LIV. III. EESCIIE
l'instinct^ et l'instinct a été donné. L'enfant cherche et saisit le sein maternel ; il se calme et se fortifie.
Cependant les mêmes impressions, en se répétant^ metteni en jeu chez lui les facultés de l'âme. Il lie ses sensations dans son esprit, et son souvenir les lui reproduit dans l'ordre selon lequel la réalité les a présentées. Ainsi, j'ai vu un enfant de douze jours, qui à cette époque ne pouvait assurément distinguer aucun objet, indiquer par des signes indubitables qu'il comprenait qu'on allait lui donner le sein. Il se rappelait donc, il espérait ; deux grandes facultés, la mémoire et l'imagination étaient excitées. L'être intellectuel s'était révélé.
La faiblesse du corps, dans le premier âge, ne paraît pas devoir apporter beaucoup de retard au développement de l'intelligence, puisque cette faiblesse affecte seulement les membres exécuteurs des volontés de l'âme, et que l'âme n'a pas d'ordres à donner au commencement. En revanche, les organes, tels que ceux des sensations, qui ne sont que de simples informateurs pour l'âme, remplissent leur office presque dès la naissance : ainsi l'oreille et l'œil lui font toujours des rapports, peu compris d'abord, il est vrai, mais parfaitement fidèles. Les progrès des facultés morales et physiques «emblentdonc avoir été coordonnés pour que, à mesure que l'âme est en état de commander, elle trouve dans le corps un serviteur adroit et docile.
Une fois que l'enfant est parvenu à mettre d'accord le témoignage de ses sens divers, ses notions prennent de la fixité ; le monde extérieur lui apparaît sous des formes toujours plus distinctes ; il se croit entouré d'objets réels, et commence à se réveiller d'un état de rêve où tout était pour lui confus et vacillant.
L'âme cependant, essence spirituelle, n'est pas uniquement appelée à entrer en relation avec le monde matériel et ses plus nobles facultés demandent un autre exercice. Il est donc un autre ordre de phénomènes qui ne tardent pas
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à se manifester chez le nouveau-né, et à se séparer nettement de Tordre des idées sensibles. On peut même s'étonner du peu de connaissances qu'il faut à l'enfant pour que son sens moral se développe. Avant qu'il se soit encore servi de ses mains, et qu'en saisissant les choses qu'il voit il se soit convaincu de la réalité de leur existence, un objet est sorti pour lui du nuage qui enveloppait l'univers, et a donné l'éveil aux sentiments tendres. Cet objet, c'est une physionomie expressive, un visage qui sourit à l'enfant. A cette nouvelle . apparition, son âme s'est élancée vers une autre âme; il a reconnu son SL'mblable quand il ne discernait rieû encore. Ainsi s'annonce la sympathie, instinct étonnant, divination merveilleuse, qui, dès le commencement, indépendante de l'expérience, initie l'âge le plus tendre à ces mystères du cœur qu'aucun âge n'approfondit.
Le sentiment d'attente que produit chez l'enfant la succession généralement régulière de ses sensations, prouve qu'il croit confusément à la constance des lois qui régissent la nature. Un premier événement lui en annonce un second ; et, quoique son imagination seule soit en jeu, il y a dans ses prévisions la source de la raison future. Bientôt le nouveau-né s'aperçoit qu'il exerce un pouvoir sur lui-même, qu'il prolonge, par exemple, ou suspend à son gré des cris qui d'abord avaient été involontaires; et quand il voit que, en agitant ses petits membres, il communique un mouvement à d'autres objets, il se sedt lui-même une cause, et la grande idée de cause se développe insensiblement dans son esprit. Conçue d'abord dans l'ordre physique, Cette idée ne tarde pas à se transporter dans l'ordre moral. Aussitôt que l'enfant a connu qu'il pouvait agir sur ses semblables, il se sert d'eux comme d'instruments; il pousse, il dirige ceux qui le portent, et sa volonté, impuissante chez lui-même, anime des êtres plus forts que lui. Il existe dès lors des communications indéfinissables entre l'enfant et ses gardiens. Lorsqu'il n'a aucun moyen de s'entendre arec nous par les idées, on le voit