LIV. IIIj GHAP. IX
prière eat le soupir de l'ame captive^ une anticipation de sa délivrance^ un pressentiment d^éternité. Â tous les degrés de civilisation^ l'homme prie. Le sauvage étranger aux bienfaits de la révélation prie déjà^ et le chrétien consommé dans la foi prie encore. Tout ce que nous pouvons concevoir de Tétat des intelligences célestes , c'est la prière ; nous croyons voir les anges prier^ et Jésus -Christ a prié sans cesse. Le besoin de prier a paru tellement in* hérent à l'essence même la plus sublime^ qu'il est un passage dans le Talmud où il est dit que Dieu lui-même prie, pensée extravagante sans doute ^ mais pensée en harmonie avec je ne sais quelle corde de notre cœur/de ce cœur avide et souffrant qui ne peut Concevoir la perfection même sans un élan , sans une aspiration vers un état encore supérieur.
Cet acte de l'invocation^ si naturel en lui-même^ convient d'autant mieux au petit enfant qu'il passe sa vie à demander. Notre langage , eh nous adressant à Dieu , est presque tout emprunté du sien , tant 868 relations avec nous offrent une image imparfaite^ il est vrai^ mais pourtant frappante des nôtres avec la Divinité. Dans tous ses chagrins il crie : mon père, et nous appelons notre père aussi. II sentira qu'il doit prier dès que le moindre rayon d'en haut pénétrera dans son ame.
Pour la prière comme pour tout l'ensemble du culte , l'exercice régulier est la route qui conduit du mouvement spontané et involontaire. Je pense
donc qa'on doit essayer, ehaqoe matin ^ d-ëlev^ Famé de Fenfant vers son auteur, sans même attei^ dre le moment où commence l'instruction jnroprement dite. Le nom de Dieu n'est jamais tout-à-»fait étranger à l'enfont ; il a dû entendre prononcer avec amour et respect ce nom sacré avant d'y attai^er une idée distincte, et dès*lors cette grande idée trouve en naissant son cœur préparé. Vous apar«- -cevess - vous qu'une telle impression est pi*oduite ? nourrisse2-la et fortifiez-la peu-à-peu, en la maintenant douce et sereine; et si vous avez des enfieins d'un âge plus avancé, qui jouissent déjà avec recueillement du bien&iit de la prière , vers la fin de ce saint exercice^ allez chercher votre dernier né, tenez'-le dans vos bras, joignez ses \>etites mains ensemble, et, par des paroles courtes et naturelles, implorez la bénédiction du Très -Haut pour tous .seè frères et fœurs et pour lui. Ce culte ne doit durer qu'un instant , mais cet instant suffît pour faire éclore un tendre germe, et chaque jour amè^ nera un nouveau développement.
Même quand vous n'avez pas d'autres enfans , vous pouvez associer votre fils en bas âge à votre prière. Apprenez-lui à dire : O mon Dieu, /e t^aime, tei qui es si bon; je te demande de m'aima aussi. Pour peu que votre sentiment accompagne ces mots si simples , ils prendront de la signification pour l'enfant; ils exciteront du moins en lui une affection tendre, et c'est là tout ce qu'on peut vouloir. Sans doute il demandera si vous voy^fs le bonJDif^,
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VôUI lui dîrcss que non, mais qu'il vous voit, qu'il entend et distingue toutes choses , et qu'il chérit les ên&ns bien sages.
On peut juger ici que dans la pratique je fais marcher de front un léger enseignement et le culte. Maïs s'il allait que l'un précédât l'autre, j'en demande pardon au raisonnement , ce serait par le Culte que je Commencerais. Quand il s'agit d'objets terrestres, il faut connaître pour aimer; mais «Ml est question de Dieu , c'est en l'adorant qu'on peut le comprendre, et l'intelligence vient de Tamour. Ceci doit paraître singulier, mais la prière est une œupte surnaturelle * ; on peut bien l'accomplir par des moyens merveilleux. Le grand génie qui était né chrétien au sein du paganisme , Fa dît : w L'âme pénètre mieux les vérités divines li dans l'éian d'une sainte inspiration que guidée. Xi par la réfleïion froide et circonspecte ». Et qu'on ne prétende pas que ceci ne regarde point les encans. Eux aussi ont leurs clartés, leurs illuminations soudaines, plus frappantes quelquefois par l'opposition avec l'obscurité habituelle.
