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rence, puisqu'on n'ëlablit entre elles que des rapports éloignés ou superficiels. La liaison n'est que^dans des paroles qu'emporte le vent, et que fait bientôt oublier l'activité nécessaire à l'instruction donnée ou reçue. De là vient la séparation à la fois malheureuse et inévitable de Téducation morale et de l'éducation intellectuelle.
On ne cesse de dire, avec vérité sans doute, que les lumières rendent les hommes meilleurs, et que le grand but de l'instruction est de faciliter l'observation de la loi morale. C'est là souvent son résultat, je Tavoue ; mais est-ce un but qu'on se propose bien distinctement? C'est l'effet indirect des habitudes de travail, d'ordre, de discipline ; c'est le résultat de l'exercice plus fréquent du jugement, et aussi du calme heureux que leô plaisirs intellectuels répandent sur l'existence ; mais ce n'est pas Teffet d'un désir sincère d'amélioration qu'on a cherché à inspirer à la jeunesse ; ce n'est surtout pas Teffet du rapport qu*on a *établi entre la morale et la plupart des objets d'étude ; et, à dire vrai, ce rapport n'existe que dans la sphère des idées religieuses.
C'est en effet dans le seul domaine de la religion que tout se réunit et s'enchaîne, que les faits extérieurs, objets de l'enseignemént, se lient aux faits intérieurs de l'âme, que les lois de la nature se rattachent à celles du cœur humain, et que la science et le devoir se touchent. Quel rapport purementhumain pourraît-on trouver, par exemple, enlredeuxrégions en apparence aussi étrangères l'une à l'autre que celles des phénomènes physiques et des obligations imposées à l'homme ici-bas? et cependant la liaison existe, il y en a une ; un Dieu, souverain législateur 'de la nature et de l'âme, a voulu faire régner l'ordre universellement. Il a soumis la matière morte au joug d'une nécessité irrésistible, et il a imposé à l'homme libre une autre nécessité qui paraît d'abord moins impérieuse, mais qui le contraint à la longue par l'amer sentiment des maux attachés à l'oubli dii devoir. Quand l'accomplissement d'une volonté intelligente s'offre de toutes
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parts à notre esprit dans le gouvernement de Tunivers, il se forme des rapports nombreux entre nos diverses connais^ sances. Aux < bjels propres à exercer ce talent d'investigation, inhérent à TeSïprit de Tliomme, viennent ôe rattacher les objets qui paraissent plus en rapport avec ses besoins matériels et ceux mêmes qui ne semblent faits que pour plaire à son imagination. Si Dieu est V étemel géomètre qui a calculé avec exactitude la mesure des forces différentes dans la création, s*il est le sage législateur qui a gravé ses ordonnances dans nos âmes, il est aussi Tariiste suprême qui a répandu la beauté sur la terre et dans les cieux, et nous a rendus sensibles à ses charmes ; et, comme il tfest rien dans le monde physique qui ne soil l'œuvre immédiate de Dieu, et rien dans le monde moral qui ne soit l'effet des facultés dont il a doué Thomme, il n'est aucun objet ni aucune pensée qui ne puisse se rattacher à lui. Dès lors tout se lie, tout s'accorde; des idées, auparavant incohérentes, s'unissent dans l'esprit de l'élève ; il forme un tout de la création; et, aussitôt qu'il reconnaît l'unité de desseins dans la nature, sa raison, faible encore, offre quelque ressemblance avec la raison suprême qui a conçu ce dessein.
Mais il ne sufiSt pas de rassembler des vérités pour l'intelligence ; il faut encore que le foyer où elles se réunissent puisse être le centre des affections. Il faut que ce même Dieu, cause éternelle de tout ce qui existe, devienne pour le cœur un objet d'amour. Quand il peut en être ainsi, la loi morale est non-seulement connue, elle est observée ; on en suit les préceptes avec bonheur. Alors il y a dans l'éducation plus que l'unité, il y a l'harmonie, il y a l'oi'dre auquel s'ajoute la beauté ; il y a ce caractère de pureté que l'élévation des motifs communique aux actions les plus diverses. En contemplant rélève, objet de ses soins, l'instituteur éprouve une tranquillité animée d'espérance ; il sent que l'impulsion est bonne et ne s'arrêtera pas, que des développements toujours plus heureux accompagneront le cours des années, et que,
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si le jeune homme venait à perdre son guide ici-bas, il retrouverait un autre guide dans sa concienee.
