LIV. m. lŒSUMË
l'âme immortelle prît dès ce4te vie un grand élan, le moyen de lui faire parcourir Téchelle de développement la plus étendue était de la placer au degré le plus bas au commencement. De là son état de dénûment et de misère dans Tenfance. Mais, pour que le mouvement de Tâme fût volontaire, il devait y avoir dans son essence intime des mobiles d'activité, et c'est là ce que la Providence s'est attachée à former chez le nouveau-né. De même qu'elle en a préparé pour le cœur dans la sympathie, elle en a suscité pour Tesprit dans des goûts d'imagination qui deviennent bientôt très-vifs. N'ayant pas pourvu l'enfant de connaissances innées, il fallait lui donner des motifs pour en acquérir. Le besoin, qui stimule si puissamment les facultés de l'homme fait, ne pouvait pas remplir ce rôle auprès du nouveau-né, auquel l'utile est fourni sans qu'il s'en occupe ; il devait donc avoir d'inutiles désirs, et l'imagination dont il est doué en est la source féconde. Le mouvement moral et physique était nécessaire au développement de l'enfant, et il a aimé l'activité avant que le sentiment de la nécessité donnât à ses actions un but raisonnable. A l'âge où il mettra du prix au résultat de ses efforts, il sera capable de réfléchir.
Notre esprit, préoccupé de ce qui manque à l'enfant, méconnaît, ce me semble, à son égard la libéralité de la nature. Nous ne remarquons pas que l'ordre de développement, nécessité par son ignorance, est Tordre le plus avantageux pour sa moralité comme pour les progrès de sa raison. Capable de sentir de tendries affections qui sont déjà pour lui un commencement de conscience, il est soumis par là à Tinfluence de l'éducation, et bientôt il devint accessible à l'amour de Dieu, source de perfectionnement des années futures. Avide de sensations variées, il prend intérêt à mille objets qui, en excitant des sentiments divers, tiennent en activité son esprit mobile. Le plaisir qu'il prend à nous imiter, joint à l'admiration dont il est de plus en plus susceptible, ne tarde pas à éveiller chez lui le goût des arts dans s.i
tSi LÉDUCÂTIO.N PROGRESSIVE.
simplîciténative. Les récils, la musique, les images coloriées, les figures en relief, enchantent Tenfant, et bientôt il est artiste lui-même. Copiste et inventeur tour à tour, on lui voit tenter de réaliser dans ses créations et ce qu'il apprend et ce qu'il imagine. Mille fictions burlesques ou gracieuses remplissent sa vie ; des jardins, des édifices, sortent de ses faibles mains, et ses jeux sont ceux d'un jeune génie.
C'est ainsi que s'annoncent |dans la tendre enfance nos attributs les plus éclatants. De grand^^s, d'audacieuses facultés, humbles et timides à leur naissance, préludent par des essais frivoles qui nous font sourire de pitié. Et pourtant elle est bienfaisante la dispensation qui rend leur développementinfaillible. Il est heureux pournous que l'imagination soit indispensable au premier âge. Car, tandis que la marche de la civilisation assure les progrès des sciences exactes, et favorise sans cesse l'exercice du pouvoir d'analyse et de raisonnement, le beau luxe des dons en apparence plus inutiles se perdrait peut-être pour l'humanité s'il n'eût pas été misen sûreté dans les dispositions de Tenfance. Ainsi éclate toujours la fécondité de la nature ; ainsi la jeunesse passagère de l'individu garantit la jeunesse éternelle de l'espèce. Ainsi se conservent intactes les richesses de l'esprit humain ; ainsi les talents sont impérissables, et l'on pourrait encore entendre, au sein de notre vieux monde, retentir les accents inspirés des temps primitifs.
Mais s'il a été pourvu à la variété des esprits, et à une originalité toujours renaissante dans la race humaine, parla puissance de l'imagination chez les enfants, il a été préparé une source d'harmonie générale dans la sympathie qui existe en eux. Lorsque leurs sentiments s'accordent trop mal avec ceuxde la société dont ils commencent à faire partie, on voit languireneux des dispositions qui ne sont presque jamais partagées. Sans perdre alors les traits saillants de son empreinte originelle, peu à peu l'enfant devient à d'autres égards l'homme de son pays et de son siècle.