CHAPITRE PREMIER
ÉLÉMENTS d'un PLAN d'jNSTRCCTIQN.
Ce qui disperse la vie et détruit Tunilé rend tout progrès impossible.
BulfSTBTTBir.
Quand j'ai tracé l'histoire de la première enfance, je me suis surtout attachée à préparer la moralité de l'âge suivant : c'était commencer par l'essentiel, et c'était encore suivre l'ordre indiqué par la nature, puisque l'instinct fugitif de la sympathie accordée aux petits enfants permet de leur communiquer de bons sentiments, longtemps avant que leur raison puisse être exercée. Mais, à l'époque où nous arrivons, de grandes facultés se manifestent. L'enfant est devenu capable de raisonner et de réfléchir, il importe de cultiver les nouveaux dons qu'il a reçus et de les diriger, vers le but général de la vie humaine.
L'éducation intellectuelle va donc désormais nous occuper partie jlièrement, mais non cependant d'une manière exclusive. Déterminer ce que devrait être l'instruction, si on la considérait dans ses rapports avec le perfectionnement de l'être moral, et avec le développement harmonieux de toutes les facultés humaines : telle est la tâche dont nous voudrions nous acquitter. Et comme nous n'embrasserions jamais l'en-
256 LEI)UCAT10x\ PAOGU£SSlV£.
semble d'un si grand sujet en ne le traitant que partiellement, à mesure que se déploieraient sous nos yeux le cours des années, nous présenterons d'abord quelques considérations générales, auxquelles Tobservation de l'enfance fournira plus tard leur application.
Une grande intelligeooe est un avantage si immense pour obtenir ici bas toute espèce de succès, que l'instituteur se laisse àisémententraîner dansrenseignement à prendre pour unique but le succès terrestre. Toutefois, s'il se bornait à ce point de vue, non-seulement il compromettrait les vrais intérêts d'une âme immortelle, mais il n'arriverait pas même à former un plan d'éducation bien conçu, un plan dont toutes les parties fussent en accord et s'appuyassent réciproquement. Il n'y aurait qu'anarchie et confusion dans l'appréciation de toutes choses.
Il serait sans doute heureux de concevoir d'avance une idée juste et complète de l'éducation, et de ne pas laisser flotter au hasard les vœux formés par l'ambition paternelle. Les progrès de la raison rendent à présent sensible toute inconséquence. Quand l'imagination régnait en souveraine, chacun pouvait avoir en soi dix hommes différents, et croire servir Dieu, sa dame et son roi, en laissant un libre essor à mille pa'ssions fougueuses; maintenant il n'en est plus ainsi : on veut qu'il y ait de l'accord entre les sentiments et la conduite, les opinions et les actions. La société aspire à s'organiser de plus en plus ; les institutions, les mœurs, la législation, tendent à s'ordonner. Comment ne pas chercher à faire régnerl'ordre dans l'éducation, cette œuvre destinée à former des hommes.
Mais où trouver un principe d'ordre, si ce n'est dans la suprématie d'une grande idée, d'une idée capable de dominer toutes les autres, de devenir pour toutes un centre de ralliement ? On sent qu'il serait utile de lier ensemble les grandes branches de l'éducation, mais on ne leur donne point d^ tige commune; on ne les rassemble qu'en appà-