‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 101 sur 144 · LIV. m, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIV. m, CHAP. IX

doute il demandera si vous voyez le bon Dieu ; vous lui direz que non, mais qu'il vous voit, qu'il entend et distingue toutes choses, et qu'il chérit les enfants bien sages.

On peut juger ici que dans la pratique je fais marcher de front un léger enseignement et le culte. Mais s'il fallait que l'un précédât l'autre, j'en demande pardon au raisonnement, ce serait par le culte que je commencerais. Quand il s'agit d'objets terrestres, ilfaut connaître pour aimer; mais, s'il est question de Dieu, c'est en l'adorant qu'on peut le comprendre, et l'intelligence vient de l'amour. Ceci doit paraître singulier, mais la prière est une œuvre surnaturelle *, on peut bien l'accomplir pardesmoye.. s merveilleux. Le grand génie qui était né chrétien au sein du paganisme l'a dit : «L'âme « pénètre mieux les vérités divines dans l'élan d'une sainte « inspiration que guidée par la réflexion froide et circon- « specte. » Et qu'on ne prétende pas que ceci ne regarde point les enfants. Eux aussi ont leurs clartés, leurs illuminations soudaines, plus frappantes quelquefois par l'opposition avec l'obscurité habituelle.

Vers 1 âge de trois ans, un enfant sensible et avancé peut admettre, je le crois, une première lueur de religion dans son âme, et devenir par là capable de culte. Je sais qu'on peut retarder ce moment. Il est des mères très-religieuses qui ne commencent à faire prier leurs enfants qu'après qu'ils ont atteint la septième année. Quand on a inspiré la piété par une autre voie, quand les sentiments sont déjà tels que l'espoir de prier tienne autant de place dans l'esprit que le ferait l'acte lui-même, ce délai peut avoir l'avantage de réserver la nouveauté, et par là l'impression la plus forte de la prière, pour l'âge où les enfants moins dociles sont plus sujets à nous échapper. Mais, s'il n'en est pas ainsi, je ne conseillerai jamais de sacrifier l'efFet assuré des habitudes à une certaine économie dans l'emploi de moyens dont on ne dis-

1 LeiglhotCt ExposUory Works,

2SS l'Éducation pbogbessive.

pose pas toujours. C'est beaucoup risquer que de compter pour l'âge diflBcile sur une re^source que cet âge même rendra moins aisée à employer.

Sans parler du bienfait principal de la prière, les grâces qu'elle obtient du ciel, ce culte, dirigé par une mère intelligente, devient l'instrument le plus utile pour former le caractère d'un enfant. A l'égard de la religion, rien n'influe plus directement sur son esprilque les secours qu'on sollicite sous le rapport de la religion même. Demander d'aimer Dieu de plus en plus, c'est se pénétrer de son amour ; implorer le don d'une piété tendre, active ettoléranteenversles hommes, c'est concevoir une juste idée de ce que doit être un tel sentiment. Bien entendu que l'enfant ne récite pas de vains formulaires, et que chaque mot qu'il prononce répond à son cœur. li en sera de même pour la moralité. Si la mère fait répéter après elle phrase par phrase de petites prières bien simples qu'elle variera suivant l'occasion, elle aura là un moyen doux de communiquer à son enfant tous les mouvements dont elle désire qu'il soit animé. La reconnaissance envers ceux qui le soignent, la douceur, la docilité, le zèle pour remplir ses petits devoirs, en un mot, les meilleures dispositions du premier âge peuvent être favorisées au moyen du culte chez l'enfant.

Pour rappeler les esprits toujours dispersa de l'enfant, ei rendre présents à sa pensée les grands objets de la religion, la mère pourra commencer en son propre nom par une invocation plus solennelle que je n'oserais pas prendre sur moi de dicter. J'emprunte celle-ci à l'un des meilleurs écrivains religieux de notre culte, M. Cellerier :

a Seigneur, notre Dieu et notre père, nous nous prosternons devant toi pour t'invoquer. Que ton saint Esprit nous dispose pour te prier avea sincérité, avec ardeur, et que le nom adorable de Jésus-Christ, sauveur des hommes, monte jns(]u'àton trône, et nous obtienne tes bénédictions.»

