‹ L'éducation progressive, ou, Étude de cours de la vie [microform]Chapitre 6 sur 67 · LIV. l, GHAP. I · texte numérisé non relu

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ces considératioassont insuffisantes^ et celui qjfi se bornerait à les présenter , manquerait d'une juste sévërité. Si la recherche du bon-» heur est oiseuse et vaine , ce n'est point pour cela seul que nous devons renoncer à nous y livrer. Me la condamnons pas comme une route qui mène mal^ mais comme une route qui^ menât-elle bien p ne devrait pas être suivie. Le principe qui subordonne le devoir à l'utilité y est mauvais en aoi^ indépendamment des conséquences qu'il entraîne. La volonté de Dieu • ou « en d'autres ter« mes , la loi morale , ne saurait occuper une plaça seccnadaire dans notre cœur 3 l'empire qu'elle réclame est illimité , et il serait mille fois vrai que nous trouvons notre intérêt à nous soumettre à cette loi , que nous ne devrions pas donner l'intérêt pour motif de notre obéissance.

Fions-nous aux dispositions de l'ordonnateur suprême 3 il n'a pas négligé le soin de notre bonheur. Les objets nécessaires à notre conservation ^ à nos jouissances , ont été répandus avec profusion dans Funivers ; les penchans qui nous portent vers ces objets sont profondément enracinés dans notre constitution même. Tout ce qui est involontaire en nous s'élance vers le plaisir^ vers les joies terrestres: il devait y avoir dans la volonté un contre-poids à tous ces instincts. S'il en était autrement^ nous serions incapables de résistance. Si je poursuis le bonheur malgré moi^ quand il m'ap-< parait malgré moi hors de lenceinte de la loi

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morale^ suis-je / coupable d'aller le chercher?

On nous dit^ je le sais ^ que pour le* soin du iDonheurmeme/il est sage d'immoler souvent le présent à l'avenir. C'est nous conseiller . la prudence^ fort bonne chose assurén^ent^ mais, sans rapport avec le devoir ; utile qualité qui n'a point de valeur morale et qui met souvent obstacle au bien comme au mal. Gonnaîtrions*nous jamais le remords^ si nous navions à nous reprocher que d'avoir mal évalué noire avantage , d^avoîr fait une erreur dans le compte de nos plaisirs? Le tourment le plus cruel de tous , celui que les payens ont cru infligé par les furies , par ces divinités terribles^ effrayante personnification du pouvoir vengeur de la conscience^ ce supplice ressemble-t-il en rien au regret *d'avoir méconnu notre intérêt? Un sentiment invincible ne nous dit-il pas que notre intérêt est précisément le seul objet que nous ayons toujours le droit de sacrifier?

Ceux qui veulent donner au système d'utilité le caractère de grandeur et de noblesse qui lui manque^ disent qu'il y est question du bien général ^ et ils recommandent la morale^ parce qu'elle est avantageuse à la société. C'est fort bien de la recommander^ mais le moyen de la Caire observer manque tout-à-fait dans cette doctrine. Une fois que le principe d'utilité aura été^ ainsi qu'on le veut ^ substitué à la conscience , comment exigerez-vous de l'individu (ju'il se sacrifie pour la

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masse ? Yoas dites que rintérèt de chacan de nous est conforme à celui de la société ; mais si nous ne TOUS croyons pas^ si même, conscience à part^ nous avons souvent raison de ne pas vous croire^ pourquoi nous en rapporierions-nous à votre jugement? Ah! parlez-Mis de devoir; je ne sais si voua nous persuaderez , mais du moins nous vous écouterons. Aucuneautre loi que la loi morale émanée de Dieu ne peut noas être imposée. Tout imparfiûte qu'^est notre nature ^ un principe À{uivoque lui répugne et la blesse toujours. L'homme est £Eiible ^ inconséquent , corrompu même , mais il a pourtant une haute idée de la vertu , et si le rayon divin se manifeste peu dans sa conduite^ on le voit éclater parfois dans la noblesse de ses conceptions. Est-il donc vrai ^ comme on* le prétend^ que les deux opinions sur le but de la vie^ contraires en apparence , ne soient au fond qu'une même opinion 9 et qu'on en veuille toujours venir au bonheur?£st-il vrai que ceux quiont pour objetla vertu ouïe perfectionnement ne fessent que pcëférer un genre de jouissance à un autre? Il est toujours aisé de tout confondre^ mais ceux qui raisonnent ainsine meparaissent pas même avoir consulté l'observation. Et sans parler des grands ^amûfles qu'offre l'histoire y sans citer les héros du dévoûment^ ces Régulus^ ces Winkelried^ ces d'Assas qui n'ont eu d'autre perspective quela souffrance^ d'autre espérance personnelle que la mort ,.je dirai que l'examen attentif de ce qui se passe dans

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notre ame nous conduit à une outre condu» 8Îon.

