qu'il y a dans l'ame de plus intime ^ le sentiment religieux y ajoute de la profondeur aux affections de la nature. À peine la religion commencent- elle à préluder dans le cœur que déjà fidèle à son beau nom elle lie \ Cette chaîne qui attire les hommes à Dieu nous ramène aussi nos enfans. Un sentiment de respect plus prononcé les soumet à notre autorité et adoucit chez eux l'impression de nos rigueurs mêmes y en leur persuadant que nous ne sommes pas libres et qu'une sévérité nécessaire est l'effet de notre obéissance à la loi commune. Nous
1 On sait que le mot religion vient de religare , lier. I. ai
322 L'ÉtiuciTibi pàbcàisssivE.
sommés lés bèprësëiilahs de l'Être siijpVême i|âë nous adorons avec eux ; et de l'auguste idée d'un père céleste, il redescend sur celle des pàreiis t^restres je ne sais (]uôi de sacré é^t Timpedeétion humaine ne petit pas détruire.
cHAPiTBE vin.
1ÊDUGATI05 kziiGZEUSB DES PETlis iÉNFÂifS. — NOTIONS
i>R&lkl£AÉS.
Aecôttttimèr lêi énfitiàs I lire là Vùkt^ c'est leur afifireodre 4 se teplr liabilaeSe* ment à portée da moyen déaigné par Diea même pour notre sanctification.
Madame Mom.
^ Ciroilné efa Dièù , pour un ënfent, c'est prédt^ déjà ^adorer. La foi et î'e culte religieux sont îhtîihèment liés ensemble y puisque Y\à^ dii t3ëa-^ téur, une fois qu'elle est bien cohçue, faë Saurait manquer d'exciter dans l'amë des actes dé reconnaissance et d^amoûr. Cepetidàht comme ëéâ fleûi oi^èls îpeuvent être envisagés séparément > oii demandera d'abord par quelle voie on doit ïàîrê connaître Dieu à l'enfant. Je dirai qu'on |peui suivre celle dont Dieu lui-même s'est seirvî pout se manifester au genre humain^ en racontant au jeune élève les événemens qui ont accompagné les révélations successives.
lAv. ni] cHiif. Wt. 323
(( Là religion^ dit ^ëhéloii^ Ûl loàiiè hîdtorîcjue; » c'est par un tissu de feits merveilleux que lipus » trouvons son établissement, sa perpétuité et >) ioui ce qui doit nous la faire pratiquer et >) croire. » Ces mots donnent la clé de renseignemëht religieux. L'histoire fournit le fil auquel viennent se rattacher les vérités éternelles , soit de là morale^ soit de la foi; c'est elle qui ot&e à la mère i'occasioii de les développer, et procure à l'ehfanl; lé plaisir, qui les &it admettre.
à est vrai que l'intelligence des faits exposés dans la Bible ^ seuiblê déjà supposer quelques nations d'une nature très-élevée, celles de l'existence de Dieu, de ses principaux attributs et dé l'immatérialité de l'ame ; néanmoins on peut raconter à l'enJTant plusiehrs traits de l'Histoire-Sainte , avant même qu'il soit en état de concevoir nettement ces grandes idées. Nous né nous apercevons pas à quel point nous anticipons souvent dans l'enseignement sur l'explicatiojl de toutes choses. La définition dû sens d'un mot est souvent plus difficile à comprendre pour l'enfant, que ce sens ne l'est à devinée, tin brouillard qui se dissipe peu-à-peu est Pimage de ce qui se passe dans son esprit aussitôt qu'on l'introduit dans une région nouvelle ; et çojolme les mots dont on se sert ne s'expliqueraient que par d'autres mots qui eux-mêmes auraient besoin de commentaire, on sent qu'il feut souvent se reposer sur l'instinct de divination
3S4. t'i^DOGATION P&OG&BSSIYB.
pour ëclairdr succetôivement des notions vagues. *
Néanmoins 9 on doit le plus possible faciliter l'œuvre de cet instinct. En racontant à l'enfant l'histoire de la création y du paradis terrestre ou toute autre, vous pouvez vous arrêter sur le mot Dieu , et sans l'effaroucher par des questions trop 4ifectes, le sonder suffisamment pour savoir ce qu'il entend par ce mot. La méthode interrogative employée avec adresse y fait trouver les vérités y les inventer presque ; l'e nfant animé par le plaisir de la découverte s'approprie ce qu'on lui a réellement suggéré, et conserve comme son propre bien l'idée qu'il à été obligé d'admettre. Cette méthode , d'ancienne date , est très-usitée maintenant, et c'est une des plus utiles à employer pour l'instruction du premier âge.
Cependant , comme tout le monde ne sait pas s'en servir, et que des enfans timides ou très-retardés peuvent être rendus malheureux par l'obligation de répondre , on ne doit pas attacher trop d'importance à ce moyen. La simple exposition d'une vérité , aussitôt que l'occasion de l'énoncer s'est présentée , réussit également très-bien pour peu qu'on ait eu l'art de réveiller la curiosité. L'essentiel est d'intéresser l'enfant. Qans le premier âge, les connaissances sont si imparfaites qu'elles tirent leur plus grand prix des souvenirs de plaisir attachés à leur acquisition, puisque ce sont de tels souvenirs qui engageront un jour Té-