Vers l'âge de trois ans, un enfant sensible et mvancé peut admettre , je le croîs, une première lueur de religion dans son ame, et devenir par là capable de culte. Je sais qu'on peut retarder ce moment. Il est des mères très - religieuses qui ne
Leighton^s BiJCpotitory fVorks.
3tô L^ÉDUGATION PROGRESSIVE.
commencent a faire prier leurs enian^ qu'après qu'ils ont atteint la septième année. Quand on a inspiré la piété par une autre voie^ quand les sentimens sont déjà tels que l'espoir de prier tienne autant de place dans l'esprit que le ferait l'acte luimême^ ce délai peut avoir l'avantage de réserver la nouveauté et par là l'impression la plus forte de la prière y pour l'âge où les enfans moins dociles sont plus sujets à nous échapper. Mais s'il n'en. est pai( ainsi^ je ne conseillerai jamais de sacrifier l'effet assuré des habitudes à une certaiae économie dans l'emploi de moyens dont on ne dispose pas toujours. C'est beaucoup risquer que décompter pour l'âge difficile sur une ressource que cet âge même rendra moins aisée à employer. ^
Sans parler du bienfait principal de la prière^ les grâces qu'elle obtient du. ciel ^ ce culte ^dirigé par une mère intelligente, devient l'instrument le plus utile pour former le caractère d'un enfant. A l'égard de la religioa, rien n'influe plus directement sur son esprit que les secours qu'on sollicite sous le rapport de la religion même. Demander d'aimer Dieu de plus en plus, c'est se pénétrer de son amour; implorer le don d'une .piété tendre, active et tolérante envers les hommes, c'est concevôir une juste idée de ce que doit être un tel sentiment. Bien entendu que Tenfant ne récite pas de vains formulaires, et que chaque mot ^u'il prononce répond à son cœur. Il en ^era de même pour la moralité. Si la mère &it répéter après elle
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phrase par phrase de petites prières bien simples qu'elle variera suivant l'occasion > elle aura là un moyen doux de communiquer à son enfant tous les mouvemens dont elle désire qu'il soit animé. La reconnaissance envers ceux qui le soignent^ la douceur, la docilité, le zèle pour remplir ses petits devoirs, en un mot, les meilleures dispositions du premier âge peuvent être favorisées au moyen du «culte chez l'enfant.
Pour rappeler les esprits toujours dispersés' de l'enfant^ et rendre présens à sa pensée les grands objets de la religion, la mère pourra commencer en son propre nom par une invocation plus solennelle que je n'oserais pas prendre sur moi de dicter. J'emprunte celle-ci à l'un des meilleurs écrivains religieux de notre culte ^ M. Cellerier :
« Seigneur, notre Dieu et notre père, nouS' nous prosternons devant .toi pour t'invoquer. Que ton saint Esprit nous dispose à te prier avec sincérité , avec ardeur y et que le nom adorable de Jésus^Christ, sauveur des hommes , monte jusqu'à ton trône et nous obtienne tes bénédictions. »
Mais pour ce qui regarde l'enfant , afin de faire concevoir ce que j'ai en vue, je joins ici quelques petites prières qu'il pourra aisément comprendre à l'âge de trois ans. J'ai laissé de côté
3S0 ' L'ÉDuçiTioN ^ROÇKe$»$ryE.
l'enseignement de la doctrine pour a'ei^primer que les sentimens qu'il peut réellement éprpu«» ver. On eu composera facilement de bien m^U^ leures et plus complètes .« puisquei conformément à l'esprit de l'enfance ^ je n'y ai çuère &it adre^açr qu'un seul vœu à la fois, mais f& doia pourtant dire qu'à l'épreuve ceUes-çi out produit de h^m effets :
a O mon Dieu^ mon Dieu^ que de l^km ta me fais , que de plaisirs tu me donnes l Tu m^m donné mes parens qui sont si bon^i mes ârèrea et. mes sœurs avec qui je m'amuse tant, mes boi^ies qui ont taïKt de soin de moi. Tu mi'as encori^ donné une quantité de choses qui me rendent heureux. Conserve-moi tous ces biens ^ 6 mon Dieu : c'est au nom de ton fils Jésus-Christ que je t'invoque.