On ne peut ^ans doute se flatter de tracer dans aucun ouvrage un plan délâillé d'éducation ; trop de différences d'opinion, de situation, de caractère, influent sur Timportance attachée aux objets diversque lesinstituteursontcontume de se proposer. Lors même qu'on aurait déterminé la valeur relative de ces objets, il faudrait, pour distribuer judicieusement les occupations de Tenfance, connaître, mieux qu'on ne le fait, l'ordre de développement des facultés humaines^ et les meilleurs moyens de les exercer.
Néanmoins, dans Téducation publique, il est indispensable d'avoir un plan; et même dans l'éducation privée, où tant de choses dépendent de circonstances impossibles à prévoir^ on doit former au moins des plans temporaires dans lesquels les mêmes principes s'appliquent aux changements qui s'opèrent dans la situation. Si Ton ne peut pas arrêter unsystème fixe pour la conduite, il faudrait du moins avoir un système bien ordonné d'intentions; il faudrait assigner un rang aux différents vœux qu'on pourrait former, de manière qu'aucun désir n'usurpât de place illégitime, et que l'esprit gardât loute la liberté possible pour le temps des déterminations.
On confond souvent la flexibilité dans les détails avec l'absence des vues générales. Autre chose est pourtant de laisser dans un plan quelques parties mobiles, autre chose est de ne concevoir aucun dessein. Par indolence ou légèreté, on se fait de l'irréflexion un principe, et l'on se croit d'autant plus sage que l'on pense moins.
Il est vrai qu'en nous laissant conduire aveuglément par les circonstances, il arrive quelquefois que le hasard nous sert bien, et amène ainsi des compensations à nos fautes : mais combien plus souvent encore ses cafîrices n^ viennentils pas nous contrarier et doubler pour nos enfants les inconvénients de la négligence !
Il est sans doute bien insensé de marcher dans la vie sans
avoir un bui, et le but le plus important de tous ; mais nous sommes encore moins excusables quand il en est ainsi dans réducation. Œuvres nous-mêmes decirconstancesdont nous ne disposions pas, souvent lancés d^ns des carrières pour lesquelles nous n'étions pas faits, maîtrisés par des habitudes qui se sontenracinées sans notreaveu, nous pouvons ne nous plus croire à temps de suivre une meilleure route ; mais aucun de ces prétextes ne reste plausible quand il s'agit de diriger nos enfants. Nous disposons pour eux de la plupart des circonstances; nous choisissons leur vocation; nous pouvons encore former ou rompre leurs habitudes. Quel que soit notre attachementpour eux, nous répugnons pourtant moinsà surmonter leurs antipathies que les nôtres, et leurs passions nous aveuglent rarement. L'instruction que nous leur donnons est toujours préméditée et volontaire, la distribution dé leur temps et de leurs études dépend de nous. Ainsi, plus notre pouvoir est grand, plus nos déterminations doivent être réfléchies, et jamais elles ne seront fondées en raison si vous n'avez pas à la fois en vue, et les effets secondaires de l'éducation et l'objet principal auquel ils doivent être subordonnés. Il faudrait se former l'idée du mieux possible, afin de s'en rapprocher autant que les dispositions de l'enfant et sa situation le permettront ; mais l'idée que chacun se forme du mieux possible tient à un grand ensemble d'opinions ; et, si elle est juste et élevée, elle renferme déjà comme en germe tout le système de l'éducation.
