‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 103 sur 144 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

DES FAITS RELATIFS A l' ÉTUDE DE. l'AME DANS LA PREMIÈRE ENFANCE.

Arrivée au moment où les progrès toujours croissants de l'enfant achèveront de compléter son existence morale, et

^ où s'ouvrira une nouvelle carrière pour l'observateur, je crois devoir jeter un regard sur laroute que j'ai parcourue. A l'avenir, il deviendra de plus en plus diflBcile d'analyser les sentiments et les impressions de l'élève. Tout sera chez lui plus compliqué, plus obscur; l'éducation, l'exemple, auront agi ; les mouvements naturels seront souvent réprimés par l'effet de la réflexion, et pourtant les mobiles secrets resteront en partie les mêmes. Il importe donc de

* constater à temps des dispositions qui sont destinées à s'affaiblir, mais non à cesser d'exister dans l'âme.

Sans m'arrêter à retracer les conséquences morales qui découlent clairement des faits observés, je vaiis résumer ici l'histoire de l'enfant dès sa naissance; et, quoique l'état de l'âme à cette époque soit peu connu, j'exposerai les idées qu'on ne peut, ce me semble, s'empêcher de s'en former, soit qu'on les doive à l'observation ou que ce soient les résultats de notions précédemment conçues.

L'âme, intelligence pure, jetée dans cet univers à elle inconnu, s'y trouve unie à une portion de matière appelée corps, qu'elle ne connaît pas davantage. Susceptible d'un développement infini et douée des dispositions nécessaires pour entrer en relation avec le monde moral et physique, elle semble condamnée à nedéployer son activité que lorsque les impressionsqu'eJlereçoitpar l'entremise du corps mettent en jeu ses facultés, et fournissent des matériaux à leur

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exercice. Mais comme des impressions excitées parles sens ne sont pas de nature à établir tous les rapports que Tâme est appelée à entretenir, elle avait besoin d'une autre ressource. Il lui a en conséquence été préparé, pour Taider au début de sa carrière, un secours qu'on appellerait surnaturel si Ton désignait ainsi les effets dont on ne peut constater la cause. Ce secours, que nous nommons instinct, n'est point prodigué. Constamment accordé dans les occasions indispensables, il ne l'est point lorsque, en consacrant le temps nécessaire aux leçons de l'expérience, l'âme peut réussir à s'en passer.

. Ainsi, dans les premiers jours après la naissance, l'âme ne manifeste point ses attributs. La machine merveilleuse qui la renferme lui est inutile, parce qu'elle ne sait pas s'en servir. En vain une organisation admirable semble avoir été calculée pour produire deux effets différents, celui d'avertir l'âme de ce qui se passe au dehors, et celui d'exécuter ses ordres ; l'âme ne comprend pas ce que lui annonce le corps, ,^ et n'a rien encore à lui commander. Captive dans sa double ignorance, elle ne peut connaître les objets extérieurs qu'en exerçant les organes des sens, et ce sont les objets extérieurs qui peuvent seuls lui révéler les propriétés de ces organes. -

Toutefois, le concours de la volonté n'est pas nécessaire pour que l'âme reçoive dçs impressions. Elle sent des peines etdes plaisirs^ maisl'intelligence reste passive. Toutest vague et confus pour l'enfant, rien n'a de réalité ni de consistance. Les figures qui passent et repassent devant ses yeux ne sont que des ombres fugitives. Les bruits divers qu'il entend, les chocs qu'il peut recevoir des corps solides, ne sont encore pour lui que des événements isolés ; il subit des modifications qu'il ne cherche point à expliquer. Daas cet état, la faim même ne serait pour le nouveau-né qu'une douleur à laquelle l'idée d'aucun soulagement ne s'associerait, et il mourrait d'inanition sans pressentircequilui manque, si leciel n'avait pas pourvu à la conservation de son existence. Ici il fallait de

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