‹ L'éducation progressive ou étude du cours de la vie, Volume 1Chapitre 105 sur 144 · LIV. III. RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

LIV. III. RÉSUMÉ

éclairé par une intelligence de sympathie qui se crée bientôt un langage particulier. El quand à cet instinctdu cœur vient se joindre une tendresse véritable, il s'établit entre Tenfant tt nous un échange de sentiment dont la vivacité et les variationfi rapides sont souvent une épreuve trop forte pour sa fragile constitution.

Gependanl les forces de Tenfant, qui s*accroissent,donnent à ses facultés un exercice plus salutaire; ses mouvements, plus fcûrs et plus faciles, lui permettent d'exécuter quelques entreprises qui sont toujours des occasions de plaisir. Le penchant à rim'itation, fruit du besoin d'agir et de la sympathie, lui suggère l'idée de mille tentatives, et des situations plus variées amènent de nouveaux progrès. Dès lors la plupart des mobiles de l'âme humaine se mettent en jeu successivement. On voit un enfant d'un an éprouver tour à tour des sentiments d'amour-propre, de fierté, de dépit, de honte, de rancune, souvent de générosité et de pitié. Étranger à toute pensée suivie, il est ému par ces désirs, ces goûts, ces prédilections, ces antipathies qui influent sur nous comme sur lui, et qui sont souvent expliqués par notre raison sans qu'elle en soit pourtant la véritable cause.

Mais l'objet du plus grand intérêt pour l'observateur, c'est de voir se former les traits qui caractérisent l'espèce humaine et lui assignent un rang à part dans la création. Malgré les preuves de connaissance que nous donne le nouveau-né, il est inférieur à tous les animaux du même âge sous le rapport le plus essentiel, le pouvoir de veiller à sa propre conservation. L'éducation des organes des sens, beaucoup plus lente chez lui, nous paraît^ il est vrai, plus rationnelle, c'est-à-dire que nous réussissons mieux à l'expliquer par Tenchaînement régulier des efiels et des causes. Soit que la vie plus courte des animaux ne laissât pas un espace suffisant aux longues leçonsde l'expérience, soitqu'une intelligence inférieure exigeât plus de secours directs, il est certain que les miracles de l'instinct sont dès l'enfance plus nombreux et plus frap-

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«paats dans les animaux que dans Tbomme. Mais, à traverç rabaissement de la créature humaine à son début, il est curieux d'apercevoir les signes précurseurs de son élévation future.

Un de ces indices de supériorité, c'est Tirapression.vive et agréable que produisent sur Tâme de Tenfant des objets entièrement étrangers à Tinstinct de conservation et aux jouissances matérielles, mobiles des êtres moins richement doués. Dès l'âge de six à sept mois, il se montre capable d'admiration, et l'éclat des couleurs comme l'harmoniç des sons lui causent des transports de joie. Le pur sentiment du beau, source des arts, est accordé au faible enfant qui n'a pas l'idée de l'utile ; bientôt on verra naître en lui la curiosité, premier germe du goût des sciences. Ces deux nobles inclinations ont ainsi une origine désintéressée que trop souvent nous leur permettons de démentir.

A peine commence la seconde année qu'un autre privilège de l'espèce humaine vient s'offrir à notre examen. A l'aspect des objets qui le frappent, l'enfant prononce le nom qu'il leur a entendu donner, et ce nouvel exercice ne paraît d'abord avoir pour lui d'autre but que le plaisir. Mais quand une fois il a découvert l'usage utile de la parole, quand il a vu que ces mots si agréables à proférer pouvaient être un moyen de se faire obéir, toutes ses facultés sont employées à le mettre en possession de ce moyen. Aussi ses progrès dans l'art de parler sont-ils étonnants ; la rapidité même en serait inexplicable, si l'enfaut n'était pas doué, sous ce rapport, de dispositions bien supérieures à celles des adultes^ comme l'a prouvé un habile médecin, M. Itard. L'étude de l'ordre dans lequel il commence à se servir des diverses parties du discours est faite pour jeter du jour sur la marche de son dévelopement intellectuel.

Mais, quelque sagacité que déploie l'enfant dans le cours de cet apprentissage» il ne faut pas se faire illusion sur la nature de son esprit. On a cru, parce qu'il se servait du plu-

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