En examinant sérieusement ce grand sujet, on s'apercevra que tout système qui se fondera sur un autre principe que la religion sera par cela seul incomplet, parce qu'il exclura la religion même. On ne peut, dans un plan raisonné, lui donner un rang secondaire. Si on le fait dans la pratique, c'est par faiblesse, par inconséquence; de propos délibéré on ne le saurait.
Si la religion n'a pas la première place, son nom tombeau niveau des mots dépourvus de sens qui ne représentent rien
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à Tesprif, sa puissance est par là même abolie, autant qu'il dépend de nous de l*abolir. Tout autre objet d'occupation ou de pensée peut être mis à un rang secondaire, et y conserver de la valeur. On renonce à cultiver tel art ou lellescience, parée qu'il est des connaissances plus indispensables à acquérir ; mais on convient pourtant que ces études auraient de Tagrémentou de Tutililé. Il p'en est pas de môme de la religion. Comme, d'après l'idée qu'on en donne, il n'est rien ici-bas de plus essentiel ; comme nos relations avec Dieu, une fois que nous croyons possible de les entretenir, sont plus importantes pour nous que toutes nos relations sur la terre ; comme les intérêts éternels, sitôt qu'on les nomme, doivent avoir le pas sur les intérêts du moment, il est clair qu'aucune excuse ne peut être admise pour accorder la priorité à d'autres pensées sur les grandes pensées de la religion. C'est là ce qui découle si évidemment de la définition même de ce mot sacrée, que l'élève acquiesce à l'instant à toutes lesconséquencesdu principe ; et lorsque, dans la suite, il s'aperçoit qu'on n'a donné nulle importance dans l'application à ce qui en a le plus comme idée générale, il peut légitimement en conclure qu'on l'a trompé à l'égard du principe même, et qu'on l'a payé de phrases vides auxquelles on n'attachait aucun sens..
Mais comment donner, en réalité, à la religion la prééminence qui lui serait due ? Comment, durant cette courte vie, faire passer ses intérêts avant tant d'intérêts pressants qui réclament nos soins ici-bas? Ne viendrait-elle pas revendiquer le temps nécessaire à l'accomplissement de toutes nos œuvres, et, par exemple, à la tâche si longue et si indispensable de l'instruction ?
Ces craintes, souvent exprimées, tiennent à une manière étroite et fausse d'envisager les devoirs religieux. Sans doute, ces devoirs comme les autres occupent une place dans le temps ; il faut du temps pour suspendre le cours des pensées terrestres, pour purifier nos motifs, retremper notre volonté ;
mais pourtant la religion par sa nature est indépendante du temps, c'est de Téternité qu'elle relève. Pille du ciel, émanée de l'être infini objet de son culte, rien de ce qui se mesure ne lui convienl. Un moment peut quelquefois suffire à son exigence, une vie de pratiques extérieures ne pas réussir à la contenter. C'est dans le cœur" qu'elle établit son empire ; elle y est un principe de vie^un mobile d'activité. Elle assure en nous le triomphe de l'esprit snr la nature matérielle, sur ce mélangé de sensualité, d'indolence, d'irascibilité, de vanité, qui non-seulement nous éloigne de Dieu, mais qui met obstacle au développement de la moralité autant qu'il obscurcit l'intelligence.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu xie tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée; voilà, pour l'éducation, comme pour le reste de la vie, le premier et le plus grand commandement. Mais quelle vive clarté ne jette pas sur ce que doit être cet amour le secondcommandement qui dit que l'amour du prochain 7</t est semblable 1
En effet, cette chaleur ex pansive de Tamonr de Dieu n'a pas plutôt pénétré notre âme, que le désir de servir, d'éclairer nos frères s'y fait sentir : l'espf'ir do contribuer à leur bonheur dans le temps et l'éternité fait notre bonheur à nousmêmes. De là le zèle de la charité, mais de là aussi.un besoin continuel de lumières.