U ne me semble pas que ^ lorsqu'on se décide à entrer dans une carrière de devoirs pénibles ^ oa se figure nettement aucune joie dans l'avenir. On se soumet à une obligation saitt appel , on obéit à une loi impérieuse^ sans savoir ce qui s'en suivra pour le bonbeur. Lia région calme du devoir est supérieure à celle des craintes et des espëraoceè j on n'y sent point ces fluctuations , effet de l'inégale appréciation des peines et des plaisirs) tout y est immuable^ absolu; tout y est de nature éut-^ nellef ce ne sont pas les jouissances de la vertu qu'on y cherche , c^est la vertu ; ce ne sont pas kà consolations de la religion qu'on y désire ^ c'est Dieu même , c'est la conformité avec la volonté du ciel. Cette région qui semble .si haute est pourtant accessible aux âmes étrangères à toute espèce de raffinement^ tandis que celle où Y on jeuit du sacrifice de soi-même l'est bien moins } pour trouver du charme à l'idée de se dévouer , il fieiut une sorte d^exaltation assez rare parmi les hommes ^ inconstante chez ceux-là mêmes qui sont susceptibles de l'éprouver. Les émotions grandes ^ sublimes^ excitées par lessentimens les plus élevés ^ ne sont pas le partage de tous les mortels ; l'âge les* affaiblit^ les maux les éteignent; elles peuvent être la récompense, elles ne sont pas l'essence pure et inaltérable de l'attachement à notre devoir. Il n'est qu^ln temps pour l'enthousiasme , mais le

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cdstxt pent réiter fidèle lorsque déjà il ett atteint par la main glacée de la mort.

II &ut en revenir à notre double nature. Jamais on n'expliquera les résultats contradictoires qu'offre l'étude si compliquée du cœur humain , si l'on n'admet en nous qu'un mobile. Et puisque dans le monde physique tout est opposition de forces , jeui de contrepoids , comment ne reconiiàitraît^ôn dans le monde moral qu'un seul prindffe? n y à en tious deux lois, saint Paul l'a dît * j le sentiment intérieur , l'expérience , la raison le disent. Tandis que des instincts, nécessaires peutêtre dans l^ordre phpique^, mais aveugles, en nous poussant vers le plaisir, déyeloppent nos fedultés , nous sentons que nos facultés et notre vie înème ne sont destinées qu'à nous élever à un état stipérîeur, et à rétablir dans ses premiers droits lliumanité dégradée.

Dire que la religion elle-même nous propose dans l'avenir lé bonheur éternel pour objet, serait entrer dans un ordre de penséesr entièrement différent. Dans cette occasion ainsi que dans plu^sieurs autres, les écrivains sacrés ont employé l'expression reçue, et ils le pouvaient d'autant mieux ici , que toutes les idées qu'ils donnent de la récompense future s'associent nécessairement dans notre esprit à celle d'un grand bonheur. Le

^ Rom.| chap. "f, y. a3.

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setjtiment de l'existence ^ a doux^ que l'immor- ^talité , jointe à l'exemption des inquiétudes et des maux de la yie^ nous paraîtrait déjà un sort très^ heureux. Mais dans les images imparfaites qui servent à diriger notre espoir , jamais l'idée de la jouissance n'est en première ligne , pendant que celle d'un état plus pur et plus élevé l'est toujours. Tantôt c'est une couronne incorruptible de gloire *, un poids de gloire infiniment eaçcellent ^, P héritage des saints dans la lumière^; tantôt c'est la participation à la nature divine *y un ciel nouveau et une terre nouvelle où la justice habitera *, la Jérusalem céleste éclairée par la gloire de Dieu ^. Sans cesse le^ mot de gloire y est employé^ et puisque ce mot désigne souvent les progrès du chrétien dans la sainteté sur cette terre , puisqu'on voit que le fidèle y est transformé de gloire en gloire comme par F esprit du Seigneur'' y il paraît que la récompense est de même nature que le moyen par lequel nous sommes appelés à l'obtenir^ et que la régénération y con^mencée dès cette vie / recevra soa accomplissement dims l'autre. La religion confirmé

^ Pierre, ép. i, chap. 5, v. 4* * Corinth.y ép. a, chap. 4, v. 17.

3 Coloss., ch. 1, y. la.

^ Pierre, ép. i, chap. i, v. 4« } Pierre, ép. i,chap. 3, v. i3.

6 ^Apocalypse, chap. ai, v. 11 et i3«

7 Corinth., ép. a, chap. 3, t». 18.

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