» O mon Dieu , comme tu a^ soin de moi I commue tu as pitié de moi ! Tu sais que je suis tout petit > tout faible, que je ne puis pas m'habilfer seul^ pas me nourrir seul, que si l'oa m'abiA* donnait je serais bien malheureux; eh bien! tout, le monde vient à mon secours , tout le mpnd^ m'aime. C'est toi^ mon Dieu ^ qui as rendu les autres si bons pour moi; récompense^les^ à mon Dieu, et rends-moi bien reconnaissant et bien sage. C'est au nom de ton fils Jésus^hriftt que je t'invoque.
))i O mon Dieu ! ton fils bien-aimé » notre Seigneur Jésua^Ghrist , a dit : Laissez, venir à moi ces pHiU enfans.Eh bien ! mon Dieu , je suis un petit en&nt^ et je viens vers toi. Viens aussi vers moi ^ à mon Dieu, £mpéche-moi d^oublier que tu me voiSi alors je sentirai toujours que tu me gardes, que tu m'aimes^ et que quand je mourrai tu me recevras dans tes bras. C'est au nom de Jésu$'<Cbrist ton fils, etc. *
» Mon Dieu ! mon Dieu I quand je suis bien sage ^ quand mes parenssont contens de moi, il me semble qu'alors, j'ose te prier. Mais, hélas! aujourd'hui j'ai été mutin,, j'ai désobéi, et j'ai honte de m'approcher de toi. Pourtant je t'en conjure, ô mon Dieu , ne cesse pas encore de m'aîmer ! je suis toujours si malheureux après mes fautes! Notre bon Sauveur a obtenu que tu pardonnerais à ceux qui se repentent. Moi je me repens, Q mon Dieu, pardonne -mçi à cause de ki!
» Écoute-moi, mon Dieu ! Tu vois comme je suis
1 On ne saur^iit trop xJtA associer des sentimens doux et religieux à l'idée de la mort. On a yu des enfans de cinq à six ans auxquels les espérances du christianisme ont fait éprouver tes plus grandes consolations pendant leurs souffrances , et jusqu'à leur dernière heure dont ils sentaient les approches sans la redouter. (Voyez la Notice sur Técole de Sj^talfields, parM.WiU derspinn, p. 54^)
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petit ^ eh bien! j'aiëté, à ce qu'on dit^ encore plus petit; je ne pouvais pas me soutenir^ marcher y courir comme à présent, ie t'en prie^ 6 mon Dieu y toi qui as été si bon pour moi ^ sois égale* ment bon pour tant de pauvres énfans qui sont fiBiibles comme j'étais^ et qui ne sont pas si bien soignés. Soulage y ô mon Dieu , tous ceux qui souffrent. G*est au nom de ton fils Jésus-Christ que je t'invoque.
» t) mon Dieu , je voudrais bien t'obéir^ mais toujours je commets quelque fauté. Je vois que si tu ne m'aides pas , je ne serai jamais sage tout-à- £Biit. Âide-ifUoi donc à garder;tes commandemens^ ô mon Dieu , à t^aimer de tout mon cœur ^ de toute ma pensée , et aussi à aimer mon prochain comme moi-même. Je te le demande^ ô mon Dieu ^ au nom de JésusrChvist ton fils.
» Seigneur^ tu nous as dit de prier les uns pour les autres ; je te prie donc pour mes parens d'abord^ puis pour les gens de mon pays^ puis aussi pour ceux qui ne sont pas de mon pays. Je te prie y 6 mon Dieu , pour ceux qui te connaissent et aussi pour ceux qui ne te connaissent pas^ afin qu'ils apprennent' a t'adorer. Je té prie aussi , 6 mon Dieu^ pour tout le monde. C'est au nom de Jésus-Christ^ etc. '
1 Cette prière n'est peut -être pas très-naturelle , Car un en-
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Pour leDimanche.
a O mon Dieu ^ c'est^aujourd'Lui dimanche , le jour où chacun se rend à FégUse pour te prier. Moi je suis trop petit pour y aller ^ mais pourtant je t'adorerai aussi, ,ô mon Dieu. Je sortirai dans la campagne , je verrai ce soleil si brillant que tu as fait , cette terre si belle ou il y a tant de charmantes fleurs, de jolis oiseaux, de si bons fruits. Je te remercie de toutes ces choses , et quand je serai grand jMrai aussi dans ton temple, je chanterai tes louanges, je lirai ta sainte parole, et toute ma vie je t'aimerai et je tâcherai de t'obéir. C'est au nom, etc. »
Je joins encore ici deux prières qui serviront à donner l'idée à l'enfant des vœux qu'il peut présenter à Dieu au commencement et à la fin de la journée, quand par hasard il est laissé seul.
fant laissé à lui-même if aurait Traisemblablement pas l'idée d'offrir des vœux pour des inconnus; ma» ce que j'ai voulu montrer, c'est comment la mère pourrait tirer parti du culte pour inspirer à l'enfant divers bons sentimens , et il en est peu de plus nécessaire à associer à lldée de la religion que celui de la tolérance.
55i L'ÉDUGATtOlf PROGRESSIVE.
Prière du Matin .
(( O Seigneur y je te remercie de ce que tn m'as gardé pendant la nuit ; garde-moi aussi pendant le jour ) je te prie. Je tacherai de me souvaiir que tu ' es toujours près de moi ^ et alors je n'aurai peur de rien que de t'ofTenser. Bénis ^ 6 mon Dieu, mes parens et tous ceux que j'aime. C^est au nom, etc.
Prière du Soir.
» O mon Dieu, je ne veux pas me coucher sans t'avoir demandé ta bénédiction. Tu as été bien bon pour moi aujourd'hui , et pourtant je sens que j'ai commis plusieurs £autes. Pardonnë-les nioi> Seigneur ,^ je tacherai d'être plus sage demain. Je vais à présent m'endormir en pensant que tu me garderas pendant mon sommeil. C'est au nom de ton fils, etc. »
La plupart de ces vcetut «ont extrêmement vogues, mais l'enfent doit être encouragé à en pré* senter de plus précis. S'il dît ce qu'il a dans le cœur , il en offrira sans doute de bien puérih ; mais qu'importe? En est-il beaucoup, parmi les vœux terrestres, qui ne le soient pas? Jouissons de ce qu'il parle à Dieu du fond del'ame , sans trop nous mêler de ses petits secrets. Avertissons-le uéan-
ijrr. fff) vttnmài 555
mma» que bicÉii séuveni no» Miihafli^ â(mt témératire^^ ofr que tant en exprimoiir krnenitf H ddît a'en rtfppwtevà oeliii qmvétit se» lyonbettr* G6n«lèiK hnm ' lui de ikmaMkr hn^izième aa Seigneur de ne pm Fëedntér aa eas eu ses dë^s ^ en a'aecompliâaaftty auraient des foitea fIckeuBea, etnoutFac* cc wrtm iii ef OBS à 8irp]^rt» avec douceur ka fwar liOBS^ Botia lui prëpttreronr ^ dai» ka mëcemptes €t dana leapehi»^ dette rësifpntioiifammëe d'espéfasieey nommée la confiance ctl Bien.
Quelque liberté qu'on laisse à Fén£ant datas le eii i Éo le plus intime^ il est pourâint une prière que ]6 vondi^is lui hxr^ apprendre par cœur aussitôt qi^ii aura contracté quelque habitude d'invocation : e?^t FOraison dominicale. Celte-là peut devenir sa^compagnefidèledepAis^leberceau jusqu'à la mort» Lesensqif elle renferme se développe coi^Ftamment et devient plus beau et plus profond à mesure que nouravançoiw en âge.
^^mÊmÊÊÊmÊaÊÊÊmÊtÊàÊÊÊÊ^ÊtÊÊi^mmmimmtmÊÊÊÊÊ^amiàÊÊÊ