CHAPITRE II
quels sont les principaux objets a considérer dans l'enseignement.
Savoir par cœur n'est pas savoir, c'est tenir ce qu'oD a donné en garde à sa mémoire.
MORTAIOXB.
Le principe religieux fortement conçu par l'instituteur lui fait voir touteschoses sous un aspect juste. Une âme d'origine céleste est pour lui l'objet de l'éducation ; il se propose d'en
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développer les immortelles facultés dans des proportions harmonieuses, et il la prépare à retourner dans le sein de Dieu ornée des dons heureux dont elle avait reçu le germe. La nature même de son entreprise le fait, dès Torigine, partir du point auquel sont arrivés les penseurs après des méditations inOnies; et ce qu*ils ont appelé l'éducation psychologique ou celle de l'âme, est la seule qu'il puisse donner.
Mais si, à cet égard, les vues de Thoinme religieux et du philosophe se rencontrent, celles des esprits superficiels sont bien différentes, Tâme et ses facultés les occupentpeu. Dans le domaine de renseignement, la communication des connaissances absorbe en entier leur attention, et ils ne songent pas beaucoup au développement de l'intelligence. L'enfant^ disent-ils, est ignorant, il doit être instruit, il doit acquérir les notions les plus nécessaires; cet objet important, indispensable même, quoique subordonné au plus grand de tous, est toujours le seul qui les frappe. Et comme, en donnant des connaissances, on cultive par cela seul des facultés, il ne leur paraît pas qu'il y ait autre chose à faire que d'ein ployer les moyens les plus efficaces pour dissiper chez l'enfant les ténèbres de l'ignorance.
Tel est le cours que prennent généralement les pensées. Cette pente est d'autant plus naturelle, que la plupart des hommes se rendent un compte assez exact des bornes de leurs connaissances, tandis qu'ils ne se font aucune idée de celles de leur esprit. Ils se proposent donc de donner à leurs enfants ce qu'ils sentent qui leur a manqué. Une instruction plus ou moins étendue devient ainsi la mesure d'une éducation plus ou moins soignée, et cultiver l'intelligence ne leur semble être autre chose qu'apprendre à chacun ce qu'il doit savoir.
Ce point de vue, ainsi que tant d'autres, n'est faux que par ce qu'il a d'exclusif. Il est très- vrai qu'on ne peut communiquer des connaissances sans cultiver par cela même des facultés, mais il l'est également que la plupart des défauts de rinstruction viennent de ce qu'on s'occupe à enrichir l'esprit
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plus qu a le former et à le développer dans tous les sens possibles.
Cette direction est surtout fâcheuse en ce qu'elle dispose naturellement Tinstituleur à s'adresser a la mémoire pour les sciences^ à la routine pour les talents, et qu'elle conduit ainsi de toutes parts au mécanisme. Qui ne sait que d'assez grandes connaissances s'allient fréquemment à l'incapacité? Qui n'a pu juger que les faits restaient étrangers à l'esprit quand ils ne lui imprimaient pas de mouvement, et qu'il pe suffisait pas qu'ils fussent entrés dans la tête ? On peut même observer qu'un certain genre d'habileté, que la facilité à exécuter certains travaux, en apparence intellectuels, n'influe pas beaucoup sur le véritable développement, et que l'instinct d'imitation peut conduire à une répétition machinale des actions^ comme la mémçire à une reproduction stérile des paroles.
Il y a donc pour l'éducation un piège caché dans l'importance exclusive attachée aux connaissances. On est conduit à choisir les méthodes expéditives, à éluder les difficultés. L'enfant semble avancé dans un certain sens, il sait les choses que vous lui avez apprises, il exécute celles que vous lui avez montré à exécuter; mais déroutez-le, demandez-lui qcelque nouvel exercice de ses forces, il n'y sera plus. Devenu homme, l'élève pourra bien être toujours le même, sans qu'on ait l'occasion de s'en apercevoir. La mémoire et l'imitation ne conduisent pas très-mal de nos jours. Au degré de civilisation où nous sommes parvenus, il y a des usages pour toutes choses. On a des règles pour gouverner sa fortune, pour tenir sa maison, pour se marier, pour être malade, pour mourir. La raison universelle, en gagnant beaucoup, a soulagé d'une grande partie de son travail la raison individuelle. Et si les anciens ont avancé que les animaux par eux-mêmes ne pensaient pas, mais que l'âme du monde pensait en eux, ne peut-on pas souvent dire de nos jours, que l'esprit de société pense dans les hommes? Une éduca-