Quand une vie morale plus énergique se répand dans nos diverses facultés, le plaisir de les exercer se joint au noble désir de secourir nos semblables. Lëtude, qui dans l'enfance étaitun devoir, prend un intérêt puissant quand ce but généreux s'offre eu perspective. Plus Tintelligence de l'élève grandira, plus le développement en sera complet et harmonieux, plus se multiplieront pour lui les occasions de se rendre utile ; et, s'ii était digne un jour d'entrer en rapport avec les esprits distingués qui dirigent dans chaque siècle la pensée humaine, s'il pouvait agir sur eux et par eux, le bien qu'il ferait n'aurait pas de bornes assignables.
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L'élève qui conaaîira au juste les intérêts d^ diverses classes d'hommes, qui saura jusqu'à quel point il doit favoriser œs intérêts pour influer sur le perfectionnement des âmes, cet élève aura reçu la meilleure éducation à la fois intellectuelle et religieuse. Il s'apercevra que rien n'esta négliger pour réussir. Les avantages en apparence les plus frivoles ont leur prix quand ils peuvent amener le bien véritable. U est une région de pensée oii s'évanouit la distinction entre les choses visibles et les invisibles, entre la vie présente et la vie à venir, et où l'âme se sent une mission de perfectionnement qu'elle est obligée de remplir pendant sa durée immortelle. L'instituteur qui reçoit son élève des mains de la religion le regarde comme un dépôt sacré qu'il lui est ordonné de porter à la pins haute valeur possible.
Mais, par cela seul qu'il veut le porter à la plus haute valeur^ c'est toujours l'âme qu'il a en vue. Toute connaissance, toyt emploi de temps qui produit un efl'et équivoque sur le caractère lui est suspect. Le moindre sym[ilôme d'orgueil est pour lui rindice qu'il faut s'arrêter, et cesser de procurera rélève des succès nuisibles. -En cherchant à lui donner de grands talents, il ne voulait qu'accroître en lui les moyens d'influer heureusementsur ses semblables; s'il le voit devenir égoïste et vain, le but est manqué, et ce bot, après tout, n'était que secondaire. Responsable avant tout de la moralité de son élève, l'instituteur sesentchargéplusdirectementde lerendre bon et religieux lui-même, que de le faire devenir pour les autres un instrument d'amélioration. Il sera donc également prêt à borner son ambition ou à l'étendre ; une seule intention ferme et constante fera fléchir en lui tout autre désir.
On remarque souvent chez les hommes deux défauts qui se repfoduisent dans l'éducation. Ils nesont pas assez attentifs aux leçons de l'expérience, et ils n'ont pas dans l'âme ces principes fixes, antérieurs à l'expérience même, et auxquels elle ne doit fournir que des moyens d'application. Il est des résultats aisés à déterminer auxquels il faut arriver à tout
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firix; et ce que nous demandons à Tobservation est uniquement de nous ouvrir une route pour les obtenir. . Le premier de ces résultats sera d'inspirer à l'éiève la ferme résolution d'accomplir la loi du devoir, quelles qu'en ^puissent être les conséquences. Le second sera de lui conserver la condition nécessaire de l'activité morale et physique, à savoir, la santé. Voilà deux objets en dehors de toute évaluation, puisqu'ils ont une valeur infinie. Immédiaternent audessous se trouvent les avantages divers que l'instruction élémentaire doit procurer ; quelques-uns peuvent passer pour indispensables, d'autres commencent à devenir susceptibles d'estimation. Ainsi l'on peut déjà entrevoir une échelle où les divers talents et les connaissances ont leur prix : c'est à la raison à fixer ce prix, d'abord d'après les lois générales de l'humanité, puis d'après l'état actuel de la société, puis en6n d'après les circonstances particulières de l'élève, sa situation dans la vie, son caractère, son âge, sa capacité ; et c'est ici que l'observation commence à jouer son rôle. En rassemblant toutes ces données, à mesure que les.circonstances viennent à changer, nous formons successivement divers plans qui sont le résultat combiné de ce que nous n'avons jamais cessé de penser, et de ce que l'observation nous indique.