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Mais pour ce qui regarde Tenfant, afin de faire concevoir ce que j'ai en vue, je joins ici quelques petites prières qu'il pourra aisément comprendre à Tâge de trois ans. J'ai laissé de côté renseignement de la doctrine, pour n'exprimer que les sentiments qu'il peut réellement éprouver. On en composera facilement de bien meilleures et de plus complètes, puisque, conformément à l'espritde l'enfance, je n'y ai guère fait adresser qu'un seul vœu à la fois; maisje dois pourtant dire qu'à l'épreuve celles-ci ont produit de bons effets :

(« mon Dieu, mon Dieu, que de bien tu me fais, que de plaisirs tu me donnes I Tu m'as donné mes parents qui sont si bons, mes frères et mes ^urs avec qui je m'amuse tant, mes bonnes qui ont tant dc*^oin de moi. Tu m'as encore donné une quantité de choses qui me rendent heureux.Conserve-moi tous ces Biens, ô mon Dieu : c'est au nom de ton fils Jésus-Christ que je t'invoque. »

«0 mon Dieu, comme tu as soin de moil comme tuas pitié de moi ! Tu sais que je suis tout petit, tout faible ; que je ne puis pas m'habiller seul, pas me nourrir seul ; que, si l'on m'abandonnait, je serais bien malheureux; eh bien! tout le monde irient à mon secours, tout le monde m'aime. C'est toi, mon Dieu, qui as rendu les autres si bons pour moi ; récompen*se-les, ô mon Dieu, et rends-moi bien reconnaissant et bien sage. C'est au nom de ton fils Jésus-Christ que je l'invoque. »

« mon Dieu, ton fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus- Christ, a dit : Laissez venir à moi ces petits enfants. Eh bien ! mon Dieu, je suis un petit enfant, et je viens vers toi. Viens aussi vers moi, ômon Dieu. Empêche-moi d'oublier que tu me vois, alors je sentirai toujours que tu me gardes, que tu m'aimes, et que, quand je mourrai, tu me recevras dans tes bras. C'est au nom de Jésus-Christ ton fils, etc. *. »

i Oa ne saurait trop tôt associer des seatimentt doux et religieux à l'idée de la

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« Mon Dieu ! mon Dieu I quand je suis bien sage, quand mes parents sont contents de moi, il me semble qu-' alors j'ose te prier. Mais, hélas ! aujourd'hui que j'ai été mutin, j'ai désobéi, et j'ai honte de m'approcher de toi. Pourtant, je t'en conjure, ô mon Dieu, ne cesse pas encore de m' aimer : je suis toujours si malheureux après mes fautes I Notre bon Sauveur a obtenu que lu pardonnerais à ceux qui se repentent. Moi je me repens, ô mon Dieu, pardonne-moi à cause de lui ! »

« Écoute-moi, mon Dieu ! Tu vois comme je suis petit, eh bieni j'ai été, ace qu'on dit, encore plus petit; je ne pouvais pasme soutenir, marcher, coiirircomme à présent. Je t'en prie, ô mon Dieu, toi qui as été si bon pour moi, sois également bon pour tant de pauvres enfants qui sont faibles comme j'étais, et qui ne sont pas si bien soignés. Soulage, ô mon Dieu, tous ceux qui souffrent. C'est au nom de ton fils Jésus-Christ que je t'invoque. »

« Omon Dieu, je voudrais bien t'obéir, mais toujours je commets quelque faute. Je vois que si tu ne m'aides pas, je ne serai jamais sage tout à fait. Aide-moi donc à garder tes commandements, ô mon Dieu, à t' aimer de tout mon cœur, de toute ma pensée, et aussi à aimer mon prochain comme moi-même. Je te le demande, ô mon Dieu, au nom de Jésus- Christ ton fils. »

« Seigneur, tu nous as dit de prier les uns pour les autres; je le prie donc pour mes parents d'abord, puis pour les gens de mon pays, puis aussi pour ceux qui ne sont pas de mon pays. Je te prie, ô mon Dieu, pour ceux qui te connaissent et aussi pour ceux qui ne te connaissent pas, afin qu'ils ap-

mort. On a vu des enfants de cinq à six ans auxquels les espérances du christianisme ont fait éprouTer les plus grandes consolations pendant leurs souffrances, et jusqu'à leur dernière heure, dont ils sentaient les approches sans la redouter. (Voyez la notice sur rficole de Spitafields, par M. Wilderspinn, p. S4.)

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