LIV. I, CHAP. I
aux anciens sous des formes, tantôt nobles, tantôt plus ou moins matérielles', mais l'idée de la chercher a toujours dominé. De notre temps encore on essaye de ressusciter ce genre de philosophie. Sous le nom. assez équivoque d'utilité, on prétend même donner le soin du bonheur pour fondement à la morale. Cependant le trait saillant comme le trait sublime du christianfeme, c'est d'avoir proposé un autre but aux hommes que celui de la félicité ici-bas.
Que nous dit la religion chrétienne dans le langgge qu'elle a consacré? Elle nous dit qu*aidédu secours céleste, l'homme peut dès cette vie commencer à rétablir dans son âme l'image effacée de la Divinité; et que s'il remplit les conditions imposées dans l'Évangile y conditions dont r accomplissement tend à purifier son cœur déplus en plus ^ let grande expiation offerte pour ses offenses lui assure le salut éternel ou la réunion avec Dieu dans une autre vie. Cette doctrine n'est autre chose que la perfection promise pour récompense à l'œuvre du perfeclionnenaent.
Un ordre d'idées si élevé appartient naturellement à la source d'où il dérive. On ne pourrait demander plus à une révélation divine, et on ne devait pas s'attendre à moins. Ce qui est peut-être plus étonnant, c'est que t:int de génies supérieurs, de caractères vertueux, d'âmes généreuses, qui dans tous les siècles ont honoré l'humanité, n'aient pas senti qu'assigner à l'homme le bonheur pour unique but sur la terre, c'était ébranler la morale dans son cœur.
En effet, tout ce qu'on a tenté pour identifier la félicité et la vertu n'a pas fait illusion aux esprits justes. Ni la noble fiction des stoïciens, celle que le vice seul est un mal et que la douleur n'en est pas un, ni l'assertion moins élevée des utili" tairesy celle que notre devoir est toujours conforme à notre intérêt, ne peuvent soutenir l'examen. Soit qu'on veuille relever le bonheur ou rabaisser la morale, il y a différence constamment, opposition parfois entre les idées qu'on veut confondre. Le raisonnement, l'expérience, la froide